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CHAPITRE YIII

SAINTt:-A\Nl£ DE BEAUPRE

De Québec à Sainte- Anne. — La cascade de Montmorency. — Histoire d'un sanctuaire. — Une journée chez le curé de Saint-Féréol. — Pas de budget des cultes. — Popularité de la dinie. — Le catholicisme au Canada. — Induence du curé Labelle.

Lafoi des Canadiens esl toujoins un sujet de surprise pour les touristes français ; mais cette foi religieuse ne se manifeste nulle part avec plus de vivacité qu'à Sainle-Anne de Beaupré. On peut dire que ce sancluaire est en quelque sorte le Lourdes du Canada ; r aussi n'ai -je pas voulu quitter le pays sans aller faire mes dévotions à « la bonne sainte Anne » , comme disent les gens de là-bas.

On a créé une ligne spéciale pour desservir les pèlerinages. Le matériel est encore tout flambant neuf : la ligne Ji'a été ouverte que le 10 août 1889, sous la présidence du cardinal Taschereau, archevêque de (Québec.

La voie ferrée longe le llcuve jusqu'à Sainte- Anne; c'est bien la ligne la plus coquellc cl la plus jolie qui soit au Canada. Ces trente kilomètres qu'il faut fran-

SAINTK-ANNi: DE BEAUPRK

cliir il travers les riantes campagnes (jui sont au pied (les Laurentides, constituent la plus charmante promenade (|u'on puisse rêver.

Ce délicieux pays est le berceau du peuple canadien; il a été le théâtre de plusieurs i,Mauds événements de son histoire, et les beautés naturelles (pii y abondent en font certainement Tune des régions les plus pittoresques du Canaila. Les Canadiens, en bons patriotes

(le Montcalm durniil le siogo de Québec.

([uils sont . uliésitcnl pas à préféi'cr ce petit coin de leur pays au golfe de Naples et aux paysages les plus vantés.

Kn sortant de (Québec, on franchit la rivière Saint- Charles sur un pont tournant ; on salue de loin la croix monumentale (pii a été élevée à l'endroit où Jac/pies Cartier hiverna en l'ilîO avec les équi[)ages de ses trois vaisseaux, et l'on arrive au village historique de Heauport. ('"est là, dans un \icu\ uiauoir, que Montcalm, en il'.W), avait son tpiarlier général. On admire, en passant , l'église paroissiale qui est un remarcpiable

édifice dans le style gothique , et dont la construction a coûté près d'un million.

Un peu plus loin, voici le village industriel de Montmorency avec sa fameuse cascade. En tombant d'une hauteur de près de cent mètres , la rivière de Montmorency forme une chute c[ui rivalise avec celles du Niagara. Le volume d'eau est à coup sûr moins considérable; mais, à la voir du chemin de fer, on dirait une haute muraille de neige éblouissante de blancheur, et je comprends que certains touristes n'en parlent qu'avec une vive admiration.

On aperçoit, à droite, les flèches aiguës des sept paroisses de l'île l'Orléans, et après avoir dépassé les coquets villages de l'Ange- Gardien et de Château- Richer, on voit se proliler à l'horizon les tours et les coupoles de Sainte- Anne. Le chemin de fer amène les pèlerins à deux pas de la basilique.

L'édifice est récent , mais le pèlerinage a déjà plus de deux siècles et demi d'existence. Son histoire vaut la peine d'être contée.

Originaires pour la plupart des provinces de Normandie et de Bretagne, les premiers colons canadiens apportèrent avec eux de France et transmirent à lem's descendants le culte de sainte Anne. Ils placèrent même sous le vocable de cette grande sainte l'une des premières paroisses qu'ils fontlèrent sur les rives du Saint -Laurent : c'est aujourd'hui Sainte- Anne de Beaupré. Le culte y fut établi en 164;"). La petite chapelle qui fut construite h l'origine était desservie par des jésuites missionnaires. Mais, en KKiS, on éleva une chapelle plus considérable par les soins de M. de Queylus, Sulpicien et curé de Québec.

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Les popiilalioiis riveraines du lleuvc prirent bientôt rhahitiulc de venir faire lenrs dévotions à sainte Anne, dans le sanctuaire qui lui élail dédié ; de grandes grâces furent (obtenues par son intercession : le gouverneur de la colonie cl révêc[ue de Québec s'intéressèrent à ce pèlerinage, et en peu de temps la fête de Sainte-Anne devint fête d'obligation dans toute retendue de la Xouvelle-France.

La renommée du jeune et lointain sanctuaire IVanchit les mers et se répandit en France. La reine Anne (rAutriclie envoya une chasuble magniliquc, qu'elle avait brodée elle-même ; des tableaux de valeur, îles croix, des ciucilix et autres objets i)récieux ne tardèrent pas à aflluer à titre d'ex-voto, et les nuus de léglise disparurent sous des présents (pii témoignaient de la piété des fidèles et aussi de la puissance de sainte Anne.

Le pèlerinage était non seulement fondé, mais il était prospère. Au mx*" siècle, on comprit la nécessite de remplacer la vieille église qui menaçait ruine. Sous les auspices de rarchevêque de Québec , on recueillit des ressources considérables qui servirent ;i édifier ime église plus vaste et plus en rapport avec les besoins du pèlerinage. Le nouvel édifice fut bénit solennellement et ouvert au culte le 17 octobre 1870.

Il n'y a rien h dire de l'architecture, sinon que tout y est convenable, et (piii défaut d'arl la disposition intérieuiT j)résente de très grandes commodités poin* recevoir la foule des pèlerins.

L'église a été érigée en basilitpie le '2S janvier 1887, et le I i septembre de la même année le cardinal-archcvè(pie de Québec, représentant le pape Léon XI 11,

ten YANKEES ET CANADIENS

a place sur la tôle de la statue de sainte Anne luie splendide couronne d'or massif.

Le pèlerinage est actuellement dirigé par des Rédemptoristes belges, qui s'entendent à merveille à entretenir la piété des fidèles et leur dévotion à la bonne sainte Anne.

Tout n'est peut-être pas du meilleur goût ni d'une piété parfaitement éclairée, dans les moyens qu'ils emploient pour surexciter le zèle et la ferveur des Canadiens. Mais qu'importent de petites critiques de détail ! L'essentiel, c'est cpic le pèlerinage en l'honneur de sainte Anne soit llorissant, que son culte soit populaire et que les paysans et les péchem's, qui viennent s'agenouiller devant cette vénérable statue, y trouvent les consolations et les «races dont ils ont tant besoin pour suffire à leur dure tâche.

Le courant de piété qui entraîne les ])opulations canadiennes à l'église de Sainte- Anne est si vif et si intense que, l'année dernière, le chemin de fer, à lui seul, y a transporté plus de cent cin((uante mille pèlerins. Pour se rendre compte de l'importance de ce chilTre, il ne faut pas oublier que toutes ces pieuses démonstrations sont suspendues pendant l'hiver, et que par conséquent ce chilTre de cent cinquante mille pèlerins doit être réparti entre les quatre ou cinq mois de la belle saison.

Il est donc certain qu'avant peu d'années, l'église de Sainte- Anne de Beaupré sera le sanctuaire national de tout le Canada, et peut-être même de toute rAméri([ue du Nord (car je n'ai pas entendu dire qu'il y eût inen de semblable aux États-Unis). Il ne faudra pas s'en plaindre, si toutes ces manifestations de foi religieuse

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