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MARIE-ANTOINETTE ET SES ENFANTS

Louis-Joseph-Xavier-François, né en 1781, mort en 1789.

Louis-Charles de France, né en 1785, depuis Louis XVII. Marie-Thérèse-Charlotte de France, née en 1778, depuis duchesse d'Angoulême.

Peint par madame Vigée-Lebrun (musée de Versailles).

LE KOI ET LA COUR

lomnies prenaient naissance à la cour et grandissaient avec une audace incroyable, en se répandant partout dans le public, où elles éclatèrent bientôt en pamphlets scandaleux, en chansons et en caricatures.

Marie- Antoinette aimait le plaisir, elle l’aimait passionnément, avec la candeur et la simplicité de l’innocence. Suivant l’expression d’un historien impartial, (( le roi était au milieu de sa cour comme un père facile qui tolère les plaisirs de sa jeune famille. » De là ces fêtes continuelles dont la reine était l’âme, à Versailles, à Marly, à Trianon, à Saint-Cloud. Il ne trouvait jamais à redire aux caprices de la reine, qui ne songeait qu’à se divertir, en amusant son entourage. Il la laissait puiser à pleines mains dans le trésor pour ses dépenses de luxe comme pour ses prodigalités de bienfaisance. Le jeu, la toilette, les équipages, les voyages de Marly, les bals champêtres de Trianon exigeaient des sommes énormes. Cependant le prince de Ligne, qui était de l’intimité de la reine, s’efforce de la justifier à ce sujet: « Les reproches sur le luxe de la reine étaient mal fondés, dit-il dans ses notes de cour. Elle s’occupait si peu de sa toilette, qu’elle se laissa pendant plusieurs années coiffer on ne peut plus mal, par un nommé Larceneur, qui l’était venue chercher à Vienne, pour ne pas lui faire de la peine. Il est vrai qu’en sortant de ses mains, elle mettait les siennes dans ses cheveux, pour s’arranger à l’air de son visage. Quant au reproche sur son jeu, je ne lui ai pas vu perdre plus de 2,000 louis, et encore était-ce à ces jeux d’étiquette où elle avait peur de gagner à ceux qui étaient obligés de faire sa partie. Souvent, à la vérité, après avoir reçu, le premier jour du mois, 500 louis, qui étaient, à ce que je crois pouvoir me rappeler, l’argent de sa poche, elle n’avait plus le sou. Je me souviens d’avoir quêté un jour, parmi ses valets de pied et dans son antichambre, 25 louis qu’elle voulait donner à une malheureuse qui en avait besoin. Sa prétendue galanterie ne fut jamais qu’un sentiment d’amitié, peut-être distingué, pour deux ou trois personnes, et une coquetterie générale de femme et de reine pour plaire à tout le monde. »

Les calomniateurs, en effet, les ennemis secrets et implacables avaient transformé en actions suspectes ou répréhensibles quelques légèretés,

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quelques imprudences de Marie-Antoinette. L’abominable procès du Collier, dans lequel son nom et son honneur furent mis au pilori, n’était que la suite de cette machination souterraine qui travaillait à perdre la reine. Mais la confiance de Louis XVI dans la vertu et l’honnêteté de son épouse bien-aimée ne fut pas même ébranlée par ces attaques réitérées, qui prenaient toutes les formes pour faire de Marie- Antoinette une folle dissipatrice de la fortune publique, une femme sans pudeur, sans retenue, sans mœurs, une dangereuse et perfide conseillère. On l’accusait déjà, cette malheureuse princesse, de sacrifier les intérêts de la France à ceux de l’Autriche, d’épuiser le trésor au profit de son frère, l’empereur Joseph II, et de couvrir le roi de honte et de ridicule, en le poussant dans les voies politiques les plus funestes à la couronne et au pays ! Louis XVI, disait-on, était aveuglé par sa tendresse pour elle. Il prouva, il est vrai, dans certaines circonstances, qu’il ne savait rien lui refuser. Ainsi, elle s’en allait seule, avec une dame de sa maison ou avec ses beaux-frères, aux bals de l’Opéra : elle se figurait n’être pas reconnue et se livrait, sous le masque, à toute l’expansion de son esprit et de sa gaieté. On en fut scandalisé, on en murmura. Alors elle pria le roi de venir à ce bal avec elle : le roi oublia, ce soir-là, sa gravité et peut-être sa dignité ; il parut au bal en domino noir, il s’v amusa peu, ne parla qu’à deux ou trois personnes qui le reconnurent, « et ne trouva d’aimable, raconte Mme Campan, que les pierrots et les arlequins. »

(( La cour, dit Lacretelle, n’affectait plus cette aridité de sentiments qui naît trop souvent de l’excès même de la politesse, et qui avait dû devenir une mode ou plutôt une loi sous un monarque égoïste et libertin, tel que Louis XV ; elle semblait se conformer aux goûts et aux habitudes de la reine. On respirait, pour ainsi dire, l’air du plaisir, à Versailles et surtout à Trianon et à Saint-Cloud, où la reine ne semblait être que la reine des Grâces. Tout le monde voulait être jeune, parce que la reine l’était. Les mœurs de la cour n’étaient plus gouvernées par l’exemple du roi, mais du moins on n’y voyait plus l’ostentation du dérèglement, comme au temps de la Régence. La vertu n’était plus menacée du ridicule ; les faiblesses étaient fréquentes, mais on les couvrait du voile de la décence, ou bien on cherchait à leur donner

LE ROI ET LA COUR

l’excuse d’un sentiment profond. )) Le sentiment devenait la règle des mœurs, qui se relâchaient sans causer des scandales retentissants ; ce sentiment, presque toujours faux, exagéré et désordonné, servait d’ex-

Fig. 20. — La Dame du Palais de la Reine ; d’après Moreau le jeune.

cuse à toutes les imprudences, à toutes les fautes : il se montrait, il s’étalait en pleine liberté dans les livres , dans les pièces de théâtre , dans les conversations, dans tous les actes de la vie sociale ; et, il faut bien le constater, cette sentimentalité écœurante était venue d’Allemagne avec Marie- Antoinette.

« Depuis longtemps , dit Mme de Genlis dans ses Mémoires , la Révolution se préparait , et elle était inévitable ; le respect pour la monarchie était tout à fait détruit, et il était de bon air de braver en tout la cour

INSTITUTIONS, USAGES, ETC

et de se moquer d’elle Un ministre disgracié était sûr de la faveur

du public, et s’il était exilé, tout le monde s’empressait de l’aller voir, non par véritable grandeur d’âme , mais pour suivre cette mode de dénigrer et de blâmer tout ce qui se faisait à la cour. )) Mercier en vient à dire presque la même chose, mais avec plus de superbe et d’audace : (( On ne reçoit plus dp la cour les opinions régnantes ; c’est de la ville que part l’approbation ou l’improbation adoptée dans le reste du royaume. » Marie- Antoinette , hélas ! était coupable, pour sa part, de cette révolution dans les idées et dans les mœurs , révolution qui en annonçait une autre plus profonde et plus complète, plus douloureuse et plus terrible, dont la reine fut la première victime ; la seconde victime fut la monarchie de Louis XIV.

Fig. 21. — Jeton de jeu de Marie- Antoinette.

LA NOBLESSE

La noblesse. — Les généalogistes. — La noblesse de cour et la noblesse de province. — Les ordres de chevalerie. — Fondation de l’École militaire pour les nobles. — Les états généraux et l’abolition des titres de noblesse.

epüis que le savant Charles d’Hozier, généalogiste des ordres du roi, avait été chargé de dresser le Catalogue général de la noblesse du royaume (1683), les commissaires nommés pour faire la recherche des faux nobles et des usurpateurs de titres nobiliaires ne cessèrent pas un seul jour de remplir leur mandat, avec plus ou moins d’exactitude et d’impartialité. Le but de cette recherche était moins d’obtenir des condamnations contre les délinquants , que de leur faire payer des amendes et des droits fiscaux. Ces enquêtes héraldiques et généalogiques produisirent, en effet, des sommes considérables qui entraient directement dans les coffres du roi. Les nobles étaient toujours exempts de payer la taillg et la plupart des impôts, mais les faux nobles et les anoblis, ceux du moins de date récente , payaient sans bruit et souvent payaient plus que les roturiers.

INSTITUTIONS, USAGES, ETC

Depuis 1700 jusqu’à la mort de Loui XIV, il y eut un grand nombre d’arrêts du conseil, ordonnant de continuer les poursuites contre les usurpateurs de noblesse , et les commissaires ne craignaient pas de s’adresser même en haut lieu, pour demander aux porteurs de titres la preuve de leurs droits. Ainsi, en 1704, le lieutenant de la prévôté générale des monnaies et maréchaussée de France fut assigné devant les commissaires enquêteurs, afin de justifier du titre d’écuyer , qu’il se donnait sans aucun droit. L’amende pour toute usurpation de noblesse était de 2,000 livres ; en outre , le coupable devait être taxé à 300 livres pour chacun des titres qu’il aurait pris indûment dans des actes publics : noble , chevalier , écuyer , messire , baron , etc. Or, les usurpateurs de noblesse étaient incorrigibles et retombaient sans cesse dans la même faute. Quelquefois, le préposé à la recherche des faux nobles se trouvait autorisé à traiter à forfait avec une ville, avec une province, et, moyennant le payement d’une somme convenue ou d’une contribution annuelle volontaire , il consentait à s’abstenir, pendant un certain temps, de toute enquête et de toute poursuite contre les usurpateurs de noblesse et contre les anoblis, qui s’entendaient entre eux pour former cette cotisation, au prorata de leurs intérêts personnels.

L’office déjugé d’armes de France avait été supprimé par édit du mois de novembre 1696, et le sieur d’Hozier, qui se trouvait pourvu de cet office, fut alors remplacé par Clairambault , dont les fonctions n’étaient plus que celles d’archiviste de la noblesse. Mais un arrêt du conseil * (9 mars 1706) rétablit d’Hozier dans ses anciennes attributions , en conservant dans la ville de Paris une grande maîtrise de la noblesse et un armorial général ou dépôt public des armes et blasons du royaume. En conséquence, nul ne pourrait porter des armoiries timbrées, si elles n’avaient pas été réglées par le juge d’armes et enregistrées dans l’armorial général. Ce fut alors un grand trouble parmi ceux qui devaient une noblesse d’emprunt aux offices qu’ils avaient achetés de la finance ; car toutes les armoiries passaient sous les yeux de d’Hozier, et beaucoup ne trouvaient pas grâce devant lui. Des plaintes s’élevèrent de tous côtés, et les réclamations arrivèrent jusqu’au roi, qui ordonna de mettre moins de sévérité dans le règlement des armoiries. Le prévôt des mar-

LA NOBLESSE

chands, les échevins et les autres élus de la ville de Paris ne furent pas les derniers à s’émouvoir des rigueurs de la grande maîtrise de la noblesse. Il fallut un édit du roi pour confirmer le prévôt des marchands

Fig. 22. — D’Hozier (Charles-Réné), généalogiste de la maison du roi, juge général des armes et des blasons de France; d’après le portrait de Hyacinthe Rigaud, gravé par Gérard Edelinck.

dans le titre de chevalier, et pour assurer aux échevins et autres gens de la ville la qualité de noble héréditaire, en continuant le négoce à leur sortie de charge, sans faire toutefois le débit des marchandises en détail et en boutique ouverte.

Les anoblissements et la vente des lettres de noblesse au profit du roi n’avaient pas été suspendus néanmoins, malgré les poursuites qu’on

xvra' siècle, in. — institutions. — 6

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exerçait partout contre les usurpateurs de noblesse. En 1702, le roi avait anobli deux cents personnes, « choisies parmi ceux qui se sont le plus distingués pour son service, et par leur mérite, vertus et bonnes qualités, à la charge de vivre noblement, sans déroger à ladite qualité, et de payer à Sa Majesté les sommes qui seront fixées par les rôles arrêtés au conseil. » Chaque anobli avait à verser 3,000 livres, outre les menus frais. En 1706, l’anoblissement de cinq cents personnes donna des résultats pécuniaires plus sérieux, le taux des lettres de noblesse ayant été porté à 6,000 livres ; ce qui produisit un total de deux millions et demi, qui représentent peut-être vingt millions au cours actuel de l’argent. Les concessions et les amendes nobiliaires s’élevèrent à plus de cent millions pendant les quinze dernières années du règne de Louis XIV.

Le nombre des vrais nobles en France n’était pas de 600,000 à cette époque , y compris les femmes et les enfants ; ce nombre même tendait à diminuer graduellement, au lieu de s’augmenter. Vers 1750, onne croyait pas pouvoir compter plus de deux maisons nobles par lieue carrée de pays : 18,000 lieues carrées donnaient ainsi 36,000 maisons nobles, chacune composée de trois personnes environ. Mais la condition et la fortune de ces nobles variaient à l’infini. On s’accordait à diviser la noblesse française en deux espèces très-distinctes, la noblesse de cour et la noblesse de province.

(( Les provinces différentes du royaume, dit Barbier dans son Journal historique (janvier 1751), sont remplies d’une infinité de noblesse pauvre, chargée d’enfants, que les pères et les mères n’ont pas le moyen de faire élever dans une éducation convenable, encore moins de les faire entrer au service. Les enfants de cette noblesse passent leur jeunesse, avec des paysans, dans l’ignorance et la rusticité, servent le plus souvent à l’exploitation de leurs biens, et ne diffèrent, au vrai, des paysans, que parce qu’ils portent une épée et se disent gentilshommes. »

L’abbé Coyer, dans sa Noblesse commerqante(1756 ), fait une peinture saisissante du triste état de la noblesse de province : « Cette noblesse, obscure, qui voit tomber en ruine chaque jour le château de ses pères, sans pouvoir l’étayer, non pas cette noblesse attachée à la cour, tou-

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