‹ XVIIme [i.e. dix-septième] siècleChapitre 19 sur 70 · L' HOTEL · texte numérisé non relu

L' HOTEL

DE

RA MBOUILLET.

des personnes de goût ; il se conformait au ton réservé de Mme de Ram-

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bouillet et de ses tilles , quand il leur parlait ou leur écrivait. Dans plus d'une de ses lettres intimes à Costar , il ne se faisait pas faute de critiquer le style précieux, dont il avait fait sa spécialité dans ses œuvres de jeunesse.

Mme de Rambouillet ne s'entourait que de femmes irréprochables, de grand esprit, mais surtout de bonne conduite. Parmi elles, on remarquait dès lors la marquise de Sablé, ce dame d'un grand esprit et d'un rare mérite, » dit Vigneul de Marville. L'hôtel de Rambouillet ne s'ouvrait que le soir à ses fidèles ; 'dans le jour, Arthénice menait la vie la plus sédentaire, s'occupant à dessiner, à peindre, à broder et à lire.

Une phrase qu'on lui attribue résume son caractère et explique sa passion pour les entretiens de la bonne compagnie : « Les esprits doux et amateurs de belles-lettres ne trouvent jamais leur compte à la campagne ; » aussi n'essaya-t-elle pas de transporter au château de Rambouillet les habitudes de son hôtel de Paris. <( (J'étoit une femme admirable, » dit Ménage, qui ne l'avait connue que dans sa vieillesse. « Elle étoit bienveillante et accueillante, dit Segrais, qui se faisait l'écho des plus anciens habitués de l'hôtel de Rambouillet; et elle avoit l'esprit droit et juste : c'est elle qui a corrigé les méchantes coutumes qu'il y avoit avant elle. Elle a enseigné la politesse à tous ceux de son temps, qui l'ont fréquentée. Elle étoit aussi bonne amie, et elle obligeoit tout le monde. » Les conversations qui avaient lieu à l'hôtel Rambouillet variaient à l'infini, et c'était toujours Arthénice qui les dirigeait et les modérait à son gré; quelquefois elle donnait la parole à un des assistants, soit pour faire une lecture, soit pour traiter une question de morale, de politique ou d'histoire. Vers 1616, l'évoque de Luçon, Armand du Plessis, qui devait être bientôt cardinal de Richelieu et premier ministre d'Etat, était venu chez la marquise de Rambouillet, pour s'exercer dans l'art oratoire, et il avait soutenu, devant un auditoire d'élite, une thèse d'amour, qui témoigna de son talent dans l'art de bien dire. Bossuet, encore adolescent, y prononça aussi son premier sermon.

Quelques années après, Balzac, plus habile écrivain qu'orateur, y lut, en présence d'une assemblée non moins brillante, trois dis-

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cours, ou entretiens de vive voix, sur la conversation des Romains ; et quand il fit imprimer ces discours un peu pédantesques, mais admirablement écrits, c'est à la marquise de Rambouillet qu'il les dédia, Il avait employé, pour la première fois, dans cette circonstance, le

Yig. 08. — Vincent Voiture, de l'Académie francise, né à Amiens et mort à Paris (1598-1648). (Gravure de E. Desroclicrs. communiquée par M. Dessolliers.)

mot urbanité, et l'aréopage de l'hôtel de Rambouillet adopta ce mot, sans attendre que Yttsage l'eût mûri, en corrigeant \" amertume de la , nouveauté. Le troisième discours se terminait par un éloge un peu prétentieux de la marquise. L'hôtel de Rambouillet ne s'intéressait pas seulement à des sujets philosophiques; il eut souvent occasion d'entendre discuter de simples questions de langage et de grammaire, ce

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qui prouva qu'il avait des échos dans l'assemblée des premiers académiciens qui se réunissaient en secret chez Conrart; et quand l'Académie française fut établie par Richelieu, en 1636, on peut affirmer que les femmes et les beaux esprits qui composaient la société de Mme de Rambouillet se proposèrent d'opposer à l'Académie française une sorte d'académie libre, dans laquelle on pourrait venir en aide aux nouveaux académiciens, en élucidant des points obscurs de la langue et en apportant quelques éléments utiles à la préparation de leur Dictionnaire.

Il ne faut pas perdre de vue que les trois premiers membres de l'Académie, Godeau, Gombauld et Chapelain, s'étaient formés à l'école de l'hôtel de Rambouillet. Ainsi, le grand débat qui eut lieu dans plusieurs séances de l'Académie au sujet de la conjonction car, qu'on voulait bannir de la langue écrite, ce même débat continua de plus belle entre Voiture et M"0 de Rambouillet, qui avait pris une prépondérance considérable dans les discussions littéraires et philosophiques du cercle de sa mère. Balzac avait quitté Paris pour retourner dans sa ville natale d'Angoulême, et il refusait obstinément de se mettre en rapport avec l'Académie naissante qui l'avait nommé académicien malgré lui, tandis qu'il était en correspondance suivie avec Mme de Rambouillet et sa fille aînée, Julie d'Angennes.

La société de l'hôtel de Rambouillet devenait de jour en jour plus nombreuse; elle avait perdu Malherbe , mort en 1628, mais elle s'était augmentée de plusieurs littérateurs en renom : Pierre Corneille, Georges de Scudéry, Sarrasin, Conrart, Mairet, Patru, Charleval, Benserade, Saint-Evremond; elle avait conquis des femmes du plus charmant esprit, telles que M11'' de Scudéry, qui n'avait encore rien écrit si ce n'est sous le nom de son frère, et Mlle de Coligny, qui devait devenir la comtesse de la Suze et qui faisait déjà des vers galants. Il n'y avait pas de grande dame qui ne tînt à honneur d'être en relation avec la marquise de Rambouillet; «les princesses la voyoient, dit Segrais, quoiqu'elle ne fût pas duchesse. » Mlle de Bourbon , sœur des princes de Condé et de Conti , à peine âgée de dix-sept ans, profitait déjà des leçons de beau langage et de bon ton, dans la fréquentation

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de cette société, où elle avait rencontré le duc de la Rochefoucauld et dont elle faisait le charme, avant d'en être l'admiration, après son mariage (1642) , sous le nom de duchesse de Longueville.

Mais l'hôtel de Rambouillet n'avait pas de plus bel ornement que

Fifr. 69. — Miniature du manuscrit intitulé : I.e Labyrinthe <?>■ Vertailles. Les jets d'eau représentent des fnbles dont le texte h été rimé par Benserade. (Communiqué pnr M. Dutnit.)

les deux filles de la marquise, surtout l'aînée, Julie d'Angennes, dont la grâce et l'esprit ont joué un si grand rôle dans ces réunions de femmes charmantes et d'hommes éminents. « Après Hélène, dit Tallemant des Réaux, il n'y a guères de personne dont la beauté ait esté plus

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