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L'AMEUBLEMENT

contre l'injustice de la Mansarade. A l'exception de cette superbe galerie et de quelques plafonds noircis du vieux Louvre, il ne reste plus rien des décorations peintes que Romanelli et Grimaldi avaient faites en beaucoup d'édifices qui subsistent encore.

Les écrivains du dix-septième siècle nous ont laissé un petit nombre de descriptions d'appartements décorés dans le goût de l'époque. Ces descriptions, bien qu'assez sommaires, peuvent nous donner une idée exacte de l'art décoratif et du luxe mobilier, sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Sauvai, dans ses Antiquités de la ville de Paris, fait ainsi la description d'une chambre de la reine régente, dans les appartements du Louvre, après la mort de Henri IV : « Marie de Médicis, pendant sa régence, dit-il, fit dorer une chambre dans l'appartement des reines mères... et n'oublia rien pour la rendre la plus riche et la plus superbe de son temps : elle fut ornée d'un lambris et d'un plafond; on y employa un peu d'or et de peinture; Dubois, Fréminet, Errard, le père Bunel, tous quatre les meilleurs peintres de ce temps-là, déployèrent tout leur art, autant par émulation entre eux que pour faire quelque chose qui plût à cette princesse : Errard peignit les plafonds, les autres travaillèrent aux tableaux qui régnent au-dessus du lambris doré dont la chambre est environnée, et quelques peintres florentins firent d'après nature les portraits des héros de Médicis qu'on voit entre ces tableaux. Chacun pour lors admira ce beau lieu, comme le dernier effort de la propreté, de la galanterie et de la magnificence. »

La chambre à coucher, dans les habitations des gens du monde, était à la fois la salle de réception et le cabinet de conversation. L'abbé d'Aubignac, dans la Relation véritable du royaume de Coquetterie (1655), parle en ces termes de la chambre à coucher d'une précieuse, qui habitait la place Royale : « Au milieu, dit-il, d'un grand nombre de portiques, vestibules, galeries, cellules et cabinets richement ornés, on trouve toujours un lieu respecté comme un sanctuaire, où, sur un autel fait à la façon de ces lits sacrés des dieux du paganisme, on trouve une dame, exposée aux yeux du public, quelquefois belle et toujours parée, quelquefois noble et toujours vaine,

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quelquefois sage et toujours suffisante... Il n'est pas défendu aux belles de garder le lit, pourvu que ce soit pour tenir ruelle plus à son aise, diversifier son jeu, ou d'autres intérêts que l'expérience seule peut apprendre. »

Sauvai, qui avait vu de ses propres yeux la fameuse chambre à coucher de la marquise de Rambouillet, nous fera comprendre combien elle était supérieure à toutes celles que les précieuses avaient inaugurées, dans le quartier de la place Royale. « La chambre bleue, si célèbre dans les œuvres de Voiture, dit-il, étoit parée, de son temps, d'un emmeublement de velours bleu, rehaussé d'or et d'argent, et c'étoit le lieu où Arthénice recevoit ses visites. Les fenêtres, sans appui, qui régnent de haut en bas, depuis son plafond jusqu'à son parterre, la rendent très gaie et la laissent jouir, sans obstacles, de l'air, de la vue et du plaisir du jardin. »

En regard de cette description, nous placerons celle de l'appartement de la reine Anne d'Autriche au Louvre : « Il faut advouer, disent nos voyageurs hollandais, que, après cela, il ne se peut rien voir de plus magnifique. La dorure, la peinture et tous les riches erabellissemens y estaient avec profusion tout ce qu'ils ont de plus beau et de plus prétieux en la chambre où elle couche. Il y a, au bout, un cabinet si parfaitement orné, et paré de tout ce que la somptuosité des roys peut faire inventer de plus rare, qu'on n'y peut rien souhaiter pour en rehausser l'esclat et la pompe. On y voit un cabinet (grand coffre à tiroirs) de cornaline et d'agathe; il y a, entre autres, une pièce tout à fait admirable, où l'on voit un aigle assis sur un tronc d'arbre, représenté si au naturel qu'un peintre ne les scauroit mieux faire. Le petit lit de repos et les sièges sont d'un riche et superbe brocart. La table, les guéridons et les bois des sièges sont d'un très bel émail bleu, avec quantité de petites fleurs de toute sorte de couleurs. Le plancher est de marqueterie, mais d'un bois si odoriférant, que quand on y entre on est tout parfumé. La reyne en fait faire un d'esté, auquel nous vismes travailler, qui sera encore plus beau. »

Mais nous ne devons pas quitter encore le palais Mazarin, qui fut considéré, à bon droit, comme la merveille architecturale du dix-septième

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siècle. Félibien, dans son Histoire de Paris, rappelle que le cardinal avait fait faire, sur les terrains de l'hôtel Tubeuf, trois galeries, une bibliothèque, une écurie, une basse-cour, un jardin et de beaux appartements. « Ainsi, dit-il, ce palais, médiocre dans ses commencements, estoit redevable au cardinal de tout ce qu'il avoit de merveilleux. Toutes les portes se répondoient en droite ligne et conduisoient la veue

Kg. 274. — Intérieur tiré Je la suite îles « Cheminées et lambris, » gravée par J. Lepautre.

dans des salons, des chambres à l'italienne, dans la campagne et dans les rues. Il n'y avoit pas une pièce qui ne fût rehaussée d'or et ornée de reliefs de stuc, de statues, de bustes, de peintures et de tant d'autres choses riches et curieuses, que jamais un tel amas n'avoit esté fait depuis que les grands seigneurs avoient pris plaisir à faire éclater la splendeur de leur fortune. )>

Trente-sept ans après la mort de Mazarin, son palais, qui était alors la propriété du duc de la Meilleraye, devenu duc de Mazarin par son mariage avec Hortense Mancini, nièce du cardinal, n'avait rien

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perdu des magnificences extraordinaires que lui enviaient' tous les palais de la France et de l'Europe.

A cette époque, le luxe des habitations aristocratiques à Paris avait fait de tels progrès, que la finance et la magistrature l'emportaient sur la noblesse, pour la belle ordonnance et le riche ameublement de leurs hôtels. Le docteur anglais Lister, qui fit un voyage à Paris en 1G98, fut d'autant plus surpris d'y trouver un pareil accroissement de fortune et de bien-être, qu'on disait à Londres que la plupart des familles nobiliaires avaient dû se retirer à demi ruinées dans leurs terres : « Toutes les maisons des personnes de distinction ont des portes cochères, c'est-à-dire de larges portes, où peuvent passer des carrosses, et, par conséquent, des cours intérieures, garnies de remises. On estime qu'il y a plus de sept cents de ces grandes portes, et quantité d'entre elles sont élevées sur les plus nobles modèles de l'ancienne architecture. Les fenêtres basses de toutes les maisons sont garnies de barreaux de fer, et cela doit être d'une grande dépense. La richesse et la propreté des ameublements répondent à la magnificence extérieure des maisons. On y trouve des tentures de riches tapisseries relevées d'or et d'argent; des lits de velours, de damas cramoisi ou d'étoffes d'or et d'argent ; des cabinets et des bureaux d'ivoire incrustés d'écaillé, d'or et d'argent, de cent façons diverses; des bras et des lustres de cristal, mais, par-dessus tout, les tableaux les plus rares. Les dorures, les sculptures, les peintures des plafonds sont admirables. Tel est le goût, dans cette ville et ses environs pour cette magnificence, que vous ne pouvez entrer dans la maison d'un particulier de quelque aisance , sans l'y voir déployée, et souvent c'est sa ruine. Quiconque peut ménager quelque chose, veut un tableau ou quelque sculpture du meilleur artiste. ))

Il serait bien difficile, sinon impossible, d'établir sur des documents authentiques l'histoire de l'ameublement en France, depuis la fin du seizième siècle jusqu'au règne de Louis XIV. Les meubles communs et usuels, tels qu'on les fabriquait par tout le royaume suivant les règles professionnelles de l'industrie, ne sortaient pas des conditions du métier, prescrites et maintenues par les confréries et corporations

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des menuisiers bahutiers, des tourneurs, des tapissiers, des serruriers, des doreurs, etc. Il n'y avait pas de communauté spéciale de fabricants et de marchands de meubles. On comprend que les meubles destinés aux maisons royales et princières, étant des œuvres d'art,

Fig. 275. — Cliarlotte-Fùlicité d'Hanover et Brunswick, duchesse de Modc-nc; d'après J. Mariette. (Ou remarquera la forme du canapé sur lequel elle est assise.)

émanaient directement des artistes qui en faisaient le dessin et qui en dirigeaient l'exécution. Il est donc certain que les grands architectes, les grands peintres, attachés à la maison du roi ou à celle de la reine, avaient eu, pendant le seizième siècle, la direction souveraine de l'ameublement qui était l'accessoire indispensable de l'architecture, de la

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sculpture et de la peinture, que ces artistes avaient charge de diriger chacun selon son talent et son office.

Le seul meuble élégant que l'époque d'Henri IV eût légué au dixseptième siècle était le cabinet, armoire à compartiments, que Richelet décrivait ainsi dans son Dictionnaire franqois en 1680 : (( C'est un ouvrage de tourneur, fait d'ébène et de bois de noyer ou d'autre beau bois plaqué, composé de quatre armoires, qui ont chacune leur porte, et deux tiroirs entre ces armoires. Et autrefois on faisoit des cabinets à colonnes, mais aujourd'hui ces cabinets sont hors d'usage. »

Les cabinets variaient à l'infini de dimensions et de matières. Il y en avait de fort beaux et de fort riches : les uns, en ébène marqueté d'ivoire ou de buis de diverses couleurs, en façon d'Allemagne, car la principale fabrique de ces cabinets-là se trouvait à Nuremberg; les autres, garnis d'ornements d'or et d'argent, incrustés de pierreries ou de pierres colorées. On avait déjà des cabinets en laque de Chine et du Japon, qui furent sans doute la source originelle de ces meubles-là. Quant au lit, il avait encore de vastes proportions : il était peu élevé, à colonnes droites et unies, dorées ou cannelées, soutenant un ciel et des courtines ou rideaux. On conservait, dans tous les appartements, de grands lits, larges de dix pieds, où trois personnes pouvaient coucher à la fois, comme c'était l'usage, durant tout le seizième siècle, non seulement dans la bourgeoisie, mais aussi à la cour, où ces lits de famille et de compagnie ne disparurent que du temps de Louis XIV.

Le lit de parement ne servait que dans des circonstances de cérémonie, lorsque la dame du lieu recevait des visites après ses couches, ou bien quand elle devait seulement s'asseoir en grand apparat, pour toute autre réception solennelle. Le lit de parement devint le lit de parade, au milieu du siècle, et servit aux mômes usages. La nièce de Mazarin, Marie Mancini, mariée au prince Colonna, raconte elle-même la visite de cérémonie que la société romaine lui rendit à Rome : « A la fin de quarante jours que je relevois de mes couches, il fallut me disposer à recevoir la visite du sacré Collège, des princesses et des autres dames de la ville, et pour le pouvoir faire

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avec toutes les formalités requises, je me mis dans un lict qu'on m'avoit préparé pour mes premières couches et qui ne servit que cette fois-là, et dont la nouveauté aussi bien que la magnificence causa une admiration générale, O'estoit une espèce de coquille qui sembloit

Fig. 27G. — Femme de qualité en déshabillé; d'après une estampe de Saint-Jean, (On remarquera, dans cette gravure, le cabinet et le miroir de toilette.)

flotter au milieu d'une mer, si bien représentée, qu'on eût dit qu'il n'y avoit rien de plus véritable, et dont les ondes lui servoient comme de soubassement. Elle étoit soutenue par la croupe de quatre chevaux marins, montés par autant de sirènes ; les uns et les autres si bien taillés et d'une matière si propre et si brillante- de l'or, qu'il

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n'y avoit pas des yeux qui n'y fussent trompés et qui ne les crussent de ce précieux métal. Dix ou douze Cupidons étoient les amoureuses agraffes qui soustenoient les rideaux d'un brocard d'or très riche, qu'ils laissoient pendre négligemment, pour ne laisser voir

Fig. 277. — Madame la duchesse de Bouillon en déshabillé négligé, sur un topfia; d'après une estampe de Trouvain.

que ce qui méritoit d'estre veu de cet esclatant appareil servant plustost d'ornement que de voile. »

Le comte de Laborde dit, à ce sujet, dans son Palais Mazarin : « Les riches hôtels de Paris conservèrent jusqu'à la fin du dernier siècle, dans les grands appartements, la chambre de parade, avec le lit antique, les ruelles et le balustre. » Ce lit, dressé sur quatre pieds et élevé sur une estrade à deux ou trois marches, s'appuyait au mur

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par le chevet et faisait face à la porte d'entrée de la chambre, afin que la personne couchée pût voir les nouveaux arrivants , qui s'avançaient en saluant jusqu'au balustre, et pour qu'elle se tournât aisément à droite et à gauche vers ceux qui avaient le privilège d'en-

trer dans la ruelle et de s'y asseoir. Les deux ruelles d'un lit à la mode, au beau temps des précieuses, réunissaient quelquefois plus de cinquante personnes assises. Le balustre , qui avait deux portes pour entrer dans la ruelle, était de différentes matières, en bois sculpté, en cuivre doré, en ivoire incrusté. Les ruelles devinrent plus tard

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Yalcove., dont Furetière donne ainsi la définition : (( C'est la partie de la chambre qui est séparée par une estrade et quelques colonnes ouornemens d'architecture, où l'on place d'ordinaire le lit ou des sièges pour recevoir la compagnie. » Il y avait, en outre, des cabinets , avec

Kg. 279. — Elisabeth-Christine de Wolfembutel , épouse de Charles, archiduc d'Autriche; d"après J. Mariette. ( La f orme du siège est intéressante.)

des lits de repos, sans matelas et sans courtepointe, qu'on appelait aussi des lits d'été ou d'ordinaire, que nous avons remplacés par des chaises longues.

Les sièges étaient peu nombreux et de différentes espèces, qu'on offrait, en quelque sorte hiérarchiquement, selon la qualité des per-

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