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Par Sabatier et Urrabieta.
Impr. lith. de Firmin-Didot et Cie.
UN BAL iWASQJUE,
LE ROI ET LA COUR
sympathies populaires étaient pour la dauphine, mais son époux en profitait. Lajoie publique s’accrut encore à son avènement, et le règne de Louis XYI commença par une acclamation de la France entière.
C’est à Weber, le frère de lait de la reine, qu’il faut emprunter son portrait intime : « La nature, ainsi que l’a dit Mme de Polignac, avait formé Marie- Antoinette pour être assise sur un trône. Une taille majestueuse,
Fig. 19. — Louis XVI, Marie-Antoinette et le Dauphin ; d’après Saint-Aubin.
une beauté noble, une manière de porter sa tête difficile à dépeindre, inspiraient le respect. Ses traits, sans être réguliers, avaient, ce qui vaut mieux, un agrément infini; la blancheur de son teint les embellissait et donnait à son visage un éclat éblouissant. Les manières les plus séduisantes ajoutaient encore à tant de charmes, et dans cette première fleur de sa jeunesse, l’élégance et la vivacité de ses mouvements, la franche et naïve expression d’un bon coeur et d’un esprit naturel, avaient de quoi plaire particulièrement aux Français d’alors. Elle charma son époux, le roi et sa famille, la cour et la ville, les grands et le peuple, tous les rangs et tous les âges. »
XVIIIe SIÈCLE, ni. — INSTITUTIONS. — 5
INSTITUTIONS, USAGES, ETC
Maintenant, d’après Mme Campan, le portrait de Louis XVI; portrait fidèle, tracé de souvenir, longtemps après la fatale issue de son règne : cc Louis XVI avait des traits assez nobles, empreints d’une teinte mélancolique ; sa démarche était lourde et sans noblesse ; sa personne, plus que négligée ; ses cheveux, quel que fût le talent de son coiffeur, étaient promptement en désordre, par le peu de soin qu’il mettait à sa tenue. Son organe, sans être dur, n’avait rien d’agréable. Son précepteur (l’abbé de Radonvilliers), savant aimable et doux, lui avait donné le goût de l’étude. Le roi avait continué à s’instruire : il savait parfaitement la langue anglaise ; il était géographe habile, et se plaisait à tracer et à lever des cartes ; il savait parfaitement l’histoire, mais peutêtre n’en avait-il pas assez étudié l’esprit... Ce prince unissait à tant d’instruction toutes les qualités du meilleur époux, du plus tendre des pères, du maître le plus indulgent... Il montrait malheureusement un goût trop vif pour les arts mécaniques : la maçonnerie, la serrurerie lui plaisaient au point qu’il admettait dans son intérieur un garçon serrurier, avec lequel il forgeait des clefs de serrures... Austère et sévère pour lui seul, le roi remplissait exactement les lois de l’Eglise, jeûnait et faisait maigre tout le carême... Pieux dans le cœur, les lumières du siècle le portaient à la tolérance; modeste et simple, Turgot, Malesherbes et Necker avaient jugé qu’un prince de ce caractère sacrifierait volontiers les prérogatives royales à la solide grandeur de son peuple. )) Le sentiment profond qui avait si longtemps attaché le peuple français à ses rois subsistait encore sous Louis XVI, et il ne se manifesta jamais avec plus de force qu’à la naissance d’un dauphin. Mais déjà Marie-Antoinette n’était plus l’objet de la même admiration, du même enthousiasme. Le peuple se refroidissait pour elle, et ne la regardait qu’avec des yeux défiants et hostiles. On l’accusait de toutes les fautes et de tous les embarras du gouvernement ; on redoutait son influence dans les affaires politiques ; on lui reprochait tout bas de ruiner, de sacrifier la France à son orgueil, à ses folies, à ses intrigues. Un parti terrible, dont le duc d’Orléans était le chef caché, se formait pour discréditer la royauté et pour déshonorer le roi, en inventant les plus noires, les plus atroces calomnies contre la reine. Ces ca-