I.L: CARACTERE AMÉHICAIN — SES QUALITÉS
L;i fusion dos races. — Religion sincère et lolérance. — Amour acharné du travail. — Générosité, mais ni charité ni économie. — Respectabilité et décence. — Egards témoignés aux femmes.
J';u Iii. je ne sais où, que les élraiii'ci's déduisscnt ainsi le Ffançais: « l'n monsieur impaliciil , bruyant, (|ui niante du pain el (pii est décoré. »
Il serait peut-être plus difficile de donner une dériiiilion exacte el coniplèle du caractère américain, et par ce terme d'Américain, j'entends le citoyen des Etatsl iiis. Il existe en elîet dans ce pays une telle variété de races, limmigration y apporte chaque année des éléments si divers et même si disparates, que quehpie rapide que soit le travail de fusion, il est matériellement impossible (|iic ce peuple soit homoi^ène et qu'il oiïrc j)artout il létudc de l'observateur les mêmes qualités et les mêmes défauts. Il est certain (|ue l'Irlandais ne se confondra jamais avec le Canadien français, ni l'Écossais avec l'Italien. Il faudra plusieurs générations avant (pic les traits propres à clia([ue race aient dis|)aru pour faire place à un type uniforme, n'ayant plus rien
de commun avec les types originaux. Une pareille transformation se fera certainement , mais elle sera l'œuvre des siècles , et ce n'est pas cent ans à peine après la proclamation de l'indépendance qu'elle peut être accomplie.
Pourtant, au point où en sont actuellement les choses, il est déjà possible de démêler bien des traits qui sont commims aux représentants des différentes nationalités. Parmi ces millions d'émigrants qui ont quitté l'Europe il y a moins de dix ans, rien n'est plus aisé que de reconnaître ceux qui sont venus d'Allemagne , d'Italie ou de France ; mais déjà ils ne sont plus ni complètement Allemands, ni complètement Italiens, ni complètement Français. S'ilsretournaient en Europe, ils trancheraient sur leiu's compatriotes. Le milieu où ils vivent les a déjà modifiés ; ils sont tous « citoyens de la libre Amérique » , et au ton dont ils le disent , il est manifeste qu'ils ont conscience de leur nouvelle dignité.
Voilà donc le prodige qu'accomplit la terre américaine : elle efface petit à petit les distinctions de race , de langue et de tempérament chez les hommes qui viennent vivre sur son sol hospitalier, et elle leur donne à tous un ensemble de qualités et de défauts dont se compose le caractère américain.
C'est ce caractère que je voudrais essayer d'analyser, tout en reconnaissant à l'avance que cette tentative de psychologie sera forcément superficielle et incomplète. Je serai sobre de jugements généraux. Mon rôle consistera simplement à relater certains faits que j'ai notés jour par jour au cours de mon voyage ; il sera ensuite loisible au lecteur de dégager les conclusions qui paraîtront découler de ces traits de mœurs.