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XXXII LETTRE DE L’ÉDITEUR DE

plus souvent sans nécessité. Ce même mal quelconque est encore très-insuffisant, et de plus fort injuste, si l’on ne fait pâtir le délinquant que pour effrayer les autres par son exemple. J’en appelle là-dessus et à la raison et à l’expérience.

Il est un petit district, où l’on voit à chaque quinzaine des exécutions sanglantes. On m’écrit de là, que dans l’espace de six mois l’on y a mis à mort plus de cent malfaiteurs ; qu’on en tuera pour le moins autant dans le cours du semestre suivant; que ces malheureux vont au supplice avec une tranquillité inconcevable, et qu’à chaque exécution on saisit de leurs pareils parmi les spectateurs. Je connais une grande ville, bien plus peuplée que ce district, où l’on n’en a pas tant exécuté en cinquante ans. S’il était donc vrai que le droit de sûreté fut le fondement de celui de punir, il faudrait qu’il y eût au moins cent fois plus de sûreté dans le district que dans la ville, et c’est précisément le contraire. Il y a des années où l’on est dans le cas de n’avoir personne à faire mourir dans cette ville : alors les exemples statués dans le district sont aux exemples statués dans la ville comme 200 est à zéro; et la sûreté du district est à la sûreté de la ville comme zéro est à 200. C’est qu il en est de tous ces prétendus exemples comme des listes mortuaires ■. ceux-là, ainsi que celles-ci, ne servent qu’à indiquer le degré d’une malignité dont il faut chercher le remède ailleurs. Combien d’exemples ne statue pas la mer, en engloutissant toujours quelques-uns de ceux qui s’y hasardent? Mais le navigateur qui s’embarque se met toujours au nombre de ceux qui en reviendront. Tout crime commis a eu pour cause une passion ou une habitude, plus forte que la raison et que la crainte. C’est la passion qu’il faut dompter; c’est l’habitude qu’il faut détruire. La

A MONSIEUR

maxime de Platon, citée d'après Sénèque, nemo prudens punit quia peccatum est, sed ne peccetur, est très-juste, mais nullement dans le sens vulgaire et précaire que lui donne M. deVattel (t. Il, liv. II). Lesage punit le pécheur afin qu’il désapprenne de pécher, et nullement afin que les autres ne pèchent point, et il le punit tant qu’il parait vouloir pécher. Détruire n’est donc point punir, et le méchant le mieux puni sera celui qu’on aura rendu bon. En ce sens, je puis admettre aussi la sûreté pour l’un des fondements du droit de punir ; il est certain que la société sera bien mieux gardée, plus saine et plus forte, si l’on s’applique à guérir scs membres malades, plutôt qu’à les lui amputer. Mais l’amour doit être le premier et le grand principe de celui qui punit; et l’amour sera aussi sa récompense. La main qui sauve, peut et doit tôt ou tard parvenir à se faire aimer; jamais celle qui immole.

Nous voilà donc sur les voies des vraies punitions. Nous avons vu le malfaiteur sujet à restitution et à caution; après cela il ne peut plus l’être qu’à correction. Nous avons besoin, pour ces trois effets, d’étre les maîtres de physique de ses actions, mais nullement de sa vie, dont il a besoin, lui, pour devenir moralement meilleur. Figurons-nous un bon père de famille vis-à-vis de ses enfants : il sera le modèle d’un bon père de la patrie vis-à-vis de ses sujets. Ni l’un ni l’autre ne détruira; ni l’un ni l’autre n’infligera du mal à un réfractaire pour l’amour des autres, mais bien pour l’amour de celui-là même qu’il doit et veut corriger.

J'aurais pu être plus court, en faisant voir que M. de Vattel (liv. I, § 169; liv. II, g 7, 51 et 52 ; liv. III, § 28, 41 , 162, 184, 195, 201) n’appelle droitde se faire rendre justice que ce que j’appelle ainsi moi-môme; et que ce qu’il ap-

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