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LA JEUNE FILLE

L'ctie heureux par excellence dans la famille américaine, c'est la jeune fille. A clic tous les honneurs, toutes les joies, tous les privilèges et tous les plaisirs. Elle est véritablement la reine du foyer, et il semble (jue ses parents et ses frères ne soient là que pour la servir.

Dès sa sortie de ]n nii/ser}/ , elle est mise h l'école publicjuc, et, comme en Ainéricpic toutes les écoles sont mixtes, il en résulte que la fillette s'habitue dès la première enfance à vivre avec les garçons. Elle joue et travaille avec eux ; avec eux aussi elle va en classe, et c'est avec eux encore qu'elle revient à la maison. Les Américains paraissent tenir beaucoup à ce mélange des sexes; ils prélendeni que ce système a pour elTet de donner de l'émulation aux garçons, et de les rendre plus aimables et plus polis. D'accord! Je vois bien ce que les garçons y gagnent , mais les jeunes lillcs n'y perdent-elles rien?... J'ai causé de cette situation avec des hommes d'un esprit élevé et exempts de tout parti pris, et je me rappelle qu'ils ont été unanimes à déplorer les funestes consé(juences que présente le mélange des sexes, au moins dans les grandes villes.

Je n'ai (pie des notions incomplètes sur la nature et la valeur des études aux(|uelles se livrent les jeunes filles. Je me souviens qu'un jour, ii (Ihicago, je me trouvai dans un tramway avec deux jeunes filles qui allaicnl

à l'école. Sans se soucier de leurs voisins, elles tenaient à la main un hloc-noles et elles faisaient leur prol:)lème aussi tranquillement que si elles avaient été en classe. J'eus la curiosité d'examiner levu* travail : c'étaient des opérations algébriques. Elles me montrèrent aussi leurs livres : une petite Bil)]c , une algèbre et une géométrie. La classe, paraît -il. devait commencer par la lecture de quekpies versets de la Bible, et après, on ne devait faire que des mathématiques ; d'où j'ai conclu, peut-être à tort, que l'éducation scientifique des jeunes Américaines était plus soignée que celle de nos jeunes filles françaises.

J'aurais bien voulu pousser plus loin mon enquête et savoir par le menu tout ce qu'on enseignait à mes charmantes voisines. Mais mon anglais était tellement fantaisiste, et elles riaient de si bon cœur des fautes que je commettais, que je dus renoncer à en apprendre davantage.

Les jeunes filles, en Amérique, trouvent assez facilement, lorsqu'elles sont pauvres, une occupation peu fatigante et rémunératrice. Elles sont, comme en France, modistes, vendeuses dans un magasin ou institutrices. Mais depuis cjuelques années, elles se font surtout type-icriter, c'est-à-dire c|u'avec la machine à écrire elles remplissent le métier d'écrivain public. Comme l'Américain a une secrète répugnance pour l'écriture, il a sans cesse recours à la machine à écrire, et il faut voir avec quelle dextérité les jeunes Américaines savent la manier : nos plus Itrillantes pianistes pourraient envier l'agilité de leurs doigts. En quelques minutes, elles prennent au vol une lettre qu'on lem* dicte et elles la rendent parfaitement imprimée. Seule-

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