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Fig. 78. — Estampe allégorique représentant les vicissitudes de l'existence humaine, personnifiées par des figures d'iiommes et femmes, posées sur an globe terrestre.
Romans, rien ne dérouille tant l'esprit, ne sert tant à le façonner et à le rendre propre au monde, que la lecture des bons romans : ce sont des précepteurs muets, qui succèdent à ceux du collège et qui apprennent à parler et à vivre, d'une méthode bien plus instructive et bien
plus persuasive que la leur, et de qui on peut dire ce qu'Horace disoit de Y Iliade d'Homère, qu'elle enseigne la morale plus fortement et mieux que les philosophes les plus habiles. ))
On s'explique ainsi comment, à cette époque , Jean-Pierre Camus (1582-1652), évêque de Belley, composa une quarantaine de romans religieux et inoraux, qui n'édifièrent personne sous le rapport de l'invention et du style. Lenglet du Fresnoy prétend que le digne évoque ne fit cette multitude de romans, où l'amour profane est souvent en lutte avec l'amour divin, que pour détourner les esprits, des lectures dangereuses que leur offraient la plupart des autres romans. Le grand succès de VAstrée avait donné naissance à une foule d'imitateurs, qui, pour renchérir sur leur original et pour anoblir leurs caractères, comme le dit Boileau dans sa préface des Héros de romans, remplacèrent les bergers par des princes et des rois de l'antiquité, auxquels on attribuait le langage tendre et langoureux de ces bergers : ce Les auteurs de ces romans, ajoute Boileau, sous le nom de leurs héros, peignirent quelquefois le caractère de leurs amis particuliers, gens de peu de conséquence. » Les romans d'amour, qui succèdent aux romans d'aventures, appartiennent plus spécialement au règne de Louis XIII ; les romans héroïques, à la régence d'Anne d'Autriche, et leur vogue prodigieuse cesse tout à coup, après les premières années du règne de Louis XIV.
Du temps de Louis XIII, les écrivains les plus obscurs se mêlaient d'écrire des romans qui avaient parfois quelque célébrité dans le monde de la cour, parce qu'on croyait y trouver des allusions aux événements et aux personnages du temps. Ainsi on rechercha, un moment, la Ghrysolite ou le Secret des romans, d'André Mareschal (1627), Gléodonte et Hermelinde ou Histoire de la cour, par Humbert (1629). Jean Puget de la Serre, pour piquer la curiosité des liseuses de romans, se permit d'ajouter au titre de sa Chjtie (1631) le sous-titre de roman de la cour, quoique la cour n'eût rien à voir dans ce roman mythologique.
Parmi les noms, aujourd'hui bien oubliés, des romanciers de l'époque de Louis XIII, on distingue cependant ceux de Gombauld,
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auteur de VEndymion (1624;; de Marcassus, auteur de la Clorimène (1024) ; du sieur du Bail, auteur de Selisandre (1038), etc. Boisrobert, Desfontaines, Desmarets, tout poètes qu'ils étaient et auteurs dramatiques, cédèrent au torrent, en publiant aussi des romans;
Fig. 79. — Coridon, gravure de le Blond. (Coll. Hennin.)
En roeomîulwint mon troupeati, Jo veux avec ma chalcmie
Ponr te complaire , ma Sylvie, Te chanter un air tout nouveau.
celui de ces romans qui réussit le mieux fut V Ariane, de Desmarets, qui eut beaucoup d'éditions et fut traduit en allemand.
Charles Sorel, sieur de Souvigny (1599-1074) , qui avait l'esprit très orné et très délicat, et dont le chef-d'œuvre est le fameux roman comique de Francion, s'indigna de voir que l'imitation des bergeries d'Honoré d'Urfé enfantait tant de misérables ouvrages ; il ne les mé-
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nagea pas, dans son Berger extravagant (1627), (( où parmi des fantaisies amoureuses on voit les impertinences des romans et de la poésie. » L'auteur dit lui-même, de son livre réimprimé plusieurs fois sous le titre de V Anti-roman : « C'est une histoire comique et satyrique, où toutes les sottises des romans et des fables poétiques sont agréablement censurées. » Quant au Francion, dont la première édition est de 1G23 et qui fut depuis imprimé bien des fois avec le nom de Nicolas du Moulinet, sieur du Parc, comédien, Sorel désavoua toujours cette histoire comique , remplie de malice et de gaieté, en prétendant que le comédien qui s'en était emparé « y avoit meslé des choses qui offensent les âmes pures et qui font condamner l'ouvrage entier. »
Le roman d'amour , qui eut le plus de lecteurs et qui laissa le souvenir le plus durable, fut la Polixene de Molière, sieur d'Essertines , mort assassiné en 1623, sans avoir eu le temps de finir son roman, que plusieurs auteurs s'attachèrent à continuer. Le genre des nouvelles, qu'on appelait des romans vraisemblables, convenait peut-être mieux à l'esprit français ; elles étaient ordinairement contées dans les ruelles, avant d'être écrites et imprimées pour le public. Voiture n'acheva pas Y Histoire d'Alcidalis, qu'on trouve à la fin de ses oeuvres et qui c( a esté appelée une nouvelle par quelques personnes ; mais, ajoute Sorel, quelque nom qu'on luv donne, elle passera toujours pour une excellente pièce. »
L'abbé de Boisrobert, qui avait si souvent diverti le cardinal de Richelieu en lui contant des histoires bouffonnes, publia Y Histoire d'Anaxandre et d'Orazie, et des Nouvelles héroïques et amoureuses. Segrais se chargea de recueillir les Nouvelles françaises, qui étaient racontées par différentes personnes composant la société de MUe de Montpensier, et il publia ces Nouvelles, en 1656, avec le titre de Divertissements de la princesse Aurélie. La même année, Scarron, qui s'était approprié les plus ingénieuses inventions des nouvelliers espagnols, en les imitant et en y mettant le cachet de son esprit, les publia, sous son nom, avec le titre de Nouvelles tragi-comiques (1656).
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Avant de nous arrêter aux grands romanciers héroïques qui datent de la Fronde et qui en reflètent le caractère galant, il faut passer rapidement en revue divers genres de littérature, que les beaux esprits du règne de Louis XIII se plurent à cultiver à la fois.
Le génie de la langue française se prêtait naturellement au style épistolaire, qu'il fut d'apparat ou familier. Balzac et Voiture le comprirent presque en même temps, et ils rivalisèrent de talent et d'esprit, eu suivant deux voies distinctes et opposées. Avant Balzac (1594-1654), dont le premier recueil de lettres parut en 1624, il y avait eu d'excellents et nombreux essais dans l'art d'écrire des lettres de toute espèce. Henri IV restait en ce genre un maitre qu'on n'a point surpassé depuis, mais ses lettres politiques n'étaient pas encore rassemblées et mises en lumière; on ne connaissait qu'un petit nombre deses lettres intimes. On avait bien publié les lettres d'Etienne Pasquier et de son fils Nicolas Pasquier, mais, comme le dit Sorel, « ceux qui ne cherchent que des lettres élégantes et polies, ne trouvent pas là leur compte. » Balzac n'écrivait des lettres que pour les réunir en volume et les exposer en montre à l'admiration des gens du monde : il avait pour unique objet de faire briller son bel esprit et son beau langage. <( Les lettres de M. de Balzac, dit Sorel dans sa ])//>/i<>th< (///c fntnqaûe, eurent plus' d'approbateurs que toutes les autres. Ayant un style particulier, elles se firent remarquer davantage, et l'auteur n'estant imitateur de personne, il y eut beaucoup de gens qui taschèrent de l'imiter. » C'est donc à ses lettres que Balzac dut la meilleure part de sa renommée. lien écrivit des milliers dans tous les styles, mais les plus agréables furent celles qu'il adressait à ses vrais amis, surtout à Chapelain et à Conrart, Voiture (1598-1648), le dieu de l'hôtel de Rambouillet, avait plus d'esprit que Balzac , niais aussi plus d'afféterie et de légèreté; il écrivait surtout à des femmes, et son style reflétait celui de ses aimables correspondantes : il ne sut jamais être sérieux de pensée ni de langage, mais il fut presque toujours charmant et amusant, k On a commencé de voir de bonnes lettres, dit Sorel, lorsque les excellents esprits ont permis que l'on publiast celles de leur façon. Dès lors on a eu plus à louer qu'à reprendre. L'éloquenc e
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françoise, qui s'estoit accrue petit à petit, prenoit sa véritable force. »
C'était l'éloquence, en effet, qu'on demandait aux lettres d'apparat et de cérémonie. Le sieur de Rosset fit paraître un recueil composé de lettres de du Perron , de Desportes, de Ménage , et autres. Faret publia un nouveau recueil, contenant des lettres de Cosnac, de Colomby, de Silhon, de Molière (sieur d'Essertines) et de Boisrobert. Ces recueils de lettres de diverses mains étaient fort goûtés.
L'exemple de Balzac invita ses imitateurs, comme lui membres de l'Académie , à faire imprimer leurs lettres , qu'on pouvait dire académiques; on eut ainsi les recueils des lettres de Maynard, de Gombauld, de Godeau, de Costar. « Il y a eu un temps, dit Sorel dans son traité de la Connoissance des livres, il y a eu un temps, qu'il se trouvoit de si gros volumes de lettres, qu'on croyoit que la plupart n'avoient jamais esté envoyées à personne et qu'elles avoient esté composées exprès pour les faire imprimer. )) Tout le monde écrivait donc des lettres, et, qui plus est, des livres; mais ces livres, on ne les imprimait pas tous. On se bornait souvent à leur donner la publicité des ruelles, où ils étaient lus et jugés, car on tenoit beaucoup au bon style et même au style éloquent. Il fallait, avant tout, savoir bien écrire, et quel que fut le genre dans lequel on écrivait. On avait enfin le goût et le sentiment de la belle langue française. Cette langue faisait son œuvre dans toute espèce d'ouvrage, dans la philosophie et la morale comme dans la science, dans l'histoire comme dans les traductions, qui se multiplièrent alors à l'infini. Coeffeteau, malgré les vieux mots qu'il employait avec des tournures de phrase assez incorrectes, et Balzac, malgré ses façons de parler alambiquées et trop pompeuses, eurent la plus grande influence sur les écrivains de leur temps. Nicolas Coeffeteau (1 574-1 023), le traducteur de Y Argents de Barclay, avait composé une .Histoire romaine, et un Tableau des Passions, que Cureau de la Chambre ne put mieux faire que d'imiter, en le développant outre mesure, dans ses Caractères des Passions.
Nicolas Faret (1600-40), un des premiers membres de l'Académie française, traduisit Eutrope, composa une Histoire des Ottomans, et
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fit une telle concurrence à Balzac, en publiant VHonneste homme ou V Art déplaire à la cour (1083), que Balzac ne voulait pas mourir, avant d'avoir opposé à cet ouvrage son ArisUppe^ ou De la cour (1058), qui ne
l'ig. bu. — Antoine Arnanld, docteur en théologie a lu Sorbonnc; d'après le portrait de J. B. Champagne.
gravé par G. Kdeliiu k.
parut qu'après sa mort et qui eut moins de vogue que ïllonneste homme de Faret. Un des meilleurs écrivains du règne de Louis XIII, le plus pur et le plus correct, l'ut Perret d'Ablancourt (1600-64), qui ne fit que des traductions d'auteurs grecs et latins, parmi les-
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quelles il faut mettre en premier rang celle de Tacite, quoique ces traductions aient mérité d'être appelées de belles infidèles. L'illustre René Descartes, qui ne fut pourtant pas de l'Académie française comme Perrot d'Ablancourt, écrivit, aussi purement que lui, d'admirables ouvrages de philosophie et de science : pour exprimer ses grandes idées et ses hautes conceptions scientifiques, il trouva, il créa un langage digne d'elles, à la fois naïf et mâle, sévère et hardi, toujours clair et toujours noble.
Les auteurs de Mémoires de ce temps-là, le duc de Rohan, Bassompierre, Arnauld d'Andilly, et surtout le cardinal de Richelieu, appliquèrent chacun au récit des événements auxquels ils avaient pris part le style qui convenait le mieux à leur esprit et à leur caractère. Mais à aucune époque les historiens ne se préoccupèrent davantage de la belle narration et des ornements de la langue oratoire.
Legrain (1565-1042) écrivit, en trois Décades, dont la dernière est restée manuscrite, l'Histoire de Henri IV et de Louis XIII, où d'excellents passages narratifs, d'un style énergique et franc, sont enveloppés de digressions philosophiques, qui visent à l'éloquence. Scipion Dupleix (1569-1661), qui était un grammairien et un philosophe, consacra trente ans de sa vie à écrire une Histoire générale de France, en cinq volumes in-folio, pour remplacer celle de Duhaillau, qu'il accusait d'avoir pris ses discours historiques et surtout ses harangues dans le roman à'Amadis.
François Mézeray (1610-83), qui publia, sous Louis XIII, le premier volume de sa grande Histoire de France, ne la termina |que huit ans après (1651)*, il fut alors reçu à l'Académie française, dont Scipion Dupleix ne fit jamais partie. Son grand ouvrage avait eu, il est vrai, un succès non contesté, à cause des pensées judicieuses et des jugements hardis, qui témoignaient d'un caractère indépendant; on admira longtemps son style nerveux et coloré ; il avait donné de brillants exemples de rhétorique, dans les discours qu'il fait tenir à ses héros, comme si l'histoire était une épopée. Il eut la patience de donner, à son livre une nouvelle forme, en écrivant un Abrégé chronologique de V Histoire de France (3 vol. in-4°, 1668).
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Cette recherche de l'éloquence et du sublime avait fait invasion dans toutes les œuvres littéraires en prose, comme dans la poésie : l'époque de la Fronde, où la plupart des personnalités qui y jouent un rôle ressemblent à des héros de romans, cette époque folle et grandiose, originale et singulière, semble avoir été préparée par les tragédies de Rotrou et de Corneille et par les romans de le Roy de Gomberville et de la Calprenède, que devaient suivre les romans de Mlle de Scudéry, qui sont en quelque sorte la pointure de la société frondeuse.
C'est Marin le Roy de Gomberville (1600-74) qu'on peut considérer comme le créateur des grands romans héroïques qui pendant plus de trente ans absorbèrent toute la littérature, à ce point que Sorel a pu dire que les Français, en ce genre, « ont surpassé les autres nations, qui ne sçauroient monstrer des ouvrages d'un si grand ordre, d'une si agréable invention et d'un si beau langage, que ceux que nous leur pouvons alléguer. » Après avoir écrit sans succès la Caritkée (1621), Gomberville publia la Cythérée (1641,9 vol.), où. il présente une histoire des premières années du règne de Louis XIII, sous des noms empruntés aux temps antiques. Ce roman fut précédé de celui de Polexandre (1G32), qui n'avait que cinq volumes, mais qui, dans trois éditions différentes, changea successivement de scène et de personnage, en conservant le même titre : Polexandre était d'abord Charles Martel, petit-fils du roi Pépin; il devint ensuite un prince de la cour de Charles IX, puis il fut enfin un simple seigneur de France, vivant à la cour des rois Charles VIII et Louis XII, mais amoureux d'Alcidiane, reine de l'Ile invisible : « Il semble, dit la Bibliothèque franqoùe de Sorel, que l'autheur ait fait cecy pour monstrer qu'il s'est joué de son ouvrage, comme un ouvrier qui d'une mesme cire fait diverses figures l'une après l'autre, selon les moules où il la veut jetter. »
Quatre ou cinq éditions successives avaient î\ peine suffi pour satisfaire au prodigieux succès qu'obtint à la cour ce bizarre roman, que Balzac jugeait ainsi : « Le Polexandre est, à mon avis, un ouvrage parfait en son genre. » La Jeune Alcidiane (1651), qui devait en être
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