I.A FAMILLE AMLIUCAINE
rivières, lonibciit souvcnl dans leavi. Elles reçoivent ([uehiuefois des coups de pied el des coups de corne des bœufs ou des chevaux. Mais celles qui arivent sans lare à leur plein développement sont iiuij)précial)les, el ce sont celles-là qu'on montre. L'exercice et le grand air ont fortilié leurs membres. Les vices, rédhibitoires ou autres, se seraient tléclarés s'il devait y en avoir. On peut les prendre en loule sécurité, car on en connaîl tout de suite le fort et le faible; tandis que les pouliches de la plaine de Caen, pour l'élevage desquelles on n'a prescjuc jamais d'accidents, grâce aux })récaulions prises, donnent souvent de graves mécomptes (|uand on les met en service. Beaucoup sont bonnes, mais elles oui rinct)nvénicnl d'èlre souvent un peu sous l'd'il à leurs débuis cl de devenir quinteuses en diable lorsqu'elles vieillissent.
« Comme éleveur, je préfère de beaucoup le système de la plaine de Caen; mais, comme acheteur, je (rouve (jue le système de Mcrlcrault a bien du bon. »
N'étant ni éleveur ni acheteur, je n'ai pas à prendre parti entre les deux méthodes; mais je ne puis m'empêcher de songer aux cris d'elîroi que pousseraient les mères françai.ses si leurs filles s'avisaient un beau jour d'imiler Icuis sœurs de r.Vméricpie. Tout ne sérail pas perdu; mais je crois pourtanl (jue les jeunes personnes françaises ne gagneraient pas à « s'américaniser ».
Pour les jeunes lillcs de l'Américpie conuiie pour celles de tous les pays du monde, le grand jour de la vie, c'est le mariage.
SeulemenI , pour peu «pi'oii étudie le droil américain, on reslc slupéfail de la facilité invraisemblable avec
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laquelle sont conclues les unions. On croirait que tout a été combiné par la loi pour faire du mariage un contrat sans conséquence; c'est ce qui faisait dire à un journal américain, le Graphie: « Souvent on prend plus de précautions pour louer un appartement que pour se marier soi-même ou pour conclure le mariage de sa fille. »
La loi n'exige ni publications de bans, ni conditions de domicile, ni même de cérémonie d'aucune sorte. Il n'est pas même nécessaire que le mariage soit célébré par un officier de fétat civil. A défaut d'un ministre de la religion, un juge, un médecin, ou même un chef de gare peut parfaitement rendre valide un contrat de mariage. Le consentement des parents est moins indispensable encore. Parfois même on pousse la Ijizarrerie jusqu'à contracter mariage dans les circonstances les plus incroyables. Aussi raconte -t -on à ce sujet des histoires fort réjouissantes. En voici une très savoureuse, que j'emprunte au curieux volume de M. Jousselin sur les YanJx-ees fin de siècle.
Dans le Kentucky, un grand amateur de bicyclette rencontrait invariablement au cours de ses promenades un concurrent qui semblait vouloir lui disputer le prix de vitesse. Lhi jour notre héros est jeté à terre par le heurt d'une pierre malencontreuse, juste au moment où son rival arrivait à fond de train. Impossible de se relever assez vite; il est écrasé et meurtri par la machine de son adversaire qui lui-même est renversé. Les deux bicyclistes se relèvent lanl bien que mal ; mais , ô miracle , l'écraseur est une femme ! Aussitôt l'écrasé lui déclare sa Ilamme et lui demande sa main : « C'est entendu, » répond sa nouvelle amie.
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On convient anssilol du jour cl de llicurc du mariage.
Tout d'un coup la blonde cnfanl s'écrie :
« Jack, pouvez- vous m'accorder une faveur? je désirerais me marier à bicyclette!
— Je n'osais pas vous le demander, » ré|)liqua l'autre profondément ému, avec des larmes dans la voix.
Qnel(|ues jours après, au milieu d'une nombreuse assistance , un clergvnian bénissait l'union des deux fiancés (pii avaient fait chacun, à bicyclette, leur entrée dans l'église, suivis de leurs garçons et demoiselles d'honneur cpii avaient tenu à imiter un si bel exemple.
Il faut convenir cependant cpie d'ordinaire les choses se passent avec plus de correction; la poésie n'y fait même pas défaut.
Les mariages ont lieu, non pas à midi comme en France, mais ii huit heures du soir. La journée entière se i)asse à parer la mariée.
Enlin, la tcnlette achevée, on se rend à l'église, qui est étincelante de lumières et décorée des fleurs les plus rares. Il n'y a pas de cortège. Les parents vont se placer aux premiers rangs; les hommes sont en habit, les femmes en robe décolletée. Les garçons d'honneur, au nombre de huit ou dix, se tiennent k l'entrée de l'église , et ont jjour mission de conduire les invités à leurs places.
Enlin la mariée arrive; elle s'avance seule en robe ouverte, et va rejoindre son fiancé qui l'attend au j)ied de l'autel. Alors le père de la jeune lille s'approche et met lui-même la main de son enfant tlans celle de son gendre. Le clergyman adresse aux mariés les (juestions
d'usage et passe l'anneau au doigt de la jeune femme; il donne sa Ijcnédiction aux nouveaux époux, fait une courte prière, et la cérémonie est terminée; en tout elle n'a pas duré dix minutes.
On revient ensuite chez les parents de la mariée qui donne une réception suivie d'un bal.
Pendant que les invités sont occupés à admirer les cadeaux et la corbeille, les époux s'éclipsent j^our changerde toilette. Ils reparaissent ensuite en costume de voyage, et ils ouvrent le bal.
Soudain, la mariée jette son bouquet de ileurs d'oranger à ses demoiselles d'honneur qui se livrent aune lutte épique pour l'attraper, car la tradition veut que celle ([ui le possède se marie dans l'année. A la faveur du tumulte , les époux montent en voiture et se dirigent vers la gare, mais pas assez vite pour ne pas recevoir les poignées de riz et les vieilles pantoufles dont les criblent les parents et les amis.
Les voici enfin confortablement installés dans leur Pullmann ; ils vont passer le temps de leur lune de miel au Niagara : c'est le rendez-vous traditionnel et presque obligé de tous les mariés qui font un voyage de noce.
Un philosophe pessimiste a laissé échapper cette boutade: « En France, les époux s'étudient trois semaines; ils s'aiment trois mois, se disputent trois ans, et se tolèrent trente ans. »
Cetteremarque ne sera jamais applicable auxmariages américains. Là -bas on s'étudie aussi longtemps que l'on veut, et les fiançailles peuvent durer dix ans. J'ignore si l'on ne s'aime que trois mois; en tout cas, il est rare qu'on se dispute , et plus rare encore qu'on
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se tolt'rc : ou tiuu\c hcaiicouppliis simple de divorcer. Moyennant deux dollars, on reconquiert sa liberté. On n'a plus qu'à envoyer à ses amis une carte ayant en tête dcu.\ chaînons brisés avec ces mots imprimés :
« M. et M""' Z... prennent la liberté (Tinformer leurs amis que le mariage est dissous par arrêt de la cour .suprême. M""' Z... reprend son nom déjeune tille W... >.
Kl tout est (lit! Ottc union provisoire n'aura été qu'un vulgaire épisode qu'on s'empresse d'oublier.
Gomme je comprends cette réilexion d'un voyageur qui résumait ainsi son opinion sur les mariages qu'il avait vus en Améric[uc : « J'aime mieux l'Américaine avant le mariage, el la Fi-ançaise après. »