LES PEINTRES
galerie, il n'y a pas un seul portrait de son invention, et que, par le visage et l'attitude tant des hommes que des femmes qu'il y a représentés, on juge aisément de leur génie et de leur caractère. Sa femme le seconda bien dans cette entreprise : comme elle excelloit à faire les portraits des personnes de son sexe , ceux des reines et des autres dames, pour la plupart, sont de sa main et du dessin de son mari. » Bunel, qui mourut vers 1620, peignit, en outre, dans la chambre de la reine au Louvre, avec Gabriel Honnet, Ambroise
ïïg. 126. — Les Arts réunit, gravure de Sebastien Lecture ; d'après une tête de page des Principes de l'architecture, <le la sculpture. île la peinture, etc., par André Fi libien, in-4"(lG75).
Dubois et Dumée, différents épisodes de la Jérusalem délivrée du Tasse, que Marie de Médicis avait choisis elle-même.
Il paraît que les tableaux de Bunel étaient peints sur toile et encadrés, car on put sauver une partie de ceux qui décoraient la petite galerie du Louvre, lors de l'incendie du G février 1661 ; mais les belles fresques qu'il avait laites sur les voûtes de cette galerie, d'après les cartons de Toussaint Dubreuil, représentant le combat de Jupiter contre les géants, furent entièrement détruites. « Dubreuil, peintre de Sa Majesté, singulier en son art, dit Pierre de PEstoile en son journal, ;\ la date du 22 novembre 1602, et qui avoit fait et devisé tous ces beaux tableaux de Saint-Germain, » mourut, ce jour-là, en revenant de Saint-Germain à Paris. « Dubreuil, dit André Fé-
XVIIe SIÈCLE. -
libien dans ses Entretiens sur les plus célèbres peintres, n'étoit pas bon coloriste, et d'ordinaire ne faisoit que des cartons; mais, en récompense, il étoit si grand dessinateur, que Claude Vignon, peintre, a vendu à Rome de ses dessins à François Bracianze, excellent sculpteur, que celui-ci prenoit pour estre de Michel- Ange. » Dubreuil avait peint aussi, pour une des chambres de Fontainebleau, quatorze tableaux représentant l'histoire d'Hercule, et Roger de Rogery, qui était sans doute son élève, avait été chargé, après sa mort, de peindre la suite de cette histoire, en treize fresques qui figuraient dans une salle voisine.
C'est à Fontainebleau que Henri IV fit exécuter sous ses yeux les travaux de peinture les plus considérables de son règne ; malheureusement la plupart des fresques, faites à cette époque sur des enduits mal préparés et trop sensibles à l'humidité du climat, n'ont pas tardé à s'effacer, de telle sorte que les linéaments du dessin restaient seuls visibles à l'œil des connaisseurs , au bout d'un petit nombre d'années. Les tableaux peints sur toile, du moins, se détériorèrent plus lentement, mais ils subirent aussi l'action du temps, en perdant leur coloris et en devenant tout à fait noirs. Un des peintres que Henri IV employa le plus aux peintures de Fontainebleau était Ambroise Dubois, né en 1543 à Anvers, mais naturalisé en France, où il vint exercer son talent dès l'âge de vingt-cinq ans. Dubois avait une merveilleuse facilité et une incroyable adresse d'exécution, car il entreprit, sans doute avec ses élèves, d'immenses fresques à l'huile, chacune de 16 pieds de large et de 7 de hauteur, qui représentaient les principaux exploits de Henri IV pendant la Ligue. Toute cette décoration picturale a péri, à l'exception de quelques fragments que l'on a retrouvés de nos jours. On voit encore, à la môme place, dans le vieux Louvre, les tableaux de ce peintre qui décoraient le cabinet et la chambre de Marie de Médicis : huit tableaux, sur toile, représentent l'histoire de Tancrède et de Clorinde, empruntée à la Jérusalem délivrée, et quinze autres tableaux, les aventures du roman grec de Thêagbie et Chariclée. Un des tableaux de cette seconde suite, qui orne le plafond de la chambre royale, offre, dans les attitudes et les
LA PEINTURE ET LES PEINTRES
formes des personnages, une élégance et une distinction qui caractérisent déjà l'école française de cette époque.
Mais le maître par excellence, un Français de l'ancienne école de Fontainebleau, Martin Fréminet, que le roi avait rappelé d'Italie,
Flg. 127. — Tttt de Vieillard rtOHt, par Dumonstiir ; d'après un dessin à la bibliothèque Albertinc de Vienne. (Pliot. de Braira.)
où il s'était fixé durant la Ligue, exécuta seul, avec quelques élèves inconnus, les admirables peintures qui couvrent la voûte de la chapelle du château de Fontainebleau, et qui représentent les grands épisodes de l'histoire de la Bible et de la vie de Jésus-Christ se déroulant sous les yeux de la Trinité dans sa gloire divine. L'exé-
XVIIe SIÈCLE. —
cution de cette œuvre considérable ne fut achevée que sous Louis XIII. Fréminet avait étudié d'abord chez son père, peintre médiocre de Paris, qui faisait des cartons pour la tapisserie de haute-lice; à vingt-cinq ans, il était parti pour l'Italie, afin de s'y perfectionner dans son art, sans cloute avec son camarade d'atelier Toussaint Dubreuil, et tous deux s'attachèrent à copier les fresques et les dessins de Michel-Ange, qu'ils regardaient l'un et l'autre comme leur véritable maître. A leur retour en France, ils avaient complété leurs études , en travaillant avec les peintres de Fontainebleau. Leurs travaux n'avaient donc été suspendus que dans la période aiguë des guerres civiles, et ils les reprirent avec ardeur, lorsque Henri IV les eut nommés peintres valets de chambre du roi. Fréminet, qui survécut dix-sept ans à Dubreuil, acquit alors une réputation bien supérieure à celle de son ami. Il excellait dans le dessin ; il avait à la fois la science et l'habileté de l'exécution; il possédait le génie de la composition, mais il n'était pas coloriste et ses plus belles œuvres ne pouvaient plaire qu'aux artistes : « Sa manière de peindre, dit Félibien dans ses Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus fameux peintres, étoit fière et terrible, donnant à ses figures des mouvements trop forts , et marquant tellement les muscles, qu'ils paraissent presque sous les draperies. » Ce grand maître, qui peignit peu de tableaux d'église et de chevalet, eut à peine le temps de finir les fresques de la chapelle du château de Fontainebleau : c'est là qu'il mourut, en 1619, âgé de cinquante-deux ans, comblé des témoignages d'estime que lui avait donnés Louis XIII, ainsi que Henri IV.
Les peintres français, à cette époque, conservaient encore les usages traditionnels de la vieille communauté parisienne des peintres et imagiers, à laquelle ils appartenaient la plupart : ils n'avaient pas d'autres élèves que leurs enfants ou leurs parents ; leur atelier était le foyer de la famille. Tout artiste qui s'était fait un nom par ses œuvres tenait à honneur de le léguer aux héritiers de son art et, s'il était possible, de son talent. Ainsi Ambroise Dubois avait travaillé avec ses deux fils Jean et Pierre, et son neveu Paul ; Jean de Hoey,
LA PEINTURE ET LES PEINTRES
cle Leyde, valet de chambre du roi comme Ambroise Dubois, se faisait aider par son fils Claude, lequel acheva les peintures que son père, mort en 1015, avait exécutées à Fontainebleau , d'après les dessins d'Ambroise Dubois,
Fig. 128. — François de Laubespinc, maniais d'IIauterive et de (.'hàteauneuf (l.')S(i-lii70) , lieutenant général, gouverneur de Brada. Peint par Nie. Qucsncl. Appartenant au due d'Aumale. (l'hot. de Braun.)
Martin Fréminet n'eut pas d'enfants, mais il avait des élèves qui le secondaient dans tous ses ouvrages et qui s'efforçaient de l'imiter. Il y a peu de peintres qui n'aient compté deux ou trois générations d'artistes de la même école, ayant travaillé ensemble aux grandes peintures d'histoire ou de sainteté. Quant aux portraitistes
336 XVIIe SIÈCLE. — SCIENCES, LETTRES ET ARTS.
qui travaillaient isolément et de leur main, ils s'honoraient d'avoir eu pour pères et pour ancêtres de bons peintres de portraits, et ils étaient fiers de voir leur manière ou leur style continués par leurs fils ou leurs neveux. Il y eut ainsi, à la cour de France, trois Porbus, venus de Bruges et d'Anvers, qui, de père en fils, se distinguèrent dans la peinture de portraits; le dernier, François, qui mourut à Paris en 1622, âgé de 52 ans, avait fait les portraits de la famille royale et d'une foule de personnes de l'entourage du roi et de la reine. Il fut chargé aussi, par le conseil de ville de Paris, de peindre, dans les nouveaux bâtiments de l'Hôtel de Ville, quantité de portraits d'anciens prévôts des marchands et d'anciens échevins. On lui avait adjoint, pour coopérer à ce grand travail, Louis Beaubrun, qui, n'ayant pas d'enfants, partageait la besogne avec ses deux neveux Henri et Charles, lesquels devaient avoir, comme portraitistes , encore plus de réputation que leur oncle.
L'histoire ne dit pas que François Quesnel et ses frères Nicolas et Jacques, qui peignaient aussi le portrait avec une rare habileté, aient été employés à peindre la collection des portraits municipaux de l'Hôtel de Ville, mais François Quesnel, le plus célèbre des trois frères, eut à pourtraire plusieurs fois Henri IV, Marie de Médicis et le Dauphin. Les trois frères Dumonstier, Etienne, Pierre et Cosme, qui avaient introduit en France la mode des portraits au pastel ou aux trois crayons, vivaient encore, dans les premières années du règne de Henri IV, mais ils devaient être très vieux et sans doute ne travaillaient plus. C'était sur Daniel Dumonstier, fils de Pierre, que reposait la renommée de cette famille d'excellents artistes. Daniel Dumonstier, né en 1574, fut en faveur à la cour de Henri IV, parce qu'il exécutait, avec une merveilleuse rapidité, des portraits qui joignaient à la ressemblance la plus saisissante toutes les qualités d'un dessin magistral et d'une ingénieuse coloration, au moyen des trois crayons noir, rouge et blanc.
Les derniers peintres de la grande école de Fontainebleau disparurent, sous la régence de Marie de Médicis et au commencement
LA PEINTURE ET LES PEINTRES
du règne de Louis XIII : leur tâche était terminée, puisque la peinture décorative des châteaux royaux se trouvait à peu près achevée.
On allait dès lors décorer beaucoup de galeries, de salles et de chapelles dans les couvents, les églises et les hôtels qui se construisaient de toutes parts à Paris, mais il n'y avait plus à conserver un style homogène dans les ouvrages de peinture à fresque ou à l'huile, dont on ornait à l'intérieur les édifices religieux et les habitations aristocratiques. Chaque peintre y apportait son genre et son tempérament individuel ; chaque partie intéressée y imposait son choix et sou goût. Il y eut, sous le règne de Louis XIII, deux peintres qui formèrent deux écoles distinctes : Nicolas Poussin et Simon Vouet. Mais , â côté de ces deux grands maîtres qui eurent une action si prépondérante sur la peinture française et sur les arts en général, il faut signaler quelques artistes qui s'étaient faits euxmêmes en dehors des deux écoles dominantes, et qui sortaient de la communauté des peintres de Paris, dans laquelle se perpétuait le vieil art national, sans subir l'influence et les vicissitudes des écoles italiennes. Mais, chez tous ces peintres, c'était une idée fixe d'aller à Rome, pour y étudier les chefs-d'œuvre des grands maîtres de l'art.
Le voyage de Rome avait été funeste à beaucoup de ces jeunes gens, qui prenaient pour un progrès les déplorables déviations des écoles italiennes. Jacques Blanchard, né à Paris en 1600, élève de Jérôme Bollery, « le meilleur peintre de son temps, » dit Charles Perrault, fut un de ces peintres que l'Italie ne rendit pas à la Fiance plus savant ni plus habile, « II n'y a jamais eu, dit Charles Perrault, de peintre si également fort dans toutes les parties de la peinture, qu'il n'ait excellé beaucoup plus dans les unes (pie dans les autres. Il avoit, dans ses tableaux, un coloris si beau, si frais, si naturel, qu'on le surnomma le Giorgione ou le Titien françois. » Il s'était passionné, en effet, pour ces deux maîtres, pendant le séjour qu'il avait fait à Venise, et, comme le dit Félibien, il acquit « une grande réputation pour la beauté de son coloris et sa manière de peindre fraîche et agréable. » A son retour de Rome, il fit, pour la communauté des pein-
XVIl' SIÈCLE. — PCIKXCKS. — 43
338 XVIIe SIÈCLE. — SCIENCES, LETTRES ET ARTS.
très, où il fut reçu avec enthousiasme, un saint Jean dans l'île dePaihraos, et pour un couvent de religieuses de Cognac, une Assomption de la Vierge, qu'on regarde comme ses chefs-d'œuvre. Il peignait à fresque avec beaucoup d'adresse et d'éclat. Il fut chargé de peindre aussi une galerie du château de Grosbois, que le comte d'Angoulême avait fait bâtir. On admirait, entre tous ses ouvrages, une fresque représentant les Saisons, dans une galerie de l'hôtel de Bullion, à Paris. Il excellait à faire des tableaux mythologiques où l'on voyait des figures nues qu'il peignait avec autant de correction que de facilité ; il faisait aussi beaucoup de Vierges à mi-corps, dit Florent Lecomte, (( et comme il sçavoit leur donner des expressions fort agréables, plusieurs personnes étoient bien aises d'en avoir de sa main. » Il mourut d'une fluxion de poitrine, à l'âge de trente-huit ans. Son plus grand tableau et le plus célèbre était une Descente du Saint-Esprit, qu'on admira longtemps dans l'église de Notre-Dame. Son neveu Gabriel fut membre de l'Académie de peinture.
Claude Vignon, né à Tours, vers 1590, s'était passionné de bonne heure pour la manière du Caravage « et fit, dans ce goût-là, des tableaux d'une grande force, » dit Roger de Piles, dans son Ahrègé de la vie des peintres. Il diminua lui-même sa valeur, en travaillant trop vite, pour satisfaire aux nombreuses commandes de tableaux qui lui arrivaient de tous côtés. Il avait une façon de peindre qui le distinguait des peintres français contemporains, car il procédait toujours par empâtements, en appliquant les couleurs sur la toile sans les lier ou les mêler avec le pinceau, ce qui produisait de loin un grand effet, mais ne permettait pas de voir de trop près sa peinture. Il avait des connaissances très étendues sur tous les genres et les différentes manières des grands maîtres, et les curieux venaient le consulter avec confiance au sujet de la qualité et du prix des anciens tableaux; mais ses œuvres étaient peu recherchées, quoiqu'il eût peint beaucoup, dans sa jeunesse, pour les églises et pour les cabinets d'amateur. Ses deux fils, Claude-François et Philippe, furent, comme lui, membres de l'Académie de peinture, et lui survécurent plus de trente ans. Il était mort, en 1670.
LA PEINTURE ET LES PEINTRES
Il y eut, au commencement du dix-septième siècle, certains peintres qui s'étaient formés dans les écoles provinciales et qui gagnaient leur vie en parcourant les villes et les châteaux où ils s'arrêtaient pour peindre; quelquefois ils se fixaient dans la ville où ils étaient nés, et ils y trouvaient l'emploi de leur talent. Quentin Varin, d'Amiens, fut un de ces artistes nomades : on rapporte que, dans un séjour qu'il fit aux Andelys, il aurait donné les premières leçons de son art au jeune Poussin, qui montrait déjà de grandes dispositions pour la peinture et qui n'aspirait qu'à partir pour l'Italie. On citait plusieurs de ses tableaux de dévotion auxquels Poussin avait mis la main.
Jean Mosnier, de Blois (1600-1656), qui n'eut pas d'autre maître que son père, peintre savant, établi dans sa ville natale, avait fait une si belle copie d'une Vierge d'André Solario, appartenant aux Cordelières de Blois, que ces religieuses l'acceptèrent en échange de l'original qu'elles offrirent à la reine mère Marie de Médicis. Ce fut aux libéralités de cette princesse que Jean Mosnier dut les moyens d'aller étudier à Rome. A son retour, la reine mère l'honora encore d'une généreuse bienveillance et lui commanda des peintures décoratives pour le palais du Luxembourg; mais le départ et l'exil de sa royale bienfaitrice l'engagèrent à retourner dans sa province, où il travailla, pôW les églises et pour les châteaux, jusqu'à sa mort. Son fils aîné Pierre, qui était venu à Paris compléter ses études dans l'atelier de Sébastien Bourdon, fut de l'Académie de peinture, en 1G74.
Il faut citer quelques peintres qui avaient acquis ou perfectionné leur talent en Italie et qui ne vinrent pas le produire à Paris. Valentin de Boulongne, dit le Valentin, né à Coulommiers en 1501, passa toute sa vie à Rome, où il mourut en 1G34 : ses tableaux, exécutés dans la manière du Caravage, avec une audace singulière de dessin et de coloris, étaient fort estimés de son temps et firent regretter sa perte prématurée. Jean Leclerc, né Nancy en 1588, avait appris son art à Venise, où il se fit une si grande réputation, qu'il y fut fait chevalier de Saint-Marc. Il revint, au bout de vingt ans, dans sa ville natale, où il mourut en 1633, après avoir exécuté de beaux ouvrages
XVIIe
SIÈCLE
pour le duc Henri de Lorraine. Nicolas Quentin, né en Bourgogne, et Richard Tassel, né à Langres en 1G08, ne sortirent de leurs provinces que pour faire des peintures d'église : leurs meilleurs tableaux étaient à Dijon. C'est là que mourut le premier en 1636, et le second se retira plus tard à Langres, pour y mourir en 1660.
On ne peut citer, à cette époque, qu'un seul grand peintre qui ne soit' pas allé en Italie et qui représente, par conséquent, l'école française dans toute sa pureté. C'est Eustache le Sueur (1616-1655), qui n'alla pas à Rome et se contenta de voir les meilleurs tableaux italiens conservés dans les cabinets des curieux. Il était membre de la communauté des peintres à Paris, et il refusa toujours de se séparer de ses collègues, lors même qu'il fut élu professeur dans l'Académie royale de peinture. Il se faisait aider dans ses travaux par ses trois frères, Pierre, Philippe et Antoine ; par son beau-frère, Thomas Goussé, et par ses deux élèves, Patel et Claude Lefebvre. Il exécuta, en moins de trois années, vingt-deux tableaux peints sur bois, pour remplacer les fresques à demi effacées qui avaient décoré le cloître du couvent des Chartreux à Paris. Ces superbes tableaux représentant les principaux traits de la vie de saint Bruno sont l'oeuvre capitale de le Sueur. Il travailla aussi dans les appartements du roi et de la reine, au Louvre. Il avait entrepris la décoration de la galerie de l'hôtel Lambert, dans l'île Saint-Louis, et il exécuta, en outre, un grand nombre de peintures pour les hôtels de divers grands seigneurs et pour plusieurs églises de Paris. Il mourut, épuisé de travail, à l'âge de trente-neuf ans.
« Ce que le Sueur avoit de plus remarquable, dit Charles Perrault, c'est qu'il n'y avoit rien d'affecté dans sa manière. C'étoit la belle nature prise d'après l'idée du beau, qu'il représentoit en autant de façons différentes que les différents sujets le demandoient, n'ayant aucunes attitudes, aucunes manières de groupper, de disposer, de draper ou de colorier, qui luy fussent plus ordinaires que les autres; marque certaine de la force et de la facilité de son génie.... Son bon goût luy avoit fait prendre, dans l'étude des figures et des bas-reliefs antiques, ce qu'ils ont de grand, de noble et de majestueux, sans en imiter ce qu'ils peuvent avoir de sec, de dur et d'immobile. »