DE LA MONNAIE ET DU CHANGE
? 105. — Établissement de la monnaie.
Dans les premiers temps, depuis l’introduction de la propriété, les hommes échangeaient leurs denrées et effets su-
1 Les États de l'Europe obéissent actuellement à d'autres inspirations. Sousl’inflencc d'idées économiques plus saines, les gouvernements font tomber successivement les barrières qui séparaient les peuples, et les droits de péage eux-mêmes tendent à être supprimés. L’année 18G1 notamment, a vu le parlement anglais alfranchir la marine marchande des droits de péage ; les États riverains du Mein s'entendre pour abaisser
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perilus, contre ceux dont ils avaient besoin. L’or et l’argent devinrent ensuite la commune mesure du prix de toutes choses; et afin que le peuple n’y fût pas trompé, on imagina d’imprimer au nom de l’État sur des pièces d’or et d’argent, ou l’image du prince, ou quelque autre empreinte qui fût comme le sceau et le garant de sa valeur. Cette institution est d’un grand usage et d’une commodité infinie. Il est aisé de voir combien elle facilite le commerce. Les Nations ou leurs conducteurs ne sauraient donner trop d’attention à une matière si importante
I 106. — Devoirs de la Nation , ou du prince , à l'égard de la monnaie.
L’empreinte qui se voit sur la monnaie devant être le sceau de son titre et de son poids, on sent d’abord qu’il ne peut être permis indifféremment à tout le monde d’en fabriquer. Les fraudes y deviendraient trop communes; elle perdrait bientôt la confiance publique : ce serait anéantir une institution utile. La monnaie se fabrique par l’autorité et au nom de l’État, ou du prince qui en est garant. Il doit donc avoir soin d’en faire fabriquer en quantité suffisante
considérablement les tarifs qui pesaient encore sur la navigation de la rivière; et la Prusse diminuer les droits de navigation sur le Rhin. C’est ainsi que les diverses nations européennes suivent l'impulsion du mouvement libéral qui entraîne les peuples à faciliter leurs relations commerciales, et à fonder leur industrie sur des bases plus conformes aux vrais principes de l’Économie politique. P. P. F.
< Voir, sur l’origine et l’utilité de la monnaie : Michei. Chevalier, Cours d' Économie politique, t. III, 1850; Blaxqci, Histoirede l’Écon. polit , t. I, p. 13, 211, 315, 342; Ott, Traité d'Économie sociale, p. 423; J. -B. Say, Catéchisme d'Écon. polit., ch. xu ; J. Garmer, Éléments de l'Écon. polit., p. 202 et suiv.; Batrie, Traité théorique et pratique de droit public, t. II, p. 66 et suiv.; Pradier-Fodéré, Précis de droit politique et d'Économie sociale, p. 307; Levassecr, La question de l’or ; Rapport de la Commission nommée par le ministre des finances pour l'examen de la question monétaire en 1858.
pour les besoins du pays, et veiller à ce qu’on la fasse bonne, c’est-à-dire que sa valeur intrinsèque soit proportionnée à sa valeur extrinsèque, ou numéraire
' La question de savoir quelle est la masse de numéraire nécessaire à un pays pour subvenir à ses échanges, est devenue plus secondaire de nos Jours que la circulation emploie des quantités considérables de signes représentatifs du la monnaie. «Cette proportion, dit M. J. Garnier, est u d’autant plus diflicilc à trouver, que la même quantité de numéraire » s'échange plus ou moins, suivant la richesse, la consommation et les » moeurs. Un million qui se renouvelle mille fois, produit le même effet b qu'un milliard qui ne se renouvelle qu'une fois ; et il faut bien se perb suader que les millions qui restent dans les coffres ne sont pas plus b utiles à un État que ne seraient des pierres... On ne sait même pas b quelle est au juste la quantité de numéraire en circulation, utilisé ou b non. Les documents administratifs sur la fabrication, l'exportation et b l’importation, la refonte, les pertes et l’usure des pièees, ne sont pas b encore suffisamment explicites b [Éléments de l’Écon. polit., p. 227 et suiv. Voir aussi J.-lt. Say, Cours d'Écon. polit., t. I, p. 391 ; Germain Garnier, Abrégé des principes élémentaires de l'Économie politique, Paris, I7UG, p. 13G; Sciimaltz, Écon. polit., traduit de l’allemand par 11. Jouffroy, 1823, t. I, p 273; Ott, Traité d’Écon. sociale, p. 433). — Il résulte de calculs publiés par M. Batbie, que la somme des pièces monnayées, en France, depuis 1795 jusqu’à 1858, forme un total qui n’est pas moindre que 8,503,713,882 francs. — Des évaluations faites en 1848 portaient à 31 milliards 1/2 l'or et l’argent existant dans le monde. Depuis lors, il en a été jeté dans le commerce environ8,22G, 709,120 francs, dont G,05G, 173,000 francs en or et 2,170,590, 120'frartcs en argent. Tout le surplus de production n’est pas venu en Europe; les deux tiers seulement y ont été portés, et sur celée somme l’Angleterre a pris 4,460,000,000 fr. Le surplus est resté en Californie et en Australie, ou est passé en Amérique. En 1858, nos importations d'or et d'argent réunies ont été de 713 millions, et nos exportations de 242 millions. En 1855, 185G et 1857, l'exportation de l’argent avait pris un développement qui a préoccupé le gouvernement; mais cette crise a paru se calmer. En 1858, l'exportation n'aurait été que de 175 millions ( Truité théorique et pratique de Droit public, t. Il, p. 239 et 240). — Vattel, qui partage l’erreur des partisans de la balancé, du commerce ('} 98), et qui est persuadé que la richesse consiste dans l'abondance de l'or et de l'argent, est surtout préoccupé de la nécessité d’augmenter la masse du numéraire. Mais la science économique moderne a depuis longtemps re[toussé cette théorie. On a reconnu, de nos jours, qu'il y a des nations qui, avec une quantité inférieure de