ACADÉMIES
ET LES ACADÉM fCTENS.
politiques du ministre, tandis que le chancelier Séguier aurait voulu accaparer l'Académie française, qui se réunissait toujours dan? son bôtel et qui y était en quelque sorte prisonnière.
Lors de la visite que la reine Christine de Suède voulut faire en 1058 à l'Académie, qu'elle avait déjà honorée du don de son portrait, le chancelier ne voulut pas que des personnes étrangères à l'Académie assistassent à cette séance solennelle, qui eut lieu, comme d'habitude, dans son hôtel de la rue de Grenelle. Il avait été décidé que les académiciens seraient assis devant la reine, comme l'étaient ceux de l'Académie de la pléiade devant le roi Charles IX : la reine, dans son fauteuil, au haut bout d'une longue table, le chancelier ;\ sa gauche, et le directeur de l'Académie à sa droite ; les académiciens prirent place autour de la table. Le directeur, qui était le célèbre médecin Cureau de la Chambre, se leva pour adresser un compliment à la reine; tous les académiciens se levèrent aussi et se tinrent debout, excepté le chancelier; puis, tout le monde se rassit, et pendant une heure on lut diverses pièces de vers et de prose. On voulut offrir ;\ la reine un échantillon des travaux du Dictionnaire, et le secrétaire tira, au hasard, d'un portefeuille, quelques articles dont il donna lecture ; le mot jeu était accompagné de cet exemple : Jeux <l< princes, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font. La reine se mit à rire et se retira, en remerciant l'Académie de l'avoir si bien reçue.
L'Académie française commençait à faire parler d'elle, depuis qu'elle avait fondé un prix d'éloquence et de poésie. Ces deux prix étaient distribués tous les ans, en pleine assemblée, le jour de la fete de saint Louis. Chacun de ces prix consistait en une médaille d'or représentant saint Louis, avec la devise de l'Académie : à l' Immortalité, lïalzac avait fondé le prix d'éloquence ; trois académiciens qui gardèrent l'anonyme fondèrent le prix de poésie. On décerna pour la première fois, en 1071, le prix d'éloquence à MUa de Scudéry, le prix de poésie ;\ la Monnoye. Colbert avait été nommé membre de l'Académie, en 1667, après la mort de Jean Silhon, conseiller d'Etat; et l'année suivante, Toussaint Rose, qui n'était pas encore académicien, demanda au roi « qu'il plût à Sa .Majesté d'admettre l'Académie à lui rendre
XVIIe SIÈCLE. —
ses respects, en corps, comme les autres compagnies souveraines, au retour de ses campagnes et dans les occasions solennelles. » Rose, en sa qualité de secrétaire du cabinet du roi, pouvait rendre de grands services à l'Académie, qui aspirait à être aussi bien en cour que l'Académie des sciences, la nouvelle création de Colbert. Louis XIV ayant accepté le titre de protecteur de l'Académie française, à la mort du chancelier Séguier (1672), une députation de l'Académie, conduite par Huet, évêque d'Avranclies, et François de Harlay, archevêque de Paris, alla remercier le roi, qui fit le meilleur accueil aux académiciens, parmi lesquels se trouvait Colbert : « Vous me ferez savoir, avait dit le roi à celui-ci, ce qu'il faudra que je fasse pour ces Messieurs. )) Peu de jours après, Colbert obtint du roi que l'Académie tiendrait ses séances au Louvre et y aurait un appartement. En outre, le roi prit à sa charge tous les frais de l'Académie, y compris quarante jetons d'argent, qui seraient distribués, à chaque séance, entre les assistants. Colbert fut autorisé à tirer de la Bibliothèque du roi six cents volumes de choix, pour former la bibliothèque de l'Académie, et Charles Perrault en fut le premier bibliothécaire. L'installation de l'Académie au Louvre eut pour résultat de donner aux séances particulières pins d'ordre et de convenance.
Cependant, s'il faut en croire le pamphlet du Cochon mitré, qui fut imprimé clandestinement en 1688, ces séances étaient quelquefois aussi turbulentes qu'elles l'avaient été dans les premiers temps à l'occasion de quelques graves débats intérieurs. (( Jamais, lit-on dans ce fameux pamphlet, jamais cette compagnie n'a reçu tant d'honneur qu'elle en a présentement, le Roi l'ayant logée dans le Louvre ; cependant ces beaux Messieurs s'y battent en drilles, comme dans un cabaret, sur une affaire de rien. Charpentier en vint si avant, l'autre jour, avec l'abbé Tallemant, que de lui reprocher qu'il étoit fils d'un banqueroutier de la Rochelle; à quoi Tallemant répliqua que Charpentier était fils d'un cabaretier de Paris. De ces injures de halles ils en vinrent aux coups. Charpentier jeta à la tête de Tallemant un Dictionnaire de Nicot, et Tallemant de son côté jeta à la tête de Charpentier un Dictionnaire de Monet. Oh! que vous eussiez bien fait rire le monde,
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