JUSTICE MILITAIRE
Iuslice militaire- est la. punition quon fait des Soldais coupables de deser tion ou de quelque autre faute — • contre le devoir de la- discipline . un des P rev os Ls de l'armée est charyé de les ùiberrop er . d'ins Iruire. leur procès , de le rap or ter dans le conseil dep uerre . de- dresser la. S cnierue cl — de la faire eocçcuter .Pouite Le procédure.' sC' termine en Lrçs peu. de temps et leocecuteur pour l'ordinaire est — quelque voleur au/ quel on/ aura— fait p race .
Fig. 163. — Tiré du Jeu de la guerre, sorte de Jeu d’oie.
chevaux, qu’on chassait ensuite à grands coups de fouet, en sens contraire, jusqu’à ce que les membres se séparassent du corps de la victime; ce qui ne s’achevait pas sans de longs efforts, car les membres s’allongeaient démesurément sans se détacher, et le juge, qui assistait toujours aux exécutions, autorisait le bourreau à opérer la section des muscles qui résistaient à l’écartèlement. Le supplice le plus ordinaire au dix-huitième siècle, pour les grands criminels, était la roue : le condamné étendu et garrotté sur les rayons d’une grosse roue de voiture, le bourreau lui cassait les os des bras et des avant-bras, des jambes et des cuisses, avec une lourde barre de fer qu’il maniait avec beaucoup de dextérité, de manière à mériter les suffrages des
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spectateurs : aussi demandait-il , pour remplir cette tâche difficile , 25
Fig. 164. — Amende honorable de Desrues, à Notre-Dame.
Fac-similé, d’après une suite d’estampes grossières du temps, intitulée : Détails historiques et véritables des crimes atroces, commis de dessein prémédité par A. Fr. Desrues.
Fig. 165. — Desnies conduit au supplice ( même source).
livres d’honoraires. Ce n’était là que le casuel de la charge, qui valait au
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titulaire un revenu fixe de 6,000 livres en province et de 18,000 à Paris.
Une grande exécution était toujours, à Paris surtout, une espèce de fête pour le peuple, qui se montrait avide d’y assister et d’en bien voir tous les détails. Les plus célèbres de ces exécutions en place de Grève furent, au dix-huitième siècle, celles de Cartouche et de sa bande (1721) 5 des voleurs de grands chemins, Nivet et ses complices (1729), qui
Fig. 166. — Supplice de Desrues, roué en place de Grève (Même source). N. B. Il est assisté, selon l’usage, d’un Docteur en Sorbonne.
furent rompus vifs ; de l’infâme Deschauffours, qui fut étranglé avant d’être brûlé (1733); de la femme Lescombat, complice de l’assassinat de son mari , laquelle fut pendue (1755) ; de Damiens, l’assassin du roi, lequel fut écartelé (mars 1757) ; de l’empoisonneur Desrues (1777), etc. Le jour de l’exécution était annoncé d’avance par les crieurs qui vendaient l’arrêt imprimé ; des espèces de pèlerins portant une croix et un scapulaire, pour se distinguer des chanteurs de chansons bachiques et joyeuses, parcouraient les rues , à pas lents, en psalmodiant d’une voix lamentable la complainte nouvelle consacrée à l’histoire des crimes du condamné. Celui-ci, au jour fixé, était conduit en charrette sur le lieu de l’exécution, où il trouvait une foule énorme de curieux qui l’attendaient pour le voir mourir au milieu des tourments. Dans cette multitude
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tumultueuse et souvent passionnée, les femmes et les enfants n’étaient pas les moins impatients , et chacun suivait avec ardeur toutes les péripéties de l’exécution, qui durait quelquefois plus d’une heure. L’exécuteur, entouré de ses valets, avait l’air d’un seigneur au milieu de ses domestiques ; frisé et poudré, il était vêtu avec recherche, en bas de soie blancs et en escarpins ; il se donnait des airs capables et superbes.
Fig. 167. — La veuve de Desrues, après avoir été fouettée et marquée, la corde au cou, est conduite à l’hôpital, à perpétuité, pour participation aux crimes de son mari, le 9 mars 1719. Fac-similé, d’après une estampe grossière du temps.
Le peuple ne perdait pas de vue un seul de ses mouvements, le bourreau ayant toujours le privilège d’exciter autant de curiosité que le patient lui-méme. Ce dernier avait sa part dans les bonnes ou mauvaises dispositions du peuple, qui témoignait de ses impressions et de ses sentiments vis-à-vis de la victime par des cris de commisération ou de colère , par des applaudissements ou par des sifflets.
Dans une ville comme Paris, le rôle de la police était bien plus important, bien plus étendu, bien plus compliqué que celui de la justice. Le lieutenant général de police, chef suprême et maître absolu de l’immense administration chargée de veiller à la sécurité publique et de maintenir l’ordre, non-seulement dans la rue , mais dans la vie privée
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des citoyens, avait à remplir sans doute la charge la plus difficile et la plus délicate qui fût dans l’Etat. Ce n’était pas seulement en qualité de magistrat ayant son siège au Châtelet, que le lieutenant de police venait en aide à la justice, par les sentences que prononçaient ses assesseurs de robe courte, dans des cas de simple police et dans les affaires
Fig. 168. — Cartouche à l’Hôtel de Ville, avant son supplice; d’après Bonnart.
correctionnelles. Le lieutenant de police avait le droit de décider arbitrairement et en dernier ressort, dans une foule de circonstances graves et urgentes, presque toujours en dehors de son tribunal et en secret : « Dans l’exercice de la police, dit Montesquieu ( Esprit des lois , livre xxvn), c’est plutôt le magistrat qui punit, que la loi... Les matières de police sont des choses de chaque instant et où il ne s’agit
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ordinairement que de peu ; il n’y faut guère de formalités. Les actions de police sont promptes, et elle s’exerce sur des choses qui reviennent tous les jours : les grandes punitions n’y sont donc pas propres; les grands exemples ne sont donc pas faits pour elle. Elle a plutôt des règlements que des lois. )) Fontenelle, dans Y Éloge de d’ Argenson, le modèle, le type des lieutenants de police, a fait cet imposant tableau de la police à la fin du règne de Louis XIV : « Entretenir perpétuellement dans une ville telle que Paris une consommation immense, dont une infinité d’accidents peuvent toujours tarir quelques sources ; réprimer la tyrannie des marchands à l’égard du public, et en même temps animer leur commerce; empêcher les usurpations mutuelles des uns et des autres, souvent difficiles à démêler; reconnaître dans une foule infinie tous ceux qui peuvent si aisément y cacher une industrie pernicieuse, en purger la société, ou ne les tolérer qu’autant qu’ils lui peuvent être utiles par des emplois dont d’autres qu’eux ne se chargeraient pas ou ne s’acquitteraient pas si bien ; tenir les abus nécessaires dans les bornes prescrites de la nécessité, qu’ils sont toujours prêts à franchir; les renfermer dans l’obscurité à laquelle ils doivent être condamnés, et ne les en tirer pas même par des châtiments trop éclatants ; ignorer ce qu’il vaut mieux ignorer que punir, et ne punir que rarement et utilement; pénétrer par des conduits souterrains dans l’intérieur des familles et leur garder les secrets qu’elles n’ont pas confiés, tant qu’il n’est pas nécessaire d’en faire usage; être présent partout sans être vu; enfin, mouvoir et arrêter à son gré une multitude tumultueuse, et être l’âme toujours agissante et presque inconnue de ce corps, voilcà quelles sont en général les fonctions du magistrat de la police. >;
Marc-René d’ Argenson, qui avait succédé comme lieutenant de police au fameux la Reynie en 1697, fut le véritable organisateur de la police civile, comme de la police politique. Il conserva ses fonctions jusqu’en 1718, après la mort du roi, auquel il rendit de bien grands services, sans les ébruiter ni les faire valoir ; il n’en était pas moins la terreur du peuple de Paris, qui le surnomma le Damné , parce que, dit le duc de Richelieu, il en avait le visage et les formes. Saint-Simon, si sévère et parfois si injuste pour ses contemporains, ne partageait pas leur aversion pour ce
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terrible lieutenant de police : « Avec une figure effrayante qui retraçait, dit-il, celle des trois juges de l’enfer, il s’égayait de tout avec supériorité d’esprit, et avait mis un tel ordre dans cette innombrable multitude de Paris qu’il n’y avait pas un habitant dont, jour par jour, il ne sût la conduite et les habitudes, avec un discernement exquis, pour appesantir ou alléger sa main à chaque affaire qui se présentait, penchant toujours au parti le plus doux, avec l’art de faire trembler les plus innocents.... Au milieu de fonctions pénibles et toutes de rigueur, l’humanité trouvait grâce aisément devant lui. »
Entre tous les traits singuliers qui caractérisent l’administration de d’Argenson, il suffira d’en rapporter un, pour donner une idée de l’admirable prévoyance de sa police. Un riche marchand de Rouen était appelé à Paris pour ses affaires de commerce ; il va voir un ami, lui parle de ce voyage et des sommes considérables qu’il devait emporter. L’ami le prie de différer son départ, en manifestant le désir de l’accompagner; mais, peu de jours après, il s’en excuse et demande seulement au marchand de se charger d’une lettre très-importante, que celui-ci remettrait lui-même en mains propres au destinataire, à l’heure même de son arrivée dans la capitale. Le marchand promet de s’acquitter ponctuellement de cette commission, et prend le coche qui doit le conduire à Paris. Un exempt, escorté de quelques archers, l’attendait à la barrière : on l’invite à descendre du coche et on le fait monter dans un fiacre, avec sa valise. Le marchand était fort ému et fort inquiet, quoique sa conscience ne lui reprochât rien. C’est chez le lieutenant de police qu’on le mène. « Vous avez sur vous des papiers dangereux, lui dit d’Argenson en le regardant avec une grimace effroyable : il faut me les remettre, car il y va de votre vie. — Je n’ai pas d’autres papiers, répond le marchand en montrant les papiers d’affaires qu’il avait sur lui. — Vous en avez d’autres, réplique le magistrat, et je vous répète qu’il s’agit de votre vie. )) Alors le marchand se souvient de la lettre que lui a confiée son ami de Rouen, et il la tire de son portefeuille.
(( Ouvrez cette lettre, » lui dit d’Argenson. Le marchand obéit; la lettre ne contenait que ces mots : « Saisissez-vous du porteur et expédiez-le sur-le-champ. J’arrive derrière lui, et nous partagerons le
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butin. » Le marchand s’évanouit de peur ; quand il revient à lui, le lieutenant de police le congédie avec bonté : « J’étais instruit de tout, et dès à présent les deux complices sont entre mes mains. Vous n’avez plus rien à craindre ; une autre fois, soyez plus prudent et ne vous fiez pas au premier- venu. Si vous restez à Paris jusqu’au mois prochain , vous aurez le plaisir de voir pendre votre ami de Rouen et son associé. »
D’Argenson employait, dans l’exécution de ses ordres, deux espèces d’agents , qui formaient une petite armée à sa solde , ne dépendant que de lui et n’obéissant qu’à lui : d’une part, les exempts, les archers et les sergents, à pied et à cheval, armés d’épées, de pistolets et quelquefois de mousquets ; d’autre part, dit le rédacteur des Mémoires du duc de Richelieu , « une armée invisible d’espions de tous états, de tous sexes, qui se répandaient dans la société, sans se connaître, pénétraient dans toutes les maisons, se mêlaient dans tous les corps, jusque dans le parlement, pour suivre les intrigues. Par ces moyens uniques, d’Argenson était instruit de tout ce qui se passait: il connaissait l’intérieur des maisons et par les valets, et par les gens en sous-ordre, et par les commensaux, et par les visites. )) Cette organisation secrète de la police subsistait encore en 1789, telle que d’Argenson l’avait créée, avec un art vraiment merveilleux, et les lieutenants de police qui lui avaient succédé, les plus capables et les plus habiles, Hérault (en 1725), Berryer (en 1747), de Sartine (en 1759), Lenoir (en 1776), de Crosne (en 1785), ne pouvaient mieux faire que de se conformer à ses traditions, en s’efforçant d’être plus populaires que lui, quoique non moins redoutés. Ils donnèrent seulement plus d’extension à la police des mœurs, qu’ils surveillaient encore de plus près, sans avoir toutefois la prétention de les corriger. C’est par la police que le marquis de Mirabeau aurait voulu régénérer les mœurs de son temps : « Le ressort principal, le plus important, comme aussi le plus délicat, de la justice et de la police, ce sont les mœurs. De même que la charité éclairée cherche moins à secourir les pauvres qu’à empêcher ses semblables de le devenir, la véritable police, la police digne d’un grand prince, consiste moins à punir les crimes qu’à sécher les germes
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des vices, en réchauffant, en faisant éclore celui des vertus. » Malheureusement, la police du dix-huitième siècle, qui avait les yeux constamment ouverts sur les mœurs publiques et privées , ne se piquait pas d’être morale elle-même : les rapports les plus secrets et les plus indiscrets
Fig. 16D. — Lenoir, lieutenant de police (1770-1785); d’après Grcuze.
de ses agents n’auraient pas eu, dit-on, d’autre objet que de satisfaire la curiosité malsaine de Louis XV et de ses favoris, en leur révélant les honteux mystères de la dépravation sociale.
La lieutenance de police, dans le cours du dix-huitième siècle, n’avait cessé d’étendre son domaine et d’augmenter sa puissance, en multipliant les ressorts de son administration. Le nombre de ses agents s’était accru dans une proportion si exagérée, que Lenoir disait à un homme de lettres, qu’il avait fait venir pour lui reprocher des propos
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inconséquents tenus dans un café devant deux personnes : « Rappelezvous que, partout où vous serez trois, je suis avec vous! )) On assure qu’à cette époque le nombre des espions s’élevait à plus de 30,000, payés sur la caisse secrète du lieutenant de police. Parmi ces mouches ou mouchards, recrutés dans toutes les conditions, on comptait sans doute beaucoup de mauvais sujets et de malfaiteurs, mais le lieutenant de police aurait pu répondre comme d’Argenson, que l’on blâmait d’employer des fripons et des coquins : ce Trouvez-moi d’honnêtes gens qui veuillent faire ce métier. » La force armée de la police avait pris également une importance exigée par les nécessités nouvelles ; plus d’une fois on découvrit, parmi les archers, d’anciens malfaiteurs marqués de la fleur de lis, qui n’en faisaient pas moins bien leur service. Le guet, avant d’Argenson, se composait de 150 hommes commandés par le chevalier du guet; on l’avait augmenté successivement de 120 cavaliers et de 1G0 fantassins, auxquels on ajouta plus tard une garde de Paris, qui ne comprenait pas moins de 930 hommes d’infanterie et de 128 soldats à cheval. Cette garde et le guet dépendaient à la fois du lieutenant de police et du prévôt de Paris.
On ne saurait mieux se rendre compte de l’étendue et de la variété des attributions du lieutenant de police, qu’en indiquant sommairement quelques-uns des services groupés alors de la manière la plus disparate dans les huit divisions de cette vaste administration. La première division comprenait la Bastille, Vincennes, les prisons d’Etat, la librairie prohibée, la censure dramatique et le mont-de-piété; la seconde, les établissements de charité et le ramonage des cheminées ; la troisième, l’ouverture des lettres et l’expédition des affaires urgentes; la quatrième, l’approvisionnement de Paris, l’éclairage, le nettoiement des rues, les colporteurs, les théâtres, les foires, les bureaux des nourrices, les pompes à incendies, etc.; la cinquième, les ordres du roi et les maisons de force; la sixième, le bureau des arts et métiers ; la septième, le bureau de commerce, les manufactures, les agents de change, les loteries, les religionnaires ou protestants, etc. ; enfin, la huitième, les juifs, les chambres garnies, la sûreté publique et la correspondance y relative avec la maréchaussée et les juridictions du royaume.
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Il n’y avait qu’un lieutenant de police, cependant, lorsqu’il eût fallut au moins trois ou quatre magistrats différents pour diriger trois ou quatre espèces de police, dont chacune embrassait des détails multiples et spéciaux : la police politique, la police des mœurs, la police judiciaire et la police municipale. L’administration seule des prisons, dans laquelle les besoins du service exigeaient un personnel très-nombreux, aurait eu de quoi absorber tous les moments d’un magistrat, qui faisait exécuter les lettres de cachet, qui devait se tenir au courant de la situation des prisonniers, et qui avait à exercer sur les prisons une vigilance occulte et continuelle, quoique le règlement intérieur des prisons fût confié à la responsabilité des geôliers et de leurs chefs. La Bastille et le donjon de Yincennes, comme toutes les prisons d’Etat, étaient d’ailleurs placés sous un commandement militaire. Le lieutenant de police avait une autorité plus directe sur les maisons de force et sur les dépôts dits renfermeries , où l’on entassait pêle-mêle les mendiants et les vagabonds. La police de la presse et de la parole appartenait presque exclusivement à ce magistrat. « Les bruits recueillis dans les lieux publics et dans les salons par les mouchards et les espions, dit Barbier dans son Journal historique , étaient chaque soir mis en ordre et rédigés dans l’arrière-cabinet du lieutenant de police, qui en adressait des extraits aux ministres que ces bruits pouvaient intéresser, en y joignant des notes à l’appui. )) Les nouvelles à la main, qui circulaient manuscrites à Paris et dans toute la France, étaient d’avance contrôlées et approuvées par la police, à l’insu même des rédacteurs. Les libelles et les livres prohibés qui venaient de l’étranger n’échappaient guère aux recherches de la police que dans le cas où ses agents avaient reçu l’ordre de fermer les yeux sur ces publications clandestines. Tout était faveur et caprice dans les choses de l’imprimerie et de la librairie; l’arbitraire le plus absolu régnait dans ces questions, qui n’étaient réglées que par des usages et des intérêts. Les censeurs, par exemple, jugeaient souverainement, à moins que leur décision n’eût été infirmée par une décision contraire émanée du bureau de la librairie. Ainsi, un censeur royal ayant autorisé, en 1785, l’impression d’un Précis historique sur le chevalier de Bonnard, qui avait été sous-gouverneur des fils
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du duc d’Orléans, ce petit ouvrage, écrit par Garat, fut imprimé sans nom d’auteur chez Didot le jeune. Le duc de Chartres se plaignit au lieutenant de police, en le priant d’agir contre l’imprimeur, qui n’était pourtant pas dans son tort. Le lieutenant de police refusa de faire droit à la plainte du prince contre un des plus honorables imprimeurs de Paris ; il fallut qu’un arrêt du conseil interdît à Didot le jeune l’usage de ses presses pendant un mois.
La police des moeurs était beaucoup plus compliquée, mais généralement moins sévère que celle de la presse. Les inspecteurs, qui formaient une nombreuse hiérarchie d’agents assez peu respectables et très-accessibles à toute sorte de corruption, avaient la haute main sur les maisons de jeux, sur les tables d’hôtes, sur les garnis, sur les auberges, sur les cafés, sur tous les lieux publics; ils fournissaient, chaque jour, un rapport circonstancié qui allait s’engloutir dans les ténébreuses archives de la police. La police judiciaire correspondait sans cesse avec la maréchaussée sur tous les points du royaume : (( Il existe en France, disait Mercier en 1782, plus de dix mille brigands et vagabonds; mais la maréchaussée, composée de 3,756 hommes, fait perpétuellement la guerre à ces êtres malfaisants, qui infestent les grandes routes. » Grâce à l’infatigable activité des agents militaires de la police, les malfaiteurs avaient bien de la peine à exercer leur métier dans les rues de Paris, où l’on volait et assassinait en plein midi pendant la régence du duc d’Orléans, et qui étaient devenues aussi sûres la nuit que le jour, à cause des patrouilles et des postes de police qu’on y rencontrait à chaque pas. On avait, d’ailleurs, vers 1780, organisé une compagnie de falots ou porteurs de lanternes, qui, dans les nuits noires, se chargeaient de ramener à domicile les passants attardés et les gens ivres.
Quant à la police édilitaire, elle était toujours en éveil, et elle ne se lassait pas de travailler au bien public et à la sécurité des citoyens. C’était elle qui avait mission d’assurer l’approvisionnement de la capitale, en farine, en viande, en poisson, en denrées alimentaires ; elle signalait à chaque instant son influence tutélaire dans les halles et les marchés ; elle se multipliait surtout dans les épidémies, qui étaient alors plus fréquentes et plus redoutables qu’aujourd’hui, ainsi que pendant
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les inondations, qui se renouvelaient constamment (dans les années 1709, 1768, 1774, 1788 et 1789), lorsque la rivière pouvait encore envahir les quartiers bas de la ville ; elle avait aussi, dans les grands hivers, à préserver les ponts, au moment de la débâcle, qui menaçait d’entraîner la chute de ces ponts, construits sur pilotis et chargés de maisons. Un incendie venait-il à éclater, la police accourait aussitôt avec ses pompes, ses seaux, ses échelles et tous ses instruments de sauvetage, mis en dépôt chez les commissaires de quartier : aussi, grâce à ces secours prompts et actifs, on se rendait bientôt maître du feu, quoiqu’il y eût encore beaucoup de vieilles maisons bâties en bois. On parvint môme à circonscrire et à arrêter les ravages des terribles incendies de la chambre des comptes (1737), du Pont au Change (1746), de la foire Saint-Germain (1762), de l’Opéra (1763 et 1781), de l’Hôtel-Dieu (1737 et 1772), du Palais de justice (1776). L’administration de la voirie n’avait commencé à fonctionner régulièrement que vers le milieu du règne de Louis XIV ; la Reynie en avait été le premier organisateur, mais depuis ce temps-là cette administration faisait tous les jours de nouveaux progrès, non-seulement pour l’alignement et la surveillance des maisons anciennes et nouvelles, mais encore poulie pavage des rues, pour leur entretien et leur nettoiement, pour les ruisseaux et les égouts, pour tout ce qui concernait la voie publique. Dès l’armée 1729, on avait mis des écriteaux au coin des rues pour en indiquer les noms, mais les maisons ne furent numérotées, du moins complètement, qu’à la fin du dix-huitième siècle. Malgré l’enlèvement hebdomadaire des boues et des immondices, les rues étaient encore très-sales, à cause des ruisseaux, dans lesquels on faisait écouler toutes les eaux ménagères et infectes, même le sang des animaux tués chez les bouchers. La police faisait de son mieux, mais elle avait fort à faire, avec des ressources médiocres et restreintes ; par exemple, ce n’était pas chose facile que d’entretenir allumées pendant la nuit 5,772 lanternes garnies de grosses chandelles de suif, en 1729 ; les réverbères à l’huile ne furent adoptés qu’à l'a fin de 1745 : on en comptait 3,500 en 1769. La police de la voirie se trouvait sans cesse en conflit avec les propriétaires riverains et les locataires de maisons sur rue, les uns et les
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autres empiétant à l’envi sur le pavé du roi pour leurs besoins et leurs caprices personnels. Il fallut des siècles pour que la voie publique fût placée exclusivement sous les lois de cette police édilitaire, qui remplissait envers tous les citoyens le rôle d’un père de famille à l’égard de ses enfants, et qui n’avait pas peu de peine à faire régner entre eux la concorde et la justice, en s’occupant sans cesse de leur sûreté, de leurs intérêts et de leur bien-être.
Fig. 170. — Le Commissaire et le Sergent du guet ; d’après Jeaurat.
ASPECT DE PARIS
La population de Paris. — Les usages parisiens. — Les embarras de Paris. — Les badauds. — Les vagabonds et les mendiants. — Les cris de Paris. — Les accidents. — Les embellissements de Paris avant la révolution.
u commencement du dix-huitième siècle, Montesquieu mettait cette description de Paris dans la bouche d’un des héros de ses Lettres persanes, qu’il y faisait arriver, en 1720 : (C Paris est aussi grand qu’Ispahan (Lettre de Rica à son ami Ibben); les maisons y sont si hautes, qu’on jugerait qu’elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu’une ville bâtie en l’air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée, et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s’y fait un bel embarras. Depuis un mois que je suis ici, je n’y ai encore vu marcher personne. Il n’y a point de gens au monde qui tirent mieux parti de leur machine que les Français : ils courent, ils volent; les voitures lentes d’Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait