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I.E CARACTÈRE AMÉRICAIN — SES QUALITÉS 2G:t

Commençons par le chapitre des qualités.

L'Américain est religieux, et par là j'entends que les actes extérieurs d'une relii^^ion. cpiclle qu'elle soit, tiennent une place i)répondérante dans sa vie individuelle et dans sa vie sociale. L'abstention, qui est si fréquente chez nous, n'a aucun succès de l'autre côté de rAtlanti(pie. L'homme qui ne relève d'aucune secte et (jui n'entre dans aucun temple est extrcmemenl rare eu Améri((uc; on peut même dire que, pralirpicmenl , sa situation y serait prestjue intenable, car s'il {)oussait son abstention jus(pi'au\ dernières limites, il s'exclurait lui-même des principaux actes de la vie civile. Ainsi le serment sur la Bible est inq)osé ii tout lu monde et à projjos de tout. Pour être may;istral ou fonctionnaire, il faut pièter serment; même formalité à remplir pour les témoins cités en justice. Bien plus, (piand ils arrivent à la douane de New- York, les étrangers eu.x-mêmes sont obligés de jurer qu'ils n'introduisent en fraude auoine marchandise prohibée! La Bible intervient àchatpie instant; on la lit cha(piejour dans les écoles, on la trouve même dans les hôtels et dans les gaies ; les Américains ont pour ce livre non seulement du respect, mais encore un véritable culte. Aussi ^L Cleveland s'est-il concilié les synqxithies de tout le peuple de l'Union, en inaugurant sa seconde présidence par un serment «juil a voulu prêter sur une bible que lui avait donnée sa mère quarante ans

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auparavant. Cet acte si simple et si digne a plus fait pour sa popularité que le plus éloquent de tous les discours.

Il n'est pas surprenant qu'avec de telles tendances vers l'idéal mysticiue et religieux , la nation américaine n'épargne rien pour construire des temples. Sur le territoire des Etats-Unis on en compte plus de quatre-vingt-dix mille, de toute forme et de toute nature, et un écrivain a pu dire avec juste raison f[ue ce sont « comme autant de doigts cjui montrent le ciel ».

Chose curieuse , il y a un temple jusque dans ce somptueux capitole de ^^'ashing•ton , où siège le congrès; et chaque dimanche, tous les représentants du peuple, députés et sénateurs, vont à l'office et assistent à un sermon, qui est prêché tantôt par un prédicateur catholique et tantôt par un pasleur protestant. Chacun accomplit cet acte, comme d'ailleurs celui de la prière à l'ouverture du congrès, le plus naturellement du monde, sans même supposer qu'il puisse en être autrement.

Verrons-nous jamais pareille chose en France ? Aurons-nous une chapelle au Palais -Bour])on ou au Luxembourg avec un service religieux? Je crois qu'il est permis d'en douter.

On a dit de la tolérance qu'elle est « la vertu des siècles sans foi». Cette définition, qui est exacte pour nous, n'est nullement applicable à l'Amérique. L'Américain est religieux ; mais sa foi n'exclut pas la tolérance. Il y a dans ce pays plus de cent soixante sectes ditTérentes cjui se partagent l'empire des consciences, et chacune a ses édifices propres. Or, par suite d'un

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