DICTIONNAIRE
L'ACADÉMIE ÏRANÇOISE
l'ig. 31. — Première page (iviiuiu) du Dictionnaire it ïAettiMmit fixmçoUt, dédié au Ro»;
Paris, J.-B. Ootgnsrd, 16M, in-fol. 1" éd.
râblés de l'érudition française. Il est bien à regretter que du ('ange n'ait pas vécu assez longtemps pour compléter un Glossaire du même genre, destiné à l'interprétation des écrivains français du moyen âge; on peut juger ce que ce Glossaire aurait été, par l'étude approfondie que l'illustre savant avait faite des écrits et des documents, alors si peu étudiés, de la langue d'oc et de la langue d'oil.
Pierre Borel, de Castres (1020-80), dans son Trésor des recherches et antiquités (jauloiscs et françaises (1050), et Gilles Ménage, d'Angers (1013-92) , dans ses Origines de la longue frai/rnisc (10")O), considérablement augmentées depuis sous le titre de Dicttonnam êty-
XVIIe SIÈCLE. —
mologique, ne donnèrent que des essais bien insuffisants et bien imparfaits sur un sujet encore obscur et presque ignoré, que Lacurne de Sainte-Palaye devait mettre en lumière au dix-huitième siècle. Les travaux sur notre ancienne langue étaient alors absolument négligés par les lexicographes, qui s'occupaient de la langue française ; par l'Académie , qui ne publia la première édition de son Dictionnaire qu'en 1094, et même par Pierre Richelet, qui connaissait mieux que personne la vieille littérature et qui avait fait imprimer à Genève, dès 1080, son remarquable Dictionnaire francois contenant les mots et les choses. Antoine Furetière (1619-88), qui travaillait depuis trente ans à un Dictionnaire universel de la langue française, n'eut pas le bonheur de le voir paraître de son vivant, et de se venger ainsi de l'Académie', en devançant la publication du Dictionnaire académique, qu'il espérait mettre à néant. L'ouvrage de Furetière, publié à Rotterdam en 1690, quoique inachevé, sous le titre de Dictionnaire des Arts, bien supérieur à celui que fit Thomas Corneille (1694), pour servir de complément au Dictionnaire de V Académie, fut perfectionné encore plus tard, quand il devint le Dictionnaire de Trévoux.
II. Philologie sacrée. — Les religieux des divers ordres monastiques concoururent, avec autant de zèle que d'érudition, aux nombreuses éditions nouvelles des Pères de l'Eglise, qui furent imprimées, soigneusement revues sur les manuscrits les plus anciens, et dont la simple nomenclature bibliographique remplirait plus de vingt pages. Il faut se borner à citer les grandes collections qui ont fait le plus d'honneur à leurs savants éditeurs , appartenant la plupart à l'ordre de Saint-Benoît et principalement à la congrégation de Saint- Maur, établie en 1621, pour coopérer aux œuvres de l'érudition ecclésiastique. J.-B. Cotelier, professeur au Collège Royal, s'occupa des Pères grecs et publia Monumenta Ecclesiœ grœcœ (3 vol. in-fol., 1677; et Patres apostolici (2 vol. in-fol., 1098;-, Philippe Despont entreprit de former une collection de tous les Saints Pères, beaucoup plus considérable que celle qui avait été publiée au seizième siècle par Pierre Margarin de la Bigne, et il fit paraître à Lyon, en 1077,
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
les vingt-sept volumes in-folio de sa Bibliotheea veferum Patrum. Le dominicain François Combefis donna, en 1GG2, huit in-folios de sa Bibliotheea Patrum concionatoria; Claude de Chantelou, bénédictin de Saînt-Maur, quatre volumes de la Bibliotheea Patrum ascetica, et Bertrand Tissier, bénédictin de Bonnefontaine, huit volumes in-folio de la Bibliotheea Patrum Cisterciensium.
D'autres savants s'attachèrent, avec une ardeur sans pareille, à mettre au jour une foule de précieux ouvrages inédits du moyen âge ecclésiastique. Entre toutes ces collections d'analectes sacrés, il suffira de citer les Miscellanea, de Baluze ( 1678, 7 vol. in-8°) ; le Spicîlegium veterum aliquot scriptorum, de Luc d'Achery ( 13 vol. in-4°) ; le Musœum italicum, de Mabillon (2 vol. in-40. Les jésuites semblent avoir porté, de préférence, leur sollicitude sur le recueil des conciles : dès l'année 1051), le Père Sirmond publiait les Antigua concilia Galliœ (5 vol. in-fol.), auxquels son neveu, le P. de la Lande, ajoutait un supplément, en 1044; une nouvelle collection générale des conciles, préparée dans le scinde la compagnie de Jésus, était confiée aux soins de l'imprimerie royale de Paris et ne formait pas moins de trente-sept volumes in-folio. Puis, les Pores Labbe et Gabriel Cossart publiaient en 1671, aux frais de leur société, une réimpression augmentée et corrigée de cette édition dite du Louvre, en dix-huit volumes in-folio.
III. Philologie profane et Critique bavante. — Les grands érudits du seizième siècle semblaient n'avoir rien laissé à faire à ceux du dixseptième, pour revoir, élucider et commenter les textes des auteurs grecs et latins de l'antiquité. Les éditions publiées par Turnèbe, Lambin, Muret et surtout Henri Estienne pouvaient être regardées comme des modèles de critique savante. Cependant -Joseph Scaliger, d'Agen, mort en 1609, qui commenta un grand nombre d'auteurs classiques, poussa plus loin encore les recherches et les raffinements de la critique ; le genevois Isaac Casaubon, qui mourut en 161 I à Paris, où Henri I Y l'avait fait venir avec le titre de bibliothécaire du roi, appliqua aussi sa prodigieuse érudition à faire encore mieux connaître Strabon, Polybe, Théo-
80 XVIIe SIÈCLE. — SCIENCES, LETTRES ET ARTS.
phraste, etc., qu'il publiait avec une traduction latine et un ample commentaire. Claude Saumaise, né en Bourgogne (1588-1658), passa la plus grande partie de sa vie en Hollande et y publia des éditions commentées de différents écrivains de l'antiquité. Mais son éclatante réputation de docte critique s'était faite surtout par la quantité de traités et de dissertations, qu'il avait écrits sur les points les plus obscurs de l'érudition grecque et romaine. Il est impossible d'énumérer ici la multitude de savants français qui s'adonnèrent à la critique des auteurs anciens, qu'on s'efforçait de mieux comprendre et de mieux traduire. La collection des auteurs latins Ad usum Delphini, commencée en 1G75, sous les auspices de Bossuet et du duc de Montausier chargés de l'éducation du Dauphin, est un monument d'érudition qui honore le siècle de Louis XIV; elle se compose de soixante-trois volumes in-4°, qui parurent successivement, jusqu'à la fin du siècle, avec des interprétations et des notes dues aux meilleurs humanistes et aux plus éminents professeurs du Collège Royal et de la Sorbonne.
Au nombre de ces philologues émérites on doit remarquer une femme, Anne Le Febvre, fille du fameux humaniste Tanneguy Le Febvre, laquelle traduisit plusieurs auteurs grecs avec beaucoup d'élégance et qui donna l'édition la plus estimée de Longin. C'est elle qui publia aussi les Hymnes de Callimaque et les éditions de Florus, d'Eutrope et d'Aurelius Victor. Elle ne fut pas, à cette époque, la seule femme helléniste et latiniste, mais elle eut plus de célébrité que toutes celles qui s'étaient vouées aux lettres anciennes depuis la fameuse MUe de Gournay. L'amour des études classiques la rapprocha du savant André Dacier, de Castres (1651-1721), qu'elle épousa en 1683, et dont elle aida les travaux d'érudition en s'y associant avec un héroïque dévouement : les deux époux préparaient ensemble leurs éditions grecques et latines, puis ils choisissaient d'un commun accord les traductions que chacun d'eux s'attribuerait seul. Dacier se déclara ainsi traducteur d'Horace, de Platon, d'Aristote et de Plutarque; sa femme, traductrice de Plaute, de Térence, d'Anacréon et d'Homère.
La querelle des anciens et des modernes, dans laquelle Mmc Dacier ne prit un rôle actif qu'après avoir publié sa traduction d'Homère en
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
1711 , avait éclaté, en pleine Académie, dans l'année 1687, et l'année suivante, Charles Perrault, qui avait allumé le feu de cette querelle mémorable, publiait le premier volume de son Parallèle des Anciens et des Modernes, qui fit plus de bruit qu'il ne méritait d'en faire : la critique littéraire s'était donc éveillée , de part et d'autre, sans émouvoir cependant les érudits les plus capables de faire triompher la cause des anciens. Huet et Boileau, Fontenelle et Longepierre engagèrent, à ce sujet, avec Perrault une polémique assez vive, qui se termina par une sorte de trêve courtoise entre les adversaires, mais qui devait se ranimer avec plus de violence vingt ans plus tard.
IV. Jurisprudence. — Les jurisconsultes et les juristes du seizième siècle étaient la plupart des lettrés, des savants et même des érudits de premier ordre. La science du droit romain, invoqué sans cesse dans les tribunaux, côtoyait souvent l'archéologie, en exigeant une étude et une intelligence permanente de la vie publique et privée des anciens. Les plus illustres de ces légistes étaient morts au commencement «lu règne de Henri IV : François Hotman, Jacques Cujas, Jean Papon, Jacques Faye d'Espesses, en 1590; Guy Coquille, en 1603; Pierre Pithou, en 1596; mais son frère François, jurisconsulte comme lui, lui survécut jusqu'en 1621. Les bons ouvrages de jurisprudence publiés au dixseptième siècle sont innombrables : il faut donc renoncer à les mentionner tous. On rassembla les œuvres des avocats et des magistrats fameux, Gilles Lemaistre, Charles du Moulin, Charles Loyseau, Antoine Loysel, etc. On réimprima en corps d'œuvres, avec des annotations, les livres et traités de droit des premiers jurisconsultes, tels que Cujas, Brisson, Choppin, etc., qui faisaient autorité au palais.
Denis Godefroy (1549-1622), le plus docte interprète du droit civil, au dire du chancelier d'Aguesseau, avait éclairci, dans ses nombreux ouvrages, toutes les obscurités de la jurisprudence romaine; son petitfils Jacques Godefroy publia en 1651 son fameux Manuale juris , qui était le vade-mecum des gens de loi, mais ils furent surpassés l'un et l'autre par Jean Domat, auteur de l'admirable ouvrage : les Lois cïvtlt s (l'u/s leur ordre naturel (1694, 3 volumes in-4°). La première traduc-
XVIIe SIKCLK. — SCIENCES. — 11
XVIIf SIÈCLE. —
tion moderne des Institutes et du Digeste de Justinien avait été faite par Claude de Ferrière. La jurisprudence des ordonnances des rois de France fut en quelque sorte constituée par Antoine Fontanon, dans son grand recueil des Edits et ordonnances, en 3 volumes in-folio ( 1611 ) ; Néron et Girard abrégèrent ce recueil, en le classant d'une autre manière, et leur unique volume in-8°, cinq ou six fois réimprimé, devint un in-folio en 165G. La jurisprudence des arrêts, que Jean Papon avait commencé à former dans un recueil à? Arrêts notables des Cours souveraines (1594), fut établie par une foule de doctes arrêtistes, dans tous les parlements de France, où cette jurisprudence variait à l'infini. Le plus vaste recueil d'arrêts qu'on ait publié en France est le Journal des audiences, qui commençait à paraître en 1G80 et dans lequel Jean du Fresne réunissait les arrêts du Parlement de Paris, du Grand Conseil et de la Cour des Aides, depuis 1(322. La jurisprudence du droit coutumier fit naître encore plus de volumes que toutes les catégories du droit civil et criminel. Le recueil des Coutumes générales et particulières du Royaume de France avait été réimprimé bien des fois, avant la meilleure édition, donnée en 1664 par le laborieux Michel de la Roclie-Maillet. Entre tous les commentateurs des coutumes, dont Bruneau a présenté le tableau, avec celui des Arrestographes , il suffira de nommer Hévin et P. Argentré, pour la Bretagne ; François Ragueau, pour le Berry ; Julien Brodeau, pour le Maine ; Gabriel du Pineau, pour l'Anjou ; Etienne Pallu, pour la Touraine ; etc.
Le droit canonique n'était pas moins cultivé que les autres parties du droit : Justel publia, en 1661, sa savante Bibliotheca juris canonici, en 2 vol. in-folio, et Blondeau, en 1689, sa Bibliothèque du Droit canonique. Un des plus beaux traités relatifs à ce droit est sans contredit le Traité de l'abus, par Fevret. Les ouvrages historiques sur les tribunaux et sur les institutions judiciaires servaient de corollaire aux ouvrages de droit, théoriques et pratiques : bornons-nous à citer les Treize livres des Parlements de France, par Bernard de la Rocheflavin, qui parurent à Bordeaux en 1627 ; les Offices de France, par Jacques Joly (1638, 2 vol. in-fol.), et surtout l'intéressante Bibliothèque du Droit franqois^v&r Laurent Bouchel (1629, 3 vol. in-fol.).
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
V. Géographie ancienne. — La préoccupation des savants géographes se porta d'abord sur les livres de l'Ancien Testament. Le célèbre Samuel Bochart (1599-1667), théologien protestant, un des meilleurs hébraïsants de son temps, ne publia malheureusement que la première partie de sa Géographie sacrée (1646), écrite en latin comme la plupart des ouvrages consacrés à l'Ecriture sainte. Le jésuite Philippe Briet
Vig. 32. — Carte tirée île l'onvrngo. du P. Briet : l'aralli lu l!,oijrajihia' rel, ris et m,r,i . Pnris. 1G48. 3 vol. in-4°, fig.
(1601-68) s'adonna surtout à la géographie ancienne, mais, s'il acheva son grand ouvrage Paralleïa Geograpkiœ veteriset novœ, il n'en publia lui-même que les trois premiers volumes; son Theatrum geographicum Europœ veterts (1053) le mit au même rang i]ue Nicolas Sanson. Ce dernier avait ouvert la voie- aux grandes ehoses de la géographie ancienne par ses ouvrages , écrits en latin , sur la géographie de la Grèce, de l'empire romain et de la Gaule : sa doete Geographta sacra (1653, in-fol.) fut sans doute cause que Bochart ne lit pas imprimer la seconde partie de la sienne. Adrien Valois termina et publia, en 1675.
XVIIe SIÈCLE. —
une Notitia Galliarum, qui l'emporta de beaucoup sur la Geographia veteris Gallïœ de Nicolas Sanson. Quant à l'abbé Baudrand, élève du Père Briet, il prouva, dans son Dictionnaire géographique latin, qu'il connaissait mieux la géographie ancienne que la nouvelle.
VI. Chronologie. — Joseph Scaliger, confiant dans son savoir universel, avait voulu corriger et rectifier la chronologie du monde dans son Opus de emendatione temporum (1629), mais il souleva contre son système les plus vives critiques. Le bonhomme la Peyre, comme on le qualifiait, fut aussi hardi et ne fut pas plus approuvé que Scaliger, quand il eut publié sa Sainte chronologie du monde (1632) et son .. Berger chronologique, qui le rendit si ridicule. Le jésuite Denis Petau (1583-1652), qui passait, avec raison, pour un des plus grands chronologistes de son siècle , dut sa renommée à ses trois ouvrages, Doctrina temporum (1627, 2 vol. in-fol.), Tabulœ chronologicœ (1678, in-fol.), et Bationarium temporum (1633, 2 vol. in-12). Le P. Labbe (1607-67) publia différents ouvrages latins sur la chronologie et traduisit lui-même sa Chronologie: historica, sous le titre de Chronologue François ou Abrégé chronologique de l'histoire sacrée et profane (1666, 5 vol. in-12). L'ensemble de ses travaux sur la chronologie fut renfermé dans cinq volumes in-folio, imprimés à l'Imprimerie royale : Coucordia chronologica technica et historica. Un petit traité de chronologie, qui eut plus de retentissement que ces volumineux ouvrages, l'Antiquité des temps rétablie et défendue contre les Juifs (1687), par le P. Pezron, donna lieu à d'ardentes polémiques pendant plusieurs années, et l'auteur, qui était un jésuite, envenima cette querelle de savants, en répondant à Michel Lequien et à J. Martianay , en 1691 , dans la Défense de V Antiquité des temps, ou Von soutient la tradition des PB. et des Eglises, contre celle du Talmud.
VIL Diplomatique. — Cette science est née au dix-septième siècle avec la congrégation de Saint-Maur, qui se forma exprès pour étudier et recueillir les monuments de l'histoire ecclésiastique. Ces savants religieux étaient donc très versés dans la diplomatique pour l'usage de leurs
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
travaux habituels, longtemps avant que le P. Mabillon eût été amené naturellement, par ses propres découvertes, à rédiger un traité, â la fuis explicatif et historique, sur la science qu'il possédait mieux que personne : son ouvrage de Re diplomatica, grand in-folio, parut en 1681, chez lu libraire Billaine, avec de merveilleux fac-similés des écritures de chaque siècle. Mabillun revint sur le sujet qu'il avait traité de main de maître, dans son livre sur les Études monastiques, où il donnait une liste des principales difficultés qui se rencontrent en chaque siècle dans la lecture des originaux. Ce n'est que vingt ans plus tard, en 1703, que le jésuite Germon devait accuser bien injustement le P. Mabillon d'avoir fondé les principes paléographiques sur des pièces controuvées ou d'une authenticité incertaine. Mabillun répondit à cette accusation perfide, en ajoutant un supplément à son célèbre traité de lie diplomatica.
VKI. Histoire générale et PARTICULIÈRE. — Il ne faudrait pas songer à énumérer ici les savants religieux qui ont écrit les histoires particulières des ordres monastiques, quoique plusieurs de ces histoires, comme les Annales de l'ordre de Saint-Benoit, par Mabillon et d'Achery, se composent de nombreux volumes : il ne faut pas davantage dresser la liste d'une multitude d'histoires de provinces et de villes de France, bien que beaucoup du ces histoires soient dus œuvres d'érudition très estimables. Nous devons nous contenter de rappeler les principales histoires générales en latin et en français, ainsi que les histoires particulières de certains règnes de notre Franco, un nous attachant de préférence aux ouvrages qui su recommandent par l'érudition plutôt que par le style. La plupart dus histoires générales quu nous avons à citer se rapportent à l'histoire de l'Église. Un des solitaires de Port-Royal, le Nain de Tillemont (1637-98), après avoir composé une magnifique Histoire des Empereurs durant les six premiers siècles de V Église , untruprend de publier, en 1G93, des Mémoires pour servir à V histoire ecclésiastique des six premiers siècles de VEylise, et meurt avant d'avoir mis au jour les derniers volumes de cette immense publication, qui en a seize et qui devait en avoir davantage. Le Père dominicain Noël
XVIIe SIÈCLE. - SCIENCES, LETTRES ET ARTS.
Alexandre, de Rouen (1639-1724), écrit une Historia ecclesiastka en 24 volumes in-8°; celle de l'abbé Fleury (1646-1723), en français, commence à paraître en 1691, et en aura vingt in-4°. L'abbé Louis Ellies Dupin (1657-1719) poussera jusqu'à 58 volumes in-8° sa Bibliothèque des Écrivains ecclésiastiques et serait allé plus loin, si Bossuet, qui poursuivait partout le jansénisme, n'avait dénoncé l'auteur comme coupable d'avoir laissé passer dans son livre des erreurs et des doctrines dangereuses.
Charles Lecointe (1611-84), oratorien, avait été plus orthodoxe et plus exact dans les huit volumes in-folio de ses Annales ecclesiastici Francorum, qu'il n'eut pas le temps d'achever. Nous ne citerons que deux histoires universelles : la Bibliothèque historiale de Nicolas Vignier (1530-98), en 4 vol. in-fol., dont le dernier ne fut publié, par les soins de son neveu, que plus de soixante ans après sa mort, et l'histoire universelle [Historia sui temporis, de 1546 à 1607) du fameux président Jacques- Auguste de Thou, lequel eut la gloire de terminer le plus beau et le plus vaste monument historique qui ait jamais été élevé par un témoin des événements qu'il représente avec autant de grandeur que d'impartialité.
L'exemple du président de Thou aurait dû inviter plus d'historiens à étudier nos annales, pour en tirer des œuvres d'érudition et de vérité historique ; mais, si l'on remontait alors aux sources pour écrire l'histoire des Gaules et de la France, l'on se préoccupait moins du fond que de la forme : de là les ouvrages de Duhaillan, de Dupleix et même de Mezeray. On réimprima les grandes histoires de Belleforest, de Duhaillan et de de Serres, jusqu'au milieu du règne de Louis XIII, avec des suites qui n'étaient que de misérables compilations. Dès le temps de Henri IV, il y avait eu pourtant des historiens très érudits, mais insupportables de langage et enclins à mêler la fable à la vérité. Claude Fauchet était de ces savants, que Henri IV ne pouvait souffrir, à cause de leur mauvais style. Ce vieil historien (1529-1621), auquel on a peine à pardonner le romanesque de ses Antiquités gauloises et franchises , a composé pourtant d'excellents mémoires sur 1' Origine des dignitez et magistrats
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
de la Franco, sur Y Origine des chevaliers, armoiries et héraults, sur Y Origine de la langue et poésie franqoise, etc. Etienne Pasquicr (1520-1615), qui n'écrivait pas beaucoup mieux que Faucliet, a fait
Fig. 33. — Autel de Lyon, gravure tirée île l'Histoire de f origine et des proçret tle la monarehie française.
par Guill. Marcel; Farta 1C86.
aussi un ouvrage très solide et plein «le précieux renseignements, dans ses Recherches de la Franco, dont le premier livre avait paru eu 1500, et dont les deux derniers ne furent publiés que quatre années avant sa mort. André Duchesne, qui était un érudit consommé, mais non un écrivain, quoiqu'il ait écrit une Histoire d'An-
gleterre, une Histoire des Chanceliers et gardes des sceaux de France et une Histoire des Cardinaux , rendit un immense service aux historiens à venir, en rassemblant les principales chroniques de la Normandie, qui parurent en 1619 sous ce titre : Historiœ Normannorum scriptores antiqui, et les chroniques originales de l'histoire de France, en grande partie inédites, formant 5 volumes in-folio, publiés en 1G36, sous ce titre : Historiœ Francorum scriptores coœtani.
André Duchesne ne fit qu'imiter en cela Pierre Pithou, qui avait publié à Paris, en 1588, d'après les manuscrits de sa bibliothèque, les historiens originaux des Français (Scriptores historiœ Francorum), de l'an 708 à 990, et à Francfort, en 1596, les historiens, de l'an 990 à 1285. Duchesne eut aussi des imitateurs : Théodore Godefroy recueillit et publia successivement les historiens des règnes de Charles VI, de Charles VIII et de Louis XII; Jean le Laboureur traduisit la Chronique latine anonyme du règne de Charles VI; le célèbre Charles du Cange donna une bonne édition de la Chronique de saint Louis par le sire deJoinville, en l'accompagnant de mémoires admirables sur divers points historiques.
On doit remarquer que presque tous les érudits de ce temps-là écrivent mal, incorrectement, confusément et lourdement. Jean le Laboureur (1623-75), un de ces érudits, n'écrit pas mieux X Histoire du mareschal de Guesbrîant, qui lui fournit la matière d'un in-folio ; Pierre du Puy (1582-1651), un autre érudit et l'un des meilleurs, écrit, dans un très mauvais langage, une dizaine de très bons ouvrages d'érudition historique : Y Histoire de la condamnation des Templiers, Y Histoire des plus illustres Favoris, le Traité des Régences et majorités des rois de France; Y Histoire du différent entre Boniface VIII et Philippe le Bel, etc., et la plupart de ces ouvrages n'ont été publiés qu'après lui. On ne saurait donc pas s'étonner que des historiens qui étaient plus sûrs de leur latin que de leur français, aient latinisé jusqu'au milieu du règne de Louis XIV. Ainsi Barthélémy de Grammont (1590- 1654), président au parlement de Toulouse, publiait, en 1641 : Annales Galliœ ab excessu Henrici IV. Le latin continua longtemps encore à être en usage dans les ouvrages destinés au public érudit,
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
qui avait la pratique et l'habitude de cette langue universitaire.
ROY,DMMES . D e.Fran ce
Fig. 34. — Figure Uléfl de l'Office des rois d'armes , des héraulls et des poursuivant, par Marc Vulson de la (,'olombiire ; Paris, Pierre Lamy. 16-15, in-4.
L'abbé Claude Robert, qui donna la première esquisse de la Gallia
XVIIe SIÈCLE. — SCIENCES. — 12
XVIIe SIÈCLE. —
SCIENCES
LETTRES ET ARTS
christiana1 en 1626, n'avait pas songé à rédiger en français un pareil livre, qui s'adressait surtout au clergé et qui fut considérablement augmenté par les deux frères Scevole et Louis de Sainte-Marthe, auxquels on fut redevable d'une nouvelle édition en quatre gros volumes in-fol. (1056), qui promettaient de s'étendre encore dans l'édition suivante, qu'un descendant de la famille des Sainte-Marthe entreprit au commencement du dix-huitième siècle.
IX. Histoire généalogique et héraldique. — Les ouvrages de cette catégorie furent au dix-septième siècle dix fois plus nombreux qu'ils ne l'avaient été au seizième, où l'on se tenait satisfait des généalogies et des armoriaux manuscrits conservés dans les familles. André Duchesne est un des premiers généalogistes qui aient travaillé d'après les archives particulières des grandes maisons nobles de France. Il avait débuté, en 1617, par une Histoire généalogique de la maison de Luxembourg. Plusieurs des plus illustres familles s'adressèrent à lui pour avoir leurs généalogies, et de 1621 à 1639 il publia sept énormes volumes in-folio, sur l'histoire généalogique des maisons de Châtillon-sur-Marne , de Montmorency et de Laval, de Vergy, de Guines et de Coucy, de Dreux, de Chasteigners et de Béthune. Les deux frères de Sainte-Marthe, qui suivaient les traces d'André Duchesne, firent paraître en 1626 Y Histoire généalogique de la maison de Beauvau, et, en 1628, leur magnifique Histoire généalogique de la maison de France, en 2 vol. in-fol.
11 semblait impossible d'aller plus loin dans ce genre de travaux, mais le savant André de la Roque (1597-1686) surpassa tout ce qu'on avait fait, avant lui, dans son Histoire généalogique de la maison de Harcourt (1662, 4 vol. in-fol.). On ne pouvait faire mieux, mais quelques généalogistes firent aussi bien, entre autres Jean du Bouchet, dans son Histoire de la maison de Courtenay (1660) et dans son Histoire des vicomtes de la Marche (1682). Christophe Justel, un érudit éprouvé, n'était pas resté trop en arrière d'André Duchesne, dans son Histoire généalogique de la maison d' Auvergne et des vicomtes de Turenne (1615). Il y avait eu, d'ailleurs, de patients et consciencieux
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
généalogistes pour la noblesse des différentes provinces 'de France : Augustin de Paz, pour la Bretagne (1619); l'Hermite de Souliers, pour la Touraine (1GC0) ; la Roque, pour la Normandie 1654 ;
Fig. 35. — Sacre île Louis XIII ; partie d'une planche gravée par P. Firens. d'après F. Quand, dans tel BbUOBt des armes de la royale Maison de Bourbon, par André de la Roque; Paris, 1G Jf>. in -fui.
Guy Allard, pour le Dauphiné, etc. Le savant Ménage, lui-même, n'avait pas dédaigné de s'essayer dans la science généalogique, en publiant la première partie de son Histoire de Sablé, qu'il laissa inachevée. Les ouvrages sur l'art du blason, représentant l'histoire héraldique et les origines de la noblesse française, n'avaient pas lait
XVIIe SIÈCLE. —
faute aux amateurs de ce qu'on appelait la Science héroïque. Ce fut sous ce titre que Marc Vulson de la Colonibière mit au jour en 1644 un de ses meilleurs écrits sur l'institution de la noblesse. Il avait déjà publié en 1639 le Recueil de plusieurs pièces et figures cï armoiries, in-fol. Son dernier ouvrage, le plus connu et le plus intéressant par les recherches qu'il contient, est le Vray théâtre d1 honneur et de chevalerie (1648, 2 vol. in-fol.).
Il n'y avait plus beaucoup de tournois et de carrousels où les nobles pussent faire montre de leurs armoiries, de leurs devises et de leurs emblèmes; il n'y avait donc plus de hérauts d'armes, dépositaires et régulateurs des armoriaux dans lesquels la noblesse trouvait les preuves de ses quartiers et de ses alliances. Chaque noble devait s'instruire de ses droits et avoir toujours en main les moyens de les soutenir et de les prouver. De là un grand nombre de livres instructifs et de traités élémentaires sur la noblesse. Le plus fameux et le plus usuel fut le Traité de la noblesse, par André de la Roque, imprimé pour la première fois en 1678 et dont les éditions se renouvelèrent jusqu'au milieu du dix-huitième siècle. Ce traité, si complet et si curieux, effaçait tout ce qui avait été écrit depuis le seizième siècle sur les mêmes matières , comme le Traité des nobles, par le président de l'Allouette (1577, in 4°); les Trois Traitez de la noblesse de race, de la noblesse civile et de V immunité des ignobles, par de Thierriat (1606, in-8°), etc. Robert Hubert publia en vain un autre Traité de la noblesse ^Orléans, 1681, in-12), lequel ne fit pas tort à celui d'André de la Roque, qui y avait ajouté un Traité de V origine des noms et surnoms, en 1681.
Le Père Menestrier (1631-1705), qui publia tant de traités concernant le blason, les armoiries, les devises, les tournois, etc., ne contribua pas peu à mettre en valeur le savant ouvrage d'André de la Roque, en propageant et popularisant la science héraldique. De tous ses écrits relatifs à cette science où il fut passé maître, le plus souvent réimprimé et le plus usuel était la Nouvelle méthode raisonnée du Blason, publiée d'abord à Lyon en 1696; le plus utile était intitulé : les Diverses espèces de noblesse et la manière d'en dresser
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
les preuves (1681;; le plus rare et le plus recherché : V Ont fine des armoiries (1680;. Enfin Pierre d'Hozier (1592-1660). le premier d'une
Fig. 30. — Tierre d'Hozier, sieur de ln Garde ; d'après le iiortrait gravé par L. Car*.
race féconde de généalogistes, avait aussi fait paraître, outre les généalogies des Gondi, la Rochefoucauld, d'Amanzé, etc., son Recueil armoriai de Bretagne (1638). Quant aux armoriaux proprement dits, qui n'étaient que des recueils d'armoiries gravées, sans texte ou avec
94 XVIIe SIÈCLE. — SCIENCES, LETTRES ET ARTS.
quelques légendes sommaires, on en faisait grand cas et on les consultait souvent dans l'intérieur des familles. Un des plus anciens est le Blason des armoiries, par Hiérome de Bara, dont la troisième édition, revue et augmentée, parut en 1628, quarante-neuf ans après la première. L'important ouvrage de Louvan Geliot, la Science des armoiries, mis en ordre par Pierre Palliot, fut réimprimé en 1660 et servit d'introduction à tous les armoriaux des provinces, qu'on craignit de voir disparaître lorsque Louis XIV eut ordonné aux intendants, en 1696, de faire la recherche des noms, qualités et armes de tous les nobles dans chaque province de France.
X. Numismatique. — Cette science, qui était presque générale en Italie et dans les Pays-Bas au seizième siècle, fut bien lente à s'acclimater en France, où il y eut cependant des collections de médailles aussi précieuses et aussi bien composées que partout ailleurs; mais ces collections, dont la plus belle et la plus célèbre, celle de Jean Grolier, mort en 1565, fut achetée, un siècle plus tard, par Louis XIV, n'étaient pas et ne pouvaient être nombreuses dans un pays où la numismatique avait peu de connaisseurs. A l'époque où, selon les rapports d'un numismate contemporain, les Pays-Bas se glorifiaient d'avoir plus de trois cents cabinets de médailles, la France n'en possédait pas dix, entre lesquels on citait avec éloges ceux du président de Thou, de Peiresc, de J.-B. Haultin, de Paul Petau, etc. Le curieux Discours sur les médailles, d'Antoine le Pois, qui le publia en 1578, était encore très estimé, quand Louis Savot, jésuite, fit paraître son Discours sur les médailles, 1627, in-4°.
Les premiers ouvrages descriptifs qui parurent sur la numismatique ancienne étaient consacrés aux médailles romaines. J.-B. Haultin, qui étudia les monnaies de France avant tout le monde, ne vécut point assez pour mettre ses travaux -en lumière : il avait fait graver à grands frais toutes les médailles antiques et toutes les pièces françaises qu'il avait rassemblées dans son cabinet : il n'y a eu que quelques exemplaires des Fuj/rres des monnaies de France, qui aient échappe à la destruction ; les planches des médailles romaines fu-
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
rent publiées, sans aucun texte, sous ce titre : Histoire des empereurs romains depuis J. Cœsar jusques à Postumus, avec toutes les médailles d'argent qu'ils ont fait battre de leur temps^ 1645, mais les savantes explications préparées par l'auteur sont restées manuscrites.
Un autre numismate, J.-B. le Menestrier, était mort aussi sans avoir pu achever un Livre de médailles, analogue à celui de Haultin et dont il ne fit paraître que les planches en 1G27. Jean Tristan (1595-1656) fut plus heureux, car il mit en lumière, dans ses Com-
Fig. 37 et 38. — « Réception du Roy à l'Hôtel Je ville de Paris, après avoir remercié Dieu dans l'église cathédrale de Notre-Dame, pour le rétablissement de sa santé, le 30 janvier 1687 »; d'après une gravure de Séb, Lcclerc.
mentaires sur V histoire des Empereurs (1G44, 3 vol. in-fol.), les médailles qu'il avait savamment expliquées. Claude Bouteroue, conseiller à la cour des Monnaies, tira parti des collections monétaires qu'il avait sous les yeux, pour composer un grand ouvrage sur les monnaies de France : Recherches curieuses des monnaies de France depuis le commencement de la première race; mais le premier volume, 1G0G, in-fol., est le seul qui fut imprimé, des quatre qu'il promettait. On a lieu de croire qu'il redouta la concurrence de François Leblanc, qui travaillait dès lors à son savant Traité historique des monnaies de France, lequel ne fut publié pourtant qu'en 1690. On peut dire que Leblanc avait créé la numismatique française. Le goût des
XVII" SIÈCLE
numismates se portait de préférence sur les médailles antiques, et Charles Patin, fils du fameux médecin Guy Patin, qui ne se bornait pas à aimer les médailles, classa et décrivit les médailles des familles romaines, 1663, in-fol. Il fut obligé de quitter la France et d'emporter avec lui sa riche collection numismatique, dont il fît le catalogue raisonné : Thésaurus numismatum, 1672, in-4°. Cette collection n'était pas moins belle que celle qui avait été formée pour Gaston, duc d'Orléans, par les soins du P. Vignier, oratorien. Baudelot, garde des médailles du cabinet de Madame, fut aussi un bon numismate, mais il donna dans les rêveries du P. Joseph Hardouin, le plus savant et le plus paradoxal des savants, qui, dans ses Numismata antiqua populo rum et urhium, 1684, avait exposé les idées les plus bizarres et les plus folles. L'illustre Jean Vaillant, de Beauvais (1652-1706), n'eut garde de tomber dans les erreurs du docte jésuite : suivant la méthode du P. Pagi et du cardinal Noris, il écrivit, d'après les médailles grecques, l'histoire des rois d'Egypte et des rois de Syrie. Il était allé en Orient et jusqu'en Perse, pour recueillir des médailles destinées à enrichir le cabinet du roi. Ses nombreux ouvrages numismatiques firent l'admiration du monde savant. Les jésuites de Paris , qui possédaient un superbe cabinet de médailles, publièrent, en Hollande, 1692, la Science des médailles, du P. Joseph Jobert.
XI. Epigraphie. — La science épigraphique, qui avait eu quelques savants interprètes à la cour des Valois, n'existait plus en France, à la fin du seizième siècle, alors qu'elle florissait en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas. Mais l'apparition du Corpus inscriptionum de Gruter, à Heidelberg, en 1601, donna le signal des études épigraphiques parmi les savants français. Claude Fabri de Peiresc (1580-1637) s'était tourné du côté des lettres et de l'érudition, au sortir du collège, et se livrait avec plaisir à la recherche des médailles, des inscriptions et des monuments. L'épigraphie fut une de ses occupations favorites, et ses manuscrits sont remplis de mémoires et de notes sur les inscriptions de tous les pays et de tous
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
les temps; mais la science qu'il cultivait de préférence ne fit pas de progrès en France, et, à l'exception de quelques mémoires sur des inscriptions antiques, publiés à Paris en 1617 et 1619 par Jacques Sirmond et Claude Saumaise, deux amis de Peiresc, on ne voit paraître aucun recueil, aucun ouvrage épigraphique, dans tout le cours du siècle. Cependant on avait compris la nécessité de l'épigraphie moderne pour les monuments publics et pour les médailles commémoratives, car Colbert réunissait de temps à autre, dans sa bibliothèque, divers membres de l'Académie française, qu'il avait chargés de préparer ces inscriptions et ces devises, en latin et en français. Cette petite académie fut le berceau de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, laquelle n'eut une existence réguliers qu'en 1701. Il faut se féliciter de ce que l'épigraphie ancienne ne soit pas devenue une arène ouverte à des esprits aussi faux que le P. Hardouin, qui niait radicalement l'authenticité des inscriptions et des médailles; par bonheur, Nicolas Bergier avait su faire un excellent usage des monuments épigraphique s , pour composer sa belle Histoire des grands chemins de V Empire romain (1622), écrite sous l'inspiration de l'illustre Peiresc.
XII. Archéologie. — Ce fut aussi Peiresc qui tenta d'allumer en France le flambeau de l'archéologie, mais son action scientifique, qui se faisait sentir partout à l'étranger, fut presque nulle parmi les savants français pour l'étude des antiquités. On peut dire qu'il n'y a pas eu d'archéologue en France jusqu'au milieu du règne de Louis XIV. Les jésuites, il est vrai, ne séparaient pas l'archéologie des études classiques et ils voulaient que leurs élèves eussent au moins des idées générales sur les mœurs et les usages des anciens peuples, niais la France ne produisit, sur ce vaste et inépuisable sujet, qu'un très petit nombre de traités spéciaux. Le jésuite -Iules-César Boulenger, de Loudun (1558-1628), en composa quelques-uns qui furent très estimés ; Claude Saumaise s'exerça aussi sur différents points de l'antiquité archéologique. Fgasse du Boulay (mort en 1678), le patient compilateur de Y Histoire do VUniversité de Paris 1 665-73, 6 vol. in-fol. ;, qu'il
XVIP SIÈCLE. —
écrivit en latin, avait écrit en français son Trésor des antiquités romaines, 1650, in-fol. Plus tard, Pierre Danet (1640-1709) accumula, dans son Dictionnaire latin des antiquités grecques et romaines (1698 in-4°), tout ce que la science avait dit de meilleur sur la matière. Charles Patin était un véritable archéologue, consciencieux et néanmoins enthousiaste; une affaire mystérieuse l'obligea de s'expatrier, et les ouvrages qu'il composa sur l'archéologie furent publiés à l'étranger. Le voyageur Jacob Spon, de Lyon, était également un antiquaire expérimenté et il le prouva dans la relation de ses voyages, mais surtout dans sa liecJierche des antiquités de Lyon, 1673, in-12, et dans ses Ihclievclies d'antiquités, 1683, in-fol. Il suffira de citer, parmi les archéologues qui vivaient à la même époque, l'abbé Nicaise, de Dijon, Guillaume Marcel, de Toulouse, et l'abbé Boizot, de Besançon.
XIII. Histoire littéraire et Critique d'érudition. — La critique, qui embrassait toutes les parties de la science et tous les genres des œuvres de l'esprit humain, ne fut jamais plus active et plus puissante, plus audacieuse et plus fantaisiste, qu'au dix-septième siècle, car elle touche à la fois à la religion, à la philosophie, aux arts, aux lettres, à l'histoire surtout. Aussi, faute d'espace, ne citeronsnous que les auteurs principaux. François de la Mothele Vayer (1588- 1672) était un érudit universel, très sceptique, sans obstination et sans préjugés : il a écrit avec beaucoup de finesse et de malice, quoique d'une manière assez archaïque et incorrecte, une quantité de petits ouvrages de critique sur toutes espèces de sujets, où il montre la variété et l'étendue de ses connaissances historiques et philosophiques. Le recueil de ses œuvres (1662, 2 volumes in-folio) ne renferme pas les plus ingénieux et les plus hardis de ses écrits. Jean de Launoy (1603-78) a employé son érudition, qui n'était pas moindre que celle de la Mothe le Vayer, à discuter, à critiquer, à attaquer les fausses légendes, qu'il découvrait dans le martyrologe romain et qu'il se faisait un point d'honneur de signaler aux défiances de l'Eglise. Sa dialectique était impitoyable et il n'obéissait qu'à un désir immodéré de ne laisser subsister aucune fable apparente parmi les Actes des
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
saints. Ses dissertations étaient heureusement écrites en latin et ne s'adressaient qu'aux autorités ecclésiastiques. Le jésuite .1 .-J. Chifflet, de Besançon (1588-1 6G0), publia aussi des livres de critique violente, historique et politique, mais toujours écrits en latin, pour ne s'adresser qu'à un public également érudit : ses Vindiciœ hispanicœ étaient un amer pamphlet contre la France, auquel David Blondel (1591-1055), un érudit plus sérieux et plus profond, eut charge de répondre magistralement, au nom de la France et de son gouvernement, dans un grand ouvrage, qui fut encore moins lu que celui de Chifflet, parce qu'il était plus volumineux : (!ene<dn<ji<t> Francicœ plena assertio, 1G54, 2 volumes in-folio. Blondel, qui était protestant, trouva plus de lecteurs, lorsqu'il démontra en assez méchant français que l'histoire de la papesse Jeanne n'était qu'une fable : Familier éclaircissement de la question : Si une femme a été assise au siège papal de Rome (1G47).
On publiait en France une telle multitude de livres d'érudition, qu'un érudit, conseiller au parlement de Paris, Denis de Sallo (1026-G'J), conçut le projet d'en offrir l'analyse et la critique aux personnes qui n'avaient pas le temps de lire ces ouvrages; il obtint le privilège du Journal des savants, et rédigea les treize premiers numéros en 1665. Le journal fut supprimé et cessa de paraître, par ordre du roi, mais, l'année suivante, l'abbé Gallois était autorisé à le continuer, avec plus de prudence et moins d'acrimonie contre les auteurs. Bernard de la Monnove, de Dijon (1G41-1728 , qui avait une si vaste érudition et qui savait s'en servir avec tant d'adresse et de belle humeur, eût été sans doute le meilleur et le plus habile rédacteur qu'on aurait pu choisir pour le Journal des savants, niais il entendait conserver sa liberté entière dans tout ee qu'il écrirait en qualité de critique; il s'abstint donc souvent de publier ce qu'il avait écrit, et il eut fort à faire pour se garer de la censure, quand il ajoutait des notices et des notes à d'anciens livres, dont il préparait les nouvelles éditions. Richard Simon (1G38-1712) fut un critique moins lettré et plus obstiné, tout oratorien qu'il était; il publia un grand nombre d'ouvrages critiques sur les Ecritures et sur
XVIIe, SIÈCLE. —
des matières ecclésiastiques, ouvrages qui soulevèrent de vives contestations; comme la plupart des savants de ce temps-là, il ne se piquait pas de bien écrire, mais de dire nettement et crûment ce qu'il pensait, môme sur les questions les plus délicates.
Daniel Huet (1630-1721), évêque d'Avranches, bon érudit et mauvais écrivain, composa des ouvrages de critique religieuse, littéraire et historique. Le P. Tournemine (1661-1739) était un savant, qui, comme tous les jésuites, avait le génie de la critique et aurait dû écrire toujours en latin, parce qu'il maniait cette langue morte avec plus de facilité que le français, Quant au P. Hardouin 16-16-1729), il eût été le premier érudit de son temps, s'il avait su se servir de son érudition avec mesure et clairvoyance, au lieu de l'égarer dans les exagérations de la critique la plus extravagante : il niait, par exemple, l'antiquité des poèmes d'Homère et des poésies de Virgile et d'Horace, en soutenant qu'ils avaient été supposés par les écrivains du moyen âge.
XIV. Biographie. — Nous devons nous borner à parler des biographies générales ou spéciales, comprenant un plus ou moins grand nombre d'éloges posthumes ou de portraits historiques plus ou moins ressemblants. Le grand ouvrage d'André Thevet, les Vrais portraits et vies des hommes illustres anciens et modernes (1584, info!.), conserva longtemps sa vieille réputation, à ce point que Guillaume Colletet en donnait, 1670, une édition augmentée, en 8 volumes in-12. Les Bibliothèques franchises de la Croix du Maine et de du Verdier, sieur de Vauprivas, qui avaient paru en même temps que l'ouvrage de Thevet, n'avaient rien perdu de leur réputation, mais ne furent réimprimées que dans le dix-huitième siècle. Papire Masson, qui mourut en 1611, avait publié séparément, en latin, divers éloges des personnages remarquables du seizième siècle, et le reste de ces éloges était encore inédit : Balesdens réunit le tout dans une édition complète qui parut en 1638. Scévole de Sainte-Marthe (1536- 1623) avait publié lui-même, à Poitiers, en 1598, un recueil biographique du même genre, Gallorum doctrina illustrium Elogia, qu'on
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
réimprima plusieurs fois, avant que Guillaume Culletet l'eût paraphrasé, en 1644, sous ce titre : Éloges des hommes illustres qui depuis un siècle ont fleury dans les lettres. De 1630 à 1047, le P. Hilarion
Fig. 3!). — Louis Moreri, docteur on théologie, né ;'i liargcinont eu ProVenoe, mort a Taris, le 10 juillet 1680.
de Ooste mit au jour deux volumes în-4", très curieux et remplis de faits, mais écrits en style ampoulé : les Éloges des reines, princesses et dames illustres; le P. Lemoine écrivit, à peu près dans le même style, la Galerie des femmes fortes, 1647, in-fol. Charles Perrault, qui écrivait moins bien en prose qu'en vers, composa des notices biographiques assez naïves, mais peu approfondies, pour accompagner les beaux portraits des Hommes illustres de ce siècle, que l'intendant
XVIIe SIÈCLE. —
Begon avait fait graver à ses frais (1G96-1700, in-fol.) ; quelques années plus tôt, André Félibien avait fait paraître, écrits dans un style encore plus filandreux et plus entortillé, ses Entretiens sur la vie et les ouvrages des plus fameux peintres et architectes (1666-88, 3 vol. in-4°). La France n'avait pas encore de biographie universelle ancienne et moderne, lorsque l'abbé Louis Moreri (1643-80) publia le premier Dictionnaire historique qui ait paru dans notre langue (1674, in-4°). Il refondit et augmenta lui-même cette utile compilation, qui alla toujours se développant, d'édition en édition, et qui devait arriver, en passant par les mains de plusieurs savants éditeurs, à former 10 volumes in-folio.
Mais son œuvre, si estimable qu'elle fût, ne pouvait soutenir la comparaison avec le Dictionnaire historique et critique, que Pierre Bayle (1647-1706) fit paraître à Amsterdam, 1699, 2 vol. in-fol. Cet ouvrage immense, dans lequel des notes abondantes étaient consacrées à l'examen des renseignements allégués par l'auteur, fut, dès l'origine, considéré comme le monument le plus important et le plus impérissable de la critique ; il ne plut cependant qu'à un petit groupe d'esprits forts ou sceptiques qui se prononcèrent énergiquement en faveur du biographe sceptique, lequel se voyait attaqué par les protestants avec la même violence que par les catholiques. Bayle fit quelques concessions à ses adversaires, changea, supprima certains articles, et se préparait à agrandir encore le cadre de son Dictionnaire, quand la mort l'en empêcha.
XV. Bibliographie. — Le dix-septième siècle ne produisit pas une œuvre bibliographique comparable , du moins sous le rapport de l'étendue, à la Bibliotheca universalis (1545, in-fol.) de Conrad Gesner, de Zurich ; mais les bibliographes français publièrent des catalogues de livres plus exacts et mieux classés, et composèrent des traités de bibliographie critique plus intéressants. Déjà les Bibliothèques franchises de la Croix du Maine et de du Verdier, qui parurent simultanément en 1584, l'une à Paris et l'autre à Lyon, avaient rendu autant de services à la biographie qu'à la bibliographie. Les bibliothécaires étaient
L'ÉRUDITION ET LES SAVANTS
alors plus communs que les bibliographes. Gabriel Naudé (1600-53) ne fit qu'un seul livre de bibliographie écrit en français : Advis pour dresser une bibliothèque (1027, in-8°), mais il composa, il organisa, il créa, par deux fois, la merveilleuse bibliothèque du cardinal Mazarin ; Baluze, qui fit tant de beaux livres d'érudition, ordonna la superbe bibliothèque de Colbert; Joseph Quesnel rédigea le savant
Fig. '10. — « Cette ligure vous montre connue on imprime les planches en ftnllln rtonno. » Faict a l'eau forte par A. lîosse, à Paris, en Ijsle iln palais, lan 1611, avec privilège.
catalogue de la bibliothèque des de Thou (Bibliotheca Thuana, L679, 2 vol. in-8") ; l'abbé Jean Gallois, le directeur du Journal des savants, avait rassemblé une précieuse bibliothèque, contenant 12,000 volumes choisis, dont le catalogue fut imprimé après sa mort; Emery Bigot (1626-89), érudit de Rouen, avait aussi formé une bibliothèque excellente, qui ne comptait pas moins de 25, 000 volumes, y compris des manuscrits rares et curieux. Adrien Baillet n'eut rien à faire, quand le président de Lamoignon lui confia en 1080 la garde d'une des plus magnifiques bibliothèques qu'il y eût à Paris, si ce n'est «l'en
préparer le catalogue raisonné, dont il publia une partie dans ses Jugements des savants sur les principaux ouvrages des auteurs. La province eut aussi ses bibliographes : Guy Allard publiait la Bibliothèque du Dauphinè (1680); Gabriel de Lurbe, mort en 1613, avait publié un traité sur les hommes illustres de l'Aquitaine ; Catherinot, de Bourges (1628-88), avait fait sortir de sous la presse une nuée d'opuscules, la plupart bibliographiques, sur le Berry et principalement sur Bourges, sa chère ville natale. On imprimait à Venise la Bibliotlicca poh'tica de Gabriel Naudé; à la Haye, la Gallia orientalis (1665) de Paul Colomiez 5 à Lyon, la Bibliotheca Pontificia (1643) du Père Louis Jacob. Ce docte carme, Jacob de Saint-Charles, né à Chalon-sur-Saône en 1608 et mort à Paris en 1670, connu surtout par son Traité des plus belles bibliothèques du monde (1644, in-8°), a été le plus ardent bibliographe du dix-septième siècle.
L'imprimerie et la librairie avaient pris de grands développements en France depuis le règne de Henri IV, et un imprimeur-libraire de Paris, Jean de la Caille, mort en 1720, rédigea une assez bonne Histoire de T imprimerie et de la librairie, où Von voit son origine et son progrès jusqu'en 1689.
Fig. 41. — Cal-de-lampe tiré de V Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, de Christ. .Ttistel ; d'après la gravure de Sèb. Leclerc.