DES FINANCES, ET
PROCVREVR GENERAL
au Parlement de Paris.
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U Onseignfvr
le n ay pas affez de vanité pour efpcrcr que ces fruits
Fitr. 57. — Première page du Manuscrit île V Admit de la Fontaine, écrit par .Tarry. pool le surintendant Ponquet, (Communiqué par M. Datait. )
a de plus joli qui vient de la Chine; de chandeliers de cristal, de miroirs, tables et cabinets .de toutes les manières; de vaisselle d'argent, de senteurs, gants, rubans, éventails. »
Mazarin ne jouit pas longtemps de tant de merveilles. Brienne raconte qu'il surprit, un jour, le cardinal, faible et moribond, se prome-
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nant au milieu de ses collections et disant avec des soupirs : « Il faut quitter tout cela! Que j'ai eu de peine à acquérir ces choses! Puis-je les abandonner sans regret? Je ne les verrai bientôt plus! » Il mourut, le 9 mars 1 661, en instituant le roi son légataire universel. Le roi n'accepta pas ce legs, et les biens du défunt furent partagés entre ses héritiers, mais Louis XIV fit acheter les plus beaux tableaux pieux de la collection et beaucoup d'objets d'art et de curiosité. La bibliothèque, qui ne comprenait pas moins de trente mille volumes de choix, avait été léguée au collège fondé par Mazarin.
Sauvai nous a donné un, aperçu très incomplet des cabinets de curieux existant à Paris au moment de la mort du cardinal Mazarin, qui avait été le principal émulateur de la curiosité. Le cabinet du roi surpassait tous les autres cabinets, en médailles antiques d'or et d'argent, de grand, de moyen et de petit bronze; en agates et en pierres gravées. On y voyait une magnifique collection de coquilles et de minéraux. C'était là que se conservaient les cent vingt volumes de plantes, de fleurs et d'oiseaux, peints d'après nature par Robert, qui avait travaillé trente ans à cette collection unique au monde. Lecointe, surintendant du cabinet du roi, s'était fait une jolie collection d'émaux ou de mosaïques, la plupart fabriqués, à Faenza, à Limoges et Rome, sur les dessins de Raphaël. Séguin, doyen de Saint- Germam-l'Auxerrois, avait la plus belle série de médailles impériales d'argent; Cochon, secrétaire du maréchal d'Aumont, n'avait que des médailles à fleur de coin et beaucoup de revers rares; Clapisson, contrôleur général de l'artillerie, avait la plus nombreuse suite de jetons en toutes sortes de métaux ; Richaumont, avocat au Parlement, . possédait plus de pierres gravées que tous les curieux de Paris ensemble ; de Sève, son confrère, n'avait que des médailles modernes, les plus rares et les mieux choisies. Mme Lescot, veuve du riche orfèvre de Mazarin, s'adonnait toujours au commerce des curiosités; mais son propre cabinet avait une valeur considérable : on ne voyait nulle part plus de médailles anciennes et modernes, plus de pierres gravées, plus de tableaux et de dessins, plus de pierreries, plus de pièces précieuses des Indes et de la Chine.
Le président de Lamoignon ne faisait alors que de commencer à former son cabinet. Le procureur général de Harlay avait aussi, disait-on, un très beau médaillier, mais il ne le montrait à personne. Jacques Kerver, receveur général des finances, n'était pas encore
Fig. 68. — Reliure fnite par le Gascon pour le manuscrit île l'AdonU de la Fontaine, ayant appartenu à Fouquet. (Coll. île M. Datait.)
connu par sa belle bibliothèque, une des trois plus belles de Paris, dans laquelle il n'admettait que des exemplaires en grand papier et reliés en maroquin par les plus habiles artistes, tels que Euette et le Gascon : son cabinet de médailles et d'antiquités lui avait coûté des sommes énormes et faisait honneur à son savoir. Mann Cu-
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reau de la Chambre, médecin de Louis XIV, se servait aussi du talent exquis de le Gascon, pour la reliure des livres de sa bibliothèque scientifique et pour celle de ses propres ouvrages, qu'il offrait volontiers, ainsi reliés, aux personnes de la cour. Un autre médecin, l'abbé Bourdelot, qui donnait des soins au prince de Coudé, avait hérité de son oncle, qui lui laissa une très bonne collection de manuscrits et de livres orientaux, mais il y ajouta beaucoup d'éditions de poètes grecs et latins, et il composa un cabinet de toutes ces curiosités antiques, que Ménage appelait des bijoux savants.
Le nombre des curieux n'avait pas diminué en province, mais les cabinets qui pouvaient s'y former étaient éclipsés par ceux de Paris. On citait pourtant avec éloge le cabinet du médecin Pierre Borel, à Castres, qui publia, en 1645, le catalogue des raretés en tout genre qu'il avait recueillies; on ci'tait aussi à Lyon le cabinet de Gaspard de Monconys, lieutenant criminel au présidial de cette ville : le P. Louis Jacob vante la beauté et la rareté de ce cabinet, qui, dit-il, « est bien l'une des curieuses pièces de l'Europe, tant pour les médailles d'or, argent, airain, verre, plomb et autres matières, et pour les portraits en taille-douce et peinture, que pour la beauté des livres qui s'y trouvent. »
Les deux collections d'art les plus importantes qui fussent alors à Paris étaient celle des tableaux de Georges Scudéry, poète dramatique et romancier, de l'Académie française, et celle des estampes de l'abbé de Marolles, abbé de Villeloin. Cet iconophile enthousiaste n'avait pas réuni moins de 250,000 estampes, en achetant d'abord le premier cabinet d'un grand amateur, nommé de l'Orme. Il vendit alors au roi une première collection classée dans de grands volumes infolio , qui firent le fonds du cabinet des estampes de la bibliothèque royale; quant à sa seconde collection, dont il publia également le catalogue, on ignore ce qu'elle devint après sa mort.
Le cabinet de Scudéry ne se composait que de tableaux anciens et modernes ; il en avait composé le catalogue en vers, dont il ne publia que la première partie en 1646 ; il avait aussi une collection de portraits de poètes, peints et dessinés, qu'il emporta dans son
château de la Garde, à Marseille, et qu'il n'avait pas sans doute ramenée à Paris lorsqu'il y mourut, en 1007.
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Fig. 59. - Eslampe allégorique tulle iiu'oii en publin un grand noinlirc au dlx-aoptième siècle et représentant le Diable d'urgent. (Flanche ancienne acquise par F. Obérera, éditeur a Taris, rue St-Jacqucs, au Grand St-Itcmy, et exploitée par lui.)
Sous la régence d'Anne d'Autriche, une mazarinade, intitulée Bymaille sur les plus célèbres bibliotùres de Paris, laquelle fut imprimée en KÎ49, encadre dans de mauvais vers à peine rimés les noms de soixante-dix bibliothèques et bibliothécaires. Cette maza-
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rinade, dont l'auteur était certainement un bibliophile, aurait pu aisément faire mention de deux cents autres bibliothèques non moins dignes d'être citées. Il n'y avait pas lieu, d'ailleurs, de rappeler l'existence de vingt ou trente vieilles bibliothèques de couvent, qui n'avaient rien à démêler avec la manie des bibliotières. La Rymaille
Fig. 60. — Monsieur le Goijudu, caricature du parasite ou pique-assiette du temps, publiée par P. L. D. Ciartres (François Langlais, dit dartres).
était peut-être une innocente plaisanterie à l'égard de quelques curieux qui n'admettaient dans un petit cabinet de livres que des ouvrages conformes à leurs goûts bizarres et à leurs études particulières. Ainsi, suivant ce rymailleur anonyme, l'alchimie était chez J.-B. du Hamel, professeur au Collège Royal; l'astrologie, chez J.-B. Morin, autre professeur au même Collège Royal; Scarron avait tout le baragoin, c'est-à-dire toutes les poésies burlesques ; Scudéry, tout l'art rymique, c'est-à-dire tout ce qu'on avait imprimé
le vers français. On n'est pas surpris de trouver le droit civil et le droit canon chez les avocats Bicheteau , Raveneau et Corbin ; la médecine tant grecque qu'arabe et latine, chez Riolan, médecin de la feue reine Marie de Médicis ; l'historiographie, chez l'historien Eudes Mézeray, la cosmographie, chez Jean Béchet, professeur de mathématiques. Si l'on ajoute foi à la Rymaille, les collections de livres et de manuscrits hébreux n'étaient pas plus dédaignées que celles des livres orientaux ; on trouvait les premiers dans les bibliothèques du président de Thou, de Claude de Mangotet dedom Thomas Dufour, de la congrégation de Saint-Maur; les seconds, dans la bibliothèque de Laisné, sieur de la Marguerie, qui avait rapporté d'Orient beaucoup de manuscrits turcs, persans, arabes, etc., et dans celle de Gilbert Gaulmin, maître des requêtes, qui possédait onze cents manuscrits et six cent cinq volumes imprimés en différentes langues de l'Asie. Enfin, la Iiymaîlle signale deux bibliotieres qui brillaient par leurs reliures ou belles couvertures : celle de M. de Metz, commissaire des guerres, et celle de l'abbé des Roches, chanoine de Notre-Dame. Mais les cabinets de livres, si intéressants, si singuliers qu'ils fussent, ne méritaient pas le nom de bibliothèques. Tel était celui de Clément, conseiller aux enquêtes, qui avait collectionné tous les livres et les gravures ayant rapport aux emblèmes, devises, fêtes, entrées, triomphes, de toutes les nations ; tel était celui d'un Italien, nommé Vasi, qui n'avait que des ouvrages sur la pierre philosophai et sur les sciences occultes.
Plusieurs grandes bibliothèques s'étaient organisées sous le règne de Louis XIII, lesquelles témoignaient de la variété des goûts de leurs créateurs : Jérôme Bignon, avocat général au Parlement, avait composé lui-même, dit le P. Louis Jacob, une insigne bibliothèque. Le roi le fit venir à Saint-Germain, en 1642, et lui dit : « J'ai un présent à vous faire digne de vous; je vous donne la place de grand-maître de ma bibliothèque. » Sébastien Hardy, conseiller au Châtelet, de qui la Iï y maille disait qu'il avait le moindre livre choisi, eut une bibliothèque assez renommée pour que les savants étrangers, de passage à Paris, se montrassent empressés de la voir :
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elle était riche en beaux manuscrits, grecs,' latins et orientaux. André Duchesne, historiographe de France, s'était préoccupé surtout de rassembler des manuscrits anciens, qui pussent lui offrir toutes les chroniques latines, en partie inédites, depuis l'origine de la monarchie française.
Les frères du Puy, Pierre et Jacques, n'avaient fait que continuer la bibliothèque commencée par leur père , qui était mort en 1594. Les deux frères furent animés d'un zèle infatigable pour rechercher de toutes parts une énorme quantité de pièces et de documents manuscrits, relatifs à l'histoire : ils les faisaient copier ou les copiaient eux-mêmes. Ce vaste recueil de matériaux historiques s'élevait à 958 volumes in-folio ; à la mort de Jacques (1656), il entra tout entier à la Bibliothèque du roi. Une collection du même genre , mais plus extraordinaire , fut celle que le comte Philippe de Béthune, frère du duc de Sully, avait formée de papiers d'Etat et de lettres autographes, qu'il recueillait çà et là et qu'il tirait des archives de tous les hommes politiques qui avaient rempli de hautes fonctions à la cour de France. Son fils continua avec non moins d'ardeur cette œuvre gigantesque , qui représentait cinquante ans de travail et n'avait pas produit moins de deux mille volumes in-folio, sur lesquels plus de douze cents intéressaient l'histoire de France. Cette collection , comprenant plus de deux mille pièces manuscrites, fut donnée au roi, en 1667, par celui qui l'avait achevée.
Le chancelier Séguier, qui se proposait pour modèle la collection du comte de Béthune et la bibliothèque du cardinal Mazarin, avait amassé trois cents volumes de lettres autographes de rois, de reines et de grands personnages, douze cents manuscrits anciens de toute espèce, dont quelques-uns étaient les plus beaux et les plus précieux du moyen âge et de la renaissance, et vingt-cinq à trente mille volumes, dont beaucoup d'une grande rareté. Après avoir mentionné ces collections admirables, n'est-il pas superflu de citer la bibliothèque du médecin Guy-Patin, qui n'aimait que les livres d'érudition; celle de Guillaume Colletet, qui avait une série complète de tous les poètes français; celle du président de Maisons, « l'une des plus excel-
lentes de Paris pour la reliure , qui est toute en veau parsemée de fleurs de lis et dorée sur tranche ? »
« Le nombre des livres s'est multiplié à ce point, écrivait Sauvai en 1650, qu'on croit que maintenant il s'en trouvera davantage dans
Pij,. ji — L'Impromptu île Coudé, comédie, par Montfleury. La scène est au Palais, dans une boutique de libraire. Tin'' îles Œueres de monsieur de Montfleury; la Haye, 1785.
la seule ville de Paris que dans tout le reste du monde. Tous les gens de lettres ont des bibliothèques considérables ; les avocats, les conseillers du Châtelet, les auditeurs et les maîtres des comptes, en parent les murs de leur salle du commun, ou les logent magnifiquement dans de superbes galeries; il n'y a pas même jusqu'aux écoliers, aux partisans et aux femmes, qui n'en aient de fort nombreuses. »
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Les bibliothèques des gros financiers n'étaient belles qu'en apparence : armoires simplement fermées de fil d'archal, tablettes garnies de velours, mais, au lieu de livres, des couvertures de maroquin du Levant, offrant les noms de tous les bons auteurs, en lettres d'or sur le dos de ces faux volumes. Les bibliothèques vont toujours se multipliant et s'augmentant : n'en avoir pas une à montrer, c'était ne pas tenir compte de l'opinion; ouvrir une bibliothèque, disait le P. Louis Jacob, dans une dédicace au coadjuteur de l'archevêque de Paris, « c'est une curiosité la plus innocente et la plus louable de toutes celles qui la font ; c'est le vray moyen d'obliger également les vivants et les morts. » En dépit de ces excitations de bibliophile, le coadjuteur, devenu cardinal de Retz , n'eut jamais de bibliothèque. Servien, quoique membre de l'Académie française, n'avait pas de livres : un jour, il fit appeler Ménage et lui dit : <( Je serois un homme deshonoré, si on ne trouvoit pas une bibliothèque à mettre dans mon inventaire. Je vous prie de m'en chercher une et de l'acheter pour moi. )) Servien s'était distingué comme diplomate et mourut pourtant sans laisser de bibliothèque.
Il y avait toujours quelques bonnes bibliothèques â acheter à l'amiable, et ces bibliothèques restaient intactes en changeant de propriétaire. Il ne manquait pas de libraires qui faisaient l'acquisition à leur propre compte. David Douceur acheta ainsi la curieuse bibliothèque de Rasse des Nœuds, chirurgien de Henri III ; Camusat acheta celle d'Ollivier de Fontenay, qui avait fait la chasse des livres rares chez les bouquinistes. Il n'est plus possible d'énuniérer et de caractériser toutes les bibliothèques qui se forment et qui disparaissent sous le règne de Louis XIV. Il suffira d'en rappeler quelques-unes. L'avocat Jean Balesdens, de l'Académie française, furetait dans les étalages des revendeurs, pour y trouver des livres qu'on ne recherchait plus, mystères, vieilles poésies, anciennes comédies et autres bouquins, qui ont repris tant de valeur. Emeric Bigot, conseiller à la cour des aides de Normandie, avait ramassé à Rouen plus de 500 manuscrits et 100,000 volumes imprimés, qui furent vendus en détail à Paris en 170G; l'avocat Patru s'était privé du nécessaire, pour se faire une bibliothèque académique : il serait mort de misère sur ses livres,
si Boileau ne les lui eût achetés, au prix de 6,000 francs, sous la condition qu'il /en serait dépositaire jusqu'à sa mort. Le chancelier Boucherat s'était, fait déjà une savante bibliothèque de jurisprudence et d'histoire, lorsque MM. de Brienne y ajoutèrent le volumineux recueil des copies faites d'après les manuscrits des Dupuy. Fouquet, surintendant des finances, avait dans sa maison de Saint- Mandé une bibliothèque de littérature fort honorable et fort propre, comme on disait alors pour indiquer que les livres étaient richement reliés; mais le plus beau de cette bibliothèque, c'étaient 500 vieux manus-
Fig. 62. — La bibliothèque de Maurice le Tellicr, archevêque de Itciins. depuis bibliothèque Sainte-Genevi. ve . d'après une gravure de Séb. Leclerc, communiquée pur M. Meaume.
crits, provenant de M. de Montchal, archevêque de Toulouse. Guillaume Lamoignon, premier président au parlement de Paris, avait ordonné lui-même sa bibliothèque d'homme d'étude et de magistrat, en choisissant les meilleurs et les plus beaux livres de théologie et de jurisprudence, de belles-lettres et d'histoire. Le savant Baillet fut son bibliothécaire.
Sous Louis XIV, les petites bibliothèques sont partout ; les grandes tendent à s'accroître, en ouvrant leurs portes aux curieux et aux savants. Le Livre commode du sieur de Blegny, sous le nom de du Pradel, mentionnait, en 1691 , celle de Maurice le Tellier, archevêque de Reims, qui la légua à l'abbaye de Sainte-Geneviève ; celle du président
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de Ménars, qui avait acquis tous les livres des de Thou ; celle du premier président Achille de Harlay, qui avait réuni, dans son hôtel de la cour du Palais, les bibliothèques de ses ancêtres ; celles de Leclerc de Lesseville, rue Galande ; de Boucot, rue Hautefeuille, et de Louis Bulteau, près la place des Victoires. Il ne faut pas oublier les collections héraldiques des d'Hozier, les collections généalogiques de Vion d'Hérouval, les collections historiques de Denis de Sallo, fondateur du Journal des savants, les collections orientales de Galland et de d'Herbelot, les collections scientifiques de l'abbé de la Roque, etc.
Mais la bibliothèque par excellence, la seule qui pouvait rivaliser à certains égards avec la Bibliothèque du roi, la bibliothèque de Colbert n'avait pas changé de place, depuis la mort de son créateur en 1683, et remplissait presque tout l'hôtel de la rue Neuvedes-Petits-Champs. Le savant Etienne Baluze en était encore le bibliothécaire. Cette bibliothèque, qui avait été composée dans l'origine par M. de Carcavi, le premier bibliographe de son temps, ne comptait pas moins de 35,000 volumes admirablement choisis et reliés en maroquin ou en veau fauve , aux armes de Colbert. Sa principale richesse était une incomparable collection de 7,000 manuscrits, les plus anciens, les plus beaux, les plus précieux, que Colbert avait acquis ou reçus en don, et qui provenaient non seulement de la France, mais de tous les pays de l'Europe, car Colbert, pour satisfaire sa passion dominante, avait dépouillé de leurs manuscrits couvents et châteaux.
Si nous avons renoncé à faire la nomenclature des bibliothèques, nous n'entreprendrons pas celle des cabinets de curieux des ouvrages magnfiques, comme les appelle le Livre commode de 1691. L'archéologue Jacob Spon, dans sa Reckerehe des antiquités et curiosités de Lyon (1673), nomme, entre autres, parmi les amateurs de tableaux anciens et modernes, qui avaient des cabinets ou des galeries à Paris : le duc d'Aumont, de Bernage, le président de Bretonvilliers, de Chanteloup, de Creil, le duc de Créquy, Daurat, Hedeline, Mm0 Lescot, Gamarre, de la Garde, Guénégaud des Bosses, le marquis de Hauterive, le Hour, Jabach, Jolly d'Oudeuil, le duc de Liancourt, de Loiselière, de la Marie, de Montmor, Lenôtre, Oursel, Passard, Poi-
Tarbes, Tronçon, de Varenne, le comte de la Vallière, Vinot, et de la Vrillière. Spon parle, en outre, de M. de la Fourcade, qui avait, à Lyon, des tableaux a très beaux et de grand prix du Poussin et
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d'autres excellents peintres, » et dans la même ville, Mascrany, Mey, Lemague, Bey, Renou, Mazenot et Dervien. Revenons aux cabinets des curieux de Paris ; citons , entre les amateurs d'estampes qui rivalisèrent avec l'insatiable abbé de Marolles, le président de Bretonvilliers, Furetière, Gosseau, Lenôtre, Poiret, Quesnel, Vinot ; à Lyon, Cibut et le prieur des Chartreux. Les meilleurs cabinets de curiosités étaient ceux de Balesdens, de Bizot, du commandeur de Gotz, de Damvilliers, de des Essars, de Lemaire, de Varenne, d'Ubin. Les collections de médailles, citées par Spon, sont en si grand nombre, que nous ne chercherons pas à distinguer les plus précieuses, en remarquant seulement que la plupart des bonnes bibliothèques avaient un médaillier comme complément nécessaire. Spon nous fait connaître aussi quelques collectionneurs bizarres et singuliers : l'abbé Charles avait des instruments de toutes sortes ;de Blois, des couteaux de Turquie; Dovin, des luths et des porcelaines; Marchand du May, des pierres d'agate; Petit, des machines et raretés de mathématiques; Tourtat, des manches de couteau d'agate. Il faut citer à part : de Montjau, qui avait une collection de médailles d'or très belles; Niceron, qui collectionnait des porcelaines ; de Richaumont, connu pour sa collection de petits tableaux ires fins et de pierres précieuses, et Tavernier, baron d'Aubonne, qui conservait intacte la collection de curiosités des Indes et de bijoux précieux formée par son père, le célèbre voyageur. Quant au banquier Jabach, qui avait vendu au roi en 1671 cinq mille cinq cent quarante-deux dessins de maîtres, dont six cent quarante attribués à Raphaël, il possédait encore , dans son superbe hôtel de la rue Neuve- Saint-Merry, des tableaux anciens et modernes et « nombre de fort beaux dessins. »
Vingt-cinq ans plus tard , des quatre-vingts curieux qui figuraient dans la liste de Spon, pour la seule ville de Paris, il n'en restait plus que quinze ou seize, cités dans la nomenclature du Livre commode : le duc d'Aumont, le marquis de Hauterive, le commandeur de Gault, le président de Bretonvilliers, Furetière, Creil, Quesnel, de Blois, Chanteloup, Hédeline, Bizot, Levasseur, Poiret, etc. Les autres étaient morts ou avaient vendu leurs collections, ou bien ces collections,
conservées dans la même famille, étaient désignées sous le nom d'un nouveau propriétaire. La liste du Livre commode donne 122 noms de Fameux curieux des ouvrages magnifiques, et, de plus, 25 noms de Dames curieuses. Ces noms ne sont accompagnés malheureusement d'aucune indication de spécialité. Il serait donc inutile de relever des noms qui n'évoqueraient pas le souvenir de collections caractérisées ;
Fig. 64. — Armoiries do M""" de KontMpan, gravées sur la reliure des Œuvre* il un auteur de sept mis (le duc du Maine). Commnnlqné par 1C. Dotait.
les bibliothèques, d'ailleurs, se trouvent mêlées avec les cabinets. Bornons-nous à citer les tableaux italiens du chevalier de Lorraine, au Palais-Royal, et du comédien Francazani, rue du Petit-Lion; les tableaux précieux du commandeur d'Hautefeuille, rue du Bac, et les tableaux modernes de Paillot, près des Capucins du Marais; les tableaux hollandais et flamands du Père Hochereau, au couvent des Célestins. Dupuis, rue des Tournelles, collectionnait des marbres et des statues ; le trésorier Bertin, à la porte Gaillon, était, au dire de Sandras
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de Courtilz dans ses Annales de la cour et de Paris, « un des hommes les plus curieux pour les meubles. » Raphaël de la Planche, rue de la Planche, avait fait une collection de tapisseries anciennes et modernes ; Roger de Piles, près des Minimes, avait rapporté, d'Espagne et de Portugal, d'Italie et de Hollande, une belle collection de dessins de maîtres. Il suffira de citer les collections de médailles de dom Placide, bibliothécaire de Saint-Germain des Prés ; de l'abbé Dron, près Saint-Thomas du Louvre; de Longpré, au carrefour Saint-Benoît, ce numismate que la Bruyère avait dépeint, dans les Caractères, sous le nom de Diognète, X homme aux médailles. Quant au bibliophile que la Bruyère met en scène, en disant que sa bibliothèque était une tannerie, à cause de l'odeur des reliures en maroquin noir, la Clef imprimée des Caractères nomme le conseiller Morel, qui n'est pas cité parmi les curieux du Livre commode. La Bruyère raille encore un autre curieux, qu'il nomme Damocède, dans sa sixième édition de 1691 : cet amateur d'estampes, qui a tout Callot, hormis une seule, n'est pas l'abbé de Marolles, mort en 1681 ; ce serait plutôt Boule, le fabricant de meubles en marqueterie, ou le joaillier Montarsy, qui avaient fait à l'envi l'un de l'autre une collection unique d'estampes de Callot. Parmi les Dames curieuses, il faut se contenter de nommer la duchesse de Lude, qui avait alors remplacé par des meubles en bois ses meubles d'argent et d'orfèvrerie, envoyés à la Monnaie, avec ceux des palais royaux; la comtesse de Coulanges, qui eut tour à tour des portraits, de petits tableaux, des faïences, des cristaux et des pierres précieuses; Marie Mancini, duchesse de Bouillon, dont l'hôtel, sur le quai Malaquais, regorgeait de tableaux, de meubles et de bijoux; la marquise de Chavigny, dont l'abbé de Marolles a décrit le cabinet merveilleux. Enfin Germain Brice, dans sa Description nouvelle de la ville de Paris, passe en revue les cabinets et les galeries de tableaux qu'on y admirait en 1698, surtout dans les hôtels des grands seigneurs. Parmi ces cabinets, parmi ces collections, parmi ces bibliothèques, qui faisaient l'admiration des étrangers voyageant en France, il n'y avait rien de comparable au véritable musée que le chevalier François-Roger de Gaignières rassemblait,
Fig. C5. — Tombeau de Callot, avec son épitaplic ; dessiné et gravé par Abraham
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LETTRES ET] ARTS
depuis quarante années, clans une maison de la rue du Chaume, laquelle dépendait de l'hôtel de Guise. Ce cabinet curieux, « composé de tout ce qui peut satisfaire les plus difficiles, )) dit Germain Brice, renfermait des collections uniques de portraits historiques originaux, d'estampes, de médailles, de dessins, de chartes antiques, de documents inédits, de lettres autographes, de livres rares et de manuscrits précieux. Le choix de tous ces objets était exquis et témoignait du goût délicat de leur savant collecteur, qui, après avoir refusé les propositions d'achat les plus avantageuses, devait léguer au roi, en 1711, ce qu'il n'avait pas voulu lui vendre au plus haut prix.
Fig. 66. —
Motif d'ornement supporté par des pipes.
L'HOTEL DE RAMBOUILLET