‹ XVIIme [i.e. dix-septième] siècleChapitre 42 sur 70 · L'AMEUBLEMENT · texte numérisé non relu

L'AMEUBLEMENT

sonnes. Faute de sièges disponibles, les hommes s'asseyaient sur leur manteau, aux pieds des dames. Le Traité de civilité (1678) classe ainsi les divers sièges qu'on rencontrait dans les maisons honnêtes ou de bonne compagnie : « Le fauteuil est le plus honorable, la chaise à dos après, et ensuite les sièges pliants. » Le placet ou petit tabouret sans bras ni dossier pouvait convenir à une jeune femme ou à un enfant.

La salle ou salon de l'appartement de Molière, rue de Richelieu, était meublé de douze fauteuils de bois de noyer à mufle de lion, avec housses de serge verte, et de quatre sièges ployants, de pareil bois. L'inventaire fait après la mort de l'illustre comédien contient la description du lit de parade qui ornait sa chambre à coucher; voici cette curieuse description : « Une couche à pieds d'aiglons, feints de bronze vert, avec un dossier peint et doré, sculpture et dorure; un sommier de crin, deux matelas de futaine, des deux côtés remplis de bourre d'Hollande ; un lit et traversin de coutil de Bruxelles, rempli de plume. Un dôme à fond d'azur, sculpture et dorure, avec quatre aigles de relief, de bois doré, quatre pommes façon de vases, aussi de bois doré ; le dit dôme garny par dedans de taffetas aurore et vert en huit pentes, avec le plafond; l'entourdu dit lit d'une seule pièce, de deux aunes et un quart de haut, de pareil taffetas, le tout garny de frange aurore et vert. Un dôme plus petit et de pavillon pour le dedans, de bois doré, sculpture façon de campane ; le pavillon en trois pièces de taffetas gris de lin, brodé d'un petit cordonnet d'or, avec frange et mollet d'or et de soie, et doublé d'un petit taffetas d'Avignon ; le dit dôme garny dedans d'un pareil taffetas, frange et mollet, et brodé avec chiffres, doublé de toile boucassine rouge. Quatre rideaux de deux aunes un tiers de haut, de brocart à fleurs et fond violet, garnis d'agrément d'or faux et soie verte, frange et mollet d'or fin et soie verte ; trois soubassemens et trois pentes à campanes, garnies de glands d'or faux. ))

Entre les nouveaux meubles que le règne de Louis XTII avait créés, on ne doit pas oublier les guéridons, ces élégants et gracieux supports, sculptés et dorés , de tant de petits objets d'art , anciens et modernes,

XVIIe SIÈCLE. —

qui faisaient la récréation du regard dans les appartements où la curiosité avait droit d'asile. Dans le petit appartemént que Mazarin s'était réservé au Louvre, on admirait moins les beaux tableaux dont il était orné, que deux consoles et un guéridon à dessus de jaspe et

Fig. 280. — Portrait de Jean Lepautre; dessiné et gravé par lui-même en 1674. (Communiqué par M. Dutuit.)

de lapis lazuli, supportant deux cabinets étincelants de pierreries, et une grande coupe de nacre, ricliement enchâssée d'or et artistement ouvragée. Il faut citer les miroirs, de toutes grandeurs et de toutes formes, avec leurs cadres sculptés en bois doré ou en orfèvrerie ciselée. On ne peut imaginer quel était le nombre de ces miroirs et de ces

L'ART DÉCORATIF ET L'AMEUBLEMENT

glaces de Venise , qui rayonnaient dans toutes les chambres des hôtels. Louis XIV, qui avait restauré et rajeuni les anciennes maisons

Fig. 2K1. — Grande armoire en eut ne, avec marqueterie, par Boule. ( Mobilier de la Couronne.)

royales et qui en fit construire de nouvelles plus magnifiques, comme le château de Versailles, envoya d'abord à Fontainebleau les vieux meubles des rois ses prédécesseurs, et les entassa ensuite dans le garde-

XVIIe SIÈCLE. — SCIENCES, LETTRES ET ARTS.

meuble de la Couronne, où ils se détériorèrent et se perdirent la plupart. Il voulait des meubles dans un goût nouveau, dont il donna lui-même l'idée, sous l'inspiration de Colbert. Il s'était adressé à l'industrie particulière, sans être satisfait, et pourtant il avait sous la main cet

Fig. 282. — Architecture d'église. Tiré du Cahier sur les clôtures de cliajielles, v. tant de meuuiserie que de serrurerie; » par J. Lepautre.

infatigable et inépuisable Jean Lepautre, dont l'œuvre immense renferme tous les modèles qu'on peut souhaiter pour l'ameublement d'un palais ou du plus riche hôtel. Lepautre, en effet, dessinait et gravait sans cesse des suites nouvelles de dessins de portes, de cadres de tableaux et de glaces, de meubles et de cabinets en tout genre, de

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