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VOYAGES

ET TRAVAUX GÉOGRAPHIQUES

Premiers essais de colonisation en Amérique. — Champlain et le Canada. — Découverte de la Floride et de la Louisiane. — Voyages en Afrique et dans le Levant. — J.-B. Tavernkr et Jean Chardin. — Voyages des jésuites en Chine et au Japon. — Cartes géographiques.

restait à peine trace des essais de colonisation tentés dans l'Amérique du Nord par Jacques Cartier et dans l'Amérique méridionale par Villegagnon, sous les règnes de Henri II et de Charles IX, lorsque la fin des guerres de religion et des troubles de la Ligue permit à Henri I Y de tourner les yeux vers le nouveau inonde où les navigateurs français avaient pris possession, au nom du roi de France, des terres et des îles inconnues découvertes ou explorées par eux pour la première fois. Quelques navires dieppois allaient encore faire le commerce d'échanges sur les côtes de l'Amérique et de l'Afrique, mais depuis quinze ou vingt ans le gouvernement du roi de France s'était désintéressé des

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grands voyages de découverte et d'exploration, qui passionnaient au plus haut degré les Espagnols et les Portugais, les Anglais et les Hollandais, et même les Italiens.

Ces différents peuples avaient de nombreux vaisseaux qui sillonnaient toutes les mers, sur tous les points du globe, tandis que notre marine n'était plus représentée, dans l'océan Atlantique et dans la mer du Sud, que par de petits bâtiments marchands qui n'avaient été faits que pour le cabotage. Cependant il ne manquait pas de braves marins et d'excellents pilotes dans les ports de Normandie, de Bretagne et de Guyenne. Mais Henri IV fut toujours arrêté ou contrecarré dans ses projets d'entreprises maritimes, par l'obstination intraitable de Sully, son premier ministre, qui était hostile à toute espèce d'expédition lointaine et qui ne regardait pas la marine comme une des forces nécessaires à la prospérité d'un Etat. Voilà pourquoi, en souhaitant pouvoir mettre à profit les magnifiques découvertes de Jacques Cartier, qui avait donné à la France, au-delà des mers, une Nouvelle-France, deux fois plus grande que là mère patrie, Henri IV laissa exclusivement à l'initiative des associations commerciales et de la marine marchande l'immense et pénible tâche de fonder des colonies françaises.

Une première tentative, il est vrai, avait été commencée en 1598, aux frais du Trésor royal, mais si malheureusement qu'on n'y avait pas donné suite. Dans la commission, en date du 12 janvier 1598, que le. roi fit délivrer au marquis de la Roche : « Nous establissons, par ces présentes signées de notre main, disait-il, le sieur de la Roche nostre lieutenant général ès pays de Canada, Hochelaga, Terres- Neuves, Labrador, rivière delà Grandc-Baye, Norembcrgue et terres adjacentes desdites provinces et rivières, lesquelles sont de grande longueur et estendue de pays, sans icelles estre habitées par subjects de nul prince chrestien. »

Le' roi avait promis de fournir, pour cette saincte œuvre, vaisseaux, marins, soldats, artillerie et vivres, mais le marquis de la Roche ne put obtenir qu'un seul bâtiment, qui échoua, par l'ignorance du pilote, à vingt-cinq lieues de la côte du Canada. Henri IV s'adressa

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donc à l'industrie privée pour coloniser l'Amérique du Nord : un habile navigateur normand, nommé Chauvin , offrit d'y établir à ses dépens une colonie de cinq cents Français, si le roi lui accordait un privilège exclusif pour le commerce des pelleteries et surtout des castors, avec les sauvages du Canada. Chauvin fit deux voyages très avantageux pour ses intérêts, mais absolument nuls pour la colonisation : il avait créé seulement un poste fortifié à Tadoussac, sur le fleuve Saint- Laurent , à quatre-vingt-dix lieues de l'embouchure de ce fleuve, et il n'y avait laissé que seize hommes pour le garder.

Le commandeur de Chastres, gouverneur de Dieppe, nommé lieutenant général du roi en Amérique, fonda une compagnie commerciale, dans laquelle entrèrent les principaux négociants de Rouen et de la Rochelle (1002) : Henri IV abandonnait à cette compagnie tous les bénéfices du commerce privilégié des pelleteries, à condition qu'elle supportât tous les frais de la colonisation , sans aucune charge pour le Trésor public. La première expédition fut confiée au commandement d'un capitaine de la marine royale, le sieur Dupont- Gravé, qui connaissait mieux que personne les pays qu'il fallait coloniser. On lui adjoignit un autre capitaine de la marine de l'Etat, Samuel de Champlain, qui s'était distingué dans les guerres de la Ligue et qui avait déjà voyagé en Amérique. Ce dernier n'avait pas d'autre charge que « de veoir le pays et ce que les entrepreneurs y feraient. )> Il reçut, avant son départ, les instructions secrète* du roi, qui lui dit ce de tout observer pour en faire un fidèle rapport. »

L'expédition partit de llonfleur le 15 mars 1003, et revint au Havre le 20 septembre de la même année. Dupont-Gravé et Champlain avaient contracté, au nom de la France, amitié et alliance avec plusieurs nations sauvages du Canada, et pendant que les navires français stationnaient à Tadoussac, pour le commerce des pelleteries, les deux chefs de l'expédition avaient remonté le cours du Saint-Laurent bien au-delà du point extrême que Jacques Cartier avait atteint soixante ans auparavant : ils rapportaient de leur voyage

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d'exploration les renseignements les plus exacts sur l'état et les ressources des contrées qu'ils avaient parcourues.

A leur retour, le roi, en étudiant les documents que Champlain lui présenta, se sentit plus affermi que jamais dans son dessein de créer, à la Nouvelle-France, une colonie française. Le commandeur de Chastres était mort, et le roi lui avait donné pour successeur, avec le titre de vice-amiral, le sieur de Monts, gentilhomme ordinaire de la Chambre, que recommandaient ses services militaires. Henri IV déclara, par lettres patentes, que les pays de l'Amérique du Nord seraient annexés à son royaume et que son lieutenant général, le sieur de Monts, représenterait sa personne « aux pays, territoires et confins de la Cadie (depuis Acadie), à commencer dès le quarantième degré (de latitude) jusqu'au quarantesixième. » Mais il se proposait d'attribuer une bien plus grande étendue aux possessions françaises, puisque dans un nouveau privilège de commerce accordé à de Monts et à ses associés, il énumérait les contrées que la compagnie devait occuper jusqu'au cinquante-deuxième degré de latitude. En même temps il abandonnait le Brésil et la Caroline, que réclamaient le Portugal et l'Espagne, et il laissait l'Angleterre coloniser la Virginie.

Champlain, qui était le conseil du roi dans ses vues colonisatrices, avait publié dès 1604 la relation de son premier voyage, sous ce titre : Des Sauvages. Il ne se sépara pas du sieur de Monts, qui retournait en Amérique avec Dupont-Gravé et qui avait des pleins pouvoirs pour l'extension des établissements qu'il allait fonder : « Vous devez surtout, lui avait dit le roi, peupler, cultiver et faire habiter lesdites terres le plus promptement, le plus soigneusement et dextrement que le temps, les lieux et commodités le pourront permettre. » Champlain employa trois années à seconder de Monts et Dupont-Gravé dans leurs ébauches de colonisation et à faire de nombreuses explorations dans les parties inconnues de la Nouvelle-France. Il reconnut que cette immense région offrait tous les éléments d'une magnifique colonie. Par malheur, la compagnie commerciale, dont le sieur de Monts était le représentant, se préoccu-

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pait de ses intérêts de trafic et de lucre plutôt que de colonisation réelle et durable. Elle ne recevait pas d'ailleurs du gouvernement la moindre assistance efficace.

Champlain revint en France à la fin de 1607 et trouva le roi dans les mêmes intentions protectrices à l'égard de la Nouvelle-France, malgré le mauvais vouloir du premier ministre. Le sieur de Monts, qui sollicitait la continuation de son privilège commercial, délégua ses pouvoirs à Champlain, qui fut chargé de commander deux navires armés à Honfleur. Il partit de ce port, au mois d'avril 1608, avec le capitaine Dupont-Gravé, et, après une traversée de vingt jours, il entrait au port de Tadoussac. Il était désormais le principal chef de la colonie et il alla d'abord fonder la ville de .Québec à l'endroit qu'il avait choisi de longue date pour cette fondation. Le nombre des colons s'étant considérablement augmenté, il eut une petite armée pour pénétrer sur le territoire des Iroquois qu'il fallait soumettre par la force des armes. Il leur livra bataille, à la tête de la tribu des Algonquins, ses fidèles alliés. A la suite de cette importante victoire, il jugea nécessaire de retourner lui-même en France pour obtenir du roi, qui lui avait été toujours favorable, les secours dont il avait besoin pour achever son œuvre. Henri IV, cette fois, ne lui refusa pas l'appui matériel que la situation exigeait impérieusement. Champlain se hâta de retourner à Québec, avec de l'argent, des soldats et de l'artillerie. Il remporta une seconde victoire sur les Iroquois et resta maître du territoire.

Ce fut alors qu'il parcourut les pays au nord du fleuve Saint-Laurent, pour trouver une route qui pût le conduire en Chine et dans l'Inde; il poussa en vain ses recherches jusqu'au quarante-septième degré de latitude, c'est-à-dire à 75 lieues des côtes de la baie d'Hudson que les Anglais avaient explorées avant lui. Le moment lui paraissait venu de travailler à l'accroissement de la colonie : il fonda une nouvelle ville, qu'il appela Mont-Réal, à 70 lieues de Québec, et il en fit l'entrepôt principal du commerce des castors. Mais il manquait de bras et de moyens d'action, au milieu des indigènes qu'il n'avait plus à combattre; il n'hésita pas à revenir en France,

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avec l'espoir de déterminer le roi à faire un dernier effort pour établir définitivement cette belle colonie de la France américaine. Henri IV n'existait plus, et Champlain, voyant qu'il n'avait pas d'appui à espérer avant que la régence de Marie de Médicis fût bien assise, retourna promptement au Canada où sa présence était indispensable.

Depuis la mort de Henri IV, la mésintelligence s'était mise entre Champlain et de Monts qui voulait sacrifier la colonie à des intérêts de commerce, au profit de la compagnie qu'il représentait. Champlain eut à lutter quatre ans contre lui ; il alla plusieurs fois en France chercher des troupes et des subsides pour défendre Québec et Mont- Réal. Il s'était fait nommer lieutenant du prince de Condé, devenu lieutenant général de la Nouvelle-France, et il pouvait ainsi tenir tête à de Monts et à ses associés de la Compagnie eoinmerciale du Canada. Dans le voyage qu'il fit en 1615 dans l'espoir de revenir à Québec avec le prince de Condé, il n'obtint que des promesses de la part du jeune roi Louis XIII qui s'intéressait à la propagation de la foi chrétienne parmi les indigènes «le l'Amérique du Nord, et ce fut d'après le eonseil du roi et de sa mère que Champlain ramena de France, avec lui, quelques religieux franciscains, de l'institut des Récollets, qui devaient l'aider dans son œuvre en convertissait et en civilisant les tribus idolâtres et sauvages de la Nouvelle-France. Un de ces récollets, le frère Sagard, publia en 163G, dans une Histoire du Canada, les résultats de la mission de ces religieux; mais, avant eux, les pères jésuites avaient envoyé au Canada des missions permanentes qui rendaient les plus grands services à la colonisation, et depuis 1615 jusqu'au dix-huitième siècle, ils firent paraître à Paris des relations dans lesquelles ils rendaient compte des travaux édifiants de leurs missions.

Champlain s'était enfin réconcilié avec son anc ien ami, le sieur de Monts : sûr de n'être pas remplacé par Dupont-Gravé, il chercha un passage au nord de l'Amérique pour aller en Chine, et s'avança, dans ce but, à travers le pays des Hurons, qui étaient en guerre avec les Iroquois. Il passa tout un hiver au milieu des populations algonqui-

nés et il y rassembla les matériaux des nouveaux Voyages qu'il publia en 1619. L'intérêt de l'entreprise coloniale lui commandait de reparaître souvent à Paris, pour réclamer l'assistance du roi et l'appui moral du prince de Condé. Celui-ci avait cédé, en 1620, la vice-royauté de la Nouvelle-France à son beau-frère le maréchal de Montmorency, qui s'en défit bientôt en faveur du duc de Ventadour.

Cliamplain, rassuré sur l'avenir de la colonie, était lieutenant général pour le vice-roi; il redoublait d'ardeur, il protégeait à la fois le commerce et l'agriculture, il fortifiait Québec; mais, durant le siège de la Rochelle, les Anglais envoyèrent au Canada des vaisseaux, pour s'en emparer. Cliamplain, qui s'était enfermé dans le fort de Québec avec un petit nombre d'hommes déterminés, essaya de s'y défendre; après avoir épuisé ses munitions de guerre, il se vit obligé de signer, le 20 juillet 1628, une capitulation honorable, en sauvegardant les intérêts des colons. L'Angleterre était maîtresse du Canada, qu'elle prétendait lui appartenir depuis la découverte des côtes septentrionales de l'Amérique par Sébastien Cabot en 1497 ; mais la population indigène, fidèlement attachée aux missionnaires catholiques, faisait corps avec la colonie française et repoussait les Anglais comme hérétiques.

Cliamplain était allé à Londres même protester énergiquement contre la prise de Québec et l'occupation de la Nouvelle-France. Le cardinal de Richelieu, comprenant toute l'importance de la colonie naissante, que les Anglais avaient enlevée à la France, fit armer six vaisseaux de guerre pour la reconquérir par les armes, et l'Angleterre, qui avait d'autres colonies plus florissantes à conserver en Amérique, consentit à la restitution du Canada (29 mars 1630). Champlain alla donc reprendre son gouvernement, et les sauvages, qui l'appelaient leur père, accoururent de toutes parts pour saluer son retour. Il revenait, cette fois, avec les moyens de défendre, d'améliorer et d'agrandir la colonie; il commença par fortifier Québec, Mont-Réal et d'autres centres de groupement colonial, qu'il avait fondés ; il était servi puissamment par les pères jésuites

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et par les religieux d'autres ordres, qui avaient fait de l'Église du Canada une admirable succursale de l'Eglise de France. La colonie était déjà en pleine prospérité, quand Champlain mourut à Québec, en 1635, âgé de 75 ans environ. Il put se dire, en mourant, que son œuvre devait lui survivre toujours. La France, en effet, resta en possession de sa belle colonie pendant tout le cours du dix-septième siècle, et cette possession séculaire ne lui fut plus disputée jusqu'au traité d'Utrecht (1713), où l'Acadie, sans cesser jamais d'être essen-

Fifî. 17. — Tlaii île Port-Soyali (Tirù île l'Histoire de la Xouvetle-Fnuice, par Marc Lcsearbot; 1G1».)

tiellement française, avait été cédée, avec l'île de Terre-Neuve, à l'Angleterre qui convoitait déjà, dans ses vues politiques, l'occupation entière de la Nouvelle-France.

Les véritables colonisateurs de l'Amérique septentrionale avaient été les missionnaires de différents ordres religieux et surtout les jésuites, qui publiaient chaque année le résultat de leurs efforts, de leurs progrès et de leurs découvertes. Les Relations <lu Canada, dont la première, par le P. Biard, avait paru en 161G, ne comprenaient pas moins de quarante-trois gros volumes en 1672. Mais, avant cette publication, plusieurs voyageurs français, que leur caractère aventureux poussait

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à la recherche des pays lointains et inconnus , avaient mis en lumière le récit de leur séjour dans notre colonie française , dont le commerce des pelleteries semblait assurer la prospérité. On savait que Jacques Cartier, un des plus hardis navigateurs de son temps , avait pris possession du Canada, au nom du roi, en 1534, mais le Brief récit de sa navigation ès isles de Canada et autres, imprimé en 1545, était devenu si rare, que ce fut presque un ouvrage nouveau, quand on en fit une édition plus complète sous le titre de Discours du voyage aux Terres-Neuves, Canadas, etc. (Rouen, 1598, in-8°.)

Un autre voyageur, Marc Lescarbot, avocat au parlement de Paris, avait habité, comme colon, la Nouvelle-France, et y avait fait de courageuses explorations, pour écrire l'histoire morale, naturelle et géographique de cette province. Cette histoire, qu'il fit paraître à son retour à Paris, en 1G09, avait surtout pour objet de démontrer que l'Amérique du Nord appartenait à la France et ne pouvait plus en être détachée. (( Il faut posséder cette terre, disait Lescarbot, dans une allocution préliminaire à la France , il faut y planter sérieusement le nom de Jésus-Christ, puisqu'aujourd'hui plusieurs enfants de la France ont cette résolution immuable de l'habiter et y conduire leurs propres familles. Les sujets sont assez grands pour y attraire les hommes de courage et de vertu. »

Champlain avait les mêmes idées que Marc Lescarbot et exprimait les mêmes sentiments clans le recueil de ses voyages depuis 1603 jusqu'en 1629; car, selon lui, civiliser les sauvages et les convertir au christianisme, c'était le premier devoir de la colonisation. Il avait joint à son utile et intéressant ouvrage un traité 'des qualités et conditions requises à un bon et parfait navigateur et un catéchisme ou instruction traduite du français en langage des peuples sauvages de quelques contrées. La carte générale du Canada qu'il avait dressée lui-même servit de guide pendant plus d'un demi-siècle à tous les voyageurs qui visitèrent le pays après lui. Les moeurs des habitants de ce pays furent décrites par ces voyageurs, entre lesquels il suffira de citer le baron delà Hontan, qui, en étudiant l'ethnographie des peuplades de l'Amérique septentrionale à la fin du dix-septième siè-

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