‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 35 sur 48 · CORRE · texte numérisé non relu

CORRE

(4) La négative de cette proposition a été souvent soutenue par les péripatéticiens arabes et notamment par Averroès. « La connaissance de Dieu ou sa providence, disaient-ils, s'étend sur les choses universelles, c’est-à-dire sur les lois générales de l'univers, et non sur les choses particulières ou accidentelles, car si Dieu connaissait les accidents particuliers, il y aurait un changement temporel dans sa Connaissance, c'est-à-dire dans son essence, tandis que Dieu est au-dessus du changement. » Munx, Mélanges de philosophie juive et

connaît, quelle différence y a-t-il entre sa connaissance des choses particulières et des choses universelles » ? (1).

«A cette première question, Dieu connaît:il les choses particulières ? nous devons faire une réponse affirmative, déclare Yahyâ. Nous en avons la preuve évidente à nos yeux, dans les marques de la sagesse divine qui apparaissent dans les créatures. Si l’on examine chacune d'elles, l’on trouve que leur corps et ses diverses parties dans leurs détails, sa proportion et leur proportion, sa forme et leur forme, la disposition et la connexion du tout et de l’ensemble sont adaptées à leurs fins. C’est ce qu'a fort bien démontré Galien dans son livre « De l'utilité des membres » (2). Mais ces membres, qui témoignent d’une si grande sagesse, sont des choses particulières; ils ne se trouvent que dans l'individu particulier, car l’homme universel n’a pas de membres » (3).

«C'est, du reste, une opinion bien étrange que celle qui prétend que Dieu connaît les choses universelles mais qu'il ne connaît pas les choses particulières (4), et comment

arabe, p. 319. Voir sur cette question Marmoxrne, Guide des égarés, 3° Partie, ©. XVI, p.113; ©. XX, XXI, p. 147 et suivantes et la note 3, p. 197.

La même doctrine se répandit en Occident et la 10e des 13 propositions de l’averroïsme latin condamnées en 1270 par Etienne Tempier, évêque de Paris, est celle-ci : « Quod Deus non cognoscit singularia ». Maxponxer, Siger de Brabant, p. 111; 2° édition, Louvain, 1911.

CNE

(2) AE æ lie LS (Zeot yotlas Tüv uoglwv). Il en existe un manuscrit à la Bibliothèque Nationale ; fonds arabe N° 9854.

(8) a) Laei Ÿ CIN ON Cole Leag : : + ALaedl sie HAS: i)

(4) Cf. Marmoxine. « Certains penseurs ont eu recours à cette asser-' tion : que, dans un certain sens, la science divine s'attache à l’espèce et s'étend par là à tous les individus de l'espèce ; telle est l’opinion à laquelle tous les théologiens ont été forcément amenés par la spéculation ... Or, disaient-ils, comme il ne peut survenir à Dieu

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ses partisans feraientils une réponse satisfaisante si on les questionnait sur la connaissance que Dieu a de la nature de l’éclipse? Connaît-il seulement que des éclipses se produisent, ou bien sa connaissance embrasse-t-elle les éclipses passées et futures ? La connaissance parfaite de la nature de l’éclipse, pour Dieu, comme pour les astronomes, doit s'étendre à tout ce qui se rapporte à l’éclipse, c’est-à-dire aux mouvements célestes qui, à un moment précis, amènent les astres à la position où l’éclipse se produit, et il n’y a là qu’une connaissance de choses particulières » (1).

Il est donc démontré, conclut Yahyà, que Dieu connaît les choses universelles et les choses particulières puisque les choses universelles sont une partie des définitions, des choses particulières (2).

Maintenant, comment se produit cette connaissance que Dieu à des choses ? Nous retrouvons ici les idées et les expressions chères à Yahyà que nous avons déjà analysées en parlant de la connaissance humaine : les formes ou images des êtres se produisent dans l’intellect du connaissant : Dieu est informé par leurs formes ; quand il connaît l’homme, il est done informé par la forme de l’homme (3).

De plus, celui qui connaît une chose obtient sa connaissance de l’une des deux manières suivantes : ou par l'intermédiaire des sens, ou par l’intellect. Or, le Créateur ne peut connaître par les sens, puisque les sens appartiennent exclusivement à des corps, et- le Créateur ne saurait être un corps, ainsi que l’a démontré Aristote dans

aucune scieñce nouvelle, il est inadmissible qu'il apprenne aucune des choses nouvellement survenues, et, par conséquent, il ne sait que les choses stables et invariables ». Guide des égarés, 3° Partie, C. XX, p. 148.

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