CIN
(3) Les Musulmans prétendent que Jésus-Christ a prédit la venue de Mahomet, Mohammed, le glorifié (mot de même racine et presque de même signification que Ahmed; le glorieux, quand il à annoncé à ses apôtres la venue du Paraclet (S. Jean XIV, 16). ZZ«géxAnros, que les Chrétiens appliquent au Saint-Esprit, est une altération imaginée par leur mauvaise foi, de mepexlvrés, glorieux, mot qui correspond à Mohammed.
à votre tour, posez lui cette question : « Votre Livre saint que dit-il lui aussi du Christ?» S'il cherche à éluder votre demande, en vous en proposant de nouvelles, ne lui répondez pas, qu'il ne vous ait donné satisfaction sur ce point. Vous le verrez contraint de faire cet aveu : « D’après mon Livre saint, le Christ est le Verbe et l'Esprit de Dieu ». — « Et le Verbe, lui direz-vous, est-il créé ou n’a-t-il pas été créé ? » — « Il n’a pas été créé ». « Nous voilà d'accord; mais, tout ce qui n'a pas été créé est Dieu ».— S'il vous répond : « II a été créé», demandez. lui : « Qui a créé le Verbe et l'Esprit ? » — « C’est Dieu ». — « Alors, Dieu était, avant cette création, sans Esprit et sans Verbe ».— Et vous verrez disparaître votre adversaire confondu, ne sachant que vous répondre ».
« Si un sarrasin vous demande encore : « Comment Dieu at-il pu descendre dans le sein d’une femme ? » dites-lui: « Ton Livre saint m'apprend que Dieu a purifié Marie entre toutes les femmes (1) et que le Verbe et l'Esprit de Dieu sont descendus en elle; mon Évangile dit : « l'Esprit Saint surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre » (2); vous voyez que c’est la même doctrine dans les deux livres » etc. (3).
Mais Mohammed al-Ouarrâq qui fut poursuivi pour impiété et mourut en prison, n’était pas, sans doute, un musulman bien convaincu. C'était, ne l'oublions pas, un contemporain d’al-Mamoûn, et ce khalife, au dire des chroniqueurs, dut être châtié par Dieu, dans l’autre vie, pour avoir laissé altérer la pureté de l’Islam, sous l'influence des doctrines d'importation étrangère : la philosophie grecque avait introduit l’esprit rationaliste dans toutes les questions
(1) «Les anges disent à Marie : Dieu t'a choisie; il t'a rendue exempte de toute souillure, il t'a élue parmi toutes les femmes de Punivers», Qorän III, 37.
(2) Duc. 1,285.
(3) S. Jean Damascène. T. III, p. 1586 et suivantes.
154 YAHYÂÀ BEN ‘ADÎ.
théologiques. Nous n'avons donc pas à être étonnés si, suivant en cela l'exemple déjà donné par al-Kindi, al- Ouarrâq formule ses objections au nom de la seule philosophie ou de la raison. YahyA ben ‘Adî dut bien le suivre sur le même terrain.
La difficulté du problème. — Les objections que nous trouvons développées dans ce traité sont celles qui viennent naturellement à l'esprit sur un sujet qui dépasse notre intelligence : « Lorsque les Chrétiens affirment, d’un commun accord, que le Créateur est une substance unique et trois personnes, et que chaque personne est substance et Dieu, ils émettent des affirmations contradictoires. En effet, l’un ne peut avoir des attributs opposés. La notion de trois exclut la notion d’un; trois est plusieurs, un n’est pas plusieurs; trois est divisible, un n’est pas divisible; un, et non trois, est en puissance tous les nombres. Si par hypothèse on supprime un, on supprime nécessairement trois et tous les nombres, mais la suppression de trois n’entraîne pas celle d’un ou des autres nombres. Il faut done que ces deux attributs, c’est-à-dire trois et un, s’excluent réciproquement, et puisque les Chrétiens les appliquent tous deux et en même temps, à un seul sujet, leur assertion est contradictoire et leur doctrine inadmissible. Ils disent en outre: le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, mais le Père n’est pas le Fils ou le Saint Esprit, le Fils n’est pas le Père ou le Saint-Esprit, et le Saint-Esprit n’est pas le Père ou le Fils; ils doivent done reconnaître trois dieux dont chacun est différent des deux autres » (1). « Faites-nous donc savoir, peut-on dire encore aux Chrétiens, si la substance unique et éternelle de Dieu est diverse en. elle-même ? Ils répondent négativement et excluent ainsi de cette substance l’idée de diversité et de nombre. — Et les personnes sont-elles diverses ? — Oui,
(1) H, f.27; Petits traités, pp. 45—47.
répondent-ils, et c’est de cette distinction que résulte la Trinité. — Eh bien! peut-on reprendre, puisque, d'après vous, la substance est les personnes, vous prétendez que ce qui est différent est ce qui n'est pas différent» (1). Ben ‘Adî avait ainsi à résoudre cette difficulté de montrer comment il est possible de concilier en Dieu l'unité de substance avec la trinité des personnes. Déjà, en traitant de l'unité de Dieu, il nous a prouvé que la notion d’unité comporte une certaine pluralité. C’est cette démonstration qu’il s’agit maintenant de reprendre, et de développer de telle sorte que l’énoncé du dogme chrétien se présente à notre raison sous une apparence parfaitement acceptable.
Théorie trinitaire de Ben ‘Adi. — « Nous agirons sagement, ditil, en commençant par examiner la signification exacte de chacun des mots qui entrent dans les propositions de notre adversaire, car, dans une discussion, il faut tout d’abord s'entendre sur les termes que l’on emploie. Les Chrétiens admettent très bien que l'Éternel est une substance unique en trois personnes (2). Il est une substance, parce qu'il n’est pas. dans un sujet, comme une partie de ce sujet, et que son essence ne peut être en dehors de ce qui le constitue; il est un par définition, mais cette unité n'empêche pas les termes, qui servent à le définir, d’avoir chacun une notion. différente. Quant au mot personne, les Syriens l’appliquent à un sujet individuel, un en nombre, comme Zéid, ‘Amr. Les docteurs chrétiens lui reconnaissent bien cette signification, mais, quand il s’agit du Créateur, le mot revêt trois acceptions distinctes : ce sont des propriétés de la substance unique, des attributs qu'on lui donne, parce qu’elle est bonne, sage et puissante : la bonté est appelée par les Chrétiens
Péreula sagesse est appelée Fils et la puissance est appelée Saint-Esprit» (1).
Cependant, ce serait trahir la pensée des Chrétiens que de leur faire confondre substance et personnes. Ils n’acceptent pas que la notion de substance soit la notion de personne, ni la notion de personne celle de substance. «Ils disent seulement qu'une seule substance est le principe de chaque personne qui tire de la substance sa marque particulière; car la substance à laquelle on ajoute la notion de paternité et donne complètement la notion du Père, est la même substance qui donne la notion du Fils, si on lui ajoute l’idée de filiation; c’est encore la même substance qui, augmentée de l’idée de procession, donne complètement la notion du Saint-Esprit. Elle est une numériquement, et les Chrétiens ne sont pas du tout obligés de reconnaître qu’elle soit trois substances, bien que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dont elle est le principe, soient chacun, substance » (2).
Pour faire mieux comprendre cette distinction, Yahyâ se sert d’une analogie à laquelle il. revint sans cesse : « Nous disons bien, par exemple, si Zéid est médecin, géomètre et scribe : le médecin est Zéid, le géomètre est Zéid, le scribe est Zéid. Toutes ces affirmations sont vraies, et il est cependant bien clair que Zéid n’est pas trois Zéid. La notion de géomètre est différente de la notion de scribe ou de médecin : nous n’en devons pas conclure que Zéid est différent en lui-même; et nous ne raisonnerions pas mieux, si, parce que ces trois notions sont contenues dans un seul sujet, nous disions que le géomètre est le médecin ou que le médecin est le scribe» (3).
De même, en Dieu, chacune des personnes est substance, parce qu’elle n’est pas dans un sujet (1); et cependant on ne saurait dire qu'il y ait en Dieu plusieurs substances. Une seule substance est, en effet, le principe de chaque personne, et confère à chacune sa marque particulière (2). C’est la même substance, à laquelle on ajoute les notions de paternité, de filiation, de procession, qui se communique aux trois personnes du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Toutes ces notions sont comprises dans la substance unique qui est également le principe de la paternité, de la filiation et de la procession (3). Bref, il n’y à pas trois substances, bien que chaque personne soit substance ; il n’y a pas trois Dieux, bien que chaque personne soit Dieu (4).
Yahyà a la plus grande confiance dans cette démonstration métaphysique, et l’on ne saurait nier qu’elle concilie, aussi habilement qu'il est possible, l’unité de la substance avec la trinité des personnes. Cependant, il ne se dissimule pas que cet argument est abstrait, et que, s’il peut satisfaire un esprit accoutumé à la dialectique, il doit avoir peu de prise sur un cerveau populaire. C’est pourquoi, il a recours à une comparaison qui, sans être rigoureuse comme une preuve rationnelle, a le mérite d'illustrer le mystère de la Trinité : il s’agit de la comparaison des miroirs.
« Prenons parmi les objets qui frappent nos regards deux miroirs que nous dresserons en face l’un de l’autre. Nous trouvons dans chacun d’eux l’image de tous les objets placés devant lui, et comme les deux miroirs se font face, il y aura dans chacun des deux l’image du miroir adverse. Nous constatons, en outre, que nous n'avons pas seulement,
PAST (D) RATE TNT LAN ET (4) A; F,8%; H, f 27%; L, f. 89v;: Petits traités, pp. 48, 120.
158 YAHY À BEN ‘ADI.
dans chaque miroir, l’image de l’autre miroir sans les diverses images qui sy trouvent réfléchies, mais qu’au contraire, chaque miroir reproduit l’image du miroir semblable accompagnée de toutes celles qu'il reçoit. Donc, comme l'image de chaque miroir se reproduit dans le miroir adverse, chaque miroir, en fin de compte, réfléchit sa propre image que lui renvoie l’autre miroir ».
« En examinant bien les choses, nous verrons que l’image [ou la forme] de l’un quelconque des deux miroirs que nous prenons, se présente dans trois états dont chacun diffère des deux autres. Tout d’abord, il y a l’état du miroir considéré en lui-même : c’est la forme existant dans le métal ou un autre corps poli recevant l’image de l’objet placé en face. Cette forme ainsi envisagée est évidemment la cause de l'existence de l’image dans les deux autres états, puisque si nous supprimons, par supposition, cette première image ou forme A, l’autre image B, qui se produisait dans le miroir adverse, disparaît et, par suite de cette disparation, l’image CÜ ne se produit plus dans le premier miroir d’où elle dérivait. Rien n'empêche, non plus, la forme du métal poli d'exister seule, sans qu’il y ait en face un autre miroir. Mais alors, il ne se produit plus de seconde forme distincte de celle du métal, et celle-ci n’existant pas dans un miroir opposé au premier, elle ne peut revenir comme à son point de départ et se reproduire dans le premier miroir, où elle formerait une image distincte de la première, Il apparaît ainsi que l'existence de cette première forme est la cause de l'existence des deux autres, puisque sa disparition supposée entraîne celle des deux autres, sans que la disparition supposée des deux autres entraîne la sienne. L’existence, au contraire, des deux dernières formes ou de l’une seule des deux, exige nécessairement l'existence de la première ».
On voit déjà tout le parti que tirera Yahyâ de cette comparaison pour éclairer le mystère de la Trinité.
«Cette manière d’être [de la première forme] ressemble à la manière d’être du Père, puisqu'il est le principe du Fils et de l'Esprit qui dérivent de lui. Le second état de cette forme, à savoir, sa reproduction dans le miroir opposé, nous donne l’image de l'Esprit qui dérive et procède du Père. Le troisième état de la forme, qui revient à son principe et se reproduit dans le miroir d’où elle dérive, nous donne l’image du Fils, puisqu'il ressemble au Père sous deux rapports : 1°, il est la figure du Père et 2°, sa figure existe dans le Père sans en sortir. On voit donc que cette forme [de Dieu ou du miroir], considérée comme forme, est une et non multiple; mais elle devient multiple, si l’on considère trois manières diverses [qui lui conviennent], et qui font de la substance trois sujets ayant chacun une notion distincte des deux autres ». Et Ben ‘Adî continue avec son énergie habituelle : « Aucun homme jouissant de la raison ne saurait refuser de croire qu’il n’y ait de différence entre la forme qu’il perçoit dans le métal et celle qu'il voit dans le miroir opposé, et que cette forme, et la forme réfléchie par le miroir adverse, ne soient une seule et même forme [ou image] ».
Après avoir montré une forme unique en trois états, il reste à prouver que ces trois états sont distincts et ne sauraient se confondre : « On ne peut pas davantage douter que chacun des trois états ne présente une notion distincte des deux autres. La notion que nous donne la forme existant dans le métal, est distincte de l’image qui revient au premier miroir après s'être réfléchie dans le second, et le second miroir, qui réfléchit le premier, nous . donne une image dont la notion est distincte des deux précédentes. L’on voit donc que la même image se rencontre dans trois états, et que l'attribution de ces trois états à cette image la rend multiple. Nous avons l’image ou la forme du métal lui-même, l’image produite par réflexion dans le miroir opposé, et l’image du premier miroir
160 YAHYÂÀ BEN ‘ADI.
réfléchie en lui-même : trois images distinctes les unes des autres ».
«L'image est distincte, non en tant qu'image, mais comme étant dans le métal poli, dans le miroir situé en face, et parce quelle revient au premier miroir d’où elle dérive. Il est donc établi clairement qu’elle est une en tant qu'image, mais que, si on lui adjoint trois états, ou, si vous préférez, trois attributs, elle devient trois choses; donc elle est une comme image et multiple par ses attributs ».
Nous avons cru devoir reproduire dans son entier cette comparaison un peu verbeuse. Rien ne caractérise mieux la manière de Yahyâ et son rôle d’apologiste. Notre philosophe ne se fait pas d’illusion sur la valeur de cette preuve et se rend bien compte qu'on ne saurait établir entre le fini et l’infini que des analogies lointaines. Mais il sait aussi que l’homme, habitué à connaître par les sens, a besoin d'arguments sensibles, pour s'élever jusqu'à Dieu. C’est même, au demeurant, la seule manière qui nous permette de communiquer avec lui. Aussi, loin de blâmer Yahyà, convient-il de reconnaître l’ingéniosité de son esprit et l’habileté de son apologétique. Du reste, il ne fait pas difficulté de reconnaître qu’une comparaison empruntée à des objets matériels, comme des miroirs, ne peut être que très défectueuse. Celle que rous pouvons tirer de la connaissance que nous avons de nous-mêmes, dans laquelle notre âme est tout à la fois l’intellect, l'intelligent et l’intelligible, est plus adéquate; elle devait plaire naturellement à l'esprit spéculatif de Ben ‘Adî qui va nous la développer avec une remarquable précision.
«Tout ce que nous comprenons, dit-il, est perçu par l'intelligence, et l’intellect est une des choses que nous pouvons comprendre. Or, il est évident que l’intellect ne comprend que par l’intellect et qu’il est une essence existant réellement. La notion d’intellect n'implique pas la notion d’intelligent en acte (‘äâqit) ou d’intelligible (ma‘qoûl),
et la notion d’intelligible est différente de la notion d’intellect ou d’intelligent. Il apparaît à tout homme sain d’esprit que, puisque l’intellect perçoit son essence, il lui survient, en vertu de la perception de son essence, la notion d’intelligent, et, puisqu'il est lui-même la chose que perçoit son essence, il est également l’intelligible de sa propre essence. Il mérite ainsi trois qualifications différentes : il est intellect [pur], il est intelligent, il est intelligible, tout en étant une seule essence; car ce qui est intellect est bien cela même qui est intelligent et intelligible ».
Et Ben ‘Adî poursuit cette démonstration métaphysique, en la faisant concorder avec la comparaison des miroirs.
« La même essence prend le nom d’intellect, quand on la considère abstractivement et sans l’accompagner d’une autre notion, et elle est le principe des deux autres qualificatifs qui lui sont justement attribués, lorsqu'on ajoute à sa notion, la notion de chacun d’eux. L'on peut dire ainsi de l’essence, considérée comme se représentant ellemême, qu’elle est intelligente et, considérée comme représentée, qu’elle est intelligible. Il est encore évident que la notion de l’intellect considéré seul est le principe des deux autres notions d’intelligent et d'intelligible, puisque la suppression de cette première notion entraîne nécessairement celle des deux autres, tandis que l'existence de l’une de ces deux dernières suppose nécessairement la première ».
Ces données une fois établies, il est facile d'en tirer une image de la Trinité : « Nous avons donc là une ressemblance avec le Père, puisque le Père est le principe du Fils et du Saint-Esprit. Et comme la notion de l’intelligent subsiste dans l’intellect et sans en sortir, on peut le comparer au Fils, puisque Ja nature du Fils et celle du Père sont une seule nature. Considéré comme intelligible, l'intellect peut être comparé au Saint-Esprit, qui sort et procède du Père, comme l’intelligible, en tant qu'intelligible, sort de l’intelligent ct retourne vers lui ».
Périer. 11
162 YAHYÂÀ BEN ‘ADI.
« Ainsi l’intellect, l’intelligent et l’intelligible peuvent être comparés au Père, au Fils et au Saint-Esprit, puisque la substance de l’intellect est la substance de l’intelligent et de l’intelligible. Cette essence n’est pas multiple; cependant on peut lui appliquer trois attributs dont chacun diffère des deux autres, et dès lors elle admet la pluralité par l'intermédiaire de ces trois attributs, mais non considérée comme essence. Cela ressemble à la doctrine des Chrétiens touchant le Créateur : il est une substance unique, exempt de tous modes de pluralité en tant que substance, et il admet trois attributs, ou, si vous aimez mieux, trois propriétés. Lorsque l’on ajoute à la substance ces trois notions, chaque composé, formé de la substance et de l’une de ces notions, diffère par son attribut ou propriété, du composé obtenu par la substance et l’une des deux autres notions (1); mais la différence provient des propriétés et non de la substance » (2).
Voilà donc la théorie aristotélicienne de la connaissance employée à l’explication du dogme chrétien, et nous aurions mauvaise grâce à nier que Ben ‘Adî n’en ait tiré une très ingénieuse comparaison pour éciairer le plus pro: fond des mystères. Mais notre philosophe ne va pas s’arrêter à une simple comparaison ; il pousse plus avant; il entrevoit, comme l'avait déjà fait Saint Augustin, la possibilité de transposer dans l'essence divine les concepts qui résultent de la connaissance que notre âme a d'elle-même; il formule ainsi une théorie trinitaire qui ne craint aucune
(1) Yahyà répète souvent que les personnes sont indentiques par la substance, et diverses par les propriétés. Le Père, c’est la substance et la notion de paternité; le Fils est la substance à laquelle s'ajoute Fidée de filiation; la procession et la substance c’est le Saint-Eprit. On voit de quelle manière un composé, c’est-à-dire une personne, diffère des deux autres par sa propriété et non par la substance.
(2) H. ff. 21— 93; Petits traités, pp. 11—22.
comparaison, et qui mérite à son auteur, presque inconnu, une place des plus honorables dans l’histoire du dogme de la Trinité.
Yahyà voit le principe de la Trinité dans la connaissance que Dieu a de lui-même.
Dieu est essentiellement un intellect ; il comprend done directement par son essence ; il doit se connaître luimême, c’est-à-dire que l’essence divine est un des intelligibles que perçoit l’intellect divin; il est ainsi intellect, connaissant ou intelligent, connu ou éntelligible (1). Ces trois notions sont éternelles et nécessaires comme l’essence divine elle-même, « puisque en aucun temps, le Créateur n’a été sans penser pour penser ensuite, en aucun temps il n’a été sans se connaître pour devenir ensuite se connaissant, il n’a jamais existé sans être l’objet de sa propre pensée pour le devenir après » (2). Et ce sont ces trois