‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 29 sur 48 · AE N · texte numérisé non relu

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avec les autres êtres; ou plutôt, ses attributs doivent être opposés aux leurs (1). Cela peut encore signifier qu'aucune chose ne peut être comparée au Créateur, ni lui ressembler en tous ses attributs, bien qu’il puisse y avoir quelque similitude entre les choses et certains aspects des attributs divins (2). Mais précisément, si deux choses sont différentes l’une de l’autre, elles se ressemblent nécessairement et peuvent être comparées en ce point de vue commun aux deux de n’être point semblables (3). Cela étant, il ne peut exister de chose à laquelle il soit impossible d'en comparer une autre, sous quelque rapport. En outre, si quelqu'un soutient que tous les attributs de l’un sont différents de ceux des autres êtres, qu'aucune qualification ne leur est commune, il sera contraint d’avouer que non seulement l’un est semblable à tous les êtres, mais encore qu'il est tous les êtres. Supposons, pour prouver cette assertion, que l’un soit différent de l’homme. Puisque l'on peut affirmer de l’homme qu’il n’est ni un ange, ni un cheval, ni une plante, ni un minéral, ni un accident, ni, en un mot, aucun des êtres qui ne sont pas l’homme, ces mêmes propositions négatives ne seront done pas vraies de l’un (4), et les propositions affirmatives contraires lui conviendront rigoureusement ; car, lorsqu'on énonce, sur une même chose, une proposition négative et la proposition affirmative contradictoire, l'une des deux propositions doit nécessairement être vraie (D).

Voici donc la conséquence ridicule qui s'impose : puisque l'un n’est pas l’homme, lequel est distinct d'un cheval, d’un ange, d'une plante, d’un minéral, d’une quantité,

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d'une qualité, l’un doit être un cheval, un ange, une plante, un minéral, une quantité, une qualité; puisqu'il n'est pas l’homme qui est distinct de tous les autres êtres, il doit être lui-même tous les autres êtres (1).

A cette conclusion absurde s’en ajoute une autre encore plus absurde. L'un doit être, en même temps, chacun des contraires et le contraire opposé. Supposons, par exemple, qu'il soit différent du blanc. Comme il est évident que l’un des attributs du blanc est d’être différent du noir, il faut nécessairement que J’un ne soit pas ce qui est différent du noir. Or, comme tout ce qui n’est pas différent du noir est noir, l’un est par conséquent noir. L'on prouverait, de la même manière, qu’il est blanc, qu’il est chacun des contraires et le contraire opposé. Il faudrait encore admettre, en vertu de cette doctrine, que l’un est différent de l'être (2).

Si, par cette expression : «il n'a pas de semblable, » on entend qu'il n'existe aucun être qui lui ressemble sous tous les rapports, bien que pouvant, sous certains, lui être comparé, il faut bien convenir qu'un être quelconque a cela de commun avec tout être différent. Nul être, en effet, qui puisse être comparé et ressembler à un autre en tous ses attributs, car la distinction entraîne la différence et la différence ne permet pas l'identité dans ce qui est principe même de leur différence (3). Les deux choses étant différentes, elles ont cet attribut commun d’être différentes (4).

Concluons done qu’il est faux de dire que la notion de l’un soit de n'avoir pas de semblable (5).

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