LE GARÇON
Il est inipossd)lo (juc l'éducation de l'enfant ne se ressente pas des iinpcri'eclions et des misères que présente le foyer domestique. Sevré de bonne heure des caresses de ses parents, — à supposer-qu'il les ait jamais connues, — le petit Américain n'est pas pour eux ime de ces charmantes poupées, vivantes et parlantes, qui font la joie des parents français.
Entre cinq et six ans, il est placé à l'école publi([ue. On ne connaît pas en Améri(pie les éducations privées. Point de précepteurs comme en France, pour donner il l'enfant riche, sans (pril sorte de la maison, tous les soins intellectuels et moraux dont il a besoin. Les .Vméricains ne comprendraient pas une telle formation <le serre chaude. In airhi-inillionnaire comme Armour ou Pullinann envoie ses enfants, garçons et lilles, à l'école commune pour y apprendi'c h lire et à écrire. Ils s'y rendent toujours seuls, sans domesticpie pour les accomj)ai;-ner. Rien n'est ciuieux à observer comme l'enfant américain allant ii l'école. Il a ses livres .sous le bras et, à son air i^i'ave, on le preuilrail |)Our un petit [)ersonnage (pii a déjà conscience de sa dignité.
Il rentre souvent le soir à la maison avec ses vêlements déchirés, avec le visage en sang et même un œil poché , mais personne ne s'en plaint , pas même lui ; car on lui fait comprendre que c'est de cette manière, c'est-à-dire en donnant et en recevant maints horions, que doit se faire lapprentissage de la vie. A ce contact avec des camarades de toute condition, il s'habitue à se débrouiller dans son travail et dans ses jeux ; il se sent pris d'émulation pour surpasser ses rivaux, et s'il appartient à un rang supérieur de la société , il perd infailliblement la morgue que jjourrait lui inspirer la fortune de ses parents.
Vers l'âge de douze ans, il lui faut déjà penser à l'avenir. S'il est de condition modeste, il continue à fréquenter pendant deux ans l'école publique , jusqu'à ce qu'il soit en mesure de gagner sa vie dans un atelier, dans un magasin ou dans un Innxau. Si, au contraire , il a assez de ressources pour pousser plus loin ses études, il est envoyé à l'université voisine ou dans quelque école spéciale. Mais ceux qui aspirent aux carrières libérales ne sont que le petit nombre.
En réahté, pour l'Américain, il n'existe pas de différence entre les diverses carrières; comme il ne les envisage qu'au point de vue de l'argent qu'on y gagne, la profession la i)lus digne d'envie, la plus libérale à ses yeux, est celle (jui lui permet de gagner le plus d'argent. Aussi dirige -t-il de préférence ses enfants vers le commerce et l'industrie. Et encore je me trompe en disant qu'il les dirige. A vrai dire, les choses se passent beaucoup plus simplement. Des qu'un garçon a une instruction suftisantc, le père lui donne un