‹ XVIIme [i.e. dix-septième] siècleChapitre 15 sur 70 · LES BIBLIOTHÈQUES · texte numérisé non relu

LES BIBLIOTHÈQUES

Pierre de l'Estoile et Bernard Palissy. — Bibliothèque des de Thon et des de Mesmes. — Gabriel Naudé. — Bibliothèque du Roi. — Bibliothèques en province. — Cabinets de Richelieu et de îlazarin. — Cabinets de curieux à Paris. — Collections d'estampes. — Collections de BOthune et Séguier. — Collection de Gaigniùres.

ors le règne de Henri IV, les curieux ou amateurs d'antiquités et de curiosités étaient aussi nombreux et aussi passionnés qu'ils l'avaient été au seizième siècle, même pendant la période la plus turbulente des guerres de religion. Pierre de l'Estoile, qui est bien le type du curieux par excellence, ne songeait qu'à enrichir kss^ïRiarw - esfxssi^at' son caDinet ct sa bibliothèque, au milieu des souffrances et des dangers de la Ligue; dans ses Mémoires-journaux, il parle sans cesse de ses livres, qu'il prêtait volontiers à ses amis; de cent médailles d'or et d'argent, qu'il montrait volontiers aux connaisseurs; de ses antiques, bustes de marbre et objets en bronze, et surtout des drôleries et farces, qu'il achetait dans les rues aux colporteurs et crieurs d'imprimés. Il avait aussi une collection d'estampes; quant ?\ ses livres, ils étaient reliés la plupart en veau rouge

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et bien dorés. L'Estoile cite des ouvrages très rares et de beaux exemplaires en maroquin qu'il possédait. Il faisait souvent des échanges de médailles avec des numismates aussi ardents que lui : Guittard, Chrestien et Courtin. Il était toujours en quête de trouvailles à bon marché; en juin 1608, il rencontra chez unfondeux ( fondeur en métaux ) le plomb de la médaille rarissime que le pape Grégoire XIII avait fait faire à Rome en l'honneur de la Saint-Barthélémy : il l'acheta pour un teston et le fit monter en or.

C'étaient les marchands orfèvres qui vendaient alors les objets d'art et de curiosité ; l'Estoile trafiquait sans cesse avec Aveline , Tutiu de Montaut, mais il ne se laissait pas tromper par ces habiles marchands, quand ils lui proposaient des médailles fausses. Sa collection n'était pas aussi précieuse que celle de Claude Maugis, abbé de Saint- Ambroise de Bourges, lequel devint, après la mort de Henri IV, conseiller et aumônier du roi et de la reine mère, « l'un des plus curieux de ce siècle , )) dit Pierre de Saint-Romuald dans son Trésor chronologique et historique. « Il me faudrait employer trop de temps, ajoute ce savant, si je voulois décrire ici par le menu les livres des arts et des sciences, les vases, les camaïeux et les figures tant d'hommes que d'autres animaux, les uns en relief et les autres en plate-peinture, soit d'or, d'argent, d'y voire, de bronze, d'albâtre ou de marbre, qui se voyent dans ce précieux cabinet. Il me suffit d'exprimer, en général, qu'on les y voit en si grand nombre et le tout agencé et ajusté avec un si bel ordre et avec tant de proportion, qu'on diroit que les Muses et les Grâces, ou pour mieux dire la nature et l'art, ont disputé ensemble à qui leur donnerait plus de jolivetez et d'agrément. »

Un cabinet d'un autre genre, mais non moins intéressant, était celui de Bernard Palissy, « inventeur des rustiques figulines du roi : )) il avait rassemblé des curiosités naturelles, des coquilles, des fossiles, des minéraux, outre des émaux et des faïences de tous les pays. On peut supposer que ce cabinet fut saccagé, durant le siège de Paris, quand le noble vieillard, arrêté comme huguenot et conduit à la Bastille, y mourut, en décembre 1590. Il avait légué à Pierre de l'Estoile a une pierre qu'il appeloit la Pierre philosophale, qu'il as-

seuroit estre une teste de mort, que la longueur du temps avoit convertie en pierre, avec une autre pierre qui lui servoit à travailler en ses ouvrages. » Les collections d'estampes s'étaient multipliées dès

Flg. 53. — Jcnne liommc diins sa bibliothèque ; d'après uuc gravure anonyme.

lors avec les belles productions de la gravure. L'abbé Claude Maugis commençait à former la sienne, où il rassemblait les œuvres des maîtres en épreuves incomparables, au dire de l'abbé de Marolles. Le peintre Daniel Dumontier, qui était également poète et musicien, se faisait alors une collection unique de portraits historiques aux trois

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