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crayons, remarquables « par la parfaite ressemblance qu'il doimoit à ces portraits, » dit Félibien; il s'était fait, en outre, un cabinet considérable de bons et beaux livres, sur lesquels il avait écrit cette devise : « Le Diable emporte les emprunteurs de livres! »
Les bibliothèques avaient été, au seizième siècle, plus nombreuses encore que les cabinets de curieux; quelques-unes étaient déjà très riches en livres rares et en superbes reliures, mais beaucoup d'entre elles furent dispersées ou dilapidées pendant les guerres civiles ; d'autres avaient changé de propriétaires, d'autres restaient délaissées et oubliées, comme celle du chancelier de l'Hospital, léguée par testament à Michel Hurault, son gendre, et confiée à la garde de sa veuve et de sa fille. La merveilleuse bibliothèque que le docte bibliographe la Croix du Maine avait pris soin de composer avec un soin et un goût infinis depuis l'âge de dix-sept ans fut mise au pillage et entièrement détruite en 1592, lorsque le créateur de cette bibliothèque mourut assassiné à Tours. On connaîtrait mieux l'histoire des bibliothèques et des cabinets de cette époque, si l'on avait l'ouvrage que cet ardent bibliographe se préparait à publier sous ce titre : La Beckerche des bibliothèques ou cabinets les plus renommés de France, avec la déclaration des livres rares , pourtraits, statues ou effigies, pierreries et autres gentillesses ou gentilles curiositez qui se vogent ès maisons des Princes et autres qui font amas de telles magnificences. On peut dire avec certitude qu'il existait une bibliothèque et un cabinet d'objets d'art dans chaque hôtel princier ou seigneurial. Les magistrats, les hommes d'Etat et les écrivains tenaient à honneur d'avoir des livres.
Les bibliothèques étaient rarement vendues à l'encan ; elles passaient de main en main, par suite de legs ou de donations entre vifs; elles se perpétuaient, par héritage, dans les familles. Pierre Danès, professeur de grec au collège de France et depuis éveque de Lavaur, mort en 1577, avait ordonné, par testament, que sa bibliothèque fût vendue au profit des pauvres. Le cardinal François de Joyeuse, qui mourut en 1615, avait acquis plusieurs bibliothèques pour composer la sienne, où il fit entrer celle du célèbre érudit Pierre Pithou : il légua tous ses livres, en mourant, au noviciat des jésuites de la rue
Saint- Jacques. La bibliothèque du poète Jean Passerat, qui était bien choisie, fut vendue en bloc à Jacques Mentel, médecin, descendant des premiers imprimeurs de Strasbourg; celle de Florent Chrestien, précepteur du roi Henri IV, et, comme Passerat, un des auteurs de la Satire Mênippêe, avait été vendue en détail à des libraires, six ans auparavant (1596); celle du président Brisson n'avait pas survécu à ce savant homme, mis à mort par les ligueurs pendant le siège de Paris [1591) : elle fut jetée dans la rue et dispersée à vil prix, ainsi que l'avait été celle du roi Henri III, mise à l'encan et vendue pièce à pièce sur la place de Grève, après la journée des Bar-
I'ig. 51. — Bibliothèque <lc île Tlioti ; d'après li> frontispice de l'ouvrage intitulé : BibVotheea Tluiann (1GÎ!)), gravure île Séb. Lei lerc.
ricades. Charles de Bourbon, cardinal de Vendôme, avait légué en 1594, aux jésuites de la maison professe de l'hôtel d'Anville, rue Saint-Antoine, l'admirable bibliothèque que son oncle le vieux cardinal de Bourbon lui avait laissée en héritage : tous les livres de cette bibliothèque étaient reliés en maroquin et sortaient de l'atelier du relieur du roi, Clovis Eve. La bibliothèque de Philippe Desportes, abbé de Thiron, dans laquelle il n'y avait aussi (pie des livres en maroquin, arriva également par legs, en 1606, chez les jésuites de la maison professe. L'historien Claude Fauchet, obsédé par ses créanciers, vendit sa charge de président de la cour des monnaies plutôt (pie sa bibliothèque, riche en anciens manuscrits, qui fut achetée après sa mort, en 1601, par un des plus illustres curieux de ce temps-là, Paul Petau, déjà possesseur d'un beau cabinet d'antiquités.
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Il y eut pourtant plusieurs fameuses bibliothèques qui s'accrurent successivement pendant trois ou quatre générations et qui furent conservées intactes au delà d'un siècle. La plus célèbre était celle des de Thou, commencée sous le règne de François Ier, par Augustin de Thou, président du Parlement, continuée avec le même zèle par son fils Christophe de Thou, aussi président au même parlement de Paris; elle surpassa toutes les bibliothèques, même celle du Roi, grâce à la passion du grand historien, le président Jacques- Auguste de Thou, qui ne cessa, durant quarante ans, de l'augmenter et de l'embellir; tous les livres étaient reliés en maroquin, ou en veau fauve, ou en basane de couleur; elle contenait une quantité de manuscrits excellents, auxquels furent adjoints plus tard ceux de Nicolas Lefèvre, précepteur de Louis XIII, et de Picardet, procureur général au parlement de Dijon : « Cette bibliothèque, que j'ai formée à grands frais, avec une extrême recherche , pendant l'espace de plus de quarante ans, disait Jacques de Thou dans son testament, je défends qu'elle soit divisée ou vendue ou dissipée, et j'ordonne qu'elle demeure en son intégrité, dans l'intérêt des belles-lettres plutôt encore que dans l'intérêt de ma famille. »
Le Père Bonaventure d'Argonne, sous le pseudonyme de Vigneul de Marville, rapporte que « quand il s'imprimoit en France ou dans les pays étrangers quelque bon livre, MM. de Thou en faisoient tirer deux ou trois exemplaires, pour eux, sur de beau et grand papier qu'ils faisoient faire exprès, ou achetoient plusieurs exemplaires dont ils choisissoient les plus belles feuilles pour en composer un exemplaire le plus parfait qu'il étoit possible. » Le nombre des volumes s'élevait à plus de 9,000, la plupart portant sur la reliure les armes de Jacques-Auguste de Thou et celles de sa femme, avec des ornements variés en or. Il est probable que le relieur de ces beaux libres avait son atelier dans l'hôtel même du président de Thou, rue des Poitevins. Après la mort de son fondateur, cette bibliothèque s'accrut encore par les soins de MM. de Thou, jusqu'à ce qu'elle fût vendue au président Ménars, en 1G80. Pas de bonne bibliothèque qui n'eût une collection de manuscrits anciens et modernes. Jean de Saint-André,
chanoine de Notre-Dame, avait recueilli une quantité de mémoires manuscrits relatifs à l'histoire de France, mais ses manuscrits les plus précieux, grecs et latins, provenaient de son père, qui avait acheté, en 1540, la bibliothèque du savant Guillaume Budé.
Seule la bibliothèque de MM. de Mesmes pouvait rivaliser avec la bibliothèque des de Thon; elle avait été créée sous Henri II, par Henri de Mesmes, ambassadeur en Italie et chancelier de Navarre, (( lequel, dit le Père Louis -Jacob, commença la très opulente bibliothèque de cette famille, où il mit, outre les livres imprimés, un grand nombre de manuscrits grecs, latins, françois et autres idiomes. » Cette riche bibliothèque était d'abord ouverte aux savants libéralement et gracieusement (îibenter et jucunde, comme dit le philologue Denis Lambin) ; mais on a lieu de croire que certains abus interrompirent pour un temps cette généreuse faveur, car Pierre Pithou appelle Henri de Mesmes « un sot bibliotaphe, qui enterroit dans son cabinet et ne communiquoit à personne des livres rares et précieux, ni plus ni moins que s'il eut été un tombeau pour les livres. » La bibliothèque redevint presque publique lorsque Jean- Jacques de Mesmes, président au Parlement, « n'espargna aucun soin ny despence ;\ augmenter cette bibliothèque paternelle. » Son lils Henri, président à mortier, suivit son exemple et lit de cette bibliothèque (( l'une des plus accomplies de Paris; )> il en avait confié la garde à Gabriel Naudé, que le Père Louis Jacob appelle ajuste titre le Génie des bibliothèques.
Presque toutes les grandes bibliothèques étaient accompagnées d'un cabinet de médailles et ornées de statues et de bustes en marbre, souvent antiques. Le gofit des médailles n'avait pas diminué depuis la fin du seizième siècle, niais on n'a pas la liste des numismatistes, qui serait nombreuse pour la régence de Marie de Médicis et le règne de Louis XIII. Il ne faut pas perdre de vue que la bibliothèque du roi, transportée de Fontainebleau à Paris, sous Henri IV, en 15D5, et placée alors dans le collège de Clermont, ne s'enrichissait pas seulement de livres et de manuscrits, mais les dons et les legs des particuliers et surtout des gens de cour, les envois des voyageurs,
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les achats autorisés par le roi et dirigés par les gardes de cette splendide bibliothèque, tendaient sans cesse à enrichir les cabinets qui en étaient les brillantes annexes. Sauvai, qui rassemblait ses notes sur les antiquités de la ville de Paris, vers 1650, avait fait un Discours à part sur les merveilles que renfermait la bibliothèque du roi : ce Mon dessein, dit-il, étoit encore de décrire la bibliothèque du Roi, son magasin des antiques et ses cabinets de pierreries, de médailles, de peintures, de tapisseries et de tailles-douces, qui passent pour les plus complets et les plus rares qui soient dans tout le monde, chacun à part, valant un trésor pour leur diversité et pour leur rareté. ))
Le Père L. Jacob, dans son Traité des bibliothèques, parle avec admiration de la Librairie royale, qui depuis 160-4 n'était plus déposée dans les bâtiments du collège de Clermont et avait reçu une installation fixe dans une grande maison dépendante du couvent des Cordeliers de la rue Saint- Jacques : (( Qui ne sait, dit-il, que toutes les nations ont en grande estime cette incomparable bibliothèque pour ses anciens et rares manuscrits en toutes sortes de langues, qui y sont conservez? De plus, quant aux livres imprimez, il est facile à cognoistre combien elle en doit estre garnie, puisqu'il ne s'imprime point de livre dans ce royaume, avec privilège de Sa Majesté, qu'il n'y en soit mis deux exemplaires, outre la diligence que les gardes font d'achepter tous les meilleurs livres qui s'impriment dans l'Europe; par ainsi cette bibliothèque est réputée pour une des plus splendides et plus célèbres de l'univers. ))
En 1594 Henri IV avait ordonné, par lettres patentes, que « tous les anciens livres tant hébreux, grecs, latins, arabes, françois, italiens et autres , trouvés entre les meubles de la défunte reine Catherine de Médicis, fussent joints à la bibliothèque Royale, afin de demeurer tousjours meubles de la couronne sans en pouvoir estre distraits. » Ces anciens livres étaient les admirables manuscrits que Catherine de Médicis avait apportés de Florence lors de son alliance avec Henri II. Ceux dont les reliures n'étaient pas dignes de leur mérite furent reliés en maroquin incarnat, par ordre de Henri IV. Louis XIII
fit acheter les manuscrits grecs et latins que M. de Boistaillé-Hurant, ambassadeur à Venise, avait rapportés d'Italie et qui se trouvaient dans la succession de Philippe Huraut, évoque de Chartres.
Depuis la mort d'Amyot, en 1503, les Maîtres de la librairie du
Fit'. 55. — Jacques-Auguste île Thou , peint par Ferdinand, grave par Moriu.
mi avaient été Jacques-Auguste de Thou, son fils François-Auguste, conseiller d'État, et Jérôme Bignon (décédé en 165G), qui avaient eu tour à tour pour gardes de la bibliothèque les savants Jean Gosselin, Isaac Oasaubon et Nicolas Rigaut. « Le cabinet de nos roys passe pour une merveille du monde, dit le Père L. Jacob, pour ses raretez
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et antiquitez, outre ses pierreries. » Mais ce cabinet, dans lequel était entré celui de Jean Grolier, acquis par Charles IX, n'était pas encore réuni à la bibliothèque du roi et se trouvait au Louvre, où. sa conservation avait moins de risques à courir. On a lieu de s'étonner qu'il n'ait pas été pillé pendant l'occupation de Paris par la Ligue, qui avait confisqué ou saccagé plusieurs collections particulières appartenant à des royalistes ou politiques; celles qui s'étaient formées alors en province furent sans doute moins menacées.
La bibliothèque et le cabinet de la famille Peiresc, à Aix, avait déjà une importance considérable, mais le chef de cette famille, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, conseiller au parlement de Provence, accrut tellement ce cabinet et cette bibliothèque, que son hôtel suffisait à peine pour les contenir et que toutes les salles étaient encombrées de manuscrits et de livres, de monuments antiques et d'objets d'art, d'animaux empaillés et d'une multitude d'échantillons d'histoire naturelle. Peiresc entretenait des correspondances avec le monde entier, pour augmenter sans cesse sa très opulente bibliothèque et son rare cabinet, qui absorbaient tous ses revenus. (( Sa maison, dit Gassendi, qui écrivit en latin la vie de ce savant, ressemblait à un immense bazar rempli des richesses de l'Inde, de l'Egypte, de la Grèce, de l'Italie, de l'Allemagne et de tous les pays du globe, et il n'abordait pas à Marseille un navire qui ne lui apportât des marbres grecs, des statues, des colonnes, des inscriptions, des manuscrits, des médailles, des plantes exotiques et mille pièces curieuses destinées à enrichir son musée. Il était plus riche en médailles et en manuscrits que la bibliothèque et le cabinet du roi. Cet amas extraordinaire de choses rares et précieuses ne pouvait subsister après lui, d'autant plus que lui seul en connaissait la valeur. »
Les amateurs d'Aix se disputèrent donc les débris des collections de Peiresc, qui mourut en 1G37 dans les bras de Gassendi, et parmi ces amateurs il suffit de citer Borelli, secrétaire de la chambre du roi, qui, en 1G24, « avoit un cabinet où se voyoit l'assemblage de toutes les plus belles raretez qu'il avoit pu recouvrer, soit pour de l'argent, soit par amis. )> Le P. Pierre de Saint-Romuald , qui a
consigné ces détails dans son Trésor chronologique , rapporte que Louis XIII était allé voir le riclie et rare cabinet de Borelli, et lui avait fait don du baudrier qu'il portait à son sacre. On admirait dans ce cabinet « six-vingts tableaux faits par les plus excellens maistres des siècles passez et présens, comme par exemple par Michel- Ange, par le Titien, par Lucas, par Bassan, par Caramenge, par Rubens, par Bandinelli, etc. Puis le verre du roy René, fait à l'antique, haut d'un grand pan, au fond duquel se voyoient peints un Sauveur et une Magdelaine, avec ces mots, au pied qui est fort épais : Qui h en heur a, Dieu veia. »
Sous le règne de Louis XIII les cabinets de médailles n'étaient pas moins nombreux à Paris que du temps de Henri IV, mais les numismates commençaient à circonscrire leurs préférences dans certaines catégories. Ainsi .1.-15. Haultin, conseiller au Châtelet, ne possédait, outre sa bibliothèque de 10,000 volumes, que des médailles françaises et étrangères ; il avait fait graver la série chronologique des monnaies royales de France, qu'il se proposait de décrire dans une histoire générale de la Monnaie, mais sa mort, en 1(>40, empêcha l'exécution de ce projet, et ses enfants se partagèrent ses collections. Gaston, duc d'Orléans, n'avait pas manqué de composer un cabinet numismatique très considérable et choisi avec beaucoup de goût, mais sa bibliothèque était encore plus importante et non moins précieuse; elle occupait, au palais du Luxembourg, la galerie dans laquelle Rubens avait représenté les principales scènes de la vie de Marie de Médicis. « Cette bibliothèque , dit le Père L. Jacob, n'est pas seulement remarquable pour l'ornement des tablettes qui sont toutes couvertes de velours vert, avec les bandes de mesme estoffe garnies de passements d'or et de crépines de mesme : pour toute la menuiserie qui se void, elle est embellie d'or et de riches peintures. Mais, outre cela, les livres sont de toutes les meilleures éditions qui se peuvent treuver, et quant ;\ la reliure, elle est toute d'une mesme façon avec les chiffres de son Altesse Heale. Ce prince fait tous les jours une grande recherche des meilleurs livres qui se peuvent trouver dans l'Europe, donnant des mémoires pour ce sujet par la sol-
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licitation de M. Bruneau, bibliothécaire, qui travaille continuellement à la perfection de ce thrésor des livres et des médailles. ))
Pas un hôtel de grand seigneur, à cette époque, qui n'eût sa bibliothèque, d'ancienne ou de nouvelle formation. Le cardinal de Richelieu, si absorbé qu'il fût par les affaires politiques, ne passait pas un seul jour sans donner un coup d'œil ou une pensée à la magnifique bibliothèque qu'il avait créée lui-même dans son hôtel de Richelieu, qu'il fit bâtir comme annexe du Palais-Cardinal. Il avait incorporé dans sa bibliothèque la bibliothèque publique de la Rochelle, que le roi lui donna en 1628, après la prise de cette ville rebelle. Il ne manqua pas, dans son testament, d'assurer la conservation et l'augmentation de cette bibliothèque, sous les auspices de la Sorbonne, en déclarant que son dessein était de la rendre ce la 'plus accomplie qu'on pourroit le faire et de la mettre en état de servir non seulement à sa famille, mais encore au public. ))
Le successeur de Richelieu lui était bien supérieur comme amateur et connaisseur en matière d'objets d'art. Le cardinal Mazarin avait commencé ses collections en Italie, où son palais de Rome renfermait, en 1644, (( cinq mille volumes bien choisis et reliés par des hommes venus exprès de Paris, et conservez dans des armoires treillissées de fil doré, ciselées et dorées à surfaces, avec vases, bustes et autres antiques sur le haut d'icelles. » C'est le P. Louis Jacob qui donne ce curieux renseignement et qui nous apprend qu'à cette même époque, la bibliothèque du cardinal à Paris, (( érigée, depuis un an, sur celle de M. Jean des Cordes, chanoine de Limoges, un autre Varron de son temps, qui avoit achepté celle de Simon Bosius, étoit déjà destinée au public, qu'on y recevoit tous les jeudis, depuis le matin jusqu'au soir. )) Cette bibliothèque, qui contenait quatre cents manuscrits in-folio reliés en maroquin et les meilleures éditions des livres imprimés, en beaux exemplaires, ne cessa de s'agrandir jusqu'en 1648, où Mazarin sortit de Paris avec le roi et la cour, pour échapper aux menaces séditieuses de la Fronde.
Mais Mazarin aimait aussi les tableaux, les statues, les tapisseries, les objets d'art et les innombrables joyaux de la curiosité
et, dès l'origine de sa faveur auprès de Richelieu, en 10.'>0, il taisait trafic, .à Paris, si l'on en croit le comte de Brienne, <( de tables d'ébène et de bois de la Chine, de tablettes, de cabinets d'Allemagne, de guéridons à teste de more et autres curiositez, » qu'on lui envoyait d'Italie et qu'il vendait à l'encan sous le nom d'un de ses domestiques. En 1040, quand il acheta l'hôtel Tubeuf, dans la rue
Fig. 5«. — Mazarin duus sou cabinet, gravure de Nuutouil; d'après Chameau. (Coll. de M. Dutuit.)
Neuve-des-Petits-Champs, poury déployer ses objets d'art, les joyaux, l'argenterie et les cristaux de roche, dont il lit dresser l'inventaire, pesaient plus de 4,762 marcs. L'orfèvre Lescot était allé acheter pour lui , en Portugal , des bijoux et des tapisseries admirables. En 1651, Mazarin fut obligé de s'enfuir devant la Eronde victorieuse, et de se réfugier à la cour de l'électeur de Cologne, mais, dans son
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exil momentané, il avait à cœur la curiosité autant que la politique, et il chargeait son banquier allemand, Jabach, d'acheter pour 118,000 livres de tableaux, à la célèbre vente des collections de Charles Ier, roi d'Angleterre, qui avait dépensé trois ou quatre millions pour former sa galerie, où il n'y avait que des chefs-d'œuvre de toutes les écoles de peinture. Outre un bon nombre de tableaux de Corrège, de Raphaël, de Titien, des Carrache, etc., Mazarin put acquérir, dans cette vente, des vases en matières précieuses, des statues, des tapisseries, etc.
Mais, pendant qu'il s'occupait, à l'étranger, d'enrichir ses collections qui étaient restées dans son hôtel à Paris, le parlement ordonnait, par deux ou trois arrêts consécutifs, de vendre aux enchères la bibliothèque et les meubles du cardinal exilé, puis les statues, bustes, figures, tables, peintures et tout ce qui restait de meubles dans son hôtel. Cette vente continua, durant plusieurs mois de l'année 1652. Au mois de février de l'année suivante, Mazarin rentrait en France et aussitôt donnait des ordres pour faire rechercher les objets vendus par arrêt du Parlement, et son intendant Colbert réintégrait dans l'hôtel tout ce qu'il avait fait acheter, sous main, à la vente publique de 1652. « Je m'asseure, lui écrivait Mazarin, que vous n'oublierez rien pour retirer le plus qu'il se pourra de mes meubles dispersez, et particulièrement pour les tables et les cabinets qui sont nécessaires pour l'ornement de ma maison. )) A la fin de l'année, Colbert dressa un inventaire des meubles qui garnissaient cette maison, que la Fronde avait laissée vide. Voici les titres de son immense inventaire : « Pièces de cristal de roche, d'ambre, de corail et autres enchâssez dans de l'argent vermeil doré. — Argent vermeil doré, chapelle. — Argent blanc. — Vaisselle d'argent servant d'ordinaire. — Tapisseries. — Autre argent vermeil, doré. — Diverses pièces de tapisserie. — Tapis. — Etoffes. — Lits et ameublements. — Linge et ornements de chapelle. — Habits de son Eminence. — Fourrures. — Linge de son Éminence. — Miroirs. — Cabinets d'ébène et autres. — Tables de marbres, jaspes ou autres pierres. — Vases. — Chenets et tables. — Divers meubles. — Tableaux. ■ — Copies. — Tableaux en tapisseries.
— Statues. — Bustes. — Scabellons et pieds d'estaux en bois. » Mademoiselle de Montpensier a décrit la grande galerie du palais Mazarin, « qui étoit, dit-elle, toute pleine de ce que l'on peut imaginer de pierreries et de bijoux, de meubles, d'étoffes, de tout ce qu'il y
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