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CIVILE ET POLITIQUE

Éloquence religieuse : les prédicateurs , au temps de la Ligue et sous le régne de Henri IV. — Les grands orateurs de la chaire : Fléchier, Bourdaloue, Bossuet , Massillon. — Eloquence politique : Duplossis-Mornay, Guillaume du Vair, Henri IV, le cardinal de Retz, Richelieu. — Éloquence civile et judiciaire : avocats de Paris et de province, Ant. Loisel, Marion, Ant. Lemaistre, Ant. ArnnuM Olivier Patru, Chrétien do Lamoignon.

près la mort de Henri TII, les prédicateurs catholiques disparaissent de la cour pendant près de quatre ans, jusqu'à l'abjuration de Henri IV, qui n'allait qu'au prêche et qui n'y entendait que des ministres protestants. Mais l'éloquence de la chaire n'avait pas changé de caractère dans les églises, où l'orateur chrétien L^^s^isri^i^s^^^a^i pouvait se préserver des exagérations et des folies monstrueuses de la Ligue. Cette éloquence était toujours animée de l'esprit évangélique, quoique son expression fût ordinairement défigurée par un langage chargé de métaphores outrées, d'images extravagantes, de facéties ridicules, «le termes malsonnants. Quelquefois aussi, pour peu que l'orateur fût un savant et un lettré, il donnait dans un autre abus, en mêlant sans cesse le profane aux

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choses saintes, en cherchant des figures et des comparaisons dans la mythologie et dans les auteurs de l'antiquité grecque et romaine.

Les prédicateurs de la Ligue, qui étaient nés sous le règne de Henri III et qui ne rentrèrent dans l'ombre qu'après la soumission de Paris à l'autorité royale de Henri IV, se livrèrent impunément à tous les excès de la parole et proclamèrent, en chaire, souvent avec une éloquence féroce et terrible, l'indignité d'un monarque huguenot, relaps et excommunié. Rose, évêque de Senlis, disait, à Saint-Germain l'Auxerrois, « qu'il eust voulu avoir tué et estranglé de ses deux mains ce chien de Bearnois ». Pierre de l'Estoile, qui allait alors dans différentes paroisses assister aux sermons du cordelier Guarinus, de Pelletier, de Guincestre, de Feuardent et de plusieurs autres prédicateurs de la Sainte-Union, écrivait, dans son Journal, le 24 mars 1591 : « Tout le fruit qu'on recueillit, ce jour, de leur doctrine, fust un magasin d'injures qu'ils vomirent contre le Roy. »

Ces sermons affreux avaient lieu non seulement tous les dimanches, mais tous les jours de la semaine : ils étaient faits la plupart d'après un programme uniforme que le conseil dès Seize envoyait aux curés et aux orateurs. Lorsque le bruit se répandit, dans la capitale assiégée, que le Béarnais se préparait à embrasser le catholicisme, tous les prédicateurs « preschèrent de mesme et dirent qu'ils estoient d'avis (si le Saint-Père le trouvoit bon) de recevoir à l'église le Béarnois pour capussin et non pour roy. » Ces prédicateurs avaient une influence extraordinaire sur leur auditoire, qui s'exaltait à les écouter sans cesse : leurs allocutions sauvages et vraiment éloquentes firent plus pour la défense de Paris, durant la Ligue, que les armées du duc de Mayenne et du duc de Parme. Le 12 mai 1593, « la fête des Saintes Barricades fut solennisée et chommée avec plus de cérémonie que jamais, » raconte P. de l'Estoile. Boucher fit le sermon, dans Nostre-Dame, où il exalta ceste journée et dit que c'estoit la plus sainte et heureuse qui fust jamais; » et s'attaquant à la royauté des Bourbons, qu'il fallait remplacer par la maison de Lorraine, dit-il, en s'adressant au duc de Mayenne placé vis-à-vis de lui, il ajouta « que nous estions emhourbés il y

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avoit longtemps, et qu'il estoit temps de se desbourber, et que ce u'estoit à tels boueux que la couronne de France appartenoit. »

Le peuple, le bas peuple surtout, s'enflammait aux accents frénétiques de ses prédicateurs, mais le sentiment national fit échouer le complot de Mayenne, à qui les états de la Ligue n'osèrent pas offrir la couronne. Guarinus monta en chaire et prononça ces paroles, avec une sombre douleur : « Messieurs, je trancherai le mot, puisque je suis en la chaire de vérité ; il n'a tenu qu'à ces beaux Messieurs de la cour, tant ils sont méchants, que vous n'ayez eu un roi ; sans eux, nous en aurions un et seriez en repos, et nous, et tout! »

Dix ou douze jours avant que les portes de Paris fussent ouvertes à Henri IV, Guarinus prêchait encore avec la même fureur, comme le rapporte P. de l'Estoile, et <( cria à pleine teste, en son sermon : Aux armes! et qu'on commençast ; autrement, qu'ils estoient tous perdus! » Il y eut pourtant, à cette époque de révolte et de désordre, quelques prédicateurs, entre autres les curés Morenne et Benoist, qui eurent le courage de respecter la chaire et de la tenir à l'abri des doctrines perverses du temps, ainsi que des écarts de l'éloquence ligueuse.

Henri IV pardonna aux fanatiques qui l'avaient outragé dans leurs sermons, en violant toutes les lois de l'ordre public, des convenances et de la morale; il se contenta de les faire sortir de Taris, mais ils y revinrent bientôt, avec les mêmes sentiments de haine contre le roi, d'intolérance contre les protestants, tellement que, dans son discours adressé au Parlement pour l'enregistrement de l'édit de Nantes en 1599, Henri IV se plaignait que les prédicateurs prêchassent plus séditieusement qu'ils n'avaient jamais fait.

Cependant la chaire catholique avait retrouvé de véritables orateurs. Pierre Besse, de Limoges, fit entendre, en 1602, dans l'église de Saint-Séverin, ses l 'rentières Conceptions t//éoic;jiques sur le Carême. André Valladier, nommé prédicateur du roi en 1008, prêchait l'avent et le carême dans les principales chaires de Paris, et il publia ses sermons, en 1012, sous ce titre bizarre : La Sainte philosophie de l'âme. Ce fut lui que Marie de Médicis chargea de

prononcer l'oraison funèbre de Henri IV, et Valladier voulut se surpasser dans l'incroyable épître dédicatuire adressée à la reine régente, dont il faisait ainsi le portrait : « Ce visage albastrin aux yeux de colombe, à la tresse crespée de mille crêpillons, en guise des troupeaux qui repaissent errans et comme ondoyans et vagabonds aux costeaux de Galaad ; aux deux rangées de perles orientales, blanches comme les ouailles. qui sortent du lavoir; aux joues vérécondes et vermeilles, comme la fente d'une grenade; aux lèvres desliées et empourprées, comme un filet de soye cramoisine, d'où découle le miel avec l'ambre et le baume. ))

Le père Cotton, jésuite, qui fut confesseur du roi, et le dominicain Nicolas Coéffeteau, avaient plus dégoût dans leurs actions oratoires, mais les deux grands prédicateurs de ce temps-là furent saint François de Sales, qui vint de Savoie, en 1602, prêcher le carême à Paris, avec une science théologique et une onction chrétienne qu'on ne connaissait pas encore, et Pierre Fenouillet, compatriote de saint François de Sales et évêque de Montpellier, qui, dans un discours funèbre sur le trépas de Henri le Grand, donna un modèle d'éloquence inconnue avant lui, où l'on trouve des beautés d'un ordre supérieur, avec un style élégant et correct, noble et harmonieux.

Si les prédicateurs avaient suivi l'exemple de Fenouillet, l'éloquence sacrée aurait atteint promptement son apogée. Mais, sous Louis XIII, Pierre Besse et Valladier, dont la réputation ne fit que déchoir, restèrent bien loin de Fenouillet et même de saint François de Sales. J.-L. Camus, évêque de Belley, qui écrivit un si grand nombre d'ouvrages de littérature mystique, ne publia pas moins de quinze volumes de sermons, tout surchargés de fleurs de rhétorique, qu'il avait débités partout avec le même succès, malgré les excentricités de ses idées et de son langage, ce C'est ici du biscuit sec, mais succulent, disait-il dans la préface de ses Homélies quadragésimales , serré mais substantieux ; peu de chair de discours, mais prou de nerfs, de cartilages et de moelles de concept. ))

Etienne Molinier, de Toulouse (1G00-I650j, qui avait été avocat avant de devenir théologien et prédicateur, resta presque toute sa

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vie dans le Languedoc; mais ses sermons, imprimés en dix-huit volumes, sans compter les trois volumes de ses panégyriques, prouvent qu'il avait transporté dans la chaire le talent qui le distinguait au

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rançms Iluby.rue S' [arques au Joufflct nri.Ht m 0*/-^ la/ais , Acucuu la yortf de la Saine le- Chapelle, i (i » . (Çj^j

Hg. 111. — Frontispice de l'ouvrage intitulé : Les Merceilles de la sainte Eucharistie , discourues et défendues contre les intidi les, par Nie. Coëfleteau, Paris, Huby, 1G08. (Gravure île Léonard Gaultier.)

barreau. L'éditeur de ses Sermons des dimanches, qui parurent en 1G38, les présenta comme des chefs-d'œuvre « remplis de saintes, doctes, catholiques et relevées conceptions, déduits avec élégance, netteté et propriété de langage, renforcés de profondes raisons, ornés et embellis de belles et riches similitudes. »

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Le P. Caussin, jésuite, confesseur du roi, réunit sous le titre de Buisson ardent les sermons qu'il avait faits pour la cour de Louis XIII et qui furent jugés admirables quand il les prononça. Ou y trouvait cependant l'abus de la théologie scolastique et un mélange hétérogène d'érudition profane avec les dogmes de la foi catholique. Le premier qui contribua le plus à relever le niveau de la prédication fut un missionnaire, Jean le Jeune, de Poligny, prêtre de l'Oratoire. Le prédicateur, suivant lui, ne devait pas se proposer d'autre but que la gloire de Dieu et le salut des âmes ; en conséquence , il voulait qu'on bannît d'un sermon les fables et la science profanes. Il prêcha pendant plus de cinquante ans, et ses sermons, qui ne forment pas moins de dix gros volumes imprimés sous ses yeux, en 1663, exposent simplement la parole de Dieu, solidement établie, présentée avec justesse et accompagnée de détails de morale instructifs.

Un autre missionnaire, le capucin François, de Toulouse, fit imprimer, presque en même temps, le recueil, en dix volumes, des sermons qu'il avait prononcés, dans les Cévennes, devant des auditeurs calvinistes, à la conversion desquels il travaillait avec zèle. La diction de ce missionnaire apostolique, ainsi qu'il s'était nommé luimême , était loin d'être aussi pure et aussi noble que celle des prédicateurs qui ne parlaient que devant un auditoire choisi, comme le P. Senault, de l'Oratoire, et le P. de Lingendes, de la compagnie de Jésus. Ce dernier (1595-1666) , évoque de Mâcon, aumônier du roi, était regardé comme le meilleur prédicateur de son temps; il composait en latin ses sermons et les prononçait en français. C'est en latin qu'ils furent publiés et l'on n'y retrouva plus l'éloquence qu'on avait tant admirée en les entendant.

Le P. Senault (1599-1672), au contraire, s'était appliqué, pendant plusieurs années, à former son style et à polir son langage. C'est lui qui introduisit dans la prédication une dignité qu'aucun de ses devanciers n'avait connue. « Il avoit, dit Perrault dans les Hommes illustres qui ont paru en France, il avoit en chaire l'air modeste, humble et majestueux tout ensemble, la voix nette et sonore, le geste noble et réglé, et une clarté dans le discours, qui, malgré la forme de ses

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expressions et la sublimité de ses pensées, le rendoit aussi intelligible aux esprits les moins éclairés qu'aux génies les plus vifs, les plus vastes et les plus transcendants; et c'est en cette partie qu'il a excellé davantage, quoique admirable en toutes les autres. ))

Il faut citer, à la même époque, Hardouin de Péréfixe (1G05-1G70 ),

Fig. 112. — Conseil de régence d'Anne d'Autriche; d'après le taMean de de Troy, gravé par Scotin. (Le personnage a droite du spectateur, au premier plan, est saint Vincent de Paul.)

qui s'était consacré à la chaire dès sa jeunesse et qui, devenu évêque de Rodez, se refusa toujours à laisser imprimer les discours qui lui avaient assuré un rang illustre parmi les orateurs sacrés ; Antoine Godeau, qui, poète et membre de l'Académie française, avait été fait évoque de Grasse par le cardinal de Richelieu, « prêcha, avec une éloquence toute chrétienne, qui le lit admirer et aimer de tout son peuple, » est-il dit dans les Hommes illustres de Perrault. Claude de la Colombière, jésuite, qui avait pris pour modèle les ser-

mons du P. Lingendes, égala quelquefois cet excellent prédicateur, en l'imitant.

On ne saurait oublier saint Vincent de Paul (1576-1660), fondateur de la congrégation des prêtres de la Mission, lequel eut toujours pour but, au dire de Ch. Perrault, « l'instruction familière des ignorants ». Il avait au plus haut degré l'éloquence du coeur, quoiqu'il fût presque sans lettres, mais il croyait « que la douceur et la simplicité, dénuée des fastueux dehors de la science, qui souvent éclaire bien moins qu'elle ne brille, feroient plus de fruits. » Deux hommes, doués de talents extraordinaires et fort éclatants, se présentèrent pour entrer dans sa congrégation : « Vous êtes trop habiles pour nous, leur dit-il; nous voulons que ceux d'entre nous qui portent la parole de Dieu touchent et convertissent par la seule vertu de cette parole et non point par leur éloquence , afin que toute la gloire en demeure au Seigneur. » Quand son œuvre des Enfants trouvés fut en péril, faute d'assistance de la part des personnes charitables qui l'avaient aidé à la créer, il réunit les dames de charité et il leur adressa des reproches et des prières en faveur de ces pauvres enfants abandonnés : son éloquente improvisation, à laquelle l'assemblée ne répondit que par des larmes, sauva l'œuvre qu'il avait fondée.

Il y eut, vers ce temps, deux prédicateurs qui réussirent dans le genre familier et burlesque, le premier, à Paris; le second, en province. André Boullanger, dit le petit Père André, de l'ordre des Augustins réformés (1578-1657), exerça pendant plus de cinquante ans, avec grand succès, le ministère de la prédication. Il tenait en haleine son auditoire par des citations proverbiales et par des plaisanteries populaires, et sous cette forme d'élocution naïve et même triviale il arrivait à des effets surprenants d'éloquence sympathique.

Un capucin provençal, le père Honoré, de Cannes, ne songeait pas k faire rire ses auditeurs, comme le petit Père André; il cherchait plutôt à les faire pleurer et à leur inspirer une pieuse terreur par ses grimaces et sa mimique endiablée. Il apporta, un jour, en chaire, une tête de mort, dont il changeait la coiffure suivant le

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personnage qu'il voulait lui faire représenter. Ses éclats de voix terribles, ses menaces effrayantes, ses histoires épouvantables produisaient sur les fidèles une impression profonde et irrésistible. Mais

Fig. 113. — Un sermon; d'&prèâ J. Lepautre.

ce n'était pas là une véritable éloquence, que la cliaire pût avouer. Les vrais, les grands prédicateurs ne manquèrent pas au siècle de Louis XIV, et la plupart lurent poussés à l'épiscopat par le talent de la parole.

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Le P. de Lingendes et Claude Texier, l'un et l'autre à la fin de leur carrière oratoire, avaient été les premiers qui eurent l'honneur de prêcher devant le grand roi. Après eux, un élève du P. Senault, J.-L. de Fromentières , qui était jésuite, ainsi que Mascaron, Hubert la Roche et plusieurs autres bons prédicateurs, prêcha souvent, dans la chapelle de Versailles, avec une onction qui lui gagnait tous les cœurs. Nommé évêque d'Aire en 1673, il ne prêchait déjà plus et se refusait à mettre au jour ses anciens sermons, lorsqu'il fut désigné, par le roi lui-même, pour prononcer, à la prise de voile de Mlle de la Vallière au couvent des Carmélites (1G74), un dernier discours, corrigé de la main de Bossuet.

La prédication avait atteint désormais son plus haut degré de perfection et l'éloquence de la chaire, dans les oraisons funèbres surtout , s'était élevée à des hauteurs qu'elle ne pouvait plus surpasser. C'était Esprit Fléchier ( 1032-1 710), qui n'eut pas de rival dans ce genre d'éloquence, après qu'il eut prononcé les oraisons funèbres du duc de Montausier et de Turenne; c'était Louis Bourdaloue (1632-1704), qui fut surnommé avec justice, par ses contemporains, le premier des sermminaires. a L'oraison funèbre, dit Edme Mongin, dans un discours académique, étoit, avant Fléchier, l'art d'arranger de beaux mensonges, un art tout profane où, sans égard ni à la vérité ni à la religion, on consacrait les fausses, vertus des grands, et souvent l'abus de la grandeur même; mais le sage Fléchier ne songea, dans les éloges des morts, qu'à faire des leçons aux vivants, qu'à déplorer les grandeurs humaines par la vanité qui les accompagne ou par la mort qui les détruit. »

Fléchier était prêtre de la Doctrine chrétienne et ne devint évêque de Nîmes qu'en 1687, quoique sa réputation d'orateur sacré fût établie depuis longtemps par ses oraisons funèbres, qui sont des chefsd'œuvre de pensée et de style.

Bourdaloue (1632-1704), qui refusa d'être évêque et qui resta simple jésuite jusqu'à sa mort, fut regardé, par les juges les plus difficiles, comme le vrai fondateur de l'éloquence sacrée, qu'il avait faite à la fois grave et sévère, noble et solide, attachante et persuasive.

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clarant « qu'il aimait mieux ses redites que les choses nouvelles

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des autres. )) Mme de Sévigné écrivait, dans ses lettres à sa fille, « qu'elle n'avoit jamais rien entendu de plus beau, de plus noble, de plus étonnant que les sermons du P. Bourdaloue. » Bossuet, le grand Bossuet, était même éclipsé par Bourdaloue, et n'osait pas se mettre, comme prédicateur, en concurrence avec lui.

Bossuet (1627-1704) avait prêché, douze ans de suite, dans les différentes paroisses de Paris, avant d'être nommé évêque de Meaux en 1669; il avait prêché aussi l'avent et le carême à la cour, pendant cinq années, mais ses sermons y produisirent moins d'effet que son oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, car il les improvisait d'après un canevas préparé d'avance; aussi s'était-il toujours opposé à ce qu'ils fussent imprimés de son vivant. On ne peut donc juger de ses sermons par les esquisses qu'on en a publiées après sa mort, mais ils avaient laissé un tel souvenir dans l'esprit des contemporains, que Voltaire en parle ainsi dans le Siècle de Louis XIV : « Ses discours, soutenus d'une action noble et touchante, les premiers qu'on eût encore entendus à la cour qui approchassent du sublime, eurent un si grand succès, que le roi fit écrire, en son nom, au père de Bossuet, intendant de Soissons, pour le féliciter d'avoir un tel fils. »

D'autres prédicateurs parurent à la cour, où ils ne passèrent pas inaperçus. Jules Mascaron, de l'Oratoire (1634-1703), fut nommé évêque de Tulle, après avoir prêché l'avent et le carême devant le roi ; sa meilleure oraison funèbre est celle de Turenne. Cosme Roger (1615-1710), qui fut évêque de Lombez, avait aussi prêché, pendant cinq ans, à la chapelle de Versailles; le P. Soanen (1647- 1740), oratorien, nommé évêque de vSenez, prêcha auparavant à la cour, sans grand succès, niais, suivant la Bruyère, « simplement, fortement, chrétiennement. ï>

La Bruyère, qui accorde aux prédicateurs de son temps une place- considérable dans son livre des Caractères, disait alors, avec une sorte de jalousie : « Un sermonneur est plus tôt évêque que le plus solide écrivain n'est revêtu d'un bénéfice simple. » On citerait pourtant de bons prédicateurs qui réussirent à la cour et qui

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ne parvinrent pas aux dignités ecclésiastiques : le P. Antoine Anselme (1652-1738;, qui avait pour auditoire assidu toute la noblesse du Marais, et à qui M,ne de Sévigné trouvait de l'esprit, de la grâce et de l'éloquence; le P. de la Rue, jésuite (1643-1725), qui, dans sa longue carrière, sut charmer à la fois l'esprit, le cœur et les oreilles de ses auditeurs; et enfin le P. Jean de la Roque, oratorien (1654-1711), dans les sermons duquel Racine reconnaissait, disait-il, plus de beautés que dans ses propres ouvrages.

Fig. 115. — Vignette représentant le catafalque du maréchal deTurenne, tirée de l'uOraison funèbre de Menu de la Tour d'Auvergne , prononcée à Paris dans l'église des Carmélites , le 30 octobre 1 GTS. par M. Mascaron . évéeme de Tulle. » Paris, Cramoisy-Dnpuis , 1676, in-4". {Sébatttm Lerterc seulpsil )

La Bruyère mettait au-dessus de tout Bossuet et Bourdaloue, qui lui rappelaient Démosthènes et Cicéron : « Tous deux, maîtres dans l'éloquence de la chaire, disait-il dans la première édition de ses Caractères (1688), ont eu le destin des grands modèles : l'un a fait de mauvais censeurs, l'autre de mauvais copistes. » La Bruyère n'était pas content des orateurs qui avaient succédé à ces deux illustres maîtres de l'éloquence, comme il les appelle : (( Jusqu'à ce qu'il revienne un homme qui, avec un style nourri des saintes Ecritures, explique au peuple la parole divine uniment et familièrement, les orateurs et les déclamateurs seront suivis. » Sept ans plus tard, en 1694, il ajoute, dans la 8e édition de son ouvrage : « Cet homme que je souhaitais impatiemment, et que je ne daignois pas espérer de notre siècle, est enfin

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venu. » Cet homme était un pauvre capucin, le P. Séraphin, qui prêcha plusieurs fois à la cour, et qui s'y fit écouter avec faveur : « Ses sermons, dit le duc de Saint-Simon, ses sermons, dont il répétait deux fois de suite les mêmes phrases, et qui étoient fort à la capucine, plurent fort au roi, et il devint à la mode de s'y empresser et de l'admirer. » Mais la Bruyère avait été forcé d'avouer que la ville n'était pas de l'avis de la cour et que le P. Séraphin, malgré les affiches qui annonçaient ses prédications, faisait le vide dans toutes les paroisses où il essayait de débiter ses sermons à la capucine.

La fin du siècle allait voir apparaître un illustre prédicateur, qui ne fut le copiste ni de Bourdalouc ni de Bossuet, et qui ouvrit une nouvelle voie à l'éloquence de la chaire. J.-B. Massillon (1663-1742) sortait de cette fameuse école des pères de l'Oratoire, qui avait fait tant de bons prédicateurs. Cependant , lorsque le supérieur général de cette congrégation lui demanda ce qu'il pensait des prédicateurs contemporains , il n'hésita pas à lui répondre : « Je leur trouve bien de l'esprit et des talents, mais si je prêche, je ne prêcherai pas comme eux. » Il prêcha pour la première fois devant Louis XIV en 1099, et le roi lui adressa ces paroles remarquables : « Mon père, j'ai entendu plusieurs grands prédicateurs dans ma chapelle, j'en ai été fort content. Pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j'ai été très mécontent de moi-même. » C'était lui dire qu'il avait atteint le véritable but de l'orateur chrétien. Voltaire le juge ainsi : « Le prédicateur qui a le mieux connu le monde, plus fleuri que Bourdaloue, plus agréable, et dont l'éloquence sent l'homme de cour, l'académicien et l'homme d'esprit. » Enfin, Fénelon (1651-1715), qui avait fait preuve, dans les missions, d'une éloquence vraiment évangélique, cessa de parler en chaire longtemps avant d'être archevêque de Cambrai; mais il se souvint des succès oratoires qu'il avait obtenus et composa un traité didactique de la prédication.

L'éloquence politique, qui n'eut pas, comme l'éloquence sacrée, l'occasion de prendre son essor dans le cours du dix-septième siècle, s'était montrée avec une puissance extraordinaire sous le règne de Henri III, lorsque Philippe de Mornay, seigneur du Plessis, qui fut

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un habile politique et un grand orateur, voulut servir la cause du roi de Navarre, en même temps que celle du parti calviniste, pendant la Ligue. Il faut lire ses Remontrances et ses Lettres contre « les dan-

Fijr. il G. — ï.c sermon du Capucin; d'après .1. Le Fmitre. (Ou remarquera qu'un certain nombre des assistants ont la tête couverte.)

gers et inconvénients de la paix faite avec ceux de la Ligue, » pour se convaincre que l'éloquence politique était née dès cette époque. On trouve dans les écrits de du Plessis-Mornay en faveur de Henri de Bourbon, qu'il représentait comme le légitime héritier de la cou-

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ronne de France, une argumentation vigoureuse, une entraînante logique. C'était bien là l'éloquence à la manière antique, (( où, dit l'historien de Henri IV (Auguste Poirson), il n'est pas donné un seul mot à la déclamation , où tout repose sur des faits et sur des textes de lois. » Le roi de Navarre était aussi un maître en fait d'éloquence politique, et on peut, avec beaucoup de probabilité, lui attribuer une part dans le Libre Discours sur V état présent de la France, qu'il fit écrire sous ses yeux par le plus éloquent des écrivains politiques de son temps, Hurault du Fay, petit-fils du chancelier de l'Hospital. « Plus libres et plus efficacieuses furent les plumes des réformés, dit d'Aubigné à ce sujet dans son Histoire universelle, parmi lesquels se trouva des esprits aiguisés et affinés entre leurs dures affaires... Ces pièces délicatement et doctement traitées ont dessillé les yeux à plusieurs François et les ont amenés au service du roi. » Henri III sauva la royauté, en se ralliant aux idées de Hurault du Fay et en se réconciliant avec le roi de Navarre et le parti calviniste, pour résister aux usurpations de la Ligue. Henri IV, ayant succédé à Henri III, trouva encore de puissants secours dans l'éloquence politique, quand les états généraux de la Ligue furent réunis à Paris, en 1593, pour le détrôner, en décernant la couronne au duc de Mayenne ou à un autre prince de la maison de Guise.

Le président le Maistre et le conseiller du Vair, parmi les députés de ces états généraux, représentaient le Parlement de Paris. C'est dans le sein du Parlement, toutes les chambres assemblées, qu'ils osèrent protester contre l'œuvre perfide et illégale des états de la Ligue, en demandant un arrêt pour le maintien de la loi salique, qui était la base fondamentale de la monarchie française. Du Vair prononça, en cette circonstance, un des plus beaux discours politiques qui existent dans notre langue et dont la forme même n'a que peu vieilli depuis près de trois siècles. Auguste Poirson a donc été fondé à dire : « Cette logique serrée convainquit, ces accents du courage civil et de l'amour de la patrie entraînèrent les esprits. Conformément à l'avis et aux conclusions de du Vair, le Parlement rendit l'arrêt du 20 juin 1593 » et paralysa les entreprises audacieuses des

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états de la Ligue. Dix mois plus tard, Henri IV entrait, en roi, dans sa capitale. Mais les généreux efforts de le Maistre et de

l'ig. 117. — Duplessis-Mornay, a l'âge de soixante-deux ans (1611); d'après une gravure de Léonard Gaultier. (Bibliothèque nationale. Collection Hennin.)

du Vair avaient été merveilleusement secondés par les auteurs de la Satyre Menippée, surtout par Florent Chrestien, Gillot et Pierre Pithou.

Parmi les harangues, au nombre de sept, qui figurent dans la se-

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