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niérées et peu naturelles; il rachetait ces défauts par un dessin vigoureux et une excellente exécution. Il est surtout connu par les quatre figures d'esclaves enchaînés qui entouraient la statue équestre de Henri IV sur le Pont-Neuf, mais on doit signaler plutôt son admirable statue en pied de Henri IV, qui se trouve maintenant au château de Pau, une des plus parfaites et des plus ressemblantes qu'on ait faites d'après nature.
Barthélémy Prieur fit aussi une bonne statue du môme roi, en marbre, et beaucoup d'autres statues, également en marbre, destinées à orner des tombeaux. Sauvai cependant n'assigne à cet artiste qu'un rang secondaire dans la sculpture. Deux artistes de premier ordre, fort âgés à cette époque, Pierre et François Lheureux, qui avaient travaillé ensemble au tombeau de Henri II et à l'ornementation de l'ancien Louvre, travaillaient encore, sous Henri IV, à la charmante frise qui se déroule entre la galerie de Charles IX et le pavillon de Lesdiguières. On reconnaît, dans cette frise composée d'une suite de petits sujets mythologiques, la finesse de dessin et de taille, la grâce délicate, les contours à la fois arrêtés et moelleux , qui caractérisent la manière des derniers maîtres du seizième siècle. François Lheureux et Martin Lefaure, « tous deux excellents sculpteurs, » dit Sauvai, firent aussi en concurrence deux lions fort estimés, qui décoraient la porte monumentale de l'hôtel d'O, que le surintendant des finances de Henri IV avait fait construire, à Paris, dans la vieille rue du Temple.
C'est en 1599 que Jacquet, de Grenoble, qu'on mettait au-dessus de tous les sculpteurs contemporains, élabora minutieusement la belle cheminée de la grande salle du château de Fontainebleau. Cette cheminée, haute de 23 pieds sur 20 de large, tout en marbre, se composait de quatre colonnes corinthiennes posées sur deux grands piédestaux et surmontées de la statue équestre du roi ; au-dessous de cette statue, grande comme nature, deux bas-reliefs représentaient la bataille d'Ivry et la reddition de Mantes; entre les colonnes, à droite et à gauche, figuraient les statues allégoriques de V Obéissance et de la Paix. Ce splendide monument fut considéré
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comme le clief-d'œuvre de la sculpture moderne, jusqu'au règne de Louis XV, où on eut la barbarie de le détruire pour agrandir la salle dont il faisait l'ornement. Quelle que fût la valeur artistique de la Belle Cheminée, Pierre Biard (1559-1609), qui mourut à cin-
Fig. 141. — David, statue de ricrrr de FiandbevUIe. (Musée du Louvre.)
quante ans, dans toute la force de son talent, était sans comparaison le premier sculpteur du règne de Henri IV. Il avait étudié en Italie les monuments de l'antiquité et les œuvres des artistes de la Renaissance; il fut toujours inspiré par le désir d'égaler Michel-Ange. De retour à Paris, il travailla pour le Louvre, pour
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l'Hôtel de ville, pour les églises, pour les particuliers. Sauvai, qui l'appelle le Praxitèle de son temps, décrit avec enthousiasme deux figures de captifs, exécutées de la main de ce grand sculpteur, qui furent ruinées, au Louvre, sous la régence d'Anne d'Autriche. Il décrit ensuite la statue de Henri IV à cheval, que le même sculpteur avait faite, en 1608, pour l'Hôtel de ville : « La statue de Henri IV, sculptée au-dessus du portail de l'Hôtel de ville, est en pierre de Troussi, ainsi que la meilleure partie de l'édifice; Biard le père l'a taillée dans la masse. L'ouvrage est si beau, que non seulement il passe pour un chef-d'œuvre, mais même pour la meilleure figure équestre de Paris et une des plus excellentes de l'Europe. Le cheval est si vivant et si actif, on remarque dans son action tant de vie et de force, qu'il semble marcher... Quant à la tête, outre que jamais cheval ne l'eut si fière, la beauté en est incomparable et presque inimitable... Henri IV, qui le monte, est si bien assis, son visage si ressemblant et si plein de vie, son action remplie de tant de douceur et de majesté, que c'est peut-être le seul excellent portrait qui nous reste de ce grand prince. ))
Parmi les plus belles statues dues au ciseau de Pierre Biard, on devait donner la préférence à un Christ en croix, accompagné de plusieurs figures, qu'il avait placé, à la porte du chœur de Saint- Etienne du Mont, sur le jubé dont il était l'architecte. Ce crucifix, comme on l'appelait, était d'une si merveilleuse perfection, que les connaisseurs soutenaient qu'il ne pouvait être que de Jean Goujon. Tous les ouvrages de Biard ont été détruits, à l'exception de deux figures de femmes ailées, qui subsistent encore au jubé de Saint- Étienne du Mont.
Deux des meilleurs sculpteurs de l'époque avaient survécu à Henri IV : Pierre de Francheville, premier sculpteur du roi, et Simon Guillain, dit Cambray, qui était devenu le chef de l'ancienne école de Paris, tandis que Francheville, élève de Jean de Bologne, et ayant longtemps résidé et travaillé en Italie, représentait avec un talent réel l'exagération de la sculpture italienne. Ce dernier, dont le plus grand effort fut l'exécution des quatre esclaves de la statue éques-
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tre de Henri IV, eut l'insigne honneur d'assister officiellement, avec les magistrats de la ville , à l'inauguration de cette statue sur le môle du Pont-Neuf, le 23 août 1614. Le cheval de bronze, qui portait la figure du feu roi, avait été fait et fondu par Jean Bologne
Fig. 142. — La Renommée , stntne de Berthelot. (Musée dn Louvre.)
et terminé par son élève, Pietro Tacca. (' était un présent que le grand-duc de Toscane, Cosme II, envoyait à sa fille Marie de Médicis. Guillaume Dupré, né à Troyes, avait eu la tache difficile d'ajuster ce cheval, d'une taille trop gigantesque et «l'une allure trop lourde, à une figure du roi, qui ne fût pas trop disparate avec sa
tation. Pendant sa longue absence, la sculpture en bois et la sculpture en terre cuite s'étaient beaucoup répandues; ce dernier genre de sculpture devait sa vogue momentanée aux ouvrages d'un nommé Biardeau, qui avait orné l'autel de l'église du couvent des Petits- Augustins avec quelques statues de saints et de saintes. Ces statues en terre cuite n'étaient pas mal dessinées et avaient bien du caractère : (( La figure de l'Agonisant, dans une grande niche au milieu de l'autel, est d'une excellente beauté, dit Germain Brice dans sa Description de la ville de Paris, et Varin en estimoit la tête au poids de l'or, à cause de l'expression touchante qui s'y remarque. » Un des premiers ouvrages que fit Jacques Sarrazin à son retour, ce fut un grand crucifix de bois, pour l'autel de l'église de la maison professe des jésuites : « C'est une pièce de sculpture d'un très habile maître, qui réussissoit ordinairement en cette sorte de chose, » dit Germain Brice. Jacques Sarrazin pouvait craindre d'avoir bientôt un rival redoutable dans la sculpture en bois, car on faisait déjà le plus grand cas des travaux de François Duquesnoy (159-1-1 G4G), dit François Flamand, de Bruxelles, qui avait acquis en Italie une prodigieuse réputation avec ses petits bas-reliefs en bronze, en marbre, en ivoire et en bois. Le cardinal de Richelieu avait vu plusieurs figures d'enfants exécutées en bois par François Flamand, et il en était tellement émerveillé, qu'il fit proposer à cet artiste de venir fonder à Paris une école de sculpture, mais le sculpteur belge n'accepta pas cette proposition ou du moins ne se pressa pas d'y répondre. Il mourut cinq ans après, en Italie, empoisonné, dit-on, par son propre frère.
Simon Guillain gagnait plus d'argent que Jacques Sarrazin, parce qu'il travaillait pour tous les grands hôtels que les divers membres de sa famille, architectes ou maîtres maçons, construisaient alors à Paris : il faisait exécuter ses compositions par ses élèves , et les praticiens qu'il avait formés taillaient pour lui le marbre, la pierre et le bois , d'après des modèles faits sur ses dessins et quelquefois retouchés par lui-même. Il exécuta en personne néanmoins quelques travaux importants, qui lui firent plus d'honneur : les statues du portail de Saint-Gervais , les figures du maître autel des Minimes de la place
LA SCULPTURE ET LES SCULPTEURS
Royale, entre autres une très belle statue de la Vierge, les statues du portail de l'église de la Sorbonne, et plus tard le monument élevé à la mémoire de Louis XIII, à l'entrée du pont au Change, espèce d'arc de triomphe à colonnes, avec les statues en bronze d'Anne d'Autriche et de Louis XIV enfant. Ce monument a été détruit en 1787, mais du moins nous possédons les trois statues principales et un grand bas-relief en pierre qui nous permettent de le reconstruire par la pensée,
Fig. 141. — Bas-relief, sculpté par Simon Guilliiin, pour le monument du pont au Change.
IIKS CA1TIKS KT KKS TKUl'H Kl s :
Quatre hommes, d'âges dilïércuts, figurent de» nations vaincues ; deux sont entièrement couverts de draperies dont ils s'enveloppen un jeune homme, vu do dos, est entièrement nu ; le quatrième, dont les bras sont liés en arrière, a la poitrine et les jambes découvertes Des armes et dos étendards sont sculptés sur le fond, qu'ils remplissent entièrement. (Musée du Louvre.)
Les travaux de Sarrazin eurent bien plus d'éclat que ceux de son ami Simon Guillain, quoique celui-ci, dans les dernières années de sa vie, se fût mis à faire des portraits au pastel, qu'on lui payait fort cher.
Jacques Sarrazin faisait aussi de très bonne peinture, dans le style du Dominiquin, et Dézallier d'Argenville, en parlant d'une sainte Famille et de quatre médaillons qui étaient aux Minimes de Paris, dit que ces tableaux étaient d'une si grande beauté, qu'on pouvait les croire de le Sueur ; mais Sarrazin ne voulait être que sculpteur. « Ses ou-
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vrages de sculpture sont considérables, dit Félibien dans les Entretiens sur les vies et les ouvrages des peintres, et l'on estime beaucoup un crucifix qu'il a fait à Saint-Jacques de la Boucherie. » Les deux cariatides michelangesques qu'il exécuta en pierre pour le gros pavillon de l'Horloge (cour du Louvre) excitèrent une telle, admiration, malgré leur grandeur exagérée, qu'il obtint aussitôt une pension du roi et un logement au Louvre.
La vogue était venue et les commandes lui arrivaient de toutes parts. On lui demandait surtout des crucifix pour les églises; il en fit plusieurs fort beaux et tous différents, pour l'église de Saint-Gervais, pour la maison du noviciat des jésuites, etc. Son chef-d'œuvre était le tombeau du cardinal de Bérulle, au couvent des Carmélites ; il avait sculpté plusieurs autres monuments funèbres : celui de Louis et Henri de Bourbon, princes de Condé, à l'église Saint-Paul ; le tombeau de Jacques de Souvré, à Saint- Jean de Latran, etc. Germain Brice, en décrivant le mausolée des Condé, dont les figures avaient été fondues par le fameux Perlan, dit que les ouvrages de Sarrazin, (( sculpteur d'un heureux génie, ont une correction et des beautez qui ne se trouvent guères dans les modernes les plus estimez. »
Il y avait, à la même époque, un autre fondeur très habile, nommé Duval, que Sarrazin employa sans doute lorsqu'il eut à faire Y Enfant d'or, que la reine Anne d'Autriche avait voué à Notre-Dame de Lorette, pendant sa première grossesse, et plus tard, en 1643, les deux anges, en argent, portant au ciel le cœur de Louis XIII, donné à l'église Saint- Paul. Ce savant homme, ainsi que l'appelle Florent Lecomte, avait épousé la nièce de Simon Vouet ; il en eut deux fils, dont l'aîné fut peintre et le second sculpteur.
Jacques Sarrazin et Simon Guillain furent les véritables créateurs de l'Académie royale de peinture et sculpture ; ils fondèrent d'abord, sur le modèle des académies de Rome, une association d'artistes peintres et sculpteurs, qui se réunissaient à certains jours pour parler d'art et de leurs intérêts. Simon Vouet, qui avait assisté à quelques réunions de ces artistes, lesquels faisaient partie la plupart de la vieille communauté des maîtres peintres et sculpteurs, eut l'idée de
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donner à cette institution acadériiique un établissement plus solide et plus brillant, mais les maîtres peintres et sculpteurs de Paris se séparèrent tout à coup des peintres et sculpteurs de la maison du roi et de celle de la reine mère, en s' adressant à la cour des aides pour obtenir un arrêt qui défendît à ces artistes privilégiés d'exercer leur art en dehors des statuts de la communauté des maîtres peintres et sculpteurs.
Simon Vouet voulut rester neutre au milieu de ce conflit, mais les peintres et sculpteurs de la maison du roi et de celle de la reine mère s'entendirent avec un peintre amateur, Martin de Cliarmois, qui avait grand crédit auprès du cardinal Mazarin et qui obtint, par son entremise, des lettres patentes du roi, en date du 20 janvier 1648, pour la création d'une académie de peinture et de sculpture. Cette académie, dont Martin de Cliarmois fut nommé chef, se composait de douze anciens, et de dix académiciens. Il n'y eut d'abord que trois sculpteurs, au nombre des douze anciens, à savoir ; Jacques Sarrazin, Simon Guillain et Gérard van Opstal. Les maîtres de la communauté des peintres et sculpteurs se constituèrent alors en académie libre sous le titre d' Académie de Saint-Luc.
La lutte entre les deux académies , l'une et l'autre autorisées à des titres différents, se perpétua, bruyamment ou sourdement, avec des circonstances diverses, jusqu'à la suppression de l'Académie de Saint-Luc, sous le règne de Louis XVI. La sculpture française ne prit tout son développement qu'après la création de l'Académie de peinture et de sculpture; elle semblait avoir attendu l'époque de Louis XIV pour acquérir toute sa force, toute sa grandeur, toute sa magnificence, et l'on vit dès lors se multiplier les excellents artistes qui étaient nécessaires à l'exécution des nombreux ouvrages commandés par le grand roi. « C'est principalement dans la sculpture que nous avons excellé, dit Voltaire, et dans l'art de jeter en fonte, d'un seul jet, des figures équestres colossales. Si l'on trouvait, un jour, sous des ruines, des morceaux tels que les Bains d Apollon, exposés aux injures de l'air dans les bosquets de Versailles; le tombeau du cardinal de Richelieu, trop peu montré au public, dans la chapelle de la Sorbonne ;
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la statue équestre de Louis XIV, faite à Paris pour décorer Bordeaux ; le Mercure, dont Louis XV a fait présent au roi de Prusse ; il est à croire que ces productions de nos jours seraient mises à côté de la plus belle antiquité grecque. » Cette admirable sculpture nationale, qui naissait et grandissait au moment môme où la sculpture italienne accusait de plus en plus la funeste prépondérance des sectaires dégénérés de Michel-Ange, procédait directement des écoles de Simon Guillain et de Jacques Sarrazin. De l'atelier de l'un étaient sortis les deux frères Anguier ; de l'atelier de l'autre, van Opstal, Gilles Guérin, Lerambert et Legros. François Anguier forma Girardon ; Lerambert , Coysevox. Les principaux élèves de Girardon furent Slodtz et Robert le Lorrain ; ceux de Coysevox , Nicolas Coustou et Jean- Louis Lemoyne. Telle est l'histoire hiérarchique de la sculpture sous Louis XIV.
Presque tous les sculpteurs du dix-septième siècle se rattachèrent à l'une ou à l'autre de ces deux écoles fraternelles plutôt que rivales, excepté ceux qui s'étaient formés dans les écoles des Pays-Bas, comme Philippe de Buyster, de Bruxelles; Lespagnandel, de Narnur, et Martin Desjardins, de Breda, Quelques autres, Italiens de naissance, comme Philippe Caffieri (1634-1716) et J.-B. Tubi (1630-99), avaient apporté en France des études toutes faites, des habitudes prises, et faisaient de l'art italien sous l'influence de l'art français. Enfin, deux artistes, également remarquables dans des genres et des styles différents, Théodon et Puget, qui avaient vu l'Italie et qui s'étaient inspirés de ses chefs-d'œuvre anciens plutôt que des ouvrages de ses sculpteurs modernes, ne s'attachèrent à aucune école et restèrent originaux avec leurs qualités et leurs défauts.
Pierre Puget, de Marseille (1622-94), n'avait pas eu d'autre maître qu'un sculpteur en bois, nommé Roman, qui construisait des galères et qui les ornait de sculptures grossières sans invention et sans dessin. Le jeune artiste, qui avait le goût inné et le vrai sentiment des arts, fut donc son propre maître. A dix-sept ans, il partit pour l'Italie, comme un simple ouvrier, et entra chez un sculpteur en bois, de Florence, qui fabriquait des meubles pour le grand-duc. Il dessina des orne-
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ments et des figures, il les tailla dans le bois avec une adresse qui fit l'admiration de son patron. L'argent qu'il gagnait à ce métier lui permit d'aller à Rome : il fut admis dans l'atelier de Pierre de Cortone, et là il apprit la peinture en travaillant pour son maître ; mais il avait
Fig. 145. — AfUon de Crotone, statue de Pierre Puget. (Musée du Louvre.)
étudié l'antique, il avait surtout été frappé d'enthousiasme devant les oeuvres de Michel-Ange : il sentait en lui qu'il pourrait approcher de ce puissant génie, sinon l'égaler. L'amour de sa famille et de sa patrie le ramena, en 1643, dans sa ville natale.
11 s'essaya d'abord dans le grand art, en sculptant des poupes
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colossales de vaisseaux , avec des figures en ronde bosse et d'autres figures en bas-relief. Le vaisseau de 60 canons, la Reine, qu'il construisit tout entier, avait une poupe à double galerie, sur deux étages, chargée de figures allégoriques en l'honneur de la reihe-régente Anne d'Autriche. Ces sculptures gigantesques prouvaient qu'il était un des meilleurs élèves de Michel Ange, mais, malgré sa prédilection pour l'art statuaire, il ne fit que de la peinture et de l'architecture pendant plus de treize ans. L'architecture, au moins, lui donnait l'occasion de montrer qu'il était surtout un grand sculpteur. La façade du nouvel hôtel de ville de Marseille, qu'il eût faite encore plus riche et plus belle si l'administration municipale avait voulu accepter les dépenses de son premier plan, décida de sa vocation : il ne fut plus que sculpteur. Appelé en Normandie par le marquis de Girardin, il exécuta, en fort peu de temps, deux groupes de 8 pieds et demi de haut, représentant Hercule et Janus, sculptés en pierre, pour la décoration du château de Vaudreuil. Il vint à Paris pour achever un bas-relief, dont il avait modelé l'esquisse , à la demande de l'architecte Lepautre, qui destinait ce bas-relief à un hôtel qu'il construisait. Lepautre, émerveillé de ce bas-relief, en parla au surintendant des finances Fouquet, qui voulut confier toutes les sculptures de son château de Vaux à l'artiste marseillais et qui l'envoya choisir des marbres à Carrare.
Le cardinal Mazarin avait entendu vanter le prodigieux talent de Puget ; il eut la pensée de l'accaparer et chargea Colbert, alors son intendant, de cette négociation qui ne pouvait aboutir, Puget ayant des engagements écrits avec Fouquet et la ville de Marseille. Tout en préparant les modèles qu'il devait exécuter en marbre pour Fouquet, il fournit à la municipalité de Marseille les plans et les dessins de plusieurs maisons monumentales pour les nouvelles rues qu'on avait ouvertes autour de l'hôtel de ville : ces maisons, qui furent construites sur ses dessins, présentent un ensemble plein de grandeur et de majesté et sont ornées de sculptures en ronde bosse qui mériteraient d'être conservées dans un musée. La disgrâce de Fouquet changea les projets de l'artiste : après avoir terminé la belle statue de Y lier-
LA SCULPTURE ET LES SCULPTEURS
cule français, que lui avait commandée le secrétaire d'État G. Sublet de Noyers, il quitta la France pour se fixer à Gènes, où il se trouva en quelque sorte naturalisé sculpteur et architecte génois. C'est dans cette ville, où il menait la plus brillante existence, qu'il fit quelquesuns de ses plus beaux ouvrages de sculpture, des statues colossales pour les églises, des statues mythologiques pour les palais et pour les jardins, notamment Y Enlèvement d'Hélène pour le palais Spinola.
C'est en ce temps-là que le cavalier Bernin fut appelé en France, par Louis XIV : il avait vu, en passant, les sculptures de Puget, et il ne dissimulait pas l'admiration que de pareilles œuvres lui avaient inspirée ; il pressa Colbert de rappeler ce grand artiste et de l'employer aux travaux d'art que le roi faisait exécuter à Versailles. Colbert gardait rancune à Puget, qui n'avait pas accepté les offres du cardinal Mazarin, alors que cet artiste était convenu de travailler exclusivement pour Fouquet : il enleva à la ville de Gènes l'artiste français qu'elle avait adopté, mais il le nomma directeur de la décoration des vaisseaux à Toulon, avec 3,000 livres d'émoluments (K5G8).
Puget n'hésita pas à se rendre à Toulon, parce qu'il espérait, en attendant, devenir premier sculpteur du roi; il se résignait tailler en bois des figures en ronde bosse pour l'ornement des vaisseaux de haut-bord et des galères de la marine royale. Les figures de la poupe du Magnifique, vaisseau de 104 canons, que le duc de Beaufort montait dans l'expédition de Candie en 1GG9, n'avaient pas moins de vingt pieds de haut. D'autres figures de grande dimension, des renommées, des tritons et des sirènes, ont échappé à la destruction et se conservent encore dans l'arsenal de Toulon. Puget avait pourtant obtenu de Colbert trois blocs de marbre pour faire le groupe colossal de Milon de Crotone déchiré par un lion, et un grand bas-relief représentant Y entrevue d 'Alexandre et de Diogène; mais il y travaillait avec découragement et les laissait inachevés.
Cependant le fameux Bernin, dans son voyage en France (1GG4), n'avait exercé aucune influence sur la sculpture : il dédaignait tous les artistes français, en critiquant leurs ouvrages. Louis XIV fut le premier, dit Perrault dans ses Mémoires, « à s'apercevoir qu'il louoit peu de
chose, d pendant que le Bernin travaillait à son buste sur le marbre, sans avoir fait de modèle en terre, selon l'usage de tous les sculpteurs. Charles Perrault, qui vengea les artistes français en mettant au grand jour les fautes et les insuffisances du grand artiste italien, lui rendit pourtant justice, en disant : « Il étoit fort bon sculpteur, quoiqu'il ait fait une statue équestre du roi fort misérable et si peu digne du prince qu'elle représentoit, que le roi lui a fait mettre une tête antique. )) Cette statue gigantesque, qui devait , au dire de son auteur, être la plus belle chose du monde, coûta des sommes immenses et ne fut amenée à Versailles qu'au moyen de machines extraordinaires. Ce fut Girardon qui eut ordre de substituer à la tête du roi une autre tête modelée sur l'antique. Louis XIV, que le Bernin avait représenté beaucoup plus grand que nature, gravissant à cheval le sommet de la Gloire, fut changé ainsi en Curtius se précipitant dans le gouffre. Pendant le séjour du Bernin à Paris , tous les ateliers retentissaient du bruit des ciseaux et des marteaux taillant le marbre et la pierre. Les travaux seuls de Versailles occupaient les artistes de la maison du roi. En même temps, les sculpteurs de l'Académie de Saint-Luc ne pouvaient suffire aux commandes pour la décoration des églises.
Il faut citer d'abord les moins connus, ceux dont les noms ne sont pas même recueillis dans les biographies générales ou spéciales, mais qui n'ont pas été omis dans le Livre des peintres et graveurs de l'abbé de Marolles. Cet amateur passionné des arts mentionne trois sculpteurs lorrains, dont il n'est question nulle part, en dépit de ses éloges : Charles Casscl, Jean Trierst et Voitrin; deux autres bons sculpteurs, Thomas Duarinet Gorgon, qui sont restés pourtant ignorés ; puis Michel Bourdon d'Orléans, Lasson de Caen, et Curin d'Abbeville. Chacun d'eux était probablement estimé dans sa ville natale. L'abbé de Marolles nomme encore Petitot, Friar et Thomas Lourdin, qui travaillaient à la même époque et dont il ne reste pas trace dans les archives de l'art. Mais, du moins, les sculpteurs suivants, que la communauté des peintres et sculpteurs s'honorait de posséder dans son sein, étaient connus par quelques-unes de leurs œuvres. Legeret, cité aussi par l'abbé de Marolles, était un très excellent sculpteur, si l'on en croit
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Florent le Comte, qui vante ses ouvrages en bois : (( Ils sont d'une telle recherche, ajoute-t-il, principalement ceux qui sont au-dessous de deux
rig- 140. — Toiii'icau de Richelieu duns l'église de la SorbonnSj ftf CHrarfloiii
pieds, que l'on les paye des sommes qui font voir jusqu'où peut aller la curiosité; ce qui est particulier de lui, c'est qu'il n'avait aucun génie pour d'autre figure. »
Simon et Hubert Jaillot, deux admirables frères^ natifs de la Franche-
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LETTRES ET ARTS
Comté, s'étaient établis à Paris vers 1G57 ; ils ne sculptaient que l'ivoire, mais, comme dit l'abbé de Marolles, ils « l'animent, par leurs mains, sur des sujets contraires. )> Leurs figurines ornaient les plus fameux cabinets de l'Europe. Simon Jaillot, le plus renommé des deux pour ses crucifix où l'on trouvait, dit Florent le Comte, « tout ce qu'on peut demander de sçavant et de dévot, » mourut en 1681, âgé de quarante et un ans. Un autre sculpteur de province, Thibaut Poissant, originaire du Pontliieu, qui vint à Paris et qui avait fait plusieurs sculptures religieuses pour la nouvelle église de Saint-Rocb , mourut en 1668, à l'âge de soixante-dix ans.
Parmi les sculpteurs qui ne travaillaient pas pour la maison du roi, on ne peut oublier ceux qui avaient fait de très bons ouvrages dans les églises de Paris. Claude Lestocart, d'Arras, « excellent sculpteur pour l'exécution, mais mauvais dessinateur, » qui avait exécuté, d'après les dessins de Laurent de la Hire, la chaire de Saint- Etienne-du-Mont, avec des sculptures et des bas-reliefs d'une grande beauté, dit Germain Brice dans sa Description de Paris; Lestocart avait fait aussi de très beaux bas-reliefs qui décoraient le piédestal de la statue du cardinal de Berulle dans l'église du couvent des Carmélites. Germain Brice cite encore un sculpteur renommé, appelé Durand, auteur de deux beaux bustes placés dans les salles de l'hôpital des Incurables; un bénédictin de Saint- Germain des Prés, Jean Thibaut, (( très habile dans l'art de jeter le métail, » qui avait fait un superbe bas-relief en bronze pour le tombeau du roi de Pologne Casimir, mort en 1672, abbé de ce monastère, et Gilles Guérin, de Paris, qui décora de très belles statues de marbre le'grand autel de l'église Saint- Laurent et la chapelle de la Vieuville dans l'église des Minimes. La plupart des sculpteurs qui furent jugés dignes de travailler pour le roi passèrent par l'Académie de peinture et de sculpture, à l'exception de Philippe Caffieri, qui était Italien; de Sébastien Slodtz, qui était Belge; et de Pierre Puget, qui résidait à Marseille.
Gérard van Opstal, mort en 1668, avait sculpté la statue du roi qui figurait sur la porte Saint-Antoine ; il « traitoit les sujets de basrelief avec un art tout à fait surprenant, dit Florent le Comte, et tra-
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vaillait admirablement bien l'ivoire. » Félibien signale <( plusieurs pièces de sa façon dans le cabinet du roi, » et rappelle que ce fut pour lui que Lamoignon, avocat général, plaida dans la grand' chambre, le 1er décembre 1GG7, (( une cause célèbre, où, avec une éloquence admirée de tout le monde, il releva avantageusement la peinture et la sculpture. » Van Opstal, quoique né à Bruxelles, avait été nommé à l'Académie, dont il était recteur au moment de sa mort.
Fis. 117.
Jacques île Souvré, chevalier de l'ordre do Saint-Jean de Jérusalem, grand prieur de France, mort en 1670; par Francis Anguier. (Musée du Louvre.)
Un autre académicien, Jean Varin (1604-72), moins célèbre comme sculpteur que comme graveur en médailles, avait pourtant produit de remarquables œuvres de sculpture, telles qu'un buste du cardinal de Richelieu , et, dans le temps même que le cavalier Bernin était à Paris, un beau buste de Louis XIV, qui lui commanda ensuite sa statue pour les appartements de Versailles.
Les deux Anguier, dont la réputation datait du règne de Louis XIII, avaient perfectionné leur talent, à Borne, dans la société de Poussin, de Mignard, de Stella et de quelques bons artistes italiens. L'aîné, François, qui mourut le premier (1G04-G9), avait été récompensé de
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ses superbes travaux par un logement au Louvre et par l'emploi de garde des antiques, mais il ne fut pas de l'Académie, bien qu'il eût fait, à Moulins, le mausolée du duc de Montmorency, et à Paris les tombeaux de Henri Chabot, duc de Rohan, du cardinal de Bérulle, et de Jacques de Souvré. Ce dernier groupe, maintenant au Louvre, avait été placé dans l'église de Saint- Jean de Latran, située en face le collège royal. Son chef-d'œuvre et son dernier ouvrage fut le grand crucifix de marbre, sur fond noir, qu'on admirait sur l'autel de l'église de la Sorbonne.
Le second des deux frères Anguier, Michel (1012-86), dont le meilleur ouvrage était un groupe de la Nativité au Val-de-Grâce, avait décoré les appartements d'Anne d'Autriche au Louvre; mais on ne trouve pas dans ses sculptures le goût et la correction de celles de son frère : il fut pourtant reçu de l'Académie, un an avant la mort de celui-ci, que les vrais connaisseurs regardaient comme le régénérateur de la sculpture française. Louis Lerambert, qui avait bien profité des leçons et des conseils de ses deux maîtres, Simon Vouet et Jacques Sarrazin, mourut encore jeune (1014-70), après avoir beaucoup travaillé, surtout pour le parc de Versailles, où l'on voyait plusieurs de ses statues en marbre et en bronze, des satyres et des enfants qui dansent, composés et exécutés avec autant de science que d'élégance et de grâce. Lerambert avait succédé à François Anguier, comme garde des antiques du roi.
Etienne le Hongre (1028-1090), de Paris, qui était élève de Jacques Sarrazin, comme Lerambert, avait « acquis, dit Florent le Comte, la réputation d'être fort curieux du bel effet de sou ouvrage et de ne rien épargner pour y parvenir ; » il travailla beaucoup pour les maisons royales de Choisy et de Versailles, où le parc était rempli de ses statues et de ses bas-reliefs en marbre et en bronze, notamment la statue de V Air et un groupe d'enfants « fort ingénieusement disposés, » pour une des fontaines qu'il avait ornées de tritons et de nayades. Comme il était aussi habile fondeur que bon sculpteur, il fut chargé de fondre d'un seul jet la statue équestre de Louis XIV, destinée à la ville de Dijon.
LA SCULPTURE ET LES SCULPTEURS
Les deux frères de Marsy, Balthazar (1624-74) et Gaspard (1628-81), nés tous deux à Cambrai, où ils avaient pris les premières leçons de leur art, travaillaient ensemble, excités par une noble émulation fraternelle; ils s'étaient occupés d'architecture et d'art décoratif, avant de se consacrer exclusivement à la sculpture et de s'attacher aux travaux de Versailles ; ils exécutèrent les figures des bassins du Dragon, de Bacchus et de Latone, en marbre, et les Tritons abreuvant les chevaux du Soleil, en bronze. Gaspard, qui survécut à son frère, fit les statues du Point du Jour, de V Afrique, de Mars et d'Encelade, pour Versailles, et celle de Borée enlevant Orythie, pour les Tuileries.
Tous les genres, toutes les écoles devaient concourir à la merveilleuse décoration des jardins de Versailles. Deux sculpteurs de l'école de Guillain, Laurent Magnicr (1618-1700) et Jacques Burette 1630- 1699), ne furent pas plutôt admis à l'Académie de peinture et sculpture, que des commandes leur arrivèrent pour la maison du roi; Magnicr fit plus que les statues du Printemps, de Circé et à' Ulysse, dans le parc de Versailles, il fit de bons élèves qui conservèrent les saines traditions de l'art français dans la communauté des maîtres peintres et sculpteurs, où Magnier, dit Manière, avait joui d'un grand crédit, Quant au pauvre Burette, « qui avait fait, dès l'âge «le vingtcinq ans, des morceaux de sculpture où revivoit le grand gout des plus fameux statuaires, » suivant l'expression de Florent le Comte, et que l'Académie conservait précieusement comme un chef-d'œuvre incomparable, il eut à peine achevé, pour Versailles, quatre groupes d'enfants et une amazone, qu'il perdit la vue complètement. « Il s'étoit fait, dit Florent le Comte, une manière si facile de modelé, et il s'étoit donné une idée si forte des modèles qui y dévoient paroitre, qu'il corrigeoit, mais bien, tout aveugle qu'il étoit, de certains modèles, que l'on lui apportoit, attendant sa décision dessus, comme d'un oracle. ))
Les nombreux sculpteurs étrangers, que la munificence de Louis X I V pour les artistes avait attirés en France, s'y fixèrent et se firent naturaliser la plupart, Philippe Buyster, d'Anvers 1 r/.).")-1688), était arrivé le premier à Paris, sous le règne de Louis XI 11, avec une réputation
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ET ARTS
faite : aussi fut-il choisi, en 1645, pour exécuter le tombeau du cardinal de la Rochefoucauld, dans l'église de l'abbaye de Sainte-Geneviève; il fit, en outre, plusieurs grands ouvrages de sculpture pour les églises de Paris, avant d'être employé à la décoration des jardins de Versailles, où l'on voyait de lui une statue de faune et différents groupes de satyres, en marbre; il taillait encore le marbre, dans un âge très avancé. Martin de l'Espaguandel, de Namur (1610-89), travailla aussi pour les églises de Paris, quoiqu'il fût de la religion réformée, avant d'être attaché aux travaux de Versailles; on lui doit les statues en marbre de Dioghie, de Socrate, et plusieurs autres. Anselme Flamen (1647-1717), de Saint-Omer, qui n'appartenait pas encore à la France, s'était fait une telle renommée dans les Pays-Bas, qu'il fut mandé à Paris pour exécuter le tombeau du duc de Noailles, en 1678, un an après que sa ville natale fut devenue française, et trois ans plus tard, il était nommé à l'Académie de peinture et sculpture. Il excellait dans la sculpture religieuse et taillait le bois de main de maître. Il ne travailla pas aux statues mythologiques du parc de Versailles, mais il fit, pour le grand autel de l'église des Carmélites à Paris, un excellent bas-relief représentant Y Annonciation. Enfin Martin van den Bogaerts, de Breda (1640-94), francisa son nom, dès qu'il fut en France, et se fit appeler Desjardins. C'est sous ce nom-là qu'il fut admis à l'Académie en 1671 ; il avait fait les statues des Evangélistes et des Pères de l'Eglise, pour le collège Mazarin, et la belle statue du Soir, pour Versailles. Le duc de la Feuillade le prit alors sous sa protection et lui confia l'exécution de la statue du roi couronné par la Victoire, qu'il voulait élever à la gloire de Louis XIV, sur la place des Victoires. Martin Desjardins, qui était, comme fondeur, le rival de Balthazar Keller, jeta en fonte lui-même toutes les figures de ce magnifique monument, aujourd'hui détruit.
Les sculpteurs, et même les bons sculpteurs, ont été trop nombreux, au dix-septième siècle, pour qu'il soit possible de les nommer, de les caractériser tous ici, avant de nous arrêter aux quatre plus célèbres, à Puget et à Girardon, à Coysevox et à Coustou, qui l'un et l'autre ont survécu à Louis XIV et répandu sur le règne
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suivant les plus brillants reflets de leur renommée. Contentons-nous de citer parmi ceux qui travaillaient pour Versailles : Pierre Mazeline, de Rouen (1632-1708); Jacques Clérion (1640-1714), de Tretz, en Provence, élève du Puget; Thomas Regnauldin, de Moulins (1G27- 1706); Jean Raon, de Paris (1624-1707); Louis Lecontc (1643-94),
Fig. 148. — ffercvto couronné par la Gloiiv; morceau de îvception à l'Académie, par Martin Desjardins (van den Bogaertfl). (Mnsée du Louvre.)
né au village de Boulogne près Paris : tous membres de l'Académie. Il faut citer, entre ceux qui ne lurent pas académiciens et qui étaient dignes de l'être, l'Italien Philippe Caffieri (1634-1716), qui travailla pour Mazarin et pour Colbert ; J.-B. Tuby (1630-1700), né aussi à Rome, auteur du tombeau de Turenne aux Invalides; Jean Drouilly, de Vernon, mort en 1G98, un des meilleurs sculpteurs de la commu-
nauté des maîtres, lequel exécuta quantité d'ouvrages en marbre et en bronze pour les églises et les couvents de Paris, avant d'être employé aux ouvrages du roi.
C'était le roi qui jugeait lui-même du mérite des artistes qui travaillaient pour lui. Son admiration et ses préférences furent pour les œuvres de Puget; il disait, de ce grand artiste, que ce n'était pas seulement un habile sculpteur, mais encore qu'il était inimitable. Par malheur, Puget s'était fait des ennemis puissants qui le desservaient à la cour et qui l'empêchaient de profiter des bienveillantes dispositions de Louis XIV à son égard. On ne connaissait à Paris que sa statue de Y Hercule français. Le groupe colossal de Milon de Grotone restait à l'état d'ébauche dans son atelier de Marseille, quand le Nôtre, qui âvait vu ce chef-d'œuvre, en parla au roi avec un tel enthousiasme, que le roi donna des ordres formels pour que le groupe fût terminé par l'artiste, et envoyé à Versailles. La caisse qui le renfermait arriva au printemps de l'année 1683 : Louis XIV voulut qu'elle fût ouverte devant lui , et la reine Marie-Thérèse , qui se trouvait présente, fut si vivement émue à l'aspect de cette figure sur laquelle l'artiste avait exprimé toutes les angoisses de la douleur physique et morale, qu'elle s'écria : « Ah! le pauvre homme! » Le peintre le Brun, qui était aussi présent, écrivit à Puget : <( Lorsque 8a Majesté me fit l'honneur de me demander mon sentiment, je tâchai de lui faire remarquer toutes les beautés de votre ouvrage. Je n'ai fait en cela que vous rendre justice, car, en vérité, cette figure m'a semblé très belle dans toutes ses parties et travaillée avec un grand air. )»
Louis XIV ne se lassait pas d'admirer et de faire admirer le groupe de Milon de Crotone; il chargea son ministre Louvois de demander à Puget un autre groupe colossal, qui pût faire pendant au premier, et de s'informer de l'âge de ce grand artiste, qu'on disait trop vieux pour entreprendre un pareil travail. Puget répondit à Louvois : « Je suis dans ma soixantième année, mais j'ai des forces et de la vigueur, Dieu merci! pour servir encore longtemps. Je suis nourri aux grands ouvrages; je nage quand j'y
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travaille, et le marbre tremble devant moi, pour grosse que ce soit la pièce. » Il annonçait que son groupe d'Andromède était en voie d'exécution, et que l'on jugerait mieux de sa suffisance quand l'œuvre serait en place sous les yeux du roi. Il mit deux ans à finir
Fig. 149. — l'enét délivrant Aiulrumiih , groupe de marbre, par Pnget, 1681. (Musée du Louvre.)
Y Andromède, et chargea son fils de présenter ce groupe au roi, qui dit au jeune homme, devant toute la cour : G Votre père est grand et illustre; il n'y a personne, dans l'Europe, qui le puisse égaler. ))
Cependant, Puget réclamait en vain le prix intégral de ses œuvres et n'obtenait rien. Il n'en travaillait pas moins à une statue
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équestre de Louis XIV, et il projetait une statue à? Apollon, laquelle devait avoir trente-huit pieds de haut et qui s'élèverait, sur des rochers, à l'extrémité du grand canal de Versailles. Il écrivait sans cesse au ministre Louvois, en se plaignant de n'être pas encore payé de son groupe de Milori, pour lequel il avait reçu seulement 15,000 livres, alors que le marbre seul et les frais de transport lui en avaient coûté plus de 9,000. Toutes ses lettres restaient sans réponse. La ville de Marseille voulut alors ériger une statue équestre à Louis XIV, au milieu d'une place qu'on ouvrirait à cet effet. Puget fut désigné naturellement pour exécuter cette œuvre immense, et le traité avait été passé avec lui, au prix de 150,000 livres; il employa deux années à préparer les plans et les modèles. Tout à coup il apprit que le projet avait été, sinon abandonné, du moins singulièrement réduit, et que son élève Clerion était chargé de l'exécuter. Indigné et furieux, il partit aussitôt pour Versailles, dans l'espoir que le roi interviendrait en sa faveur pour maintenir un contrat que le conseil de ville avait mis à néant. Louis XIV le reçut de la manière la plus flatteuse et la plus honorable, lui donna de sa propre main une grande médaille d'or et lui promit de défendre sa cause contre la municipalité marseillaise.
L'intervention du roi en faveur de Puget n'aboutit qu'à faire abandonner tout à fait le projet de sa statue équestre à Marseille. De retour dans cette ville, Puget reprit ses travaux de sculpteur, de peintre et d'architecte, en accusant d'ingratitude Louis XIV et ses ministres; et, malade, il ne put achever le bas-relief de la Peste de Milan, qui eût été son chef-d'œuvre. Il mourut, le ciseau à la main, le 2 décembre 1G94, à l'âge de soixante-douze ans. Il avait touché jusqu'à sa mort une pension de 3,000 livres sur la cassette du roi , mais il était entièrement oublié à Versailles, où l'on passait tous les jours devant ses chefs-d'œuvre sans les regarder. Le goût avait changé en France comme en Italie : l'école de Michel-Ange était dédaignée, sinon méprisée. Trois grands sculpteurs français, Girardon, Coysevox et Coustou, avaient éclipsé tous les autres.
François Girardon, né à Troyes en Champagne (1628), fils d'un
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fondeur en métaux , était devenu le premier des sculpteurs contemporains, par un élan de son propre génie, car son père voulait faire de lui un menuisier, quoiqu'il eût déjà exécuté, d'inspiration, une statue de la Vierge, assez correcte de formes et habilement drapée. Girardon put entrer enfin dans l'atelier de Laurent Magnier, où ses progrès rapides étonnèrent son maître.
Le chancelier Seguier prit intérêt à ce jeune homme , qui annonçait un véritable talent : il le confia aux soins de François Anguier, qui, charmé de la facilité extraordinaire de son élève, en fit, dans l'espace de trois ans, un sculpteur bien supérieur à lui-même. Les premiers ouvrages de Girardon témoignaient de ce qu'il serait capable de faire. Son protecteur le recommanda donc au cardinal Mazarin, qui l'envoya, par ordre du roi, passer trois ans à Rome, avec une pension de mille écus. Quand il revint, en 1652, il rapportait d'Italie une réputation qu'il ne cessa plus d'accroître. 11 fut considéré, de son vivant, comme le Phidias du siècle de Louis XIV. C'est ainsi que la Fontaine l'avait surnommé : <( Votre Phidias, écrivait-il à Simon de Troyes, et le mien, et celui de toute la terre, Girardon notre ami, l'honneur du nom troyen. »
Reçu à l'Académie en 1057, Girardon y fut professeur, recteur et chancelier. Pendant vingt ans, il exécuta, d'après ses modèles ou sur les dessins de le Brun, une foule de statues qui étaient le plus bel ornement des jardins de Versailles, de Trianon e1 des autres maisons royales. « 11 a égalé, dit Voltaire, tout ce que l'antiquité a de plus beau, par les Bains iV Apollon et par le Tomlxnu du cardinal Richelieu, à la Sorbonne. » Il faut ajouter le groupe en marbre de Y Enlèvement de Proserpine, à Versailles, et la statue équestre de Louis XIV, qui ornait la place Vendôme avant la Révolution. Il modelait avec un grand talent les figures qu'il avait dessinées d'un crayon sûr et vigoureux, mais dans sa vieillesse il ne taillait plus lui-même le marbre, et il s'en reposait sur ses élèves Nourrisson et Robert le Lorrain, pour exécuter et terminer les compositions qu'il ne faisait qu'ébaucher en dessin ou en maquette. Après la mort de le Brun, il avait été nommé inspecteur général de tous les ouvrages de
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sculpture et il se trouva en lutte ouverte avec Coysevox et Coustou, qui, se croyant ses égaux en talent, ne s'inclinèrent pas devant son autorité. Il personnifiait par son art la grandeur du règne , qu'il
Fig. 150. — Un berger et un petit satyre, par Coyzevox. Le berger, jouant de la flûte, est assis; le petit satyre, debout et en arrière, dérobe le bâton du berger, en recommandant le silonre par un geste malin. (Mnsre du Louvre.)
avait illustré par ses œuvres : il devait mourir à Paris, le 1er septembre 1715, le même jour que le roi son maître à Versailles.
Coysevox, depuis 1671, et Coustou, depuis 1687, rivalisaient avec lui. Antoine Coysevox, issu d'une famille espagnole qui habitait Lyon depuis longtemps, avait étudié la sculpture dans cette ville, où il était
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né en 1640. Il vint à Paris, à l'âge de dix-sept ans, pour être l'élève de l'excellent sculpteur Louis Lerambert. Il eut bientôt surpassé son
Fijr. 151. — La galerie de Versailles, cléeoréc par Nicolas Ooostou.
maître, et les beaux ouvrages qu'il avait faits dans les églises de Paris le signalèrent à l'attention du cardinal de Furstemberg , qui remmena en Alsace pour travailler aux sculptures du château de Savernc. Il ne fut pas plutôt de retour à Paris, que le roi l'attacha aux travaux
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de sculpture de sa maison, avec une pension de 4,000 livres; il avait été nommé, en même temps, professeur à l'Académie de peinture et sculpture : c'est là que, parmi beaucoup de bons élèves, il en fit un,
Fig. 152. — Grande porte d'entrée dos Invalides, avec la statue équestre de Louis XIV.
Nicolas Coustou, qui devait bientôt mériter de lui être comparé. Pendant plus de dix ans, il exécuta des ouvrages considérables en marbre, en stuc et en bronze, dans l'intérieur du château de Versailles et pour l'ornement des jardins. Le grand escalier, la grande galerie,
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les salons furent décorés de ses œuvres. A l'extérieur, il sculpta en pierre les grandes figures allégoriques qui surmontent l'attique du palais, et les groupes qui accompagnent la grille d'entrée de la cour de marbre. Dans le parc, on admire encore les groupes de la Dordogne
Fig. 153. — Un chasseur, statue de Coustou. (Musée du Louvre.)
et de la Garonne, fondus en bronze par les Ivcllcr, et les bas-reliefs en marbre de la colonnade. Outre une multitude de bustes dus à son ciseau, on ne peut que rappeler les admirables tombeaux du cardinal Mazarin, de Colbert et de le Brun. Tout ce qui sortait de ses ateliers portait le cachet de son génie : c'étaient toujours des ouvrages
achevés, à la fois naïfs et gracieux' dans l'expression, toujours nobles et souvent énergiques dans l'exécution. Il devait atteindre l'âge de quatre-vingts ans (1720), malgré de cruelles souffrances qui n'interrompirent jamais ses travaux.
Son élève Nicolas Coustou (1658-1739), qui lui survécut treize ans, était né à Lyon, ainsi que lui, et avait si bien suivi ses leçons, qu'il obtint le prix de sculpture, à l'âge de vingt-trois ans, et fut envoyé, comme pensionnaire du roi, à l'Académie de Rome. Le mauvais goût de l'école italienne n'eut aucune action sur son talent facile et abondant; il étudia l'antique et les maîtres du seizième siècle , sans subir la servitude de l'imitation. Il resta lui-même, en profitant des beaux exemples qu'il avait sous les yeux.
Coustou serait certainement devenu célèbre à Rome, s'il eût voulu s'y fixer, comme Pierre Legros (1656-1719), qui refusa toujours de rentrer en France, où il envoyait ses meilleurs ouvrages ; mais ayant été rappelé par les ordres du roi, il fut d'abord employé, comme son oncle Coysevox, aux travaux de sculpture de Versailles et des maisons royales ; il dut se faire aider par ses élèves pour contenter Louis XIV, qui n'appréciait rien tant que la rapidité de l'exécution dans les œuvres d'art et qui ne savait pas attendre même un chef-d'oeuvre. En 1692, Coustou fit faire, dans ses ateliers, quantité de figures de pierre et de plomb, destinées à compléter la décoration extérieure de l'église des Invalides.
Ce fut l'année suivante (1693) que Coustou devint membre de l'Académie, et le bas-relief de marbre, qu'il avait offert pour sa réception, fut accueilli avec un applaudissement universel : c'était un sujet allégorique sur la convalescence de Louis XIV. En 1695, il entreprit, avec un sculpteur nommé Joly, le tombeau du maréchal de Créquy dans l'église des Dominicains de la rue Saint-Honoré, et, en 1696, il acheva deux belles statues de saint Joseph et de saint Augustin, pour des religieuses de Moulins. A partir de cette époque, le nombre de ses ouvrages alla toujours se multipliant, à mesure que s'augmentait sa renommée : « Son génie étoit grand, élevé, dit son biographe Cousin de Contamine, son goût délicat, ses réflexions
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justes et profondes. La sagesse présidoit à ses ouvrages , dans lesquels il a rassemblé le beau choix, la noblesse, la délicatesse, la pureté, le feu , la précision et la vérité. »
Vers la fin du siècle eut lieu la première exposition des peintures, sculptures et estampes , faites et présentées au public par les membres
Fip. 181. — l.nhi. statuette en marbre, de Jeun Thierry, élève île Coywvox; morceau ■le réception h l'Aeivlémie. (Huée iln Louvre.)
de l'Académie ; elle se fit dans la grande galerie du Louvre, au mois de septembre 1699. L'art statuaire y occupa une grande et belle place ; Girardonet Coysevox eurent les honneurs de cette exposition, où l'on voyait aussi de bons ouvrages de Flamen, de Hurtrel , de Regnauidin et de Vignier ; mais ce qui attira surtout la curiosité des visiteurs, ce
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fut un nouveau genre de sculpture, inventé par Antoine Benoist, peintre de portraits (1681-1721;, qui avait fait, d'après nature, un médaillon du roi, en cire colorée, avec des cheveux véritables sur la tête, une cravate en dentelles, et un costume en étoffe de soie. Ce portrait, d'une ressemblance frappante, avait un caractère de vie si effrayant, que Louis XIV donna ordre de le faire disparaître, au bout de quelques jours. Girardon et Coysevox s'indignaient de voir leurs plus beaux marbres négligés par les curieux qui se pressaient autour de cette figure de cire, en perruque noire, avec des yeux d'émail.
Fig. 155. — Cul-de-lampe tiré âù Reeueil ih-s Oraisons funèbres. (Bibliothèque de l'Arsenal.)