‹ XVIIme [i.e. dix-septième] siècleChapitre 25 sur 70 · PROSATEURS · texte numérisé non relu

PROSATEURS

Charles Sorel (1599-1674) composa aussi des histoires comiques clans un autre genre qui ne plut pas moins aux bourgeois de Paris, la Maison

LES OEVVKES DE SCARROX A. PARIS Chez. T luftatnrtï^Shtinet au "Valais auec Tnmlege du Hcy

Fig. 83. — Frontispice de : La Relation véritable de tout ce qui s'est posté en l'autre momie au combat des Parques et des Poètes sur la mort de Voiture, et autres pièces burlesques, par M Scarron. Paris, Toussaint Quinet, 1U48. (I.a gravure est d'Éticnnc de la Belle.)

des jeux et le Polyandre, où l'on trouvait des aventures divertissantes de cinq ou six originaux de bas étage : l'homme adroit, le poète grotesque, le parasite, l'amoureux, etc. Tl fallait d'autres récréations

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littéraires pour les beaux esprits qui prirent goût aux romans allégoriques et légèrement satiriques, tels que la Relation des guerres de V Eloquence, par Furetière; Macarise, ou la Reine des îles Fortunées, par l'abbé d'Aubignac ; Description de la grande Isle de Portraiture, et principalement la Précieuse ou le Mystère des ruelles, par l'abbé de Pure. Chaque groupe, ebaque cercle, chaque coterie de beaux esprits et de gens du monde avait ses goûts et ses préférences, ses auteurs et ses livres favoris.

La société janséniste s'était formée, en quelque sorte, des épaves delà Fronde; cette société, composée d'hommes et de femmes d'un ordre supérieur, ne se plaisait qu'aux choses sérieuses et aux ouvrages sérieux : la religion, la morale et la philosophie faisaient son occupation ordinaire. Pascal, Nicole, Arnauld d'Andilly et Malebranche n'étaient pas les habitués des salons aristocratiques, mais leurs livres y avaient la place d'honneur : on les lisait, on les commentait, on les savait par cœur, et tous les échos de Port-Royal arrivaient là.

Lorsque Biaise Pascal composa ses Lettres écrites à un Provincial, pour défendre contre les attaques des jésuites le grand Arnauld et ses amis, les premiers exemplaires de ces fameuses Lettres, qui s'imprimaient et se distribuaient clandestinement en 1657, tombèrent sans doute dans les mains du duc de la Rochefoucauld et de la comtesse de là Fayette, qu'on regardait alors comme les deux meilleurs juges dans les choses de l'esprit. Les Provinciales excitèrent une admiration générale : « Il passe pour constant, parmi toutes les personnes qui ont quelque goust, dit Charles Perrault dans ses Hommes illustres, que peu de choses en approchent parmi les écrits des anciens en fait de dialogues ; il est vray aussi que tout y est pureté dans le langage , noblesse dans les pensées, solidité dans les raisonnements, finesse dans les railleries, et partout un agrément que l'on ne trouve presque point ailleurs. » Cependant Pascal, mort en 1662, n'avoua jamais qu'il en était l'auteur.

Pierre Nicole (1625-95), dont les écrits étaient la lecture ordinaire de Mme de Sévigné, fut aussi un des plus grands écrivains religieux de cette époque, et ses Essais de morale (1671 etsuiv.), qui n'ont pas

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moins de 25 volumes, eurent une influence persuasive et bienfaisante sur les âmes d'élite. Arnauld d'Andilly (1589-1G74), dont les livres étaient de format in-folio la plupart, eut moins d'action sur la société janséniste ou austère, quoique Perrault dise de lui, « qu'il a enri-

■pig. 84. — François de BalignaO de Lamothe-lYiiolon , archevêque, due de Cambrai, prince dn Saint-Empire, comte de Cnmbrésis , etc. ; d'après le portrait point par Joseph Vivien; et gravé par Benoît Andrnn (1714).

chy l'Église de beaux ouvrages, qu'on voit dans les mains de tout le monde le tout écrit avec une extrême élégance et une très grande pureté de langage. » Les livres de piété, qui parurent sous le règne de Louis XIV, n'étaient pas aussi nombreux que ceux qui avaient paru pendant le règne précédent, mais ils valaient beaucoup mieux au point de vue du style, qu'on voulait correct, clair, précis et même élégant,

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car la langue ne cessait de faire des progrès, grâce aux bons écrivains, qui en avaient pris, pour ainsi dire, la direction.

Bossuet, dès le premier livre qu'il publia {Exposition de la Foi catholique (1671), avait prouvé qu'il était un maître en l'art d'écrire et que personne bientôt ne pourrait l'égaler dans le grand style. Fénelon ne se fit connaître comme écrivain que dans les dernières années du dixseptième siècle, et il resta toujours à cet égard bien au-dessous de Bossuet, quoique son roman poétique des Aventures de Télémaque (1699) occupe encore une grande place dans notre littérature de premier ordre.

Nicolas Malebranche (1638-1715), dont les Méditations et les Conversations chrétiennes ne sont pas à la hauteur de ses écrits philosophiques, fut au moins égal à Descartes, sous le rapport du style, dans son chef-d'œuvre : la Recherche de la vérité (1674). Mais les deux moralistes les plus éminents du siècle de Louis XIV, la Rochefoucauld et la Bruyère, n'appartenaient pas à l'Eglise et pouvaient même être regardés comme des moralistes profanes et des philosophes sceptiques. Le duc de la Rochefoucauld laissa paraître, en 1665, le recueil de ses Maximes, qu'il augmenta depuis dans chaque édition. « C'est, dit Voltaire, un des ouvrages qui contribuèrent le plus à former le goût de la nation et à lui donner un esprit de justesse et de précision. On lut avidement ce petit recueil ; il accoutuma à penser et à renfermer ses pensées dans un tour vif, précis et délicat. ))

L'ouvrage de Jean de la Bruyère (1645-96) a bien plus d'importance et de valeur que le livre des Maximes. Boileau, dans une lettre à Racine, caractérise ainsi l'auteur : (( C'est un fort honnête homme, et à qui il ne manquerait plus rien, si la nature l'avoit fait aussi agréable qu'il a envie de l'être 5 il a de l'esprit, du savoir et du mérite. » Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle furent publiés , pour la première fois, en 1688, et ne cessèrent de s'augmenter, dans chaque édition, jusqu'à la mort de l'auteur. Bussy-Rabutin, dans une de ses lettres, apprécie en ces termes ce beau livre, que Voltaire a presque oublié dans le Siècle de Louis XLV : (( La Bruyère est entré plus avant que Théophraste dans le cœur de l'homme ; il y est même entré plus délicate-

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ment, et par des expressions plus fines; ce ne sont pas des portraits de fantaisie qu'il nous a donnés : il a travaillé d'après nature. »

La critique moderne avait commencé à se faire jour dans les Jugements des Savants sur les principaux ouvrages des Auteurs, par Adrien Baillet, en 1665 ; elle se dessina bientôt, avec plus de goût et de finesse, dans le Mercure galant, de Donneau de Visé, le premier journal littéraire qui ait été fondé en France, avec privilège du roi (1672) ; elle ne devait pas tarder à prendre son essor et à devenir une puissance dans les Nouvelles de la République des lettres, de Bayle, qui ne pouvait publier cette feuille indépendante et hardie que dans les Pays-Bas. Pierre Bayle (1647-1706), philosophe pyrrhonien, avait le génie de la dialectique et le plus brillant talent de discussion sur tous les sujets : il fut le véritable créateur de la critique moderne. Ses rivaux, ses adversaires et ses imitateurs restèrent bien en arrière de lui, dans l'art de raisonner, quoique sa manière d'écrire, remplie d'expressions heureuses et de tours ingénieux, soit souvent diffuse, lâche et incorrecte.

La plupart de ceux qui écrivaient à cette époque, et surtout ceux qui avaient respiré l'air de la cour, écrivaient bien et savaient exprimer habilement et facilement ce qu'ils voulaient dire : de là cette multitude de mémoires historiques, qui se préparaient dans l'ombre et qui ne devaient être mis en lumière que longtemps après. C'est à peine si les auteurs de ces mémoires particuliers en osaient communiquer quelque chose à leurs amis ; en tous cas, le secret était bien gardé et il n'en transpirait rien au dehors.

Le cardinal de Betz, retiré dans sa principauté de Comniercy, rédigeait, avec une plume de grand historien, ses superbes Mémoires, qui donnent une triste idée de son caractère, mais qui témoignent de son incomparable génie d'écrivain ; Mademoiselle de Montpensier, qui vivait aussi dans la retraite, au Luxembourg, recueillait, ses souvenirs, en élaguant les plus compromettants ; Mmc deMotteville racontait, dans ses Mémoires, les plus minutieux détails de la vie privée d'Anne d'Autriche, qui l'avait honorée de la confiance la plus intime; le duc de la Rochefoucauld, la duchesse de Nemours, Arnauld d'Andilly lui-même, écrivaient l'histoire secrète de la Fronde, en écrivant leurs Mémoires

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personnels. Mais ces ouvrages n'éveillaient pas même la curiosité des gens du monde, puisqu'on ignorait généralement leur existence. Quant aux immenses Mémoires du duc de Saint-Simon, qui est le plus grand historien de la cour de Louis XIV, ils ne furent écrits que plus tard, sous la régence du duc d'Orléans.

Depuis Mézeray, on n'avait vu paraître aucune bonne histoire de longue haleine, mais beaucoup de relations historiques et d'histoires spéciales, de peu d'étendue, avaient constaté que la France ne manquait pas d'historiens habiles et plus ou moins remarquables par leur talent d'écrivain. La vie des hommes célèbres donna matière à d'estimables ouvrages : Simon Ducros fit celle de Henri, dernier duc de Montmorency (1643); de Callières, celle du maréchal de Matignon (16G0) ; Girard, celle du duc d'Epernon (1663). \1 Histoire du roy Henry le Grand (1661), par l'évêque de Rhodez, Hardouin de Péréfixe, qui l'avait composée pour l'éducation de Louis XIV, mérita d'être attribuée à Mézeray. Quant à Y Histoire des révolutions de Na/ples, par le comte de Modène (1666), elle eût été encore plus recherchée, si l'on avait deviné que Molière y a mis la main. Dans la Conspiration de Walstein, Jean-François Sarrasin avait montré, dit Perrault dans ses Hommes illustres, ce combien il auroit esté capable non seulement d'écrire la vie des grands hommes et d'en faire des images vivantes, mais d'écrire un corps d'histoire , ayant fait voir dans cet essay, qu'il possédoit toutes les qualités d'un grand historien. »

Voltaire n'a pas oublié les Histoires de l'abbé de Saint-Réal (1639- 92), dans le Siècle de Louis XIV, où il oublie tant de prosateurs et tant de poètes dignes d'éloges : « Nous avons des historiens, mais pas de Tite-Live, )) dit-il, en ne se rappelant pas que Mézeray a fait Y Abrégé chronologique de V histoire de France (1673 J, dans laquelle ce grand historien a souvent égalé Tacite. «. Le style de la Conspiration de Venise, ajoute Voltaire, est comparable à celui de Salluste. On voit que l'abbé de Saint-Réal l'avait pris pour modèle, et peut-être l'a-t-il surpassé. » L'abbé Vertot (1655-1735), qui ne le cède point à Saint-Réal, publia aussi, dans les dernières années du dix-septième siècle, ses belles histoires des dévolutions romaines et des dévolutions de Suède.

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Les écrivains les plus parfaits, les plus délicats et les plus raffinés, que l'Académie s'empressait de recevoir dans son sein, n'étaient pas ceux qui écrivaient et qui publiaient le plus d'ouvrages. Paul Pellisson

Fig. 85. — Charles de Saint-Denis, seigneur île Salnt-Evremoml ; d'après le portrait sans nom de graveur, en tîte de ses Œuvres mêlées. Amsterdam, Pierre Mortier (1706).

(1624-93) avait composé, dans sa jeunesse, dit son ami Charles Perrault, « un nombre presque infini de poésies agréables, et de petites pièces en prose les plus ingénieuses qu'on ait jamais veues, qui ont fait les délices de Paris et de toute la France pendant un fort long temps. » Son Histoire de V Académie franqoise (1653) fut considérée, peut-être avec un

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peu trop de complaisance, comme un des plus excellents morceaux de style que notre langue ait jamais produits. Racine, qui fut choisi avec Pellisson et Boileau pour écrire les campagnes du roi, et qui était certainement le premier écrivain de son temps, ne fit rien paraître de ce qu'il avait écrit en prose : ce qu'on en trouva dans ses papiers était à l'état d'ébauche et ne fut imprimé qu'après sa mort. Saint-Evremond (1G13-1703), qui aurait eu la prépondérance et la réputation de Pellisson dans le monde des lettres s'il n'eût pas été forcé de passer les quarante dernières années de sa vie en Angleterre, n'écrivit que des morceaux détachés, pleins d'élégance, d'esprit et d'originalité. Mais Fontenelle, qui, né en 1657 dans la ville natale de Pierre Corneille, son parent, devait mourir centenaire sous le règne de Louis XV, avait déjà publié, en 1700, différents ouvrages, que Saint-Evremond eût avoués pour l'esprit, et Pellisson pour le style ; ce fut de sa part un- véritable tour de force que de faire lire aux femmes les plus futiles son Histoire des Oracles et ses Entretiens sur la pluralité des mondes.

Fig. 86. — Emblème dessiné et gravé par Sébastien Leclerc.

LA POÉSIE ET LES POÈTES

Les poètes de la fin du seizième siècle. — François Malherbe. — La poésie satirique et la poésie gaillarde. — Bergeries et épopées. — Poèmes religieux. — Poèmes burlesques. — Traductions. — Poésie héroïque ou familière. — La Fontaine.

\ Ligue avait tué la poésie, la grande poésie du seizième siècle, excepté la chanson politique, l'épigramme et la satire. Six des poètes de la pléiade étaient morts avant Henri III : du Bellay en 15G0, J<>delle en 1573, Belleau en 1577, Ronsard en 1586, Dorât en 1588, Baïf en 1588; il ne restait que Pontus de Thyard, évO- Eâ\®^^Lsnri^7^^a que de Chalon-sur-Saône, qui mourut en 1G05, âgé de 84 ans. La plupart des poètes qui faisaient suite à la pléiade n'existaient plus ou ne faisaient plus de vers, entre autres l'élève favori de Ronsard, Marc-Claude de Buttet, l'auteur des beaux sonnets de YAmalthée, retiré en Savoie, sa patrie, où il allait passer les dernières années de sa vie. On peut donc dire que, de 1589 à 1594, les poètes français avaient disparu, en quelque sorte, puisqu'ils ne pu-

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