I.A FAMILLE AMEKICAINE
Le mari n altachc aucune importance h ce propos, et il s'en va en sifllolant un air.
Sa fenune sort tlei-rière lui, le suit à (|ucl(|ue ilistance, puis, rencontrant unpoliccman:
« Voyez-vous ce monsieur qui est là-bas, sur le trottoir? il m'a manqué de respect. »
Le brave ofdcier de police n'en veut pas entendre davantage. Il se précipite sur le malotru qui insulte les femmes et il le conduit en prison. Traduit devant le juî^e, le pauvre diable se creuse la cervelle pour savoir quel crime il a bien pu commettre. On produit le témoin; quelle n'est pas sa stu[)éraction en reconnaissant sa femme ! Elle triomplie, bien entendu :
« Ne t'avais-je pas dit (pie tu te repentirais? »
Que répondre à cela? Mettez-vous à la })lace de l'infortuné mari. N'ayant pas la ressource d'user de sa canne, il se repentit publi(pienient , fit des excuses, et promit d'être plus aimable à l'avenir, moyennant quoi il fut relâché et rendu au.\ douceurs de la vie conjugale.
Je veux bien croire que les histoires de ce genre sont assez rares. Pourtant c'est encore trop qu'elles puissent se produire. N'en viendra -t-on pas un jour à limiter les prérogatives des Américaines? Je serais bien surpris si elles ne vérifiaient pas bientôt à leurs dépens la justesse du proverbe français : •< Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se casse. » En tout cas, si jamais on restreint leurs privilèges, si surtout on les met dans l'impossibilité de nuire à cpii que ce soif, aux étrangers comme à leurs maris, c'est à elles et ;i leurs abus de pouvoir qu'elles devront s'en prendre.
216 YANKEES ET CAXAUIEXS
Les Américaines sont donc parfois autoritaires et vindicatives. Xe sont -elles que cela? N'ont -elles pas quelques autres défauts ? — Je ne voudrais pas me faire lapider par ces aimables tyrans ; mais au risque d'encourir leurs sévérités et même leur vengeance quand je remettrai le pied sur la terre américaine, je dirai toute la vérité.
Or j'avoue que ce qui m'a le plus choqué, chez les Américaines cju'il m'a été donné d'observer, c'est la façon plus que discrète dont elles remplissent leurs devoirs maternels. Je suis convaincu qu'elles aiment leurs enfants ; mais, franchement, on ne s'en douterait guère , tant elles prennent soin de cacher leur tendresse. Elles ne connaissent pas ces explosions de baisers et de caresses qui sont si familières aux mères françaises. On dirait prescjue que l'enfant est pour elles une gêne et un embarras. Toute la journée, le pauvre petit reste dans la nursery : ce n'est que de loin eu loin que la nourrice le présente à sa mère, et encore cette formalité scmblc-t-elle avoir plutôt pour objet de faire contrôler l'état sanitaire de l'enfant.
Bien souvent, il m'est arrivé de me trouver en chemin de fer en compagnie de jeunes époux voyageant avec leur enfant. Or, presque toujours, j'ai constaté que c'était le père cjui tenait l'enfant, qui l'amusait et lui donnait tous les soins matériels, même les plus rebutants. Quant à la mère, elle restait drapée dans sa dignité et dans son indifférence, et elle lisait c[uelque roman, ou regardait le paysage par la portière.
L'Américaine n'a pas non plus le goût des choses du ménage. Quand elle est très riche, elle se décharge
l.A I AMILI.E AMKRICAIM:
(le CCS soins sur hiic1(|ik' dcjuicsliquc : cl si ses ressources sont liinilccs, elle va s'iuslailcr avec sou mari à riiôlcl ou dans (juel(|ue pension de l'aniille , pour s'éviler les tracas d'un train tle maison. Aussi je me demande à quoi elle peut bien employer ses journées. Si j'en crois certains renseignements, elle l'ait un peu
.^^•\v-^ oik.