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DE LA CULTURE DES TERRES

g 77. — Utilité du labourage.

Do tous les arts, le labourage ou l’agriculture est sans doute le plus utile et le plus nécessaire. C’est le père nour-

De ces trois exceptions, la dernière est assurément celle qui peut le mieux se justifier, car, ainsi que le fait observer Pinhciro-Ferrcira , lorsque les fortunes se trouvent « trop partagées pour pouvoir suffire à un genre de » luxe aussi dispendieux que celui des palais, des statues, des galeries et » des musées, les arts ne pourraient que périr, si la fortune publique ne » venait pas à leur secours. C'est le cas actuel de notre Europe; la » richesse est non-seulement divisée, mais alors même qu’elle se trouve » être assez considérable pour pouvoir fournir à des dépenses du meme » genre que celles dont il est question ici, rarement les personnes qui en » disposent ont le goût assez développé pour faire un pareil sacrifice. La » civilisation rétrograderait donc dans le pays, si le gouvernement ne b venait pas au secours des arts et des lettres. Il faut qu’il fasse construire b des édifices publics tous plus ou moins somptueux, suivant leur destib nation, mais toujours dans le meilleur goût, aux frais du public. C’est b là le seul moyen d’assurer la marche progressive de la civilisation b chez les peuples arrivés à cette époque de leur existence. Jusque-là, b le mouvement naturel des masses suffisait pour faire avancer les scienb ces et les beaux-arts. Mais arrivés à cette époque, le mouvement qui les b poussait s’arrête, et l’impulsion ne saurait partir dorénavant que du b gouvernement et des lois. C’est ici que leur intervention n'est pas seub lement licite, mais indispensable. »

Pinheiro-Fcrreira se conforme moins aux données de la science économique, lorsqu’il prétend que le gouvernement « sans s'opposer à la b concurrence des productions étrangères, doit garantir à l’industrie nab tionale du pays une consommation suffisante pour lui assurer le rem- » boursement des frais indispensables, pourvu que ceux-ci diminuent b effectivement et graduellement, et que les bénéfices croissent en proporb tion du perfectionnement de l'industrie. » Il s'écarte également des vrais principes de l’économie politique, en affirmant que a lorsque le goub vernement reconnaît que l’industrie s’est fourvoyée, en employant des b capitaux et des bras à des travaux qui, abandonnés à eux-mêmes, ne

ricier de l’fttat. La culture des terres en multiplie infini-

» peuvent jamais lutter avec l’étranger, il doit prendre l'initiative, non » pas pour soutenir celte vicieuse application de la richesse publique, » mais pour lui tracer une direction plus utile » (Note sur le g 7G, p. 85 et suiv.). Les digressions de Pinheiro-Fcrreira n’ont d'ailleurs rien de topique, la meilleure critique du g 7G de Vattel se trouve, à notre avis, dans l’exposition suivante de Itenjamin-Constant. « Il » est à craindre premièrement, dit ce publiciste, que l’autorité, lors- » qu’elle s’est une fois arrogé le droit d’intervenir dans ce qui con- » cerne l’industrie, ne fùt-ce que par des encouragements, ne soit » poussée bientôt, si ces encouragements ne suffisent pas, à recourir à » des mesures de contrainte et de rigueur.... L’on peut redouter, en sc- » cond lieu, que l’autorité, par des encouragements extraordinaires, ne » détourne les capitaux de leur destination naturelle qui est toujours la » plus profitable. Les capitaux se portent d'eux-mêmes vers les emplois » qui offrent le plus à gagner. Pour les y attirer, il n’y a pas besoin d’en- » couragcment; pour ceux où il y aurait à perdre, les encouragements » seraient funestes.... Enfin, les encouragements de l’autorité portent » une atteinte très-grave à la moralité des classes industrielles ... Ce qui » rend le travail la cause la plus efficace de moralité, c'est l’indépen- » dance où l’homme laborieux se trouve des autres hommes, et la » dépendance où il est de sa propre conduite, et de l’ordre, de la » suite, de la régularité qu’il met dans sa vie. Telle est la véritable » cause delà moralité des classes occupées d’un travail uniforme, et de

» l'immoralité si commune des mendiants et des joueurs Les gou-

n vernements ne mettent que trop le charlatanisme parmi leurs moyens, » cl il leur est facile de croire (pie leur seule présence, comme celle du » soleil, vivifie toute la nature. En conséquence, ils se montrent, ils » parlent, ils sourient, et le travail, à leur avis, doit se tenir honoré pour » des siècles ; mais c'est encore sortir les classes laborieuses de leur car- » rière naturelle; c'est leur inspirer le désir d'échanger leurs relations » commerciales contre des relations de souplesse et de clientèle.

» Les deux hypothèses les plus favorables au système des encouragements » ou des secours de l'autorité sont assurément, l'une, l’établissement » d’une branche d’industrie encore inconnue dans un pays, et qui exige » de fortes avances; l'autre, l’assistance donnée à de certaines classes » industrielles ou agricoles, lorsque des calamités imprévues ont consi - » déraillement diminué leurs ressources. Je ne sais cependant si, même » dans ces deux cas, l’intervention du gouvernement n’est pas plusnui- » sihle qu’avantageuse. Dans le premiers cas, nul doute que la nouvelle » branche d'industrie, ainsi protégée, ne s’établisse plutôt avec plus d’é- » tendue; mais reposant plus sur l'assistance du gouvernement que sur

ment les productions ; elle forme la ressource la plus sûre,

» les calculs des particuliers, elle s’établira moins solidement L’on

» imagine, d’ailleurs, beaucoup trop facilement, dans les pays habitués » aux secours factices de l’autorité, que telle ou telle entreprise est au- » dessus des moyens individuels, et c’est une seconde cause de relàche-

» ment pour l’industrie particulière En venant au secours des classes

a industrielles ou agricoles, dont les ressources ont été diminuées par » des calamités imprévues et inévitables, le gouvernement affaiblit d’a- » bord en elles le sentiment qui donne le plus d'énergie et de moralitéà » l’homme, celui de se devoir tout à soi-même, et de n'espérer qu'en ses » propres forces; en second lieu, l’espoir de ces secours engage les a classes souffrantes à exagérer leurs pertes, à cacher leurs ressources, » et leur donne, de la sorte, un intérêt au mensonge,....

» Dans les pays qui ont des constitutions libres, la question des encou- » rageraents et des secours peut encore être considérée sous un autre » point de vue. Est-il salutaire que le gouvernement s’attache certaines » classes de gouvernés par des libéralités qui... ont nécessairement del'ar- » bitraire dans leur nature? N'est-il pas A craindre que ces classes, sé- » duites par un gain immédiat et positif, ne deviennent indifférentes à » des violations de la liberté individuelle ou de la justice?... En lisant » plusieurs écrivains, on serait tenté de croire qu’il n’y a rien de plus » stupide, de moins éclairé, de plus insouciant que l’intérêt individuel. » Ils nous disent gravement, tantôt que si le gouvernement n'encourage » pas l’agriculture, tous les bras se tourneront vers les manufactures, et » que les campagnes resteront en friche ; tantôt, que si le gouvernement a n'encourage pas les manufactures, tous les bras resteront dans les cam- » pagnes, et que le pays languira sans commerce et sans industrie ; » comme s’il n'était pas clair, d’un côté, que l’agriculture sera toujours » en raison des besoins d’un peuple ; de l’autre, que les manufactures s’é- » lèveront aussitôt que les produits de la terre seront en quantité sufii- » santé, car l'intérêt individuel poussera les hommes à s’appliquer à des » travaux plus lucratifs que la multiplication des denrées, dont la quan* » tité réduirait le prix. Les gouvernements ne peuvent rien changer aux » besoins physiques des hommes; la multiplication et le taux des produits, » de quelque espèce qu’ils soient, se conforment toujours aux demandes » de ces produits... Les productions tendent à se mettre au niveau des » besoins, sans que l’autorité s’en mêle... Le véritable encouragement, » pour tous les genres de travail, c'est le besoin qu’on en a. La liberté » seule est suffisante pour les maintenir tous dans une salutaire et » exacte proportion.... Les cultivateurs, les artisans, les manufacturiers, n veulent arriver à l’aisance ou à la richesse par le travail, et au repos » par la garantie. Ils ne vous demandent point de vos distinctions artifi-

le fonds de richesse et de commerce le plus solide, pour tout peuple qui habite un heureux climat*.

» ciclles, ou, s’ils y aspirent, c’est que vous avez faussé leur intelli- » gence, c’est que vous avez rempli leurs têtes d'idées factices. Laissez-les » jouir en paix du fruit de leurs peines, de l’égalité des droits, de la » liberté d'action qui leur appartiennent. Vous les servirez bien mieux, » en ne leur prodiguant ni faveurs, ni injustices, qu’en les vexant d’un » (ôté, et en cherchant de l'aulrc à les distinguer » ( Additions et notes, tirées des Principes de Politique, note Y, Cours de Politique constitutionnelle, t. 1, p. 35G ctsuiv. Voir aussi A. Smith, liv. I, ch. vit).

Relativement à ce que Vattcl dit surl’lrlande, comparer avec les études publiées récemment par le II. 1*. Adolphe Pcrraud, sur l’Irlande contemporaine (18G2). « Grâce à cette enquête personnelle, à cette opiniâtre » étude des faits, dit SI. Dopanlnup, dans une lettre adressée à l’auteur,

» chacun désormais pourra voir qu’il y a eu sur la terre un peuple

» dont le sang a coulé goutte à goutte pendant trois siècles, dont les en- » fonts meurent souvent encore dans l’horrible agonie de la misère et de

» la faim, en face et sous lu main d’une opulente nation ; on pourra

» voir dans les plus intimes et les plus authentiques récits, ce que l'An- » glctcrre a fait de l’Irlande, ce qu'ont déchaîné de calamités de tout » genre, sur ee malheureux pays, les lois, l’administration, les hommes » qui l’ont régi et le régissent encore. On pourra voir qu’il y a près de » nous un peuple condamné encore chaque année à s'expatrier, évincé » violemment du sol qu’il cultive, livré sans pitié à la merci des trop » célèbres landlords, opprimé dans tous les détails de sa vie, ruiné, » affamé, réduit enfin à un état de misère tel, qu'un archevêque de Du- » blin s’adressant, il y a cinq ans à peine, au gouvernement anglais lui- » même, comparait l'Irlande à une terre ravagée par le fer et par le » feu. » P. P. F.

1 Dans l’ordre de nos besoins physiques, le rang de l'industrie rurale est le premier. F.lle fournit des subsistances à la nation entière, des matières premières aux fabriques, des objets d’échange au commerce. La carrière de la production générale est si vaste, (pie le moindre des progrès de l'agriculture est un immense résultat I)e là l'importance que les gouvernements doivent reconnaître à l’industrie agricole, et les encouragements que partout ils lui accordent (Aristote, Pol., lib. V, ch. i ; Xi:.\o piiox, Vils m cm., lib. IV; Cicéron, De offre., lib. I; Machiavel,/.* Prince, ch. xx ; Montesquieu, liv. XIV, ch. vi, vm ; François ni: Neufciiatf.au, Essai sur la nécessité et les moyens de faire entrer dans l’instruction publique l’enseignement de l'agriculture, 1802 : Bigot de Morogues, Importance des connaissances agricoles pour la prospérité

Lrv. I, CHAP. vu.

l 78. — Police nécessaire à cet égard, pour la distribution des terres.

Cet objet mérite donc toute l’attention du gouvernement. Le souverain ne doit rien négliger pour procurer aux terres de son obéissance la meilleure culture. Il ne faut pas souffrir que des communautés, ou des particuliers, acquiérent

de la France (Ann. de l'Agr. franç., 1823) ; Hoczel, Constitution so ciale, p. 555; Macarel, Droit administratif , t. III, p. 34; H. Passy, art. Agriculture , Diction, de l’Écon. polit/, Adam Smith, t. I, liv. III, ch. ii; t. II, liv. IV, ch. îx; J.-B. Say, Cours complet, t. I, 2' part., chap. i à vi, t. II, 5e part., ch. xviii à xxi ; 6" part., ch. iv et xu).

Dans un excellent article intitulé ; La Marine et l' Agriculture, M. F. Vidalin examine la part afférente à la production agricole dans les transports par mer. Il constate qu’en beaucoup de pays l’agriculture imprime un grand élan d’activité à la marine marchande. Ainsi la culture du coton valait pour la marine américaine toutes les mines et toutes les manufactures de l’Angleterre. La production du thé a fait de la Chine le centre d’importantes affaires commerciales. L’Australie alimente une navigation active par ses laines. Les navires d’autres pays trouvent de grandes ressources dans les produits du sol, dans le tabac, la soie, le sucre, le café. Il existe donc un lien sympathique entre l’agriculture et la marine. L’intérét les unit étroitement. L’abondante production de l’une fait le profit de l’autre. L’auteur appelle l’attention des gouvernements sur les rapports de ces deux grandes manifestations de l’activité de l’homme ( Revue des Deux-Mondes, année 1859, t. XIX, p. 881).

Au point de vue moral, l’agriculture exerce une influence sur l’esprit des populations. L’agglomération artificielle dans les grandes villes présente de sérieux dangers. C’est là que règne le luxe avec ses conséquences fatales, que le spectacle du jeu excite les plus ardentes convoitises, et que fermentent ces passions terribles qui font explosion de temps en temps, en jetant du sinistres lueurs sur les profondeurs de l’abimc social. Mais en revanche, l’industrie agricole est moins favorable à la liberté politique. I. B. Say fait remarquer que les États despotiques sont presque tous des États agricoles, tels que la Chine, l’Indoustan, la Perse, l’Égypte. En Europe, la France, presque uniquement agricole jusqu'au xvm* siècle, n’a pas su réclamer sa liberté, tandis que l'Angleterre, à mesure qu'elle est devenue commerçante, a constamment conquis des droits, obtenu des tribunaux équitables, et la liberté de la presse qui prévient toutes les grandes injustices (Commentaires sur Storch, Collect. des princ. écon., t. XIX, p. 325).

de grandes terres pour les laisser incultes. Ces droits de communes, qui ôtent à un propriétaire la libre disposition de son fonds, qui ne lui permettent pas de le fermer et de lui donner la culture la plus avantageuse ; ces droits, dis-je, sont contraires au bien de l’État, et doivent être supprimés, ou réduits dans de justes bornes. La propriété introduite parmi les citoyens n’empêche pas que la Nation ne soit en droit de prendre des mesures efficaces, pour faire en sorte que la totalité de son terrain produise le plus grand revenu possible, et le plus avantageux'.

* Pinheiro-Ferreira cherche à démontrer que le droit d’exploiter exclusivement le sol ne saurait être nommé droit de propriété que dans un sens figuré, et que le gouvernement peut congédier au nom de la nation l’exploiteur pour bailler le fonds à qui bon lui semblera. C'est la nation, suivant lui, qui est seule et vraie propriétaire du sol. «Si, dit-il, en re- » montant à l'origine des sociétés, nous nous demandons à qui l’ensem- » ble des productions spontanées de la nature a appartenu, la réponse » ne sera pas difficile. Au moment de s'y établir, ce que la nature y » avait créé n’appartenait pas plus à l'un qu’à l'autre; ou, ce qui re- » vient au même, cela appartenait à tous ensemble, car tous en avaient » besoin, et le concours de tous était iudispensable pour en tirer parti. » Mais ce concours de tous ne pouvait résulter que des concours d’un » certain nombre d’industries diverses; ettandis que les uns se seraient » appliqués à cultiver la terre, ou à en extraire les contenus utiles, d’au- » très devaient se livrer à une foule de métiers indispensables, pour ce » but même de l’exploitation du sol; .... enfin un certain nombre de ces i> colons devait vaquer aux soins de l’administration ou à la surveillance » exigée par la sûreté des habitants envers et contre toutes sortes d’en- » nemis internes et externes. De là sont nées naturellement deux grandes » classes, entre lesquelles toute la masse des colons s’est trouvée parta- » gée ; savoir : les exploiteurs de terres et les entrepreneurs de toutes les » autres branches d’industrie

» Ainsi, l’exploitation du sol, propriété commune de toute la nation, » n’a été confiée à un certain nombre de citoyens, qu’à titre de bail à per- » pétuité, sous les conditions suivantes : 1° d’en retirer le plus grand parti » que les circonstances |>ermettront ; 2° qu’ils aient à se procurer les ca- » pitaux nécessaires à l’exploitation, ainsi que 3° le débit des productions; » 4° d’assurer le paiement des trois co-partageants, entre lesquels et l’ex- » ploiteur doivent se diviser les produits, savoir : l’ouvrier, le capitaliste,

g 79. — Pour la protection des laboureurs.

Le gouvernement doit éviter avec soin tout ce qui peut rebuter le laboureur, ou le détourner de son travail. Ces

» lui, exploiteur, et le trésor public, pour la cote de contribution qui » sera échue à chaque exploiteur. — Si, après la déduction de ces quatre » articles, il lui reste un produit net, c'est un bénélice dont il peut dispo- » ser à son gré. — S'il arrivait que l’exploiteur ne satisfit pas à ces » conditions de son bail..., l'autorité compétente, au nom de la nation, » devrait passer le bail à un autre qui offrirait de s’en acquitter mieux » que lui i> (Note sur les g 77 et suiv.).

Pinheiro-Ferreira remarque cependant que l 'exploiteur n’a pu tirer parti du sol qu’en employant un capital plus ou moins considérable, qui en a augmenté la valeur. Il se trouve donc, dit cet annotateur, jouer deux rôles qu'il ne faut pas confondre : « car, quant au sol en lui-même, l’ex- » ploiteur peut être considéré comme un fonctionnaire public, en tant » qu’il gère, en le faisant valoir, des intérêts communs à tous les mem- » bres de la nation ; mais quant aux valeurs qu’il peut avoir ajoutées à la » valeur primitive du sol, elles lui appartiennent en pleine propriété. » (Ibid.) En supposant donc que le bail doive être résilié, par raison d’utilité publique, le terrain peut être repris à l’exploiteur, « comme on » donne la démission à un employé public ; » mais il n’est permis de l’exproprier du capital employé à améliorer le sol, qu'à la condition de l'indemniser. « Lorsque le propriétaire, ajoute Pinheiro-Ferreira, n'ex- » ploite pas lui-même le terrain, la rente qu’il en retire se compose de » deux éléments : les intérêts du capital qu’il a employé dans le terrain, » en l’améliorant ou en l’achetant à juste prix, et une rétribution pour » la surveillance qu’il exerce sur la manière dont le terrain est exploité, » de sorte que si le fermier venait à quitter, lui, il est forcé ou de l’exploi- » ter. pour son compte, ou de chercher un autre fermier. — D’un autre » côté, s’il arrivait que l’intérêt général commandât de lui retirer ce » soin de l’exploitation du terrain, il lui en est dû une double indemnité, » savoir : 1° pour lui assurer un revenu égal à l’intérêt qu’il retire des a valeurs par lui engagées dans le terrain; 2” un revenu équivalent à • cette redevance qui lui était payée en sa qualité de fonctionnaire chargé » de surveiller l’exploitation du terrain....» (Ibid.).

Cette théorie est généralement repoussée par les économistes. La science économique contemporaine enseigne le principe de l'appropriation individuelle du sol, en explique l'existence par les idées de justice, d’intérêt social, et en démontre l'utilité (Voir Ahrexs, Cours de droit naturel;

tailles, ces impôts excessifs et mal proportionnés, qui tombent presque entièrement à la charge des cultivateurs, les vexations des commis qui les exigent, ôtent aux malheureux paysans les moyens de labourer la terre, et dépeuplent les campagnes. L’Espagne est le pays de l’Europe le plus fertile et le moins cultivé. L’Eglise y possède trop de terres, et les entrepreneurs des magasins royaux, autorisés à prendre à vil prix tout le blé qui se trouve chez un paysan, au delà de ce qui est destiné à sa subsistance, découragent si fort le laboureur, 'qu’il ne sème précisément que la quantité do blé nécessaire pour lui et sa famille. De là ces disettes fréquentes, dans un pays qui pourrait nourrir ses voisins *.

Ch. Comte, De la Propriété ; J.-B. Say, Cours cTÉcon. polit., 4" part.; Thiers, De la Propriété; Serrigny, Traité du droit public des Français, t. II, p. 400 ; J. Garnier, Éléments de l’Économie politique. Dans un sens opposé, voir Proedhon, Qu' est-ce que la Propriété7 Consulter aussi le Traité d’ Économie sociale de M. Ott, p. 274). P. P. F.

* L’esprit des temps modernes a désormais donné pour base à l’industrie agricole le principe de la liberté, a Le territoire de la France, dans toute » son étendue est libre, comme toutes les personnes qui l’habitent. Ainsi, » toute propriété territoriale ne peut être sujette, envers les particuliers, » qu'aux redevances et aux charges dont la convention n’est pas défendue » parla loi, et, envers la nation, qu’aux contributions publiques, établies » par le corps législatif, et aux sacrifices que peut exiger le bien géne- » ral, sous la condition d’une juste et préalable indemnité. »

» Les propriétaires sont libres de varier à leur gré la culture et l’exploi- » tation de leurs terres, de conserver à leur gré leurs récoltes et de dispo- » ser de toutes les productions de leurs propriétés, dans l'intérieur du » royaume et au dehors, sans préjudicier aux droits d'autrui et en se conformant aux lois » (Loi, Goct. 1791, Principes généraux, et art. 2). Ce sont les vrais principes (Voir J.-B. Say, Traité d’Écon. pol., t. I", p. 165, 167, 168, 275). Voir aussi un remarquable travail de M. Léonce de Lavergne publié dans la Revue des Deux-Mondes, sur l 'Agriculture et la Population (année 1857, t. VIII, p. 481). L’auteur reconnaît que l’agriculture a fait de grands progrès en France depuis 1790 ; mais le moment de sa plus grande prospérité a été la période de trente annéesqui a précédé 1847, puisqu’elle fournissait à un accroissement annuel de population de 280,000 âmes, et à une amélioration constante du régime alimentaire. Les

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8 80. — On doit mettre en honneur le labourage.

lin autre abus nuit encore à la culture ; c’est le mépris que l’on fait du laboureur. Les bourgeois des villes, les artisans même les plus serviles, les citoyens oisifs, regardent le cultivateur d’un œil dédaigneux, l’humilient et le découragent ; ils osent mépriser une profession qui nourrit le genre humain, la vocation naturelle de l'homme. Un petit marchaud de modes, un tailleur d’habits, met bien loin au-dessous de lui l’occupation chérie des premiers consuls et dictateurs de Rome. La Chine a sagement évité cet abus ; le labourage y est en honneur ; et pour maintenir cette heureuse façon de penser, chaque année, dans un jour solennel, l’empereur lui-même, suivi de toute sa cour, met la main à la charrue, et ensemence un coin de terre. Aussi la Chine est-elle le pays du monde le mieux cultivé :

événements politiques qui ont suivi la révolution de 1848, une succession de plusieurs mauvaises années, la guerre, l’émigration des habitants des campagnes vers les centres manufacturiers, l’attraction du luxe entraînant des populations de travailleurs dans la voie des occupations improductives, la centralisation de l’argent du budget à Paris, ont été les principaux obstacles aux progrès de l’industrie agricole à notre époque. Pour remédier à cet état de choses, les uns demandent une intervention de l'État dans les intérêts agricoles ; mais c’est avec ces perpétuelles invocations à l’intervention de l’État, qu'on a été conduit à cette sorte de décadence. A part quelques fcrmcs-ccolcs et quelques concours, l'État ne peut rien. D’autres proposent des mesures contre la spéculation ; mais la spéculation est inévitable, elle a même son utilité. Tout ce qu'on peut faire, c’est de favoriser le moins possible l'aliment qui la nourrit, la variation excessive des valeurs de bourse. « Le véritable remède est plus simple, dit M. de La- » vergne, il consiste tout uniment à ramener les dépenses publiques, qui » ont dépassé ï milliards par an depuis trois ans, au chidrc de 14 ou » 1 ,500 millions, qui a sulll dans d’autres temps, et plus bas encore s’il » est possible ; à suspendre tous les travaux publics sans utilité, en accrois- » sant d'autant la dotation des plus utiles ; à éviter avec soin tout emprunt » public nouveau, toute excitation artificielle au luxe ; à réduire les dépen- » ses militaires au strict nécessaire, et à attendre avec patience et con- » fiance l'elTet infaillible de ces mesures réparatrices. » P. P. F.

elle nourrit un peuple innombrable, qui parait d’abord au voyageur trop grand pour l’espace qu’il occupe1.

g 81. — Obligation naturelle de cultiver la terre.

La culture de la terre n’est pas -seulement recommandable au gouvernement pour son extrême utilité, c’est en-

* Les économistes ont depuis longtemps fait justice de ces préjugés vulgaires, en s'efforçant de prouver dans leurs ouvrages que tous les ordres de travaux sont utiles à la société, que tous ont droit à la même estime réciproque, et que c’est par pure ignorance de la nature des choses que les diverses classes de producteurs se croient d’ordre supérieur ou inférieur (Joseph Garnier, Éléments de l'économie politique, 3* édition, p. 54). Le dernier rapport du ministre de l'agriculture constate qu’en France les grands propriétaires se fixent de plus en plus sur leurs domaines, et cherchent dans les occupations agricoles un utile et honorable emploi de leur temps, de leur intelligence et de leur fortune ( Moniteur , du 6 septembre 1862),

Dans son dernier livre sur l’ancien régime et la Révolution, M. de Tocqueville cite un propriétaire d’autrefois qui proposait à un intendant, pour encourager l'agriculture, d’instituer des inspecteurs, des concours et des marques d’honneur. « Des inspecteurs et des croix ! s’écrie à ce » sujet M. de Tocqueville, voilà un moyen dont un fermier du comté de Suflolk ne se serait jamais avisé 1 » L'institution des concours agricoles, sur le modèle des exhibitions anglaises, la fondation de primes à donner aux meilleurs produits à la suite d'expositions publiques, sont, indépendamment des distinctions personnelles, les moyens d'encouragement dont disposent à notre époque les gouvernements. M. de Lavergne fait observer à ce sujet, qu’il n’est probablement jamais venu à l’idée de personne de créer un prix d'honneur pour la manufacture la mieux tenue, ou la maison de commerce la plus prospère. Quand même ce prix serait institué, il est fort douteux que les manufactures ou les commerçants voulussent s'assujettir à montrer leurs livres et tous les détails de leurs opérations, surtout avec le risque de succomber dans l’épreuve, et de voir donner le prix à un concurrent. L’agriculture, il est vrai, n’en est pas tout à fait là; l’esprit de concurrence n'y est pas aussi actif que dans le commerce, et on y sent moins la nécessité du secret. Mais à mesure que l’esprit industriel pénétrera dans l’agriculture, — ce qui sera pour elle l’agent le plus puissant du progrès, — les habitudes de l’industrie y pénétreront aussi. En agriculture comme en industrie, la principale rémunération, le plus pressant encouragement est le profit (Léonce de Lavergne, Les questions agricoles, loc. eif.). P. P. F.

core une obligation imposée à l’homme par la nature. La terre entière est destinée à nourrir ses habitants ; mais elle ne peut y suffire s’ils ne la cultivent pas. Chaque Nation est donc obligée, par la loi naturelle, à cultiver le pays qui lui est échu en partage, et elle n’a droit de s’étendre, ou de recourir à l’assistance des autres, qu’au tant que la terre qu’elle habite ne peut lui fournir le nécessaire. Ces peuples, tels que les anciens Germains, et quelques Tartares modernes, qui, habitaut des pays fertiles, dédaignent la culture des terres, et aiment mieux vivre de rapines, se manquent à eux-mêmes, font injure à tous leurs voisins, et méritent d’être exterminés comme des bêtes féroces et nuisibles. Il en est d’autres qui, pour fuir le travail, ne veulent vivre que de leur chasse et de leurs troupeaux. Cela pouvait se faire sans contradiction dans le premier âge du monde, lorsque la terre était plus que suffisante par ellemême au petit nombre de ses habitants. Mais aujourd’hui que le genre humain s’est si fort multiplié, il ne pourrait subsister, si tous les peuples voulaient vivre de cette manière. Ceux qui retiennent encore ce genre de vie oisif, usurpent plus de terrain qu’ils n’en auraient besoin avec un travail honnête, et ils ne peuvent se plaindre, si d'autres Nations , plus laborieuses et trop resserrées, viennent en occuper une partie. Ainsi, tandis que la conquête des empires policés du Pérou et du Mexique a été une usurpation criante, l’établissement de plusieurs colonies dans le continent de l’Amérique septentrionale pouvait, en se contenant dans de justes bornes, n’avoir rien que de très-légitime. Les peuples de ces vastes contrées les parcouraient plutôt qu’ils ne les habitaient'.

1 La proportion de la population agricole est, en France, de 68 p. lOOpar rapport à la population totale. Klle est représentée par les nombres suivants pour les autres États : Autriche, 82 p. 100, Bavière 83, Belgique 75, Danemark 70, Kspagne 85, États romains 55, Grande-Bretagne 22, Irlande GO, Grèce 73, Portugal 84, Prusse 73, Russie 80, Pologne 79,

i 82. — Des greniers publics.

L’établissement des greniers publies est une excellente police pour prévenir la disette. Mais il faut bien se garder de les administrer avec un esprit mercantile, et dans des vues de profit : on tomberait alors dans un monopole qui, pour être exercé par le magistrat, n’en serait pas moins illicite. Ces greniers se remplissent dans les temps de grande abondance, et déchargent le cultivateur des blés qui lui resteraient, ou qui passeraient chez l’étranger en trop grande quantité ; ils s’ouvrent quand le blé renchérit, et le maintiennent à un juste prix. Si, dans l’abondance, ils empêchent que cette denrée si nécessaire ne tombe aisément à un prix fort bas, cet inconvénient est plus que compensé par le soulagement qu’ils apportent dans les temps de cherté ; ou plutôt il n’y a point là d’inconvénient. Lorsque le blé se donne à si grand marché, l’ouvrier est tenté, pour obtenir la préférence, d’établir ses manufactures à un prix qu’il est obligé de hausser dans la suite, ce qui en dérange le commerce, ou bien il s’accoutume à une aisance qu’il ne peut soutenir dans les temps plus difficiles. Il serait avantageux aux fabriques et au commerce, que la subsistance des ouvriers pùt se maintenir à un prix modique, et toujours à peu près le même. Enfin, les greniers publics retiennent dans l’État des blés qui en sortiraient à vil prix, et qu’il faudrait faire revenir à grands frais dans les années de mauvaises récoltes, ce qui est une perte réelle pour la Nation. Ces établissements n’empôcbent pas cependant le commerce des blés. Si le pays en produit, année commune, plus qu’il n’en faut pour la nourriture des habitants, le superflu ne laissera pas de s’écouler au dehors ; mais il y passera à un prix plus soutenu et plus juste '.

Saxe 67, Suède 88, Norwége 89, Suisse 80, Wurtemberg 91 (Batbie, Traité théorique et pratique de droit pul/lic , t II, |i 194; voir aussi Maiuucc Bloch, Statistique de la France, t II, p 18). P. 1\ F

1 Pinheiro-Fcrrcira u'est pas favorable au système des greniers pu-

Clft.PITRE VIII.

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