‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 33 sur 48 · DA FAS · texte numérisé non relu

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sage, qu'il est puissant, et que toutes ces notions n’ont jamais été séparées de lui pour se réunir ensuite (1).

Ces trois attributs ne peuvent être refusés au Créateur. Yahyà le démontrera dans la suite, comme il établira également qu’ils sont nécessaires, mais suffisent pour rendre raison de tous les autres. On comprend pourquoi Ben ‘Adî insiste sur ce nombre de trois attributs : cette sorte de trinité naturelle que perçoit notre raison doit amener les incrédules à accepter là Trinité chrétienne et elle fournit une comparaison facile pour réfuter les objections (2).

Les trois attributs de Dieu. — On ne saurait, d’ailleurs, contester l’habileté dont fait preuve Ben ‘Adî pour établir les attributs divins et en déterminer le nombre. Les choses, dit-il, nous sont connues de trois manières différentes : 1° Nous pouvons percevoir à la fois une chose et ses effets; ainsi la nature et les effets du feu frappent également nos sens; 2° nous pouvons percevoir une substance tandis que l’action qui lui est propre nous reste cachée; par exemple, nous voyons l’hellébore, mais sa vertu de purger la bile ne se révèle qu'à l'expérience; 3° enfin, il est des êtres dont nous constatons les opérations, mais dont l’essence échappe totalement à nos sens : tels sont l'intellect, l'âme, l’aimant qui attire le fer. Nous ne pouvons affirmer ou nier un attribut quelconque de ces substances que par une induction basée sur les effets perçus (3).

(1) À, f. 4v. — Cf, Jrax Damascène: rd deïor Téleudv èore xai évellunès xuTé Te @yadôrnra xaré Te copiur xaré Te Jvraurv. De fide orthodoc ee CAVE pAS 01

(2) Dans sa Défense de la Trinité contre al-Kindi, Ben ‘Adi établit une identité parfaite entre ces attributs et les Personnes : «Pour les Chrétiens, dit-il, les trois Personnes sont des attributs de la substance unique, parce qu'elle est. bonne, sage et puissante. La bonté est appelée par les Chrétiens le Père, la sagesse est appelée le Fils, et la puissance est appelée le Saint-Esprit ». L, f. 89.

138 YAHY À BEN ‘ADI.

Parmi les êtres dé cette troisième catégorie se trouve le Créateur. Sa nature reste cachée et nous dépasse; mais elle marque son empreinte dans les créatures. Puisque elles ont existé après un temps où elles n'étaient pas, elles témoignent de la bonté et de la puissance de leur auteur (1). De sa bonté tout d’abord : en effet, un être qui survient après le non-être, a besoin d’une cause qui l'amène à l'existence. D'autre part, les individus, comme Zéid, ce cheval, ce corbeau, cet arbre, cette pierre, ete., qui existent après n'avoir pas été ne peuvent résulter d’une opération substantielle dans la cause première; autrement ils devraient être éternels, puisque, lorsqu’une chose agit directement par son essence, comme le feu produit la chaleur, la glace le froid, et le soleil la lumière, la cause et l'effet existent en même temps; l’un ne précède pas l’autre, et la suppression de l’un d’eux entraîne la disparition de l’autre (2).

Ce qui est vrai des individus l’est également des choses universelles, s’il est vrai que, pour exister, elles ont besoin des individus; leur manière d’être, leur existence substantielle n'est réalisée que dans les êtres particuliers, c'est-à-dire dans les individus (3).

Nous ne pouvons admettre, d'autre part, que la production des êtres universels ou particuliers procède d’une contrainte, d’une nécessité dans la cause première; car cette contrainte ou nécessité serait l'effet d’une cause étrangère à cette cause première, et celle-ci, dès lors, ne mériterait plus le nom de première. S'il y a des êtres, c'est donc que la première cause a voulu les produire ; c’est un effet de sa bonté (4).

On définit la puissance, « la faculté de faire ou de ne pas faire une chose » (1), et il est manifeste qu'un tel pouvoir existe dans la cause première. A-t-elle pu produire les êtres? La question ne se pose même pas, car il y est répondu d'avance par l'existence de tant de créatures. Mais il est non moins certain qu’elle aurait pu ne pas les produire, puisque l’on ne doit pas admettre, comme on l’a vu précédemment, que la cause première ait été soumise à une contrainte extérieure. Si, d’autre part, elle avait été sujette à une contrainte venant de sa propre nature, les êtres auraient toujours existé, car la cause première, par suite de cette contrainte inhérente à son essence, n'aurait pu différer de les produire (2).

Remarquons encore que les créatures n’existent pas d’une manière quelconque(3). La perfection qui apparaît en elles est une preuve non moins manifeste de la sagesse de Dieu. Leur structure, leurs proportions, leur agencement, leurs relations, leurs temps et leurs lieux, leurs opérations et, en un mot, tout ce qui est en elles essentiel ou accessoire, témoigne d’une sagesse souveraine. Les philosophes anciens, grecs et autres, tout comme les philosophes modernes ont maintes fois traité ce sujet que la perfection de l'univers ne peut s'expliquer sans l'intelligence d’un être qui sait parfaitement coordonner la fin et les moyens (4).

Ainsi, bonté, puissance, sagesse dans le Créateur sont des attributs dont l'existence nous est révélée par les créatures, et ces attributs nous présentent chacun une notion bien distincte des deux autres (5). D'autre part, l'existence des êtres, en l'état où ils sont, obtient une

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