LES ACADÉMICIENS
présidial de Soissons, et Charles Bertheraud , bailli du Comté, qui s'adjoignirent quelques gentilshommes lettrés et quelques magistrats de la ville. Les séances se tinrent chez le maréchal d'Estrées, gouverneur de Soissons, mais pendant plus de vingt ans les académiciens soissonnais sollicitèrent en vain des lettres patentes du roi pour l'institution définitive de leur compagnie; ils ne les obtinrent qu'en 1675, avec le concours des membres influents de l'Académie française, qui reconnut dès lors cette académie provinciale comme une sœur puî-
Fig. 19. — Une séance d'anatomie, au ilix-septième siècle. (Oravure extraite ilo Paris à trains les ihjes, île M. Hnffbancr. livr. /<• Louvre.)
née et qui fit aux académiciens de Soissons une réception solennelle.
Colbert, qui n'était encore que contrôleur général des finances en 1663, mais qui avait déjà pris beaucoup d'empire auprès du roi, regrettait vivement de ne pouvoir exercer aucune influence sur l'Académie française, dont le chancelier Séguier était protecteur; il se proposait d'y taire admettre tôt ou tard quelques-uns de ses agents ou de ses créatures, pour y avoir une action directe. Mais, en attendant, il avait créé, sous sa main, dans son cabinet, une petite académie des inscriptions et des médailles, composée seulement de trois personnes, Chapelain, l'abbé Bourzéis et Charpentier, qui étaient
membres de l'Académie française. Ces savants furent chargés de composer les inscriptions et les devises latines ou françaises, pour les médailles commémoratives qu'on frappait à la Monnaie de Paris et pour les bâtiments que le roi faisait construire. 11 n'y eut pas d'autres représentants de cette académie des inscriptions et des devises, jusqu'en 1670; alors Colbert, devenu ministre, leur adjoignit Charles Perrault, son secrétaire général, et plus tard Paul Tallemant et Philippe Quinault, appartenant aussi à l'Académie française. Ce n'est que le 16 juillet 1701 que cette petite académie, qui se composait de huit pensionnaires, se transforma en Académie des inscriptions et médailles (en 1716, on remplace ce mot par celui de belles-lettres), en vertu d'une approbation du roi, et changea entièrement de destination et de travaux, lorsque le nombre de ses membres fut porté à quarante, divisés en quatre classes ou catégories : honoraires, pensionnaires, associés et élèves. A la fin du dix-septième siècle, une autre compagnie, qui était aussi l'œuvre de Colbert, mais qui avait eu dès 1664 une constitution académique, l'Académie des sciences, fut réorganisée et reconstituée, par ordonnance du roi (30 janvier 1699), sur les mêmes bases que l'Académie des inscriptions.
L'Académie française échappa, par bonheur, à ce système de remaniement et de transformation, et conserva sa constitution primitive avec ses anciens statuts. Colbert avait dû attendre la mort du chancelier Séguier (1672) pour se faire le véritable directeur de cette académie sous le nom du roi, qui consentit à hériter du titre de protecteur, que le cardinal de Richelieu et le chancelier Séguier avaient porté avant lui.
Une fois que Colbert eut fait nommer académicien son secrétaire (maries Perrault, qui avait toute sa confiance, il put faire sentir son pouvoir occulte dans l'Académie, même du vivant du chancelier, qui était jaloux au plus haut degré de sa domination exclusive sur la compagnie. Colbert n'épargnait rien pour mettre les académiciens dans son intérêt, en les flattant par toutes sortes d'égards et en les comblant des faveurs du roi. Toussaint Rose, secrétaire du cabinet de Louis XTV, et qui fut plus tard élu académicien, secondait les vues
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