‹ XXXV, 644 pChapitre 6 sur 61 · XXX LETTRE DE L’ÉDITEDR DE · texte numérisé non relu

XXX LETTRE DE L’ÉDITEDR DE

trième, qui ne laisse aucun doute sur l’esprit des autres pins courtes sur le même sujet, ce que je dis ici n’est point pour m’expliquer et me justifier vis-à-vis de vous, qui n’avez vu mon travail que par pièces, mais pour prévenir le lecteur, que je prie de lire tout de suite, au moins une fois, toutes celles des mes remarques qui traitent d’une même matière; car elles se tiennent et s’expliquent l’une l’autre.

J’observe cela surtout à l’égard de mes remarques sur le droit de punir, qui sont en plus grand nombre. Par exemple, lorsque vous m’écrivîtes : « Je croie que ce n’esi ici qu’une dispute de mots; l’auteur appelle droit de punir dans l’étal de nature , ce que tous appelez droit de se faire rendre justice dans l'état de nature : je crois que dans l'état de nature, ces deux expressions sont synonymes, » vous n’aviez pas encore vu celles de mes notes où mes idées là-dessus se trouvent développées, entre autres la quatorzième (du tome 1er), dont vous dites « quelle est très-importante, et contient autant de vérités qu’elle est remplie d'humanité. » Ce jugement d’un esprit aussi juste et d’un cœur aussi droit que le votre, monsieur, me rassure sur celui que portera tout lecteur équitable et non préoccupé. Je ne prétends nullement à la réputation de dire du neuf; je ne cherche qu'à ramener et fixer mon esprit et celui de mes semblables au vrai simple. Pour y parvenir, il est absolument nécessaire de bien déterminer le sens des mots, qui sont les signes de nos idées, et de ne pas souffrir qu'on les emploie indifféremment pour exprimer tantôt plus, tantôt moins, tantôt une chose, tantôt l’autre. Or, cela n’est pas si difficile qu’on le pense : il n’y a pour y réussir la plupart du temps, qu’à vouloir consulter l’usage, usus loquendi, le sens commun.

A MONSIEUR

Un voleur m’a pris quelque chose. Je l’oblige, ou la société l’oblige, à me rendre ce qu’il m’a pris, à me dédommager ; on n’appelle pas cela punir, on l’appelle rendre justice, parce qu’il est juste que chacun ait le sien. On fait plus, on ôte au voleur une liberté dont il s’est montré capable d’abuser aux dépens des autres ; on n’appelle pas cela punir non plus ; on le regarde seulement comme une précaution nécessaire, sans laquelle la société ne pourrait exister, ni, dans l’état de nature, un homme vis-à-vis d’un autre homme, une nation vis-à-vis d’une autre nation. Le principe, le fondement de cette précaution, c’est la sûreté; et jusqu’ici le délinquant n’a pas Je moindre droit de crier à l’injustice : on l'empéche simplement de l’exercer. Enfin, on voit traîner le malfaiteur bien lié et garrotté sur l’échafaud, pour lui être fait là un mal fini ou infini, et voilà ce que dans le langage ordinaire, on appelle punir le criminel. Il est vrai qu’on appelle aussi cela faire justice. Mais qui ne voit que le mot de justice est pris ici dans un tout autre sens que dans la première opération? On a honoré de cette appellation la dernière opération, parce qu’on a cru que la vengeance était juste et nécessaire, et que chacun trouvait son compte dans le supplice de l’offenseur; savoir l’offensé, sa consolation, son plaisir; et la société sa sûreté. De là l’expression de justice vindicative. De là la prétendue loi du talion, que M. de Vattel rejette avec raison. Mais le principe de la sûreté commune sur lequel il veut établir les punitions, n’est pas plus solide.

Dès qu’on a ôté la liberté à un malfaiteur, on a mis la société à couvert de ses attentats. Le mal momentané qu’on lui fait de plus est insuffisant pour le corriger, et inutile si ou lui rend la liberté, après l’avoir, comme on croit, puni. Si on le fait mourir, on ne l’a pas puni, on l’a détruit, le

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