‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 30 sur 48 · MR · texte numérisé non relu

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IIT° Prétendre encore que, dans le Créateur, la notion de l’un signifie qu’il est le premier des êtres nombrables (1) est une opinion dont la fausseté éclate par deux conséquences ridicules qu’elle entraîne. Ou bien il n’y aurait pas plusieurs êtres, ou bien il y aurait de nombreuses causes premières. En effet, si la notion de l’un désigne la première des choses nombrables, il doit former, avec un ou plusieurs autres êtres qu'on lui joint, deux ou plusieurs êtres nombrés, car la pluralité résulte uniquement d'unités plus nombreuses que l’unité simple. Mais toute chose une de sa nature est susceptible de devenir deux, quand on lui en ajoute une autre; autrement il serait impossible qu'il y eût plusieurs choses : conclusion absurde, puisque la multitude des êtres saute aux yeux. Si, d'autre part, nous prenons une nouvelle chose, distincte de celle que nous avions d’abord supposée, et qui puisse, elle aussi, être le commencement d’un nombre, elle sera, comme la précédente, l’un de la cause première, puisque la notion de cette cause première est d’être le premier des êtres nombrables. Toutes les unités existantes pouvant chacune être la première des choses nombrées, comme leur nombre est illimité, les premières causes seront en nombre illimité ; conclusion détestable que nul ne sauraitadmettre(2).

Voilà, l’on en conviendra, une argumentation bien spécieuse. Mais nous avons mieux encore, dans le paragraphe suivant, où Ben ‘Adî examine, tout au long, l’opinion de ceux qui prétendent que le terme «un» est un mot dérivé tiré de la nature même de l'être à qui on l’applique. Ce nom convient au Créateur parce que son essence renferme « l'unité », mot d’où dérive le mot «un » (3).

(1) (SEE 7) lue (2) Le texte est fort altéré dans tout ce passage, f. 6.

(3) Co eat € 5 (ook Abe e“| 3? Xæls | ei Es Xæl ab LOT | . LOS EI xs me | Gos$as Ail5 ee >9> 9 1 6x. Xælall el mou C0 Cr! A) 8x2 9)| 23% 39 JS C3

Le nom de Dieu ou de cause première et le nom d'unité sont deux notions mises en parallèle, et Yahyâ examine leurs relations réciproques. Bornons-nous à signaler les assertions suivantes. « Dans cette doctrine on doit nécessairement reconnaître l'existence de deux notions distinctes : l’une sera l'essence pour laquelle ce nom est dérivé, essence appelée un et sujet d’un accident; l’autre sera l'essence d’où dérive ce mot, c’est-à-dire l'unité par laquelle s’est produit l’un et qui est un aceident » (1).

« Si ces deux notions sont éternelles, il faudra admettre deux éternels : l’un, accident, et l’autre, sujet de cet accident. En outre, l'essence [de Dieu ou de la cause première] devra être multiple par nature, puisqu'elle n’est pas une par nature, mais par accident, c’est-à-dire en recevant l'unité, et parce que tout ce qui n’est pas un de sa nature est multiple par essence » (2).

Si ces deux notions sont créées, il faudra que la première cause ait une autre cause, mais c’est impossible (3), «car la cause des causes est le principe de l'existence de

(1) Les Fa IL: is À3 Es Le es Lel ee Ca 607 Ql FO Le «29 RTE 5Le Les (avant dernière ligne de la citation) « par elle ». indispensable

au sens, n'est pas dans le manuscrit de Paris, mais se trouve dans le texte abrégé de Munich.

(2) Pa LE De Les ei CHERE Coll ete si LS Ja er Lis 8 AÈS AI Eos | SK)5 ee ete; 5 9 ce Less > 9 Les 822 cs Lol 25 jet Lslos Cru) ASS o46è Zys)l DR lets Al 8 sud) >9> 3 JS 32% 9)|

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tous les êtres en dehors d'elle, et elle ne saurait avoir d'autre cause qu’elle-même » (1).

« Admettons au contraire que l’une des deux notions soit éternelle et l'autre créée, nous nous trouvons en face d’une double hypothèse » :

1° L’essence est éternelle et l'unité créée. « L’essence n’était done pas une primitivement, mais multiple avant la création de l'unité. D'autre part, l’unité n’a pu être créée que par l'essence même [de la cause première] ou par une autre cause. Si c'est par l’essence même de la cause première, comme cette cause est éternelle, l’unité ne peut être qu'éternelle, assertion contraire à l'hypothèse. Si elle a été créée par une autre cause, l’on pourrait d’une cause

à l’autre aller à l'infini » (2).

20 L’essence est créée et l'unité est éternelle. Alors, ja cause des causes serait créée et aurait une cause en dehors d'elle : supposition absurde, puisque « l'unité serait en même temps éternelle et non éternelle, existante et non existante; éternelle par bypothèse; non éternelle,

(1) Le) entà ess Les lasms (3 Aa) OS © | LL La Ë ile Lo) C3 Si. Ta ie cols 3 rail ae e 5\ £, T8.

Nous lisons ja au lieu de Âla)l du Ms; il faut encore supprimer (5%.

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parce que l'essence à laquelle elle surviendrait et dont elle aurait besoin pour exister, ne serait pas [selon la même hypothèse] éternelle. Il est évident, en effet, que ce qui a besoin pour exister de quelque chose qui n'est pas éternel n’est pas lui-même éternel » (1).

Yahyà arrête ici son analyse des manières erronées d’envisager l'unité de Dieu. On peut remarquer qu’il n’a pas étudié l'opinion de ceux qui prétendent : « que le Créateur est un dans tous les sens et multiple en aucun sens ». C’est qu’elle sera implicitement réfutée par l'exposé de la thèse vraie qui la contredit : « Le Créateur est un dans un sens; il est multiple dans un autre sens »; et telle est la doctrine que notre philosophe va laborieusement établir dans la suite de son traité. Il est nécessaire de prêter quelque attention pour ne pas perdre la suite de son raisonnement à travers des subdivisions multiples.

La cause première est une; mais, tout d’abord, qu'est ce que l'unité? « Est un», répond Yahyà, tout être dans lequel il n’y a pas de diversité sous le rapport où il est un (2), et l'on peut concevoir cette unité de six manières :

® LS po de saxo a il ef) ge egeils ae cr À) DS Le Le DE , ee À) NB Riu Ru es eue É* 5 Al 9 À DS JS Ban co Cd f,38. us J'É Las ss 65 ©) AE 8,9 © LAS? ed LaË 9% Le ca Les mots entre crochets doivent être supprimés parce qu'ils faussent complètement le sens qui est alors : « l'essence . . . ne peut être qu'éternelle», or, cela va à l'encontre de ete Le manuscrit de Munich dit: 4.305 JÈ Lelss mess Gil ses Voi il s'agit alors de lJ’unité qui ne peut être éternelle avant l'essence His

mais la suite des idées est moins rigoureuse qu'avec la correction que nous proposons.

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L'unité de genre, comme l'animal, car c’est une notion applicable au même titre à plusieurs a telles que l’homme, le cheval, l’âne (1).

L'unité dans l'espèce, par exemple l’homme qui embrasse plusieurs individus comme Zéid, ‘Amr, Khâlid (2).

L'unité dans la relation; la relation reste une, bien que les choses entre lesquelles elle existe se multiplient. Telle est la relation du double à la moitié que nous voyons entre deux et un, quatre et deux, deux cents et cent, deux mille et mille, etc. D’autres fois, la relation est une, par suite d’une certaine similitude entre les choses : telle, la relation entre la source et les rivières qui la prolongent et celle qui existe entre le souffle animal qui est dans le cœur et celui qui est dans les artères (3).

L'unité dans l’indivisibilité (4) qui n’a pas de parties, et ne se divise pas à la facon des quantités; tels sont l'unité considérée abstractivement le point, le commencement du inmouvement, le présent (5).

L'unité dans le continu, comme un seul corps, une seule surface, un seul lieu, un seul temps, et, en un mot, toutes les quantités continues qui ont en acte une ou plusieurs limites par lesquelles elles sont séparées de toutes autres quantités. Un corps n’est un que s’il a en acte des limites qui le distinguent des autres corps; de même la superficie, la ligne, le lieu. Quant au temps, il n’est réellement un que si l’on se représente la partie dont il s’agit comme

(1) A, f.4v; H, f. 8, — Cf. Arrsrore : Aéyerar d° Er xal dy Td yévos ?v duxpégor Tois dnoyeuméraus duugooais . . . oiov Îxxos &v9owros xdwv Ev ve te névra Cox, Métaph. L. IV, C. VI, T. II, p. 519.

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(SPAS SCSI, ENT.

(4) Cf. Arisrore : Aéyerar d° y À To ovveyès à Td GduxlQEToY À y 6 Adyos 6 adrôs. Nat. auscult., L. I, C. II, T. II, p. 249.

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ayant en acte deux limites qui la distinguent de toutes autres parties du temps (1).

L'unité dans la définition. La chose dont il s’agit n’a qu’une seule définition pour exprimer sa nature. Aïnsi, l'homme est toujours défini : vivant, raisonnable, mortel (2). Cette unité dans la définition convient aux termes tout à fait synonymes, par exemple à insän (cuil) et à bachar (,+%>) qui tous deux signifient homme, à limär (læ) et à ‘êr (+) qui tous deux signifient dne (3).

Après avoir ainsi examiné ce qu'est l'unité en elle-même, Ben ‘Adi considère ensuite ses modes d’existence; il y en a six qui s'opposent deux à deux : unité en acte ou unité en puissance (4), unité dans le sujet ou unité dans la définition, unité dans la substance ou unité dans l’accident (5).

Un exemple de l’un en acte est, si l’on veut, la ligne qui relie les deux points formant ses extrémités (6). L'eau et le vin contenus dans deux vases séparés sont un en puissance puisqu'ils peuvent être mélangés ensemble dans un même vase et devenir ainsi un seul corps dont les extrémités seront distinctes en acte de tous autres corps (7).

Le soleil est un dans le sujet parce qu’à lui seul convient la définition de soleil. Un exemple tout à fait sem-

(4) Éors yüg Tù Êv nol duvéuer a) vreleyete. Amisrore, Nat. auscuites A SCPI D SD 250;

(5) H, 1.9. — Cf. Amsrore : Êv léyerar T0 uèr xarà ouuBeByxds, td dè xa9 œdrô. Metaph. L. IV, C. VI, T. I, p. 518.

(6) G. Grar traduit : « Zwei diakritische Punkte (über einem arabischen Buchstaben) : les deux points diacritiques (qui sont sur une seule lettre arabe)». Jahiâ p.20. Les Mss. de Paris, du Vatican et de Munich ont le même texte sLSLS La CARE ileiil ie

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