‹ XVIIme [i.e. dix-septième] siècleChapitre 34 sur 70 · CD <CU · texte numérisé non relu

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L'ARCHITECTURE ET LES ARCHITECTES

petite galerie du Louvre, concoururent l'un et l'autre à cette vaste entreprise et eurent part surtout à l'achèvement de la façade, qui se développait sur la place de Grève.

Le collège royal et plusieurs collèges de Paris étaient restés également à l'abandon depuis bien des années : Henri IV ordonna, en 1G09, de reprendre partout les travaux de bâtisse; il contribua large-

Fig. 137. — o Dessin des Pompes et Magnificences du Carrousel faict en la place Rovallc à Paris, le V, VT, VII d'apvril 1612;» prave par J. Ticart.

ment à la construction de la place Royale, sur un plan général qu'il avait approuve, en faisant élever rapidement par ses architectes les gros pavillons du Roi et de la Reine, lesquels dominent les trente-quatre pavillons, de moindre dimension, qui les accompagnent. Mais il n'eut pas le temps de commencer cette magnifique place de France, qui était son rêve architectural et dont son architecte ingénieur, Nicolas Chastillon, lui avait fourni le plan monumental : elle devait former dans le marais du Temple un immense demi-cercle, avec sept pavil-

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Ions à dômes, séparés par de larges rues, qui eussent pris les noms des sept principales provinces du royaume.

Henri IV ne s'était pas contenté de donner aux jésuites cent mille écus pour la construction de leur collège de la Flèche ; il affecta encore des sommes importantes à leur établissement à Rennes , à Poitiers, à Amiens et dans d'autres villes, où ils faisaient (( eslever, dit le Mercure français (1610), de très belles églises et de beaux bastiments; » il fournit des subsides aux ordres religieux, pour l'érection de sept couvents et de cinq églises à Paris. Baptiste Androuet du Cerceau, quoique protestant , ne s'était pas refusé à dessiner, pour le roi, les plans du monastère des Feuillants : « Ce qui est plus louable, dit Legrain, un des historiens de Henri IV, ce sont les temples, tant bastis de neuf que réédifiez par luy et durant son règne. )) Les architectes de Henri IV ne lui survécurent pas longtemps; ceux qui avaient travaillé à l'achèvement du Louvre, Pierre Chambiges et Louis Metezeau, moururent en 1615. Jean Coin et Louis Fournier, qui avaient construit la petite galerie (appelée depuis galerie d'Apollon), n'existaient plus en 1618. Au reste, sous la régence de Marie de Médicis, qui fit venir des architectes italiens à Paris, on ne bâtissait que des couvents et quelques hôtels princiers ou seigneuriaux, entre autres celui de Henri de Lorraine , duc de Mayenne, rue Saint- Antoine, en 1608 ; celui du duc de Créquy, rue des Poulies, près du Louvre, en 1611; celui du maréchal d'Ancre, rue de Tournon (c'est aujourd'hui la caserne de la garde républicaine), etc.

Marie de Médicis, fidèle à ses origines, aimait les arts et naturellement l'architecture, qui avait été la passion du feu roi. Elle voulut avoir son palais à elle, un palais moins triste que le Louvre, qui, malgré ses embellissements intérieurs, conservait encore l'aspect d'un château féodal, avec sa grosse tour centrale et son pont dormantqui remplaçait l'ancien pont-levis. Elle consulta peut-être ses architectes de Florence, mais elle confia la construction de ce palais à un architecte français et, qui plus est, à un protestant. De P>rosse, neveu de Jacques Androuet du Cerceau, qu'on peut considérer comme son maître, passait avec raison pour le premier architecte

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de France, à cette époque. On confondait ses ouvrages avec ceux de son oncle, ce qui lui fit sans doute attribuer le prénom de Jacques, sous lequel il fut toujours connu, quoiqu'il se nommât Salomon. Sa célébrité venait surtout de la grande part qu'il avait eue dans l'édification du temple de Charenton, élevé sur les plans des deux frères Baptiste et Jacques Androuet du Cerceau, ses oncles. Il appartenait

Flg. 158. — « Le Luxembourg, à présent nppelé Palais d'Orléans, » dessiné pur A. Perelle, gravé par -V. Mcycr.

d'ailleurs à une famille d'architectes ou archùecteurs , du nom de de Brosse, qui travaillaient depuis longtemps aux œuvres de maçonnerie dans les bâtiments royaux. Jean de Brosse, qu'on croit être son frère, était, dès l'année 1578, l'architecte secrétaire de la reine Marguerite de Navarre, et il avait construit pour elle, en 1606, dans la rue des Tetits-Augustins , le splendide hôtel que cette reine habita jusqu'à sa mort. Salomon de I>rosse commença, en 1615, à bâtir l'immense palais du Luxembourg, dont le style architectural a beaucoup d'analogie avec celui du palais de Pitti et de quelques autres palais de Flo-

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rence. Cependant ce palais, dans la construction duquel Salomon de Brosse a déployé toutes les ressources de' son talent créateur, offre la disposition de beaucoup de châteaux français, c'est-à-dire qu'il se compose de quatre grands corps de bâtiments, qui régnent autour d'une cour carrée et dont les quatre angles sont flanqués de pavillons plus élevés et plus saillants que le reste de l'édifice, avec une entrée principale décorée de colonnes et surmontée d'un dôme. Ce beau palais, remarquable par la solidité de ses masses et l'unité de son style, rappelait encore davantage le caractère de l'art florentin, lorsque ses deux galeries ouvertes et ses terrasses extérieures étaient ornées de belles statues , qui furent vendues et dispersées, lorsque la reine Marie de Médicis eut à jamais quitté la France pour aller mourir en exil à l'étranger.

Salomon de Brosse, chargé des travaux publics les plus importants qui s'exécutèrent à Taris, dans les dix premières années du règne de Louis XIII, à dater de sa majorité, construisit l'aqueduc d'Arcueil, qui semble une audacieuse réminiscence des aqueducs de Rome; il eut à reconstruire la vieille grande salle du Palais , entièrement détruite par l'incendie de 1618, et en appuyant le nouvel édifice sur les anciennes fondations, il fit en sorte que le nombre et la place des points d'appui restassent les mômes, pour conserver les dimensions extraordinaires de cette célèbre grande salle, dans laquelle il substitua au style gothique une sorte de style grécoromain et des voûtes en pierre aux voûtes de bois qui avaient servi d'aliment à l'incendie. Il donna les plans du château de Coulommiers en Brie et ceux de plusieurs hôtels à Paris. Mais son chef-d'œuvre fut le portail de l'église de Saint-Gervais, qui demeurait inachevée, dans l'attente d'un portail monumental, que deux intendants des bâtiments du roi, Donon et de Fourcy, marguilliers de cette église, commandèrent à l'illustre architecte de la reine mère.

Le roi Louis XIII qui était tout jeune alors avait posé, en 1016, la première pierre de ce portail, « dont les proportions sont si régulières, rapporte Germain Brîce, qu'au sentiment du Bernin, tout ré-

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servé qu'il était, on n'a rien de plus correct ni de plus parfait dans les ouvrages modernes les plus estimés. » Ce portail, composé des trois ordres grecs, dorique, ionique et corinthien, accuse l'influence italienne et présente la première application des ordres d'architecture antique à la façade d'une église française; il devint le type des portails d'église qu'on éleva en France, sous Louis XIII, et Charles David ne trouva rien de mieux que de l'imiter dans le portail, étrangement disparate, qu'il ajouta au vaisseau demi-gothique de Saint-Germainl'Auxerrois, qui attendait son portail depuis près d'un siècle.

Les architectes étaient sans doute fort nombreux sous Louis XIII, puisqu'on n'a jamais tant construit en France et surtout à Paris que pendant ce règne. Salomon de Brosse, qui recevait 2,400 livres par an, en qualité d'architecte du roi et de la reine mère, mourut en 162G, sans avoir un digne successeur dans son fils ou son neveu Paul, qui touchait 800 livres de gages comme attaché aux bâtiments royaux, et qui coopérait obscurément aux travaux de Jacques le Mercier, architecte du roi (1585-1654). Les constructions multipliées, faites sou»s ce règne, procédaient à la fois de l'architecture religieuse et de l'architecture civile. On fondait tous les jours, à Paris et dans les provino de nouvelles congrégations, ou bien l'on reformait les différents ordres religieux : il fallait agrandir ou restaurer les anciens couvents ou en bâtir de nouveaux, à grands frais, car toutes les bourses s'ouvraient pour aider et favoriser ces pieuses fondations. 11 y avait partout la même émulation à cet égard, dans toutes les classes de la société, et l'argent ne manquait jamais, dès qu'il s'agissait de construire une église ou un monastère. Quelquefois l'architecte était pris dans le sein même de la communauté qui faisait bâtir. Ce fut là l'origine de cette architecture uniforme, froide et correcte, qu'on appela Y architecture des jésuites, parce qu'elle fut adoptée dans toutes les constructions que la compagnie de Jésus fit faire non seulement en France, mais encore en Italie, où ce genre d'architecture semble avoir pris naissance.

Ce fut un simple père de la compagnie, nommé Martel Ange, qui donna le dessein général de l'église de la maison professe des je-

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suites à Paris : il s'était proposé pour modèle l'église du Gesn, à Rome, bâtie par le célèbre Vignole et qui passe avec raison pour un des plus beaux édifices du seizième siècle italien. Mais un Père jésuite, François Derrand (1588-1644), qui se mêlait aussi d'architecture religieuse, dérangea en partie les plans du frère Martel Ange, en s' attribuant le droit de les exécuter seul, à sa grande confusion, car lorsqu'il eut fait élever les arcs doubleaux qui devaient porter le dôme, les entrepreneurs n'osèrent pas le voûter en pierre, et, comme nous l'apprend Germain Brice, « il fallut se contenter d'une maçonnerie des plus légères, avec des courbes de charpente simplement recouvertes de plâtre. »

Quelques années plus tard, frère Martel Ange, que Germain Brice représente comme (( très entendu en architecture, » obtint satisfaction des mauvais procédés du père François Derrand et fut désigné spécialement par le général de l'Ordre, pour fournir les plans de la maison du noviciat des jésuites dans la rue du Pot-de-Fcr, qu'il était autorisé à construire, sans avoir à subir le contrôle de personne. Il fil donc de l'église de ce noviciat « un morceau d'architecture admiré de tous les connaisseurs. »

Le plus célèbre architecte, du temps de Louis XIII, fut Jacques le Mercier (1585-1654). Pierre le Muet (1591-1669) et François Mansard (1598-1660) partagèrent sa célébrité; il y avait aussi, à la même époque, Clément Metezeau (1581-1652), ingénieur plutôt qu'architecte, créateur de la grande digue qui servit à la prise de la Rochelle (1628) ; Charles Errard (1606-89), qui commença par faire de l'architecture et qui finit par n'être plus que peintre; Louis Levau (mort en 1670), grand voyer et inspecteur général des œuvres des bâtiments du roi à Fontainebleau; Fremin de Cotte, architecte du roi, père de Robert de Cotte, qui devait le faire oublier; Pierre Dubois, qui construisit l'hospice des Incurables en 1636 et le séminaire Saint-Sulpice en 1645; Michel Villedo, architecte des bâtiments royaux et maître général des œuvres de maçonnerie en 1639, qui fut chargé d'élever dans Paris plusieurs hôtels aristocratiques; et enfin Auguste Guillain (1581-1636), architecte de la ville, comme l'avaient été ses ancêtres depuis deux

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siècles , et qui travailla toute sa vie à terminer l'hôtel de ville du Boccadoro, sans trop s'éloigner du style primitif de l'édifice.

Jacques le Mercier, qui passa en Italie plusieurs années de sa jeunesse, était architecte du roi depuis l'année 1618 et recevait, à ce titre, 1,200 livres de pension. Son premier grand ouvrage fut l'agrandissement du vieux Louvre, depuis le pavillon central dit de V Horloge jusqu'à la moitié de l'aile septentrionale ; ses études en Italie lui permirent de ne pas rester trop inférieur à Pierre Lescot, qui avait construit le quart des anciens bâtiments de la cour actuelle. Tout en conti-

Fig. 159. — Vue du Louvre, du côté de ln rivière; (gravée par .1. Silvestre, vers lfi.jO.

nuant l'ordonnance des fayades élevées sous Henri II, il jugea convenable de marquer le milieu et l'entrée du palais, par un pavillon central , surmonté d'un dôme à quatre pans et destiné à contenir la chapelle, pavillon qui se trouve assez bien relié aux parties adjacentes. Le Mercier ayant fait ses preuves dans cette œuvre considérable, le cardinal de Ivichelieu, qui se proposait d'avoir un palais digne de sa situation politique, s'en remit absolument à l'habile architecte du Louvre pour la construction du Palais-Cardinal. L'espace ne manquait pas, car on avait rasé plusieurs hôtels nobiliaires et une trentaine de maisons pour déblayer le terrain. Richelieu voulut néanmoins consa-

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crer la plus grande partie de ce terrain à la cour principale, sur laquelle le palais aurait sa façade avec deux corps de logis en avant; à une cour intérieure, et aux jardins qui se déploieraient derrière ce palais, auquel l'hôtel de Brion resta seul annexé : il craignait de donner des armes contre lui à ses ennemis, en ayant l'air de faire concurrence au Louvre, et il imposa à son architecte la condition de restreindre l'étendue et l'élévation des bâtiments ; il ne pouvait donc s'en prendre qu'à lui-même, si ces bâtiments parurent trop bas et trop écrasés, en raison de la grandeur et de l'importance du palais.

Richelieu avait mis à l'épreuve, auparavant, le talent de Jacques le Mercier, en lui donnant à rebâtir de fond en comble la vieille Sorbonne et surtout la chapelle, dont cet architecte fit une fort belle église, d'un style à la fois élégant et simple. Nommé premier architecte du roi en 1629, il acheva la construction de l'église du couvent de l'Oratoire, et il commença celle de l'église Saint-Roch (1633), où le portail et la nef ont été bâtis sous sa direction. Il n'eut pas le temps d'élever le dôme du Val-de-Grâce, après en avoir préparé la construction et fait accepter ses plans, de préférence à ceux que la reine mère Anne d'Autriche avait demandés d'abord à François Mansard. Celui-ci, qui fut toujours le rival le plus redoutable de Jacques le Mercier et qui lui survécut plus de douze ans , se distinguait de lui par l'abondance et la variété de ses conceptions architecturales, comme par la rapidité et l'excellence de leur exécution. Il était l'élève de son père et de son beaufrère, qui avaient travaillé en Allemagne et en Italie, avant de venir se fixer en France. Son premier ouvrage remarqué fut la jolie chapelle de la Visitation des filles de Sainte-Marie , dans la rue Saint- Antoine. Tous les genres d'architecture convenaient à son génie vraiment multiple : (( Il avoit naturellement, dit Florent le Comte, l'esprit solide et le goût bon ; ses pensées furent toujours nobles et heureuses dans le dessein général de ses édifices. » Il inventait, il dessinait, il exécutait des églises aussi bien que des châteaux; des hôtels de particuliers aussi bien que des palais ; il restaurait même de vieux édifices, en conservant avec soin leur style original et en ne cherchant pas à se substituer, dans la réparation d'une œuvre ancienne , à l'auteur de

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cette œuvre, qu'il mettait en valeur au lieu d'en rabaisser le mérite. C'est ainsi qu'il restaura l'hôtel de Carnavalet, bâti sur les dessins de Jean Goujon et de Jacques Androuet du Cerceau : « Ayant été employé pour achever la façade de cet hôtel, dit Germain Brice,

Ylg. 100. - François Mnnsnrd; d'après un tableau de LargtUlère appartenant au ilue d'Annale, iriiot. Brnun.)

François Mansard ne voulut point absolument toucher à ce qui avoil été commencé par ces habiles maîtres. » Gaston, duc d'Orléans, l'avait choisi, entre tous, dès 1G35, pour ajouter au magnifique château de Blois un grand corps de bâtiment, destiné à fermer la cour d'honneur, du côté de l'ouest, et devant s'accorder, autant que possible,

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avec les différents styles de l'architecture du seizième siècle depuis Louis XII.

La réputation de François Mansard était si bien établie en 1643, que le cardinal Mazarin, qui avait acheté l'hôtel Tubeuf situé au coin de la rue Vivienne et de la rue des Petits-Champs, ne voulut pas avoir d'autre architecte, au refus du Bernin, qui n'accepta pas l'offre de 12,000 écus de pension, pour venir construire le palais du cardinal. Mansard ne construisit pas ce palais, mais il le constitua, pour

Fig. 161. — Cliàteau de Maisons; élévation du côté du jardin; tiré du Petit œuvre d'Architecture de Jean Marot. (1764.)

ainsi dire, en réunissant avec beaucoup d'adresse et de goût les divers corps de logis qui composaient les deux hôtels voisins du président Duret de Chivry et du président Tubeuf : il y rattacha seulement la superbe galerie Mazarine, dont il fut le constructeur. On ne peut imaginer l'envie et la haine qu'il inspirait à ses confrères, si l'on n'a pas vu une gravure de Dorigny, intitulée : la Mansavade, qui représente Mansard, traînant après lui son attirail d'architecte et se dirigeant vers un gibet : « A la galerie Mazarine, dit la légende de cette estampe satirique, il fut menacé de la corde, pour chastier sa mauvaise conduite , et le péril imminent où il l'avoit réduite. Bref, si je voulois faire la recherche des dommages qu'il a causés dans les bastiments qu'il a

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faits, il faudroit un volume entier pour les contenir, aussi bien que les inventions de plafonds et de lambris, qu'il se veut mesler de conduire, tous remplis de golifichets, où il n'a préparé que des nids pour les araignées, au lieu de donner place, comme il devoit, à quelque excellent peintre pour y produire quelque riche pensée. »

Les principales œuvres de Mansard furent les châteaux de Maisons, de Berny, de Bercy, de Balleroy, de Choisy, etc.; les portails du couvent des Feuillants et de l'église des Minimes ; les hôtels de Conti, de

Jars, de Bouillon, d'Aumont, de Fieubet, etc. Chacun de ces hôtels et de ces châteaux , qui la plupart existent encore à l'état de débris, mériterait une description détaillée. On lui attribue l'invention des toits brisés, qui de son nom furent appelés Mansardes. Mansard, qui respectait les idées et les œuvres des autres architectes, ne souffrait pas qu'on trouvât à redire aux siennes ; il avait été chargé de bâtir le Val-de- Grâce, après en avoir soumis le plan général à la reine mère ; mais on critiqua ce plan et il se refusa obstinément à le modifier de manière à en rendre l'exécution moins coûteuse. On confia donc à le Muet les travaux que Mansard avait abandonnés et dont le Mercier avait entrepris la continuation. Le Muet, qui avait sous ses ordres les architectes

Leduc et Duval, eut à regretter plus d'une fois la retraite de Mansard, qui, pour se venger de l'insuffisance de ses successeurs, fit bâtir, aux frais du secrétaire d'Etat Guénégaud, la chapelle du château de Fresnes, en exécutant une partie du plan qu'il avait proposé pour le Val-de- Grâce. Le Muet eut pourtant la gloire de mener à bonne fin la construction de ce monastère, et d'achever le dôme de l'église que ses prédécesseurs avaient élevée jusqu'au premier entablement.

Pierre le Muet était surtout connu pour avoir remis à la régente Marie de Médicis, en 1616, un très bon plan du palais du Luxembourg, plan dont Salomon de Brosse ne dédaigna pas de faire usage, sans en nommer l'auteur. Il avait édifié plusieurs châteaux d'un grand caractère et d'une belle ordonnance, entre autres celui de Tanlay en Bourgogne, celui de Chavigny en Touraine, celui de Pont en Champagne. Parmi les hôtels qu'il avait construits à Paris, on citait comme son chefd'œuvre l'hôtel Tubeuf, moitié en pierre de taille et moitié en briques, qu'on voit encore, tel qu'il fut remanié par Mansard, au coin des rues Vivienne et des Petits-Champs.

On ne peut se figurer combien de grands et beaux hôtels furent construits à Paris, sous le règne de Louis XIII : le Mercier, Mansard et le Muet avaient donné d'excellents modèles, pour la construction de ces hôtels et aussi pour leur distribution intérieure , car c'est à partir seulement de cette époque, et d'après l'exemple de la marquise de Rambouillet dans son hôtel de la rue Saint-Thomas-du- Louvre, qu'on adopta partout le système le plus pratique et le plus convenable pour approprier les appartements aux besoins et aux habitudes de la vie privée. « L'hôtel d'Amelot de Bisseuil, dans la vieille rue du Temple , dit le savant auteur du Palais de Mazarin (le comte de Laborde), est probablement du même temps (1640) et pourrait être pris comme modèle d'une certaine recherche dans la distribution : les services étant séparés, les chambres habitées trouvaient à leur portée de commodes dégagements ; la chambre de parade bien placée près du salon, la chambre à coucher était entourée de ses cabinets, galeries, escalier de sortie, etc. La grande porte cochère, fameuse dans son temps a seule résisté aux transformations imposées par une longue série de

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propriétaires. » Cet hôtel, qu'on disait incomparable, avait été construit par un architecte assez obscur, nommé Cottard; un premier propriétaire l'habita jusqu'à sa mort ; on lit, dans le Mercure galant de mai 1G88 : « Messire Jean-Baptiste Amelot, seigneur de Bisseuil, maistre des requestes, mort le jeudi saint dernier, 15 avril, en sa belle maison de la vieille rue du Temple, qu'il avoit fait bastir et qui est

Vis. 103. — Vue île l'hôtel Ficubet. (Tiré du l'uru à tracera les <i<jes, par llulVUmer.;

fort estimée par la délicatesse de l'architecture qu'il y a fait observer. »

La Bruyère avait pris de là occasion de railler la manie de bâtir : « Un bourgeois aime les bâtiments, dit-il dans ses Caractères; il se fait bâtir un hôtel si beau, si riche et si orné, qu'il est inhabitable : le maître, honteux de s'y loger, ne pouvant peut-être se résoudre à le louer à un prince ou à un homme d'affaires, se retire au galetas où il achève sa vie, pendant que l'enfilade et les planchers île rapport (c'est-à-dire les parquets) sont en proie aux Anglais et aux Aile-

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mands qui voyagent et qui viennent là, du Palais-Royal, du palais L. G. (Lesdiguières?) et du Luxembourg. ))

La plupart de ces hôtels , en changeant de propriétaires et de noms, avaient été restaurés avec plus ou moins de réserve et d'habileté; les uns y gagnèrent, les autres y perdirent; les plus anciens eurent à souffrir davantage de ces remaniements intérieurs et extérieurs. Ainsi le magnifique hôtel, construit en 1615 par Jacques Androuet du Cerceau , pour le duc de Bellegarde, grand écuyer de France, dans la rue de Grenelle-Saint-Honoré , et qui était un des types les plus parfaits de l'architecture du temps de Henri IV, fut entièrement transforme pour le chancelier Seguier et perdit tout son caractère primitif, en s'augmentant de plusieurs corps de bâtiments et de deux galeries sur la rue du Bouloi. Il en fut de même de l'hôtel Zamet, dans la rue de la Cerisaie : cet hôtel, qui sous Henri IV avait paru digne d'être cité souvent comme une des merveilles architecturales de Paris, subit de si malheureux changements en devenant l'hôtel Lesdiguières, que la famille de Villeroy, qui l'eut ensuite en possession, ne daignait même plus l'habiter. Quant à l'hôtel du financier Scipion Sardini, qu'on pouvait comparer à l'hôtel Zamet, son éloignement du centre de la ville l'avait fait abandonner et tomber en ruines : en 165G, il fut totalement déshonoré et dégradé, pour devenir la maison de manutention des farines de tous les hôpitaux, avant d'être changé en hôpital, comme le fameux hôtel d'O, qui datait de la même époque.

Une métamorphose complète s'était opérée dans l'arehitecture nationale, sous l'influence de l'imitation italienne et des préoccupations de l'étude de l'art grec. On ne comprenait plus un édifice religieux sans un dôme et sans un portail, avec deux ou trois ordres d'architecture mélangés ou superposés ; dans l'architecture civile on ne voulait plus que des terrasses ou des toits bas et déguisés , au lieu des grands combles en ardoise, et partout des galeries à arcades et des appartements en enfilade et de plain-pied. « Depuis qu'on a trouvé l'invention des toits coupés, dit Félibien dans ses Principes de V Architecture (1676,, et que l'on appelle communément en France mansardes, on donne bien moins de hauteur à toutes sortes de toits, que

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l'on ne faisoit auparavant. » On avait aussi complètement renoncé aux escaliers à vis ou en limaces, pour s'en tenir aux escaliers droits avec palier à chaque étage.

Fig. 1G4. — Hôtel Zamet. depuis hûtcl ]>sclipuures, (Tiré de /'mis à trams 1rs </./. v. par IIolTbiuior.)

L'architecte Gérard Desargues s'était fait une réputation spéciale par ses escaliers droits : ce fut lui qui construisit en 1660 le grand escalier du Palais-Royal; il en fit un autre, non moins admiré, dans la maison d'un sieur Aubry, rue des Bernardins. Sauvai cite cette maison pour « son entrée la plus superbe du monde et son escalier si commode, qu'il ne s'en voit point à Paris qu'on trouve plus tôt, où

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on entre plus à l'aise , ni dont l'abord soit plus grand ni plus superbe. ))

« Louis XIV avait du goût pour l'architecture, pour les jardins, pour la sculpture, dit Voltaire, et ce goût était en tout dans le grand et dans le noble. )) Il ordonna, il commença de grands travaux de construction aux Tuileries et au Louvre, dès l'année 1661. Antoine Ratabon, conseiller d'Etat, était alors surintendant des bâtiments du roi ; il avait succédé, dans cette charge , à François Sublet de Noyers.

Fig. 165. — Tour nord-est du Louvre; gravé par Israël Silvestre en 1650.

C'est donc à lui que revient l'honneur d'avoir dirigé les premiers travaux exécutés au Louvre et aux Tuileries par Jacques le Mercier, auquel succéda Louis Levau, en 1654, comme premier architecte du roi, Colbert ayant été nommé alors surintendant et ordonnateur des bâtiments.

Levau (1612-70) avait débuté, en 1643, par l'immense château de Vaux-le-Vicomte, que le surintendant des finances Fouquet avait fait bâtir près de Melun, comme pour rivaliser avec les châteaux royaux. Il fut chargé ensuite de faire du château-fort de Vincennes une habitation royale de plaisance. On lui reprochait de ne construire que

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des bâtiments lourds et massifs, sans élégance et sans noblesse, parce qu'il ne sacrifiait pas, ainsi que d'autres architectes contemporains, à l'abus de l'ornementation, et de ce qu'on nommait le goli-fichet. Aux Tuileries, où il trouva terminés le gros pavillon parallèle à celui de Flore et les deux corps de logis qui le reliaient au grand pavillon

PIg. 1 GC — Médaille eommémorattve du projet présenté par Berain pour la façade est du Louvre (aujourd'hui la colonnade) ; dessiné et gravi'' par Sé1>. 1/Cclcrc.

du centre, élevé par Philibert de Lorme, il supprima dans ce grand pavillon l'escalier monumental, en ajoutant au-dessus de l'étage corinthien un étage d'ordre composite et en remplaçant par un dôme à quatre pans le petit dôme circulaire du seizième siècle. Au vieux Louvre, il prolongea l'aile méridionale de Pierre Lescot et construisit l'aile orientale dans toute sa longueur, à l'exception de la façade, qui ne fut construite qu'après sa mort, sur le plan de Claude Perrault. Cette façade, Colbert se proposait d'en faire le plus beau monument de son époque ; il rc-

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jeta donc le plan que Levau lui avait proposé et fit décider, par le roi, que tous les architectes seraient appelés à présenter des plans entre lesquels on choisirait le meilleur.

François Mansard, âgé de soixante-sept ans, était alors à l'apogée de sa renommée, et naturellement Colbert l'avait invité à faire un plan qui serait accepté de préférence aux autres ; mais Mansard, qui avait l'habitude de se corriger lui-même et de chercher à perfectionner ses ouvrages pendant leur exécution, refusa de s'engager à ne rien modifier dans le plan qu'il donnerait. Louis XIV et Colbert étaient fort embarrassés de faire un choix parmi tous ces plans ; mais l'idée de les soumettre aux bons architectes de Rome ayant été suggérée par un abbé italien, nommé Benedetti, qui avait la confiance du roi et l'estime de Colbert, on envoya les plans en Italie. Le Poussin, qui résidait à Rome, fut prié de les communiquer d'abord au cavalier Bernino, qui passait pour le premier architecte de son temps. Bernin les trouva détestables et il y substitua les siens , qu'il fit mettre sous les yeux du roi par l'abbé Benedetti. Louis XIV lui écrivit pour le remercier et le prier d'entreprendre le voyage de France , afin de faire profiter de ses conseils les architectes français.

Décidé par cette invitation royale, le Bernin partit de Rome et arriva en France , sur la fin du mois de mai ; dans toutes les villes où il passa, on lui rendit, par ordre du roi, des honneurs qu'on ne rendait qu'aux seuls princes du sang, et, le 4 juin 1GG5, il alla saluer le roi, qui le reçut avec la plus bienveillante distinction. Il travailla en secret aux épures de son plan , après avoir examiné dédaigneusement les constructions de le Mercier et de Levau; ces épures furent apportées dans l'assemblée des bâtiments, que présidait Colbert, et personne n'osa les critiquer, excepté le secrétaire de Colbert, Charles Perrault, qui avait présenté un plan conçu et dessiné par son frère Claude Perrault, plan bien supérieur à celui de Bernin.

Cependant Colbert, ébloui par l'assurance et le faste de l'étranger, osait à peine lui adresser quelques timides observations; l'orgueilleux artiste italien daignait pourtant les écouter, mais il se gardait d'en tenir aucun compte : « C'étoit, dit Charles Perrault dans ses Mémoires, un

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médiocre architecte, quoiqu'il s'estimât extrêmement de ce côté-là. Il ne louoit et ne prisoit guères que les hommes et les ouvrages de son pays; il citoit fort souvent Michel-Ange. D Enfin, comme il pressait beaucoup le surintendant des finances de faire commencer les travaux, celui-ci dut prendre jour, à l'effet de poser la première pierre de la

Flg- 107. — « Vettt du chasteau de Versailles eommt il vstoit ci-derani, » deuignée pour le Roy par F. van <lor Menten.

et gravée pur F. Baudoins (1CH5).

façade principale du Louvre, qu'il s'agissait de construire devant l'aile orientale de l'édifice. Le Bernin, par bonheur, demanda au roi la permission d'aller passer l'hiver en Italie et de laisser en France son élevé Mathias pour diriger et surveiller l'exécution de ses plans. Dès qu'il fut parti , Charles Perrault usa de tout son crédit auprès de Colbcrt, en lui représentant (pie l'architecte italien « abattoit le

Louvre entièrement, » puisqu'il voulait supprimer les quatre dômes des milieux, et refondre toute l'architecture ornementale des quatre faces du monument. Le peintre le Brun , que Bernin avait eu la maladresse de blesser par des paroles hautaines et dédaigneuses, n'eut pas de peine à prendre sa revanche, en soutenant auprès du roi l'opinion de Colbert, qui le suppliait de condamner les plans du Bernin, pour adopter ceux de Claude Perrault.

Ce dernier n'était cependant qu'un médecin de profession, qu'un simple architecte amateur, qui avait traduit Vitruve et qui apprenait l'architecture en étudiant les sciences exactes. Claude Perrault (1613-88) eut donc la gloire d'entreprendre et d'achever cette admirable colonnade du Louvre, qu'on regarde encore, avec raison, comme une des œuvres les plus imposantes et les plus parfaites de l'architecture française. « Aussi peut-on dire, remarque son frère Charles [Hommes illustres du dix-septième siècle), que dans la seule façade du devant du Louvre il y a autant de beauté d'architecture que dans aucun des édifices des anciens. ))

Cependant les travaux du Louvre furent plus d'une fois ralentis et même suspendus totalement en 1670. C'est à ce sujet que Colbert écrivit une lettre au roi, dans laquelle il lui disait : (( Rien ne marque davantage la grandeur et l'esprit des princes que les bâtiments, et toujours la postérité les mesure à l'aune de ces superbes machines qu'ils ont élevées pendant leur vie. Ah ! quelle pitié que le plus grand des rois fût mesuré à l'aune de Versailles! Et toutefois il y a à craindre ce malheur. Pendant que Votre Majesté a dépensé de très grandes sommes en cette maison, elle a négligé le Louvre, qui est assurément le plus superbe palais qu'il y ait au monde, et le plus digne de la grandeur de Votre Majesté. »

Louis XIV, qui n'aimait pas Paris, avait concentré, en effet, toutes ses affections dans ce palais de Versailles, qu'il ne cessait d'augmenter, d'embellir et d'enrichir depuis dix ans et qu'il considérait comme son œuvre personnelle. Il n'avait pas démoli le petit château de Louis XIII, mais il l'avait en quèlque sorte encadré dans les constructions nouvelles, faites sous son inspiration et sous ses yeux par son

L'ARCHITECTURE ET LES ARCHITECTES

architecte Levau, qui s'était conformé aux instructions du roi, en conservant, comme une espèce de sanctuaire, la résidence favorite de son père. Levau avait ajouté seulement deux pavillons et une orangerie à l'ancien château, enfermé dans sa cour de marbre et formant la perspective des trois cours qui vont s'élargissant, comme en amphithéâtre, vis-à-vis de l'avenue de Paris. La façade sur les jardins

Fifr. 168. — André le Notre; peint par Carlo Maratti et gravé par Haaon.

restait à faire ; ces jardins, dessinés et décorés par un autre architecte du roi, André le Nôtre, avaient déjà surpassé, par leurs escaliers gigantesques, parleurs eaux jaillissantes, par leurs innombrables statues, tous les prodiges des jardins d'Heidelberg créés par Salomon de Caus.

Louis Levau, à qui l'abbé Lambert se plaît à reconnaître, dans l'Histoire littéraire du règne de Louis XIV, « un génie vaste, une grande

XVIIe SIÈCLE. —

ardeur pour le travail, une facilité merveilleuse dans l'exécution, » avait fourni les plans du collège des Quatre-Nations (aujourd'hui palais de l'Institut), que les héritiers du cardinal Mazarin faisaient construire en vertu des clauses de son testament. Le dôme qui surmonte la chapelle a des proportions si justes dans son contour que les plus savants architectes l'ont proposé comme le chef-d'œuvre de l'art; quant à la façade, dont les deux gros pavillons avancés nuisent peutêtre à l'alignement du quai, elle ressemble, avec son portique grec et son hémicycle élégant, à une œuvre de Vignole ou de Palladio. Levau ne vécut point assez pour le voir achevé sous la direction de son gendre, François Dorbay. Il avait aussi commencé la construction de plusieurs églises, celles de Saint-Sulpice et de Saint-Louis-en-i'Ile, mais ses ouvrages les plus appréciés, de son vivant et après lui, furent les châteaux du Raincy ou plutôt de Livry, de Seignelay, de Bercy, et les charmants hôtels de Bautru, deRohan, rue de l'Université, d'Hesselin et de Lambert, dans l'île Saint-Louis. La plupart de ces somptueux édifices sont gravés dans les recueils de Jean Marot.

La succession architecturale de Louis Levau se partagea entre Dorbay et Jules Hardouin-Mansart. Ce dernier (1645-1708), neveu et élève de François Mansart, fut dans l'architecture ce que Pierre le Brun était dans la peinture, la personnification la plus brillante de son art, et le plus habile auxiliaire des grandes créations monumentales de Louis XIV. Il avait été remarqué, dès son jeune âge, par le roi, qui l'avait vu taillant une pierre dans le chantier de construction de la place Vendôme : sa figure intelligente fut sa première recommandation. Le roi, qui ne l'avait pas oublié, lui demanda le plan d'un château qu'on devait bâtir à Clagny pour Mmc de Montespan et qui ne fut édifié que plus tard. L'entrepreneur des travaux ayant mal exécuté ce plan , la cour du château se trouvait trop petite : Hardouin-Mansard se hâta de réparer une faute qui n'était pas la sienne et, en moins de quinze jours, il remit les choses en état, de manière à contenter le roi, qui lui fit l'honneur de lui serrer la main, en lui disant fit qu'il n'y avoit qu'un Mansard qui fût capable de faire un ouvrage si achevé. »

L'ARCHITECTURE ET LES ARCHITECTES

Le jeune architecte réussit moins, au point de vue de l'art, dans les agrandissements que le roi lui ordonna de faire au vieux château de Saint-Germain, pour le rendre plus habitable ; il enleva ainsi à l'édifice tous les caractères de l'architecture de la renaissance. Il était, dès lors, attaché aux travaux de Versailles, et il construisait les écuries, avant de commencer la grande façade du palais sur. les jardins. Cette façade, qui se développe sur une ligne de 300 toises, domine de toutes parts ces jardins qui s'étendent a perte de vue, au dessous de sa prodigieuse terrasse où l'on arrive par le double escalier des Géants. L'orangerie forme l'accessoire le plus majestueux qu'on pouvait annexer à ce palais féerique, qui paraissait achevé en 1G85.

C'est à cette époque que les deux derniers bosquets des jardins, la colonnade et les bains d'Apollon, furent exécutés sous la conduite d'Hardouin-Mansard, qui avait été nommé, en 1G75, architecte du roi, <( à cause de la suffisance et de la capacité que le sieur Mansard, disait le brevet, s'est acquise tant dans la théorie que dans la pratique de l'architecture. » Peu de temps après, il devint inspecteur général des bâtiments ; en 1G83, le roi lui accorda des lettres de noblesse, « en considération de ce que ledit Jules Mansard s'est rendu recommandable à la postérité, par les superbes ouvrages qu'il a achevés au château de Versailles, dans les autres maisons royales, à Clagny et à la chapelle de l'hôtel des Invalides, qui seront les monuments éternels de la plus savante architecture. »

Libéral Bruant, que Germain Brice désigne comme « versé dans l'art et la pratique de bâtir, » avait donné en 1G71 les plans de la première église et des immenses bâtiments de l'hôtel des Invalides, qui s'élevèrent comme par enchantement, dans l'espace de peu d'années; mais la chapelle, emprisonnée au milieu des bâtiments, n'avait rien de grandiose ni de majestueux. Le roi fut frappé du triste effet que produisait cette église, qui ne s'annonçait de loin ni par un clocher ni par un dôme. C'est ce dôme qu'IIardouin- Mansard se chargea de construire en annexe à la chapelle qui était terminée, et cela sans modifier le plan de cette chapelle et en raccordant deux architectures. Le dôme,

XVIIe SIECLE. — SCIENCES, LETTRES ET ARTS.

pourrait être, à certains égards, comparé à celui de Saint- Pierre de

L'ARCHITECTURE ET LES ABCHITECTES

Rome; il fut élevé, à l'extrémité de la nef de l'église, avec une entrée

particulière accompagnée d'un beau frontispice, qui s'élove au centre d'une galerie ouverte et circulaire.

XVIIe SIÈCLE. —

C'est à tort que certains critiques d'art, tout en rendant justice au prodigieux talent dont Hardouin-Mansard a fait preuve dans la construction de ce dôme immense, qui n'a pas moins de 400 pieds de hauteur, l'ont jugé bien inférieur au dôme du Val-de-Grâce, élevé par le Muet et Leduc sur les plans de Jacques le Mercier. Le dôme des Invalides est le plus grandiose qui ait été construit en France, comme celui du collège Mazarin est le plus accompli dans ses proportions. Quant au dôme octogone de l'église de la Salpetrière, lequel n'a que 10 toises de diamètre, mais qui est supporté par huit arcades aboutissant à quatre nefs qui forment la croix, son mérite consiste dans sa hardiesse et son originalité. On ne sait pas s'il faut l'attribuer à Louis Levau ou à Libéral Bruant, qui acheva les constructions de l'hospice,

On ne doit pas oublier non plus l'église de l'Assomption, laquelle ne se compose que d'un seul dôme gigantesque, qui semble monter de terre dans les airs. C'est Charles Errard qui envoya, de Rome où il était directeur de l'Académie de France en 1670, les plans de cette singulière construction, qui ne manque pas de grandeur et de majesté ; mais Louis XIV n'aimait pas les dômes, et lorsqu'il demanda le plan de la chapelle de Versailles à son architecte favori Hardouin-Mansard, qu'il venait de uommer surintendant des bâtiments à la place du marquis de Villarcerf, mort en 1699, il eut soin de lui dire, pour toute instruction : « Surtout, pas de dôme! » Il se rappelait, sans doute, les injustes critiques auxquelles avait donné lieu la disposition du dôme des Invalides.

Jamais architecte ne reçut plus de témoignages d'estime et d'admiration qu' Hardouin-Mansard, que Louis XIV combla d'honneurs. Le roi se promenait, un jour, avec lui, la main appuyée sur son épaule, après l'avoir engagé à se couvrir pour se préserver du soleil ; les courtisans ne dissimulèrent pas leur étonnement ni leur jalousie : i Messieurs, leur dit le roi en se tournant vers eux, c'est ici un homme que je dois conserver ; je puis dans un quart d'heure faire vingt ducs et pairs, et dans bien des siècles, je ne pourrais faire un Mansard. »

Il serait trop long d'énumérer les grands ouvrages de cet illustre architecte : les bâtiments du palais de Marly et du château de Trianon ;

L'ARCHITECTURE ET LES ARCHITECTES

les châteaux du Val et de Dampierre, aux environs de Paris; le château de Navarre, près d'Evreux ; la place des Victoires et la place Vendôme, à Paris; dix hôtels à Paris et à Versailles, vingt châteaux en France, etc. Il alla même, avec la permission du roi, en Espagne, en Piémont, en Lorraine, faire des constructions, entre autres celle du magnifique château de Lunéville.

Fiiî. 171. — Vue de la chapelle 3e Versailles, prise du coté de la cour; d'après J, Rigaud.

L'architecture du règne de Louis XIV se distingue par un caractère incontestable de grandeur et de magnificence ; elle en fut surtout redevable à ITardouin-Mansard. Quoique Le grand architecte n'eût pas d'imitateurs ni d'élèves, ses émules poursuivaient tous le même but et avaient les mêmes idées, ce qui dans leurs œuvres a produit une remarquable unité. Chacun, d'ailleurs, se faisait un genre et une spécialité. François Blondel (1617-86), qui avait étudié l'antique en Italie, cons-

XVIIe SIÈCLE. —

truisit à Paris des portes de ville ou plutôt des arcs de triomphe : la porte Saint-Bernard (1670), la porte Saint-Antoine (1672), la porte Saint-Denis (1672). Son élève Pierre Bullet (1641-1715) fit la porte Saint-Martin; mais l'arc de triomphe, qu'on devait érigera la place du Trône, et dont Claude Perrault avait donné le plan, ne fut exécuté qu'en plâtre, à titre d'essai, malgré les qualités évidentes de cette création. Claude Perrault, chez lequel on s'obstinait à voir un savant plutôt qu'un architecte, en dépit de son chef-d'œuvre de la colonnade du Louvre, obtint pourtant, à défaut de concurrent notable, le droit de construire l'Observatoire, sous la condition expresse de ne foire usage, dans cette construction, que de pierre de taille, à l'exclusion du fer et du bois.

Claude Perrault était, sans contredit, un des plus ingénieux architectes de son temps, et cependant il ne laissa aucun élève. L'architecture semble avoir été, à cette époque, le privilège de quelques familles, qui gardaient, comme en dépôt, les traditions et les secrets de leur art. Ce sont, au dix-septième siècle, les familles des Metezeau,des Guillain, des Bullet, des Bruant, des Gabriel, etc. Jacques Gabriel (1637-97), le plus connu des architectes de ce nom, était oncle de F rançois Mansard et cousin de Jules Hardouin-Mansard, « lesquels, estil dit dans ses lettres d'anoblissement, se sont si glorieusement distingués, que la délicatesse du goût et l'habileté clans les plus beaux arts paroissent héréditaires dans cette famille. » Jacques Gabriel avait donc participé aux travaux des Mansard ses parents, mais il s'était perfectionné surtout dans l'art de bâtir des ponts ; il construisit ceux de Blois, de Lyon,dePontoise, deCharenton, de Saint-Maur, et enfin le Pont-Royal, à Paris, en 1685. Malgré sa grande expérience et ses talents spéciaux, il avait voulu prendre sous ses ordres un architecte de ponts, nommé François Romain, moine dominicain, à qui Louis XIV accorda, en 1695, la charge d'inspecteur des ponts et chaussées du royaume et d'architecte du domaine du roi, quoiqu'il fût né à Gand.

Louis Levau est un des rares architectes qui firent des élèves : outre son gendre François Dorbay, il eut pour exécuteurs et continuateurs de ses travaux, P. Lambert, Gabriel Leduc et Daniel Gittard. Ce dernier

L'ARCHITECTURE ET LES ARCHITECTES

devint architecte du roi, comme le fut François Levau, frère de Louis. Il

y avait aussi, sous Louis XIV, des architectes décorateurs, des archi-

XVIIe Slftri.E. — SCIENCES. — SS

XVII" SIÈCLE

tcctes graveurs et des architectes théoriciens plutôt que praticiens. Antoine Lepautre (1621-91), architecte du roi, qui construisit dans la rue Saint- Antoine le bizarre et pittoresque hôtel de Beauvais, et qui compléta le gracieux château de Saint-Cloud pour le duc d'Orléans, s'était fait une grande renommée par son merveilleux talent dans la décoration intérieure des appartements. Son frère, Jean Lepautre, plus graveur- qu'architecte, a publié un^ grand nombre de compositions

gravées, telles que cheminées, vases , plafonds, etc., dans lesquelles on reconnaît l'imagination féconde des deux frères et l'influence énorme que ces artistes exercèrent sur le style décoratif du règne de Louis XIV.

Jean Marot (1619-79), qui avait construit des châteaux et des hôtels comme Antoine Lepautre, grava lui-même deux excellents recueils d'estampes, où il s'est plu à reproduire non seulement les plus beaux édifices de son temps, mais encore ceux dont il avait fourni les plans, comme le fameux hôtel Jabach , dans la rue Saint-Merry. Antoine Desgodets (1653-1728) ne gravait pas lui-même, mais il fit graver sur ses dessins les édifices antiques de Rome (1682), qu'il était allé étu-

L'ARCHITECTURE ET LES ARCHITECTES

dieret mesurer, par ordre de Colbert. Charles- Augustin Daviller (1653- 1GD9), son ami, mit au jour, en 1691, le (Jours d architecture, qu'il avait préparé, en s'aidant des conseils de François Dorbay.

Pi g. 174. — Frontispice des Principe* dé VAtxhUeeture, dt la Sculpture et de la Peinture, etc., par Fc libicn.

Au reste, depuis l'établissement de l'Académie d'architecture par Colbert (30 novembre 1671), il y avait deux l'ois par semaine, à Paris, dans le local de l'Académie, au Louvre, un cours public d'architecture, dont le professeur était entretenu aux irais du roi. Ce professeur avait été d'abord le savant François Bloudel, qui tut remplacé par Philippe de la Hire,

XVIIe SIÈCLE. -

L'Académie, placée sous la direction du surintendant des bâtiments du roi, se composait de deux classes : la première, de dix membres, avec un professeur et un secrétaire ; la seconde, de dix membres, avec huit élèves qui concouraient tous les ans pour le prix de Rome. Le secrétaire perpétuel était encore, à la fin du dix-septième siècle, André Félibien, qui avait écrit de curieux Entretiens sur la vie et les œuvres des plus excellents peintres anciens et modernes (1666-88), et qui vint en aide aux leçons du professeur de l'Académie par la publication de son livre des Principes de V Architecture, de la Sculpture, de la Peinture et des autres arts qui en dépendent (1675-90, in-4°). C'est l'Académie qui, en se reportant sans cesse aux exemples et aux théories de l'art antique, arrêta les progrès du mauvais goût italien et sauva d'une décadence complète l' architecture française.

Kg. 175. —

Cul-de-lampe tiré du Recueil des Oraisons funèbres. (Bibliothèque de l'Arsenal.)

LA GRAVURE ET LES GRAVEURS

L;i gravure sous Henri IV : Thomas de Lcu et les Quesuel. — Léonard Gaultier. — Crespin de Pas. — Plan de Qucsnel. — Caricatures et estampes populaires. — J. Lagniet. — Graveurs au dix-septième siècle. — Jacques Callot. — Etienne de la Belle. — Mellau, Abr. Bosse, J. Silvestre, Pesue, Audran, Edelinck, Bob. Nantcuil, Morin, les Drevet, Séb. Leclerc.

ES belles teuvres de la gravure, auxquelles Jean Cousin paraît avoir consacré les dernières années de sa longue vie d'artiste, furent arrêtées, à leur début, par les troubles et les guerres civiles qui éclatèrent à la suite de la journée des Barricades; niais il ne faut pas croire que les graveurs, qui commençaient à se É^<^^ï£iF^^.^^â multiplier en France, aient alors abandonné l'exercice de leur profession pour attendre des temps meilleurs; ils étaient, au contraire, plus occupés que jamais à graver, les uns sur cuivre, les autres sur bois, des estampes de circonstance, portraits, caricatures, emblèmes et allégories, événements du jour, qui se vendaient à grand nombre, étalées et criées dans les rues de Paris, colportées dans les foires et les marchés de province par les merciers ambulants ou bùoùarts.

XVIIe SIÈCLE. —

Les artistes, il est vrai, devaient se hâter dans leur travail, ce qui les empêchait de donner à leur art tous les soins qu'il réclamait ; d'ailleurs, généralement ils ne signaient plus leurs ouvrages, et l'éditeur ou le marchand n'y mettait pas même son nom et son adresse. La plupart de ces pièces ne coûtaient qu'un ou deux sous; il y en avait de fort grandes, qui coûtaient plus cher et qui étaient destinées à ôtre attachées, en guise de tableaux, sur la muraille. La plupart, gravées

Fig. 176. — Ester el le Roy Assuere, d'après une gravure de Jean Cousin, publiée par M. A. Firmin-Didot.

sur bois , offraient un texte imprimé autour ou au-dessous de la gravure. P. de l'Estoile, se trouvant à Paris pendant le blocus et le siège, de 1589 à 1594, avait pu acquérir presque toutes les estampes politiques qui furent publiées à cette époque, et il en composa un recueil, de format grand in-folio, auquel il donna ce titre : Les belles figures et drolleries de la Ligue, avec les peintures, placards et affiches injurieuses et diffamatoires contre la mémoire et honneur du feu Boy, que les oisons de la Ligue appeloient Henri de Valois, impri-

LA GRAVURE ET LES GRAVEURS

mées, criées, presôhées et vendues publiquement à Paris, par tous les endroits et quarrefours de la ville.

Les pièces qui figurent dans ce précieux recueil, conservé à la Bibliothèque nationale, sont la plupart uniques, ayant été détruites et recherchées par le Parlement, lorsque Henri IV vainqueur eut enfin repris possession de la capitale de son royaume.

Fig. 177. — Cérémonies observées nu sucre et couronnement itc Louis XIII; estampe dessinée par Quesnel

et gmvéc par Thomas île Lcu.

Bien des marchands d'estampes étaient graveurs eux-mêmes ei avaient des ateliers de gravure dans leur maison. Parmi ces graveurs, quelques-uns sortaient de l'ancienne école de Fontainebleau, ou bien avaient appris leur métier chez de bons maîtres, peintres et graveurs à la fois, tels que Geoffroy Dumonstier, Jacques Prévost et Jean Rabel.

Voilà pourquoi on remarque, dans cette foule d'estampes sans nom, d'excellents portraits en taille-douce, très finement et très ha-

bilement exécutés. Quant à la gravure sur bois, elle n'était pas faite de la main des artistes peintres , car elle passa, de tout temps, pour un art purement mécanique, et elle était taillée par des artisans qui ne savaient pas dessiner et qui n'avaient qu'une certaine adresse d'exécution ; ils étaient d'ordinaire Lorrains, Alsaciens ou Allemands, comme Louis Businck, qui travaillait à Paris en 1640.

Il paraît, cependant, que Jean Rabel, tout habile peintre qu'il fut, ne cédait à personne le droit de graver sur bois ses dessins. Dès que la royauté de Henri IV fut reconnue et assise, l'art de la gravure prouva, par de beaux ouvrages, qu'il n'avait pas été atteint par les désordres de la Ligue : Nicolas Boleri, qui gravait au burin ses compositions, acheva rapidement trois superbes estampes représentant l'entrée de Henri IV à Paris, sa visite d'actions de grâces à Notre- Dame, et le départ de la garnison espagnole. Dans ces estampes, où les figures sont très nombreuses , les têtes ont beaucoup de caractère et d'expression et accusent une naïve ressemblance. On vit alors reparaître les trois principaux graveurs qui, pendant le règne de Henri IV, eurent le plus de vogue et de réputation : Jean Rabel, qui mourut le premier en 1603, Thomas de Leu , né en 1562, et Léonard Gaultier, né en 1575.

Les portraits gravés par Rabel sont traités d'après nature avec autant de science du dessin que d'habileté de la taille-douce. Thomas de Leu a fait aussi des portraits au burin, qu'il dessinait lui-même d'après les originaux peints sur nature par les premiers peintres contemporains, dont les noms figurent à côté du sien : Isaïe Fournier, James Blain, Jacob Bunel, Nicolas et Jacques Quesnel, Daniel et Pierre Dumonstier. On sent qu'il se proposait d'imiter les fameux graveurs hollandais Wiericx; mais il s'attachait davantage, en soignant toujours la main d'œuvre, à étudier la physionomie de ses modèles. Le travail du burin variait seulement, selon l'âge, le sexe, la profession de chaque personnage. Thomas de Leu faisait souvent des portraits pour les libraires, qui les plaçaient entête des livres qu'ils publiaient. Il a fait aussi quelques pièces historiques qui sont plus rares et plus recherchées encore que ses portraits. Léo-

LA GRAVURE ET LES GRAVEURS

Fig. 178. — Vue du quartier Salnt-Honoré, eu 1608; fac-similé d'une partie du plan de F. Quemel.

plus minutieux, avec la dernière précision. 11 semble avoir voulu surtout imiter les graveurs hollandais de la famille et de l'école de Crispin de Pas. Dans son œuvre, qui compte plus de 800 pièces, on admire la variété, la souplesse et la fécondité de son talent. Tl excel-

XVII' SIRCI.K. - SCIKXCKS. — 5C

XVIIe SIÈCLE. —

SCIENCES

LETTRES ET ARTS

lait à composer des fontispices de livres, et les libraires, qui le payaient fort cher, se partageaient à l'envi son temps et ses travaux. Quelque- Ibis il consentait à orner d'estampes une édition dont le succès était ainsi assuré d'avance. Il a aussi dessiné et gravé plusieurs grandes estampes historiques, qui sont devenues presque introuvables, entre autres, la Procession de la Ligjue, en trois feuilles, Henri IV au milien- de sa famille, le Sacre de Marie de Médicis , le Baptême de Louis XIII, sujet traité également par Thomas de Leu. Le plus précieux de ses ouvrages est un grand placard en deux feuilles contenant 144 pourtraitz de plusieurs hommes illustres qui ont flory en France depuis Van 1500 jusques a présent, avec leurs éloges par Gabriel Michel, Angevin. On reprochait à Léonard Gaultier une manière un peu dure dans tous ses portraits, mais les pourtraitz de ses hommes illustres sont d'une finesse et d'une délicatesse exquises.

Outre Léonard Gaultier et Thomas de Leu, qui travaillèrent beaucoup sous Henri IV et continuèrent à graver jusqu'en 1625 environ, on peut citer cinq ou six graveurs peintres ou marchands d'estampes, Jean Leclerc, Pierre Gourdelle, Gaspard Isaac qui rivalisait avec Thomas de Leu, Jean Poinssart, Isaïe Fournier, etc. Vers cette époque , apparaissent de nouveaux genres de gravure exécutés par des artistes spéciaux : la gravure d'ornements et la gravure topographique. Ces ornements étant surtout composés en vue de la joaillerie et de l'émaillerie, c'étaient des orfèvres qui les gravaient, comme Jean Vovert, qui pourrait bien être élève d'Etienne Delaulne ; il y eut aussi des peintres et des architectes, comme René Boy vin et Pierre Biard, qui gravèrent les ornements pour la sculpture, la damasquinure, la menuiserie.

La gravure topographique date évidemment du règne de Henri IV, et Claude Chastillon, de Chalons (1547-1616), architecte, nommé ingénieur topographe du Boy , dessina, grava ou fit graver plus de trois cents vues de villes, de châteaux, de ruines, de plans de batailles, etc., et ces cuivres, qui ne sont pas tous de la même main et du même travail, ne furent réunis et publiés qu'en 1641, par un enlumineur marchand d'estampes, nommé Jean Boisseau, sous le titre de Topogra-

LA UliAVURE ET LES G KAVEUKS.

pMe franqoise. Mais on reconnaît que Chastillon était un graveur d'architecture et de topographie vraiment supérieur, si c'est lui qui a gravé le magnifique prospect de la porte et de la place de France, que le roi avait l'intention de faire bâtir sur les terrains vagues du quartier du Marais. Le premier plan détaillé de Paris date aussi de

Fig. lï'.l. — l.a lionne Arrnttire; par Séb. Vimillcmout , A Taris, chez P. L. D. Cinrtres.

Jo ue veux plus estre Unportnxio, Et vous dirny ce que je croin

Puisque vous nvez min la rroii, De tous et de vostre fortune.

cette époque; il avait été dessiné en 12 feuilles, par le peintre du roi, François Quesnel, qui le Ht graver par un artiste dont le nom est resté inconnu, sous ces initiales V. L. J. Le frontispice à Peauforte est peut-être l'œuvre du peintre, qui l'a tics vivement dessiné.

Sous Louis XIII, la gravure, qui restait en France bien inférieure à ce qu'elle était dans les Pays-Bas et en Allemagne , fait des progrès réels au point de vue de l'art et en même temps sous le rapport ma-

XVIIe SIÈCLE. —

tériel; les presses, mieux construites, fonctionnent avec plus de précision et donnent des épreuves plus égales et plus harmonieuses de ton ; l'encre d'impression est mieux composée, le papier est aussi mieux fabriqué et mieux encollé. Le nombre des estampes se multi-

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