‹ Yankees et CanadiensChapitre 32 sur 42 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le home. — Luxe et simplicité. — Pourquoi les domestiques hommes sont si rares et si chers. — Les incartades des servantes irlandaises. — Les machines substituées aux domestiques. — Les nègres en chemin de fer, dans les hôtels et dans la rue. — La vengeance d'un marchand de cochons.

On connaîtrait mal la famille américaine si Ton ne pénétrait clans son home pour surprendre , dans le détail , sa vie de chaque jour, et si surtout l'on ne se rendait compte du rôle qu'y joue la domesticité.

Il ne sera donc pas sans intérêt d'examiner cpielle est la situation des domestiques américains. J'ajouterai à cette étude quelques renseignements sur les nègres qui sont, eux aussi, des serviteurs, et qui, à ce titre, méritent de trouver place clans un travail sur la domesticité aux États-Unis.

Entrons d'abord dans (luclqu'une de ces innombrables maisons dont le lypc reste le même ;i \e\\- Yorlc, à Boston ou ;i Ghicai^o , et (jui sont occupées par les familles aisées du pays.

Connue le terrain est fort cher, la maison classique de la ville n"a ni les grandes cours ni les jardins (jui sont si connnuns à la campagne. L'essentiel pour ([ue le home existe, c'est que l'habitation ait une entrée séparée. La façade sur la rue dépasse rarement vingtcin([ pieds (sept mètres cinquante), c'est juste ce qu'il faut i)our avoir la place d'un corridor. On y accède par im petit perron extérieur de huit à dix marches. La double porte franchie, celle de bois au dehors et la porte vitrée à l'intérieur, on se trouve en l'ace d'un escalier éti'oil(pn monte aux étages supérieurs, lesquels ne sont jamais plus de deux. Au-dessous descend l'escalier qui mène au sous-sol. Au pied de l'escalierse trouve le portemanteau , où on laisse pardessus et chapeau, car il est contraire aux usages de garder son chapeau il la main pour faire une visite.

En entrant dans le vestibule qui sert de corridor, on a à sa droite le salon, froni pnrloiir , éclairé par deux fenêtres sur la rue; à la suile vient une chambre généralement assez sombre, car elle n'a pas de jour propre; au fond se trouve une dernière pièce, salle à manger, bi])liothè(pic ou salon, suivant qu'on dhie ou non dans le sous-sol. Cette distribution se répète au-dessus, avec

cette dilTérence que la pièce centrale est remplacée par la salle de bain et que les pièces extrêmes sont des chambres à coucher. Le sous-sol contient la cuisine, les dépendances, quelquefois la salle à manger. Une cour minuscule s'étend derrière la maison: c'est là que se font tous les lavages, et des cordes tendues en tous sens portent le linge qui sèche. Assurément l'aspect de toutes ces petites cours, vues en enfilade du haut d'un elevated (un chemin de fer élevé), n'est pas gracieux ; mais comme elles sont placées entre les maisons (jui l)ordent les rues, elles n'enlaidissent pas trop la ville , et les maîtresses de maison les apprécient beaucoup pour les commodités qu'elles y trouvent.

Grâce à ces sous-sols et à ces cours, elles peuvent échapper à la tyrannie du blanchisseur chinois qui brûle le linge; elles peuvent aussi exécuter ou faire exécuter chez elles tous les travaux de ménage, leur maison est installée tout exprès pour cela.

Ainsi que le remarque un écrivain qui est plus au courant que personne de tous les détails de la vie américaine, M. des Rousiers, ce type d'habitation, cjui est très pratique et très commode pous les gens de condition modeste, est assez mesquin d'apparence. Il ne correspond en aucune façon aux ressources souvent immenses dont disposent les propriétaires. Avec une fortune beaucoup moindre, un Français aurait un très joli petit hôtel aux Champs-Elysées ou dans quelque autre quartier à la mode ; il donnerait des soirées et des fêtes ; il aurait des chevaux et des voitures et un train de maison assez complet.

En Amérique, rien de tout cela. Sauf pour certains capitalistes prodigieusement riches , qui peuvent , en

dépensant des millions de dollars, se donner les mille raflincnionts de la vie européenne, (jn trouve dans la plupart des familles un singulier mélange de luxe et de simplicité. Le luxe, on le devine aux moelleux tapis qui couvrent les escaliers et les appartements ; on le devine encore aux machines coûteuses qui sont installées dans les sous-sols et qui distribuent h profusion dans toute la maison l'eau froide ou chaude, le gaz, l'électricité ou lachaleiu; enfin ilsc révèle surtout dans certains objets d'art, tableaux, statues et tapisseries, ([ui ont été i-apportés d'Europe et qui on di'i coûter des sommes folles. Mais à côté de ces fantaisies ruineuses, on est frappé de la simplicité de la vie de chaque jour. Ce que nous appelons im train de maison est à peu près inconnu. La femme n'a pas de jour de réception : elle donne rarement des fêtes, sauf pour les débuts de sa tille dans le monde, et encore, pour ces sortes de cérémonies, préfère-t-on les salons de quelque grand hôtel, où l'on est sur de trouver un personnel complet et bien stylé.

Ils sont infiniment peu nombreux ceux qui ont une voilure. Pour les jours de gala on en loue une, et pour les courses ordinaires on se sert du cnr, omnil)us, tramway ou chemin de fer métropolitain.

Dieu sait que les beaux éciuipagcs ne manquent pas h Xew-'^'ork dans les allées tlu Parc central durant la saison. Mais, chose curieuse, si les chevaux sont magnifiques, les cochers maitiueut as.sez mal; et, c|uant aux valets de pied, ils sont plus rares qu'un hupiais poudré h Paris.

A (lliicago, c'est mieux encore, on ignore ce (|ue c'est ((uune livrée, et les riches citoyens de la « Reine

des prairies » s'estiment bien heureux quand ils peuvent trouver un petit jeune homme, vêtu d'une façon quelconque, pour conduire des trotteurs qui ont coûté plus de cinquante mille francs.

Au fond, cette simplicité étrange n'est nullement affectée ; c'est au contraire une nécessité dont gémissent ceux qui ont à la subir. Elle résulte tout entière de ce fait que, d'un bout à l'autre de l'Amérique, les domestiques hommes font défaut et que les domestiques femmes sont détestables.

Pourquoi n'y a-t-il pas de domestiques hommes? La première raison vient ])eut-être de ce sentiment de dignité personnelle qui existe à un degré incroyable dans l'âme de tout Américain. Un Montmorency, en France, n'a pas une aussi bonne opinion de lui-même qu'un simple habitant de New- York ou de Chicago.

Ce sentiment de supériorité, vous le rencontrez profondément ancré dans l'esprit de tout x\méricain. Il n'y a pas jusqu'aux mendiants eux-mêmes qui ne vous refusent fièrement une pièce de deux sous, en vous disant :

« Un gentleman n'accepte pas moins de vingt -cinq sous. »

Dès lors on comprend que des gens c{ui ont un pareil souci de leur dignité, répugnent à remplir les fonctions de domestique. Allez donc demander de vous cirer une paire de ])ottincs à un homme qui, dans son for

intérieur, se croit l'égal de M. le présidcul Mac-Kinley. Il s'y refusera absolument, et vous répondra qu'une pareille besogne convient tout au plus à des nègres.

Il faut ajouter (jue dans ce pays, qui est encore un peu neuf cl insuffisamment exploité, il y a place pour

M.uh.dtan. Eglise HAtel

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89 III. 4. sur la vie; laTrinilé; 117 ni. î. 91 m. 9. 87 m. 5.

Trac ta t C"; Saint -l'aul; I.e Capitole 88 m. 2. 93 m. 1. de Washington

Journal Le Sun; 21 m. 3.

Vue comparative des maisons géantes de New-York.

tous les bons vouloirs et toutes les énergies. Chacun peut, s'il le veut, trouver un liii\;ul rémunérateur ([iii lui })ermettra de gagner largement sa vie sans aliéner sa liberlé. A (|uoi bon se faire le domeslitpie d'un maître plus ou moins capricieu.v, quand on est sûr de pouvoir travailler jiour son i)ropre compte, avec le secret espoir

de monter de grandes affaires et de se livrer un jour ou l'autre à de fructueuses spéculations, comme en rêve toujours tout bon Américain? Se faire domestique, c'est se résigner à un salaire fixe, toujours le même, et se condamner pour toute la vie à une situation subalterne et sans profit. Un Américain authentique est incapable de se contenter de si peu : il ignore l'art de se créer des ressources en épargnant sou par sou et en plaçant habilement son argent. Ce qu'il faut à son tempérament et à son caractère aventureux, ce sont les gains rapides, les coups de bourse et les grandes alTaires. C'est là seulement qu'il est dans son élément ; ce serait donc une illusion de le croire apte à servir ses semblables. Si la nécessité l'y force, il se fera garçon d'hôtel ou de restaurant ; mais ce sera à titre provisoire et en attendant mieux. Tout en servant des coktails à ses clients, il rêvera des entreprises grandioses, qui un jour lui rapporteront des millions. Un domestique de carrière, un de ces vieux domestiques comme on en trouve tant en France, qui sont attachés à leur maître, dévoués à ses intérêts, et qui n'ambitionnent pas autre chose, je défie qu'on en trouve un seul spécimen de New-York à San- Francisco, de Chicago à la Nouvelle-Orléans.

Mais alors, dira -t- on, pourquoi les Américains ne font-ils pas venir des gens d'Europe pour les servir? M. des Rousiers en a indiqué la raison avec sa clairvoyance habituelle :

« Il ne manque pas sur le pavé de Paris, de Berlin ou de Vienne, d'individus susceptibles de se faire une tête de valet correct et auxquels un traitement de quatre ou cinq mille francs ne serait pas désagréable ;

cependant, même à Xew-Voik, on trouve diflicilement il se faire servir.

« Ce n'est pas que l'Europe refuse à l'Amérique les émii^rants pauvres. Tous les ans l'Irlande et l'Allemagne lui en envoient un grand nombie, dont plusieurs se placent comme domestiques à leur arrivée; mais eux aussi sont férus du désir d'indépendance qui est général aux Etats-Unis, et dès qu'ils ont amassé lui petit pécule, ils vont le risquer dans une entreprise quelcon(|ue. Les cuisiniers français se font restaurateurs, les Allemands tiennent de petits hôtels; les Italiens deviennent marchands de fruits. Plus on paye cher les domesti({ues venus tl'Europe, plus on hâte le moment où ils cioicnt s'établir.

" Il est vrai que beaucoup parmi eux sont incapables <run pareil calcul, et qu'ils boivent du whiskj' tant (pi'ils ont un dollar; mais ceux-ci sont de très mauvais serviteurs, comme bien on pense, et s'ils ne vous <piitlent ])as d'eux-mêmes, vous êtes dans la nécessité de les mettre à la porte, ce qui n'est pas un moyen de résoudre la question.

« Quant au type de domestique rangé et tranquille (|ui n'aspire qu'à se retirer sur ses vieux jours, avec «pielqiies économies soigneusement amassées, c'est un être trop prudent pour franchir l'Atlantique, l'n tel A oyagc j)rend à ses yeux les proportions d'une équipée, et on ne s'expatrie pas quand on a ce tempérament-là. On le voit donc, les .seuls individus qui pourraient rester valets aux l'Ials-rnis sont précisément les seuls <pii n'y aillent pas. »

Il va sans dire qu'il y a quelques exceptions à cette remarque un peu trop générale. Gomme cuisiniers surtout, il n'est pas rare de trouver des Français qui maintiennent là -bas les bonnes traditions culinaires chères à Brillât -Savarin. Mais on est oblitié de leur faire un pont tl'or pour les attirer. Vanderbilt donne cinc{uante mille francs par an à l'artiste qui dirige ses fourneaux. Les grands cercles et les restaurants à la mode de New-York, de Boston ou de Philadelphie, font également à leurs cuisiniers des traitemen ts de minist res , dont feu Trompette lui-même eût été jaloux.

Un cocher ne se paye pas moins de six cents francs par mois, — sans compter les petits profits sur les fournitures; — et, s'il est Américain, il tiendra absolument à garder ses moustaches, ne serait-ce que pour faire dire qu'il a meilleure figure que son patron.

Une simple cuisinière française ne touche jamais moins de cinq mille francs, un assez joli denier du reste; mais il faut ajouter qu'en Amérique l'aimable cordon-bleu peut très difficilement faire danser l'anse du panier, pour cette simple raison qu'elle ne va jamais au marché.

Les foui'nisseurs apportent tout. Par téléphone on leur commande ce qu'on désire, et une heure après tous les ordres sont exécutés. Il est d'usage de régler les comptes des fournisseurs à la fin du mois.

Il faut noter d'ailleurs que les Américains eux-

mêmes ne semblent pas liés désirenx de favoriser le développement de la domesticité; on dirait ([u'ils tiennent p'our un èti-e inférieur l'iiomme c[ui n'est pas capable de se tirer d'affaire par lui-même et qui, pour gagner son pain, est obligé de se mettre au service d'autrui. Aussi (juand ils s'intéressent à (juehpie domesticpie, ils cherchent, par tous les moyens possibles, à le faire sortir de cette situation sidndterne. J'ai connu un riche commer(,-ant qui avait à son service un jeune homme français, qu'il payait bien et qu'il comblait de ses attentions. Le garçon était dévoué, fidèle, laborieux, et ne songeait qu'à plaire à son maître. Au lieu de s'en féliciter, l'Américain en était au désespoir; il ne comprenait pas qu'un garçon de vingt ans n'aspii-àt pas à autre chose.

« Que deviendre/.-vous donc, lui disait-il. quand il vous faudra partir d'ici? »

En réalité, le jeune homme n'y pensait aucunement, et sa seule ambition était de rester dans la demeure de son patron. Mais celui-ci ne l'entendait pas de la sorte. Précisément parce qu'il avait de l'alTection pour ce brave garçon , il eût voulu l'aider h se faire une situation meilleure. On conviendra que ce sentiment, ([ui a sa nobles.se, est assez rare sur le vieux continenl .

Dans les maisons aisées et même riches, on ne rencontre généralement pas de domestiques hommes. Le nondjrc des domesticpies fenunes est lui-même fort restreint : à peine deux petites bonnes là où, en France, on ne maïujuerail pas d'avoir un personnel de sept ou huit domestiques, et malheureusement la qualité, en Amérifjue, ne compense pas la ([uantité.

On peut dire que le point noir du home américain, c'est la servante. Qu'elle vienne du Canada ou de l'Irlande, son indocilité et ses exigences sont toujours les mêmes. On se heurte îi chaque instant aux refus d'obéissance les plus formels. Il faut y réfléchir à deux fois avant de donner vui ordre à une domestique américaine. Elle n'entend aucunement être à votre service pour faire ce qui vous plaira; elle est entrée chez vous à certaines conditions, pour accomplir un travail déterminé, et, avant d'obtempérer à vos désirs, elle se demandera toujours s'ils sont conformes au contrat qu'elle a passé avec vous. Comme ce contrat est toujours susceptible d'interprétations diverses dans les mille détails du service, vous voyez d'ici la comphcation du problème. Ce n'est pas une petite aflaire, aux États-Unis, de dire à sa servante :

« Nicole , donne-moi mes pantoufles et apporte mon bonnet de nuit. »

M. des Rousiers cite le fait suivant, qui est caractéristique : Une jeune femme de Kansas City prie un jour sa girl (fdle de service) de nettoyer les caoutchoucs de son mari ; celle-ci s'indigne, refuse net et demande son compte. Jamais on ne lui avait dit qu'elle aurait ;i nettoyer les caoutchoucs de monsieur.

Que de jolies comédies on ferait avec les conflits de toutes sortes qui s'élèvent chaque jour dans un ménage américain entre la maîtresse de maison et ses ser-

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vailles! Ce sont des exiifeaces sans fin de la i)ai't de celles-ci : la cuisinière ne vent pas s'occuper du feu ou de la vaisselle ; la femme de chambre ne veut pas veiller au hianchissage ou à la salle à manger; personne ne veut loucher à une paire de chaussures; personne ne voudrait faire le service de la j)orle, car alors il faul toujours monter ou descendre. Toutes veulent s'absenter le soû" à partir de huit heures, et avoir un jour de congé par semaine, sans j)arler de l'après-midi du dimanche. Le chef-d'œuvre c'est quand les filles de service exigent qu'on leur laisse l'usage ilu salon une fois chaque semaine pour y recevoir leurs amis; cai" on a beau porlei un tablier, ou n'en est pas moins femme, et par conséquent il faut songer h s'établir. Or, comment le faire convenabicmeni . si Ion n'a pas à sa disposition un salon pour y accueillir ses prétendants? lue Française se révolterait à la seule pensée que ses fauteuils et ses tentures vont être profanés par le contact de ses gens de service. L'Américaine, qui est si fière sur tant il'autres points, est d'une patience angélique sur celui-ci. Elle accorde son salon; les soirs où il est occupé par Catherine ou par Maggy, elle va au théâtre ou elle se retire dans sa chandjre à coucher.

A <|uoi bon résister? \c sait -elle pas qu'un jour ou l'autre elle serait dans la nécessité de capituler? Les servantes américaines sont dune ingéniosité féroce quand il s'agit de se venger de leur maîtresse.

« Kate, vous viendi'C/. annoncer au .salon (pie madame est servie. »

El Kate s'obstine à sonner le diner de la salle à manger.

a Mais, Kate, je vous avais priée d'annoncer? »

Et Kate de répondre :

« Ne me sonnez- vous pas quand vous m'appelez? A vous de venir quand je vous sonne ! »

Que de fois la pauvre maîtresse de maison a dû descendre à la cuisine elle-même, le jour où elle attendait des invités ! C'est en général le moment psychologique que choisissent les cordons bleus pour imposer leur ultimatum : augfmentation ou con^é.

En France nous avons l'habitude de tolérer certaines libertés de la part de nos vieux domestiques, en raison même de leur dévouement et de leur fidélité. Mais, en Amérique, les servantes irlandaises n'attendent pas d'être devenues A'ieillcs pour se permettre des impertinences. Que pense-t-on de cette réplique que j'ai lue dans un journal satirique de New-York, le Judfje f

« EUcn. dit la maîtresse de maison, ne pourriez -vous pas vous arranger pour être un peu plus propre?

— Ne vous plaignez donc pas , madame ; cela vous fait ressortir. »

Au fond, ces jeunes fdles de service ne connaissent d'autre frein que la religion, ni d'autre autorité que celle de leur curé (car, on le sait, presque toutes les Irlandaises sont catholiques). C'est ce qui faisait dire à une grande dame protestante :

« Nous serions bien malheureuses si nous n'avions pas les prêtres catholiques. Pour moi, quand mon cocher se grise et que ma femme de chambre devient coquette, je les envoie au curé. Il leur lave la tête et tout rentre dans l'ordre. »

On ne voit pas bien les prêtres français se chargeant

(11111 pai'cil minislèrc. Ils y perdraient ilu reste leur temps et leur peine, et j'ai idée cpic leur intervention serait taxée d'abus de pouvoir et, fpii sait? peut-être déférée au conseil d'Ktat.

Les domestiques étant rares et dune serviabilité problématique , les Américains arrangent leur vie de manière à s'en passer.

Tout d'abord, comme dans ce siècle de vapeur et d'électricité beaucoup de choses peuvent s'exécuter mécani(juemenl, ils remplaccn! par des machines les bras (pii font défaut. Hien n'est curieux à visiter comme les sous-sols d'une maison : ou se croirait dans la <■ machinerie >' d'un ti-ansatlanticiuo. Partout des robinets, des tuyaux de plomb ou des fils électriques , qu'il suffit de mettre en jeu poiu- (pie l'eau, la vapeur, la chaleur et la lumière soient distribuées en abondance à tous les étages; de cette façon on n'a i)as h sonner un domesliipie pour tisonner le feu ou pour allumer une lampe. Pour les innombrables détails du service, on n'a (pi'ii étendre la main et à presser un bouton, et aussitôt vos moindres désirs sont exécutés.

Il ariive bien parfois <pie cet appareil si couiplicpié se détra([ue; on ne peut non pins songer sans clïroi aux dépenses énormes (piil faut faire pour une semblable installation. Mais, aACC tics dollars, on arrive il obtenir des résultats à peu près satisfaisants, tandis que CCS mêmes dollars seraient impuissants à vous

assurer les soins et le dévouement d'un bon domestique.

Il y a un autre moyen d'échapper à la tyrannie des servantes irlandaises, c'est de vivre en honrdincf hoiise. Cela correspond à peu j)rès à nos pensions de famille, avec cette différence pourtant, que les honrdinghouse donnent dans une certaine mesure l'illusion du hume. On y dispose d'un a])parlement complet ; on y habite dans vme maison qui semble être tout à fait privée. Mais en réalité on n'y possède rien : meubles et personnel, tout est d'emjjrunt. Il y a ainsi à New-York des milliers de maisons installées en boarding housc; l'Américain y loue mi appartement à la semaine ou au mois. Il paye fort cher, mais il se console en pensant qu'il peut traiter les meubles comme bon lui semble et cpi'il n'a pas à débattre le prix du beurre ou la qualité d'un plat avec une cuisinière.

Seulement, on devine la déception du pauvre étranger qui est invité à dîner dans une famille. Il arrive à l'heure dite, enchanté de pouvoir étudier de près un intérieur américain. Mais, à sa grande stupéfaction, on le conduit dans une salle à manger déjà occupée par dix ou douze personnes, et, au lieu de cette intimité gracieuse qu'il avait rêvée, il trouve la banalité et le sans-gêne d'une vulgaire table d'hôte.

Les Américains sentent si bien leur infériorité sur ce point , qu'ils font assez rarement pénétrer les étrangers dans leur vie de famille. Le moyen le plus habituel de leur rendre des politesses, c'est de les inviter à dîner au cercle ou dans quelque restaurant en vogue, comme chez Delmonico à New- York. Ces soirs-là, ils dépensent des sommes folles pour faire honneur à leurs hôte;s;

radcliliou se solde parfois à raison de cent francs par tête ; mais un Vankee ne recule pas devant ce sacrifice pour écliappcr au dcsagrénicnl de laisser voir les côtés défcclueux de sa vie familiale. Orirucilleux connue il l'est . il préférera toujours une perte d'argent à une blessure d'amour-propre.

Enlin les Américains ont un dernier moyen de suppléer à la j-areté des domestiques, c'est d'utiliser les services des nègres.

Ils sont innombrables aux Etats-Unis. Si j'en crois certaines statistiques, leur clulfrc dépasse dix raillions.

On s'explique sans peine cet accroissement prodigieux d'une race étrangère au sol américain.

Les nègres ont été les premiers immigrants. Leur venue en Amérique remonte à plus de trois siècles. Bcaucouj) de ceux qui, au xvi'" siècle, ont été emportés par les marchands d'esclaves et qui ont été jetés dans les mines, ont dû périr bien vite de misère et de mauvais traitements. Mais les autres, ceux qui ont été employés aux travaux des champs, ont fait souche; des familles de nègres se sont constituées à côté des familles de blancs, et, dans le sud en particulier, on a vu d'innombrables petits négrillons sortir des cases et courir à travers les champs de maïs ou les plantations de cannes à sucre.

11 n'est donc pas surprenant (ju'à l'heure actuelle on rencontre partout des nègres aux Etals- Luis.

Ils n'y sont pas un objet de luxe, comme le sont les rares nègres qu'on trouve en France dans les antichambres ou à la porte des grands magasins; ils constiluent là-bas un article de première nécessité, dont ni la vie sociale ni la vie domestique ne pourraient se passer.

Ils sont d'abord employés dans les chemins de fer, on peut même dire qu'ils font partie intégrante du mobilier des PuUmanns. Chaque wagon de luxe est sous la surveillance d'un nègre; généralement c'est un homme de belle taille, bien astiqué, bien propre et d'une tenue irréprochable. Il parle plusieurs langues, sans compter, bien entendu, le » petit nègre », sa langue maternelle. Avec les voyageurs, il est d'une obligeance parfaite, et, quand on a su gagner ses bonnes grâces, il a pour vous des trésors d'attentions délicates. Votre couchette sera bien installée; vos bottines seront cirées avec un soin spécial et soi'tiront de ses mains luisantes comme des astres. Quand vous irez au wagon restaurant, le nègre sera encore là pour vous servir à table : il veillera sur vous, il préviendra vos moindres désirs, et les plats demandés vous arriveront avec une promptitude qui rendra jaloux tous vos voisins.

Enfin , quand vous serez parvenu au terme de votre voyage, votre bon ami le nègre ne vous laissera pas descendre du train sans vous avoir brossé une dernière fois des pieds à la tête et, chose rare en Amérique, il vous donnera un coup de main pour vos bagages. Convenez que tant de prévenances valent bien les deux dollars que vous lui aurez donnés dès le début du voyage.

LES DOMESTIQUES ET LES NEGRES 2y3

Comme j'avais entendu cliie (juc les pourboires claicnl assez mal accueillis en Amérifjiie, j"ai voulu suivre un autre système en allant de New-York à Chicago, mais révénemenl m'a démontre nue j'avais eu tort. Car. faute de m'êtrc concilié les sympathies du nètfre, j'eus un lit délcslahle et tout le service fut h l'avenant. Bien plus, Ihonnête garçon couleur cirage trouva le moyen de me casser de superbes lunettes ([ui malheureusement me sont indispensables, et, ce (pii m'e.xaspéra, c'est (juil n'avait pas l'air de comprendre pounpioi j'étais mécontent de sa maladresse. Mais je pris ma revanche à Chicago. En approchant de la gare, je me fis brosser comme les autres voyageurs; seulement quand, l'ojjération faite, le nègre me lendit la main pour le pourboire, je lui tournai le dos; et connue il me secouait par le bras pour accentuer sa réclamation :

'( Fichez-moi la paix, lui dis-je; vous n'aurez rien, il uu)ins ([ue v(nis ne me donniez quatre dollars pour faire réparer mes lunettes. »

Connue les rieurs étaient de mon ccMé, il n'insista pas davantage. Mais je reutendis (jui grommelait h mou endroit des choses féroces, et je dus bénir mon étoile de n'avoir plus à lemonter dans son wagon.

Dans la suite de mon voyage, je me lis une règle tle commencer toujours par m'assurer la bienveillance du nègre : c'est la vraie méthode. Avec un très petit sacrifice au début, on ne sait pas tout ce (pie l'on s'évite d'ennuis.

Dans les hôtels, les nègres sont uniquement chargés (lu service de la salle h manger. .V l'Aiidilorium de Chicago ils étaient toute une armée. L'ne douzaine de

maîtres d'hôtel avaient la mission de les surveiller et aussi de recevoir les réclamations des voyageurs.

Ce que nous appelons la table d'hôte n'existe pas en Amérique. En pénétrant dans un restaurant ou dans la salle à manger d'un hôtel, on ne voit que des petites tables pour quatre ou six convives, et l'on va s'asseoir où l'on veut. Le nègre vous apporte immédiatement un menu et un énorme verre d'eau dans lequel flotte un gros morceau de glace. Vous étudiez le menu, et quand vous avez fait votre choix parmi les trente ou quarante plats qui y figurent, le nègre vient prendre vos ordres. Il est d'usage de lui dire tout de suite la série des plats qu'on désire ; il enregistre dans sa mémoire cette liste souvent fort longue, et quelques minutes après il revient, portant à bras tendu un gigantesque plateau sur lequel sont alignées une infinité de petites assiettes remplies de viandes et de légumes.

Il dépose le plateau devant vous et s'en va pour ne plus revenir ; c'est à vous de vous débrouiller. On devine le plus gros inconvénient de ce mode de service : c'est ([u'il se fait un échange de calorique entre les dilTérents mets; au bout d'un quart d'heure, le potage et les pommes de terre frites se sont refroidis; mais, par compensation , la crème et la glace se sont mises à la température amlîiante, et il en résulte que les sauces, les viandes et les légumes ont perdu toute saveur.

Quand on veut prendre avec quelques amis un repas plus soigné, le service se fait à l'européenne; c'està-dire que les mets sont apportés successivement à mesure qu'on les demande, et le nègre les sert luimême à chaque convive. Mais alors on assiste parfois à de singulières méprises.

LES DOMESTlgUKS ET LES NH.KES 2b3

« C'est ctonnaiU , disait uiu' dame h (jui l'on présentait une assiette de bonbons, on n'a mis iiuiiii seul bonbon au chocolat ! »

Et comme elle essayait de le prendre :

(( Pardon, madame, dit le nègre, c'est mon pouce. »

Ce sont encore les nègres (jui, dans les rues, exercent la plupart des petits métiers. Ainsi à tous les angles des rues, sur les places, aux abords des gares, devant les principaux hôtels, vous les rencontrez brandissant une brosse et criant à pleins poumons :

" Sliiiic! shine! »

11 faut bien se résigner à grimper sur leur fauteuil et à passer par leurs mains. Duii bout à l'autre de l'Américpie, il n'y a pas un seul domestique d'hôtel cpii consente à cirer les chaussures des voyageurs. Il paraît (pie c'est là une besogne dégradante, inc()ni[)atiblc avec la di<>nité du uenlleman.

Reconnaissons d'ailleurs (pie les nègres s'accpiillent à merveille de l'opération. Pour cin({uanle centimes, ils vous asti([uenl de manière à l'cndre jaloux tout un régiment de dragons, lcs(piels pourtant |)assent jjour savoir faire reluire les basanes.

On sait (jue le mets national, en Américpie, c'est le (jreen corn ou épi de maïs. 11 ligure sur toutes les tables et ii tous les repas. Mais l'Américain, (pii est loujoui-s |)ressc et (pii ne mange cpien courant, a be- .soin dans la journée de se lester l'estomac de quehpies ffrccn coi'us. l'n faisant ses courses, il s'arrête devant de petites Aoitures toutes rem[)lies d'épis de maïs. C'est généralement un nègre (pii est chargé de ce petit commerce. Il prend un épi tout bouillant . l'enduit de bcuric. le saupoudre de sel cl le présente au client

avec son meilleur sourire. Le client prend l'épi, le tient délicatement entre les deux index et le grignotle à la façon d'un écureuil. Quand il a lini, le nègre lui passe un semblant de serviette qui a déjà servi à une douzaine de personnes; et, après s'être essuyé la bouche et les mains, notre homme réconforté court à ses affaires.

Les nègres, quand ils sont catholiques, sont employés même dans les églises. J'en ai rencontré à Chicago qui se tenaient près de la porte et qui étaient chargés de veiller au bon ordre et de faire placer les fidèles dans les bancs. Ils remplissaient à peu près les mêmes fonctions que les bedeaux dans nos églises de France.

On le voit donc, les nègres rendent une infinité de petits services à la société américaine. Mais celle-ci, tout en utilisant leur concours, ne paraît pas disposée à les traiter sur le pied de l'égalité. Elle leur témoigne même, en toute circonstance, un mépris qui va jus- (pi'à la répugnance.

La séparation des deux races est telle que, dans certains États, les mariages entre gens de différentes couleurs sont interdits. Les écoles fréquentées par les enfants de race blanche sont fermées aux noirs : ceux-ci sont obligés d'avoir leurs écoles à eux , comme ils ont leurs associations, leurs bals et leurs fêtes. Bien plus, à mesure qu'on avance dans le sud, on rencontre des églises réservées aux blancs et d'autres réservées aux noirs. Dans les wagons, la fusion ne s'opère pas davantage : il y a des premières pour les blancs et des premières pour les noirs. Enfin on cite des perruquiers c[ui refusent leurs services aux nègres, de telle sorte

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que les nialhciireiix sont obligés de recourir aux bons oflices (le leurs confrères.

Enlin dans les journaux, (juand on veut faire l'cloge d'une ville il'eaux ou de (niel([ue autre lieu de plaisance l)our Iclé, on dit et on répèle (jue les noirs y sont rares. Il ne faut pas moins (|ue cette assurance pour attirer et retenir les touristes.

Parfois même llioslililé de la race l)lanchc j)Oiu- ceux ([iii s'intitulent pompeusement des « gentilshonuiies de couleur » se manifeste par des violences et des cruautés (pii n'ont rien de coinnuui avec la justice ni même avec la civilisation. On connail la célèbre loi de Lyiicli ; elle est mise en pratique dans une très large mesure, mais il est rare qu'elle fasse des victimes ailleurs que parmi les nègres.

Le fait qui s'est produit près de la Xouvcllc-Urléans nionfi'cra de cpiellc façon fonctionne la justice américaine, surtout lors(juc les inculpés ont le malheur de ne pas appai-tcnir à. la race blanche.

Dans ce beau pays vivait un riche fermier qui entourail de soins tout un régiment de petits animaux chers il saint Antoine. L'ii matin, il s'apcrçoil ([ue (|iieI(pi"Mn s'est introduit dans l'étable el a cnqtoilé (pichpies cochons. Le ravisseur ne peut être (ju'un certain nègre (pi'il a chassé réccnnnent.

Il fait part de ses soupçons à (piehpies fermiers du voisinage, et, séance tenante, on décide (|u"iin nègre (pii a volé des cochons n'est plus digne de \(iir le jour.

La nuit venue, on cerne sa maison et on le .sonnne de se rendre. Xotre nègre, f[ui n'avait aucune illusion sur le sort cpii l'attendait, refuse énergi(|uemenl , se l)arrica(le, tire des coups de fusil sur les assiégeants,

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en tue un et disperse les autres. Heureusement pour le nègre , le shérif veillait .

Ce digne magistrat, pour le protéger contre un retour oirensif de ses ennemis, le fait arrêter et met l re en prison sous l'inculpation de meurtre. Mais le tribunal, estimant que le nègre avait été dans le cas de légitime défense , l'acquitte.

Gela ne faisait pas TalTaire de l'accusé. Lali])erté! mais c'est la mort pour lui. Il se jette aux pieds du jury, le suppliant de le condamner.

« Impossible, l'arrêt est rendu. »

Alors, saisi de désespoir, il avoue qu'il a vole les cochons. On discute aussitôt l'alfaire et on le condamne à un an de prison.

Ce jugement l'indigne.

« Un an! mais ce n'est pas assez, messieurs les jurés. C'est cinq ans qu'il faut pour un crime aussi épouvantable. Songez donc : il y avait cinq cochons; cela vaut bien un an de prison par cochon. »

Devant tant d'instances, le tribunal se montre généreux et octroie les cinq ans demandés.

Cependant les mois et les années s'écoulent. Le nègre voit arriver la fin de sa peine ; la perspective d'être libéré le remplit d'elTroi.

Il a^ ait bien raison le bon nègre de redouter la rancune de ses ennemis! Le jour même où il sortit de prison ses bourreaux le rattrapèrent. En un clin d'oeil il fut ligotté et jeté sur un énorme bûcher, où il ne tarda pas à brûler comme un cierge.

De telles exécutions, est-il besoin de le dire, déshonorent profondément l'Amérique. Dans la conférence, d'ailleurs si remarquable, que faisait l'année dernière

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M'i Irelaïul à la Société de géograjjliie, il vaiiUiit le respect du peuple américain pour la loi i[u'il considère toujours comme une chose sacrée :

'< Cependant, ajoutait-il, vous entendez dire quel- (luefois (|ue toute forme de légalité est mise de côté, et qu'au lieu de s'adresser aux juges et aux jurés, on fait ap|)elii la Ijii de Lynch. Ce sont des cas tout à fait rares et extraordinaires, (pii n'ont lieu que sous une provocation très forte, ou dans des endroits encore à jieine civilisés. »

Je crains tpie l'éloquent archevêque de Saint-Paul ne se soit laissé égarer par son patriotisme. Kn réponse il son affirmation, voici ce (jue j'ai lu dans le Warkl , gi-and journal de New- York : <( Durant l'année 18".>0, il y a eu environ quatre mille trois cents meurtres, l'armi les assassins, cent deux ont été pendus au nom de la loi et cent soixante-quinze ont été lynchés. »

On le voit donc, le chilVre des exécutions illégales renqxirle de beaucoup sur celui des exécutions juri- <li(iues. el ce seul rapprochement donne, ou en conviendra, une assez piètre idée de la justice américaine.

Pour en revenir à nos nègres, car c'est prescpic toujours d'eux qu'il s'agit (piandon parle de lynchages, ils constituent h l'heure actuelle un très gros danger pour les Etats-Unis. Il ne faut |)as oublier (pi'ils sont plus de dix millions, el que dans certains Klalsdu Sud ils auraient la majorité s'ils savaient s'organiser. Qu'ils se nuiltiplient et se développent comme ils l'onl fait depuis (renie ans, et les Yankees, (jui se sont donné tant de peine pour les airranchii-, seront concpiis jtar eux comme les Tartares l'ont été par les Chinois.

Un des le:i(lers du parti radical a dit en plein congres :

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« que les nègTCS étaient destinés par la Providence à s'instruire en Amérique dans les principes du gouvernement républicain et à aller eux-mêmes jeter les fondements du gouvernement libre el de la vraie religion dans les déserts de l'Afrique. » Cette pensée était, dit-on, celle de Lincoln , et elle a inspiré il y a déjà longtemps la fondation de la colonie de Libéria sur la côte de Guinée. Mais le succès très limité de cette expérience montre qu'il n'y a pas de résultat considérable à attendre dans cette voie. Je ne vois pas les nègres transformés en missionnaires. Ce n'est pas que l'intelligence leur mancjue. Mais longtemps encore ils seront paralysés par une incurable paresse et par une absence à peu près totale de sens moral. Si leur apostolat doit se borner à répandre parmi les peuplades africaines l'amour des liqueurs fortes, le goût de la maraude et les autres vices qui sont le fruit de plusieurs siècles d'esclavage, autant vaut qu'ils restent où ils sont. Franchement, l'Amérique perdrait infiniment trop de son pittorescjue si elle n'avait plus de nègres pour cirer les bottes, pour servir à table dans les hôtels et pour surveiller les PuUmanns. Tels qu'ils sont , ils ne font que d'assez piètres domestiques ; mais je ne sais si leurs services ne valent pas encore mieux que ceux de leurs confrères de race blanche.

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