‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 27 sur 48 · SA PHILOSOPHIE. — MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

SA PHILOSOPHIE. — MÉTAPHYSIQUE

corps délimitant qui entoure le corps localisé; et il est évident que si toute surface est la limite d’un corps, le corps localisé a besoin d'un autre corps dont la surface interne lui serve de local; ce deuxième corps, parce qu'il est corps, devra être localisé ou contenu par un troisième, et l'on irait ainsi à l'infini (1). Le lieu doit donc être limité et finir avec le dernier des corps existants.

Nous ne trouvons pas dans Yahyà la définition aristotélicienne du temps : «la mesure du mouvement selon ce qui précède et ce qui suit.» Notre philosophe se borne à l’expliquer comme un tout continu, indivisible. Il est un seulement, si l’on s’en représente la partie dont il-s’agit, comme ayant en acte deux limites qui la distinguent de toutes autres parties du temps (2).

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Cf. AriSroTE : 4véyyn Tôv TÔomov elvar... TÙ TéQus TOÙ xEQUÉYOVtros oœuotos. Nat. Auscult. L. IV, C. 4, T. II, p. 290.

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La définition de Ben ‘Adi est exactement celle de cet autre disciple d'Aristote, Saixr Jean DamascÈène : TÜmos êoti cœouarixds, mépus Toù mepuéyovtos drepéyerar Tùd mequeyouevor. De fide orthodoæa, L. I, CMSMEAUT AD. 849:

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L. VII, C. 4, T. IT, p. 340. “Orar yèg Ereoa Tà &xga To uéoov

Nous n'avons pas’ à revenir sur la théorie de l’universel et du particulier qui a été exposée précédemment à propos de la connaissance, et l'énoncé d’autres notions métaphysiques trouvera naturellement sa place dans l’analyse ultérieure des traités dogmatiques au cours desquels Ben ‘Adî les a maintes fois formulées. Qu'il nous suffise de rappeler que, puisque nous n’avons plus ses Commentaires sur la métaphysique d’Aristote, ses Trailés de l’ontologie, de l'infini, du continu, etc., nous manquons des documents essentiels pour formuler sur Ben ‘Adî métaphysicien, un jugement équitable.

Il est peu vraisemblable que ses travaux se soient bornés à de simples gloses sans originalité, reproduisant servilement la pensée d’Aristote. Nous n’en voulons d'autre preuve qu’une phrase unique énoncée, comme en passant, dans un traité de morale (1). Aristote avait parlé en termes assez peu précis de «l'intelligence séparée » dans son Traité de l’äme. Ben ‘Adî formule très nettement, bien avant Avicenne et Averroës, la doctrine de « l'intellect, substance unique pour. tous les hommes », doctrine qui fut au moyen-âge l’objet de discussions si passionnées. Mais de quelles formes se revêtait dans la pensée de Yahyà cette opinion étrange ? Toutes les questions que nous pouvons nous poser sur ce point, comme sur bien d’autres, resteront sans réponses précises, tant que quelque bibliothèque d'Orient, encore mal explorée ne nous aura pas fourni des documents nouveaux.

voowuer xai dÜo Einn À Wuyÿ Tù vÜr Tù uèr moÛrepoy Tù d° ÜoTEgor TÔte xal Todro œauèr elvar yoôvor. Nat. Auscult., L. IV, C. 11, P°SIL, p.800,

(1) es ee X>\ 9 ès Re) AJ La)| Qi AIl 5% cl olusY L Le W «L'homme est donc l'intelligence raisonnable, et cette intelligence est une substance unique pour tous les hommes. » Traité de la correction des mœurs, SVYSNI a Xe), p. 55.

Logique. — La même réserve s'impose, et pour les mêmes raisons, quand il s’agit d'apprécier le logicien (1). Yahyà excellait dans la dialectique, ainsi qu’en témoigne ce surnom d’'at-Mantigi que lui décernèrent ses contemporains. Mais si les traités que nous possédons nous permettent d'apprécier la méthode, ils ne nous en laissent pas moins, presque toujours, ignorer la technique. De temps à autre seulement, nous relevons certaines propositions, véritables axiomes de sens commun : « Lorsqu'on énonce, sur une même chose, une proposition affirmative, et la proposition affirmative contradictoire, l’une des deux propositions doit nécessairement être vraie » (2). « Le droit chemin dans la recherche de la vérité est de s'informer, tout d’abord, des notions désignées par les termes; l’on examine ensuite si ce qu’elles expriment est exact » (3). « Si quelqu'un défend une opinion par de mauvaises raisons, il ne s'ensuit pas que l'opinion ainsi défendue soit fausse car un ignorant peut défendre avec de mauvaises raisons une cause vraie » (4).

Ben ‘Adî surprend-il son adversaire en flagrant délit de sophisme, il lui rappelle qu'il ne faut pas abuser des comparaisons ni surtout les pousser trop loin : «Celui qui fait une comparaison sur un point quelconque lorsque sur ce point deux choses sont comparables n’en doit pas conclure que les deux choses peuvent se comparer sous tous les rapports » (5). Il n’est pas davantage nécessaire, quand nous attribuons à une seule chose des qualificatifs divers, que chacun des qualificatifs puisse se dire des autres. Par exemple, nous pouvons donner à Zéid le

(1) Voir p. 73, les titres des nombreux traités de Ben ‘Adi sur la logique,

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