‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 8 sur 48 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Jean Philopon à Alexandrie, Sévère d’Antioche, Sergius, évêque de Ras'aïn, sont restés célèbres par leurs traductions et leurs commentaires d’Aristote.

Aucune secte, toutefois, ne contribua plus que les Nestoriens au développement de l’Aristotélisme. L'étude d’Aristote et l’hérésie nestorienne apparaissent ensemble chez les Syriens, c’est-à-dire au temps du concile d'Éphèse (431). Elles prennent possession de la célèbre École des Perses à Édesse. Lorsque cet institut fut détruit, sous Zénon l’Isaurien (489), les Nestoriens se répandirent dans la Perse et fondèrent les écoles, bientôt très fréquentées, de Nisibe et de Gondisapour (1). C’est encore en Perse que se réfugièrent les philosophes exilés des écoles d'Athènes ou d’Alexandrie, à la suite des persécutions de Justinien, en sorte que ce pays fut, sous Chosroès le Grand, le véritable refuge de la culture grecque (2).

Cet envahissement de la Syrie et de la Perse par des Nestoriens adonnés à l’étude d’Aristote, est un des faits les plus importants dans l’histoire de la philosophie, car c’est là qu’il faut chercher la véritable source fe la philosophie arabe.

La communauté d’origine sémitique et presque de langage favorisa toujours les relations entre Syriens et Arabes. Même avant Mahomet, c'étaient des Syriens qui exerçaient la médecine dans la péninsule; les royaumes de Hira et de Gassan, dans l'Arabie du Nord, étaient pleins de Nestoriens instruits qui sortaient presque tous de l’école de Gondisapour (3). IL était encore nestorien al-Hârith ben Kalada, l’ami et le médecin du Prophète (4).

Ce contact entre les deux peuples s’accentua avec la

(1) Assemaxt, T. II, pars I, p. LXX VII et seqq.

(2) Renan, De philos. perip. ap. Syros, p. 17.

(3) Caussin ne Percevar, Essai sur l'histoire des Arabes avant l’Islamisme. T. II, pp. 144, 487.

(4) ABoû-1-Faras, p. 156.

48 YAHY À BEN ‘ADI.

conquête arabe. Les semences de civilisation occidentale, répandues en Perse par les moines savants et les derniers philosophes grecs, furent recueillies et mises à profit par les Arabes, durant leurs premières incursions en Asie. Cependant, les progrès des lettres furent très lents sous la dynastie des Oméyyades. Cette famille, qui gardait les mœurs des anciens nomades, était peu sensible à la eulture grecque (1), et avait-elle, d’ailleurs, le loisir de s’y intéresser, pendant qu’elle portait, en moins d’un siècle, les armes musulmanes depuis l’Indus jusqu'à la Loire ?

Mais lorsque l'esprit persan, représenté par la dynastie des Abbassides, l’'emporta sur l’esprit arabe, la philosophie et les autres sciences grecques pénétrèrent dans l'Islam. « Aussi, est-ce à Bagdad, la nouvelle capitale des Khalifes, la ville abbasside par excellence, qu'est le centre de ce mouvement intellectuel ; ce sont des Nestoriens et des affiliés du magisme qui en sont les instigateurs et les instruments. » (2)

Au khalife Aboû Ja'far al-Mansoûr qui s’occupait volontiers d'astronomie et de problèmes philosophiques, revient l'honneur d’avoir inauguré la grande époque des études arabes (3). « Par son ordre, on traduisit pour la première fois, en arabe, des ouvrages de littératures étrangères, Kalila et Dimna, différents traités d’Aristote sur la logique, l’Almageste de Ptolémée et plusieurs autres ouvrages anciens, grecs, romains, pehlvis, persans, syriaques » (4). Ses successeurs, Mohammed al-Mahdî et Hâroûn ar-Rachîd, imitèrent son exemple et attirèrent à leur cour les savants et les poètes qu’ils comblaient de bienfaits.

C’est surtout le fils d’ar-Rachîd, al-Mamoûn, le septième khalife de la maison d’‘Abbâs, qui, durant les vingt an-

(1) ABoû-L-Faras, p. 235.

(2) Renan, Avwerroës, p. 91.

(3) Agoû-1-Faras, p. 285.

(4) Mas'oûni, Prairies d’or, T. VIII, p. 291.

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