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LXV1II LETTRE DE L’ÉDITEDR DE

tendu équilibre de l’Europe, s’il n’est pas une chimère, c’est du moins un Protée, qui a souvent changé de forme depuis qu’il en est question, et toujours au gré du plus fort, quand il y a en eu un contre plusieurs mal unis. Que savons-nous si cet équilibre n’est pas mieux établi aujourd’hui que jamais? Qui nous assurera que le pacte de famille à l’ouest, d’un côté, l’union des puissances à l’est, de l’autre, et leur balance entre les mains de la Grande-Bretagne, est une combinaison moins bonne que toutes celles qui ont précédé? En voilà assez sur cet article. Passons à ce qui me reste à dire.

J’avoue, monsieur, que je ne saisis pas bien votre idée, quand vous me dites, au sujet du culte public, « qu'on a malheureusement modifié la société de telle façon, que le culte public tient à l’État, et que par conséquent l'un doit se former sur l’autre. » Appliquons cette maxime à l’idolâtrie, aux sacrifices humains, aux auto-da-fé, au commerce des indulgences, à la hiérarchie, etc., et nous verrons qu’elle a besoin d’être limitée à toute voie de fait licencieuse, indécente et séditieuse, qui troublerait ou détruirait un culte établi : car si on l’étendait jusque sur la liberté de raisonner, il n’y a point d’erreur si monstrueuse, de pratique si révoltante, qui n’eùt droit de subsister encore parmi nous. L’iconoclaste était assurément punissable pour les violences qu’il exerçait; il ne l’eùt point été s’il avait paisiblement argumenté, soit dans le discours, soit par écrit, contre le culte des images. Il me semble que ce que je dis là est et doit être reconnu pour vérité fondamentale chez toutes les nations éclairées qui ont secoué le joug du despotisme sa-

pétitions relatives à l’insurrection polonaise (Voir le Moniteur ries 18, 19 et 20 mars 1863). P. P. F.

A MONSIEUR

cerdotal, et qui n’ont pu le secouer qu’en soumettant toute spéculation religieuse à l’empire perpétuel et imprescriptible de la raison (*). Cependant, chez ces mêmes nations, le gouvernement ne laisse pas d’avoir continuellement besoin d’être en garde contre les surprises de certains esprits ardents, ambitieux, intrigants et intolérants, qui voudraient qu’on employât, en faveur de tel ou tel système, en faveur de telle ou telle manière d’interpréter les passages les plus obscurs des livres sacrés, les mômes moyens qu’ils ne veulent pas que l’inquisition emploie en faveur de la superstition. Jetons les yeux sur l’histoire. Nous verrons, en Angleterre, les épiscopaux sévir contre les presbytériens; en Écosse, les presbytériens, contre les épiscopaux; chaque parti être orthodoxe, là où il était le plus fort. Souvenonsnous du philosophe Wolff : son furieux adversaire le fit bannir; il eut voulu le faire pendre. De mille et mille exemples qu’on pourrait citer, ces deux-là suffisent. •

An surplus, comme vous approuvez ma remarque qua-

(*) « Tous les États, » dit un grand écrivain, « devraient avoir à peu près le même code moral de religion, et livrer le reste, non pas aux disputes des hommes, qu'il faut empêcher quand elles peuvent troubler la tranquillité publique, mais à Timpulsion de la conscience, en accordant une entière liberté de penser aux théologiens comme aux philosophes. Cette tolérance indéfinie sur tous les dogmes et les opinions qui n'attaqueraient pas le code moral des nations, serait l'unique moyen de prévenir ou de saper ce pouvoir, soit temporel, soit spirituel, du clergé, qui, avec le temps, en fait un corps formidable à l'État. — Elle arrivera, cette tolérance. La persécution ne ferait que lutter la chute des religions dominantes. L'industrie et la lumière ont pris, chez les nations, un cours, un ascendant qui doit rétablir un certain équilibre dans Tordre moral et civil des sociétés. L'esprit humain est désabusé de l'ancienne superstition. Si Ton ne profite de cet instant pour le rendre à l'empire de la raison, il doit se livrer à des superstitions nouvelles. » Tableau de l’Europe.

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