‹ Yankees et CanadiensChapitre 35 sur 42 · I.i: CMiACTiMiK A.M1;IUi;AIN — ses nUAI.ITliS iOo · texte numérisé non relu

I.i: CMiACTiMiK A.M1;IUi;AIN — ses nUAI.ITliS iOo

accord tacite, mais que personne ne songe à troubler, toutes ces sectes \i\c'iit eu 1res bonne intelligence. Le méthodiste respecte le congi'égationaliste, et celui-ci, à son tour, témoigne les plus grands égards au catholifpie. Dans chaque petite ville on compte au moins trois ou (piatre temples. Si l'un de ces édifices vient

L'aile du Sénat au Capilolo.

à brûler, et l'on sait ([ue l'incendie est le grand fléau (pii menace toutes les constructions américaines, le pasleiu- le |)lus voisin ollVe immédiatement Thospilalilé de son temple au culte, au pasteur el aux fidèles de la conununion ipii a soulleit de l'incendie. \'oilà certes tic la solidarité el luème de la IValernité comme on en rencontre rarement sur noire vieux continent.

Et ce n'est pas seulement entre les dilTérentes branches du protestantisme (|u'on constate de tels

sentiments ; ils existent même entre les prêtres catholiques et les ministres protestants. Les rapports sont naturellement assez réservés , mais toujours parfaitement courtois.

Pour les catholiques, l'exemple de cette toléi-ance vient de haut. Il y a quelques années, le cardinal Gihbons a publié un livre , intitulé la Foi de nos pères, et qui a obtenu dans toute l'Amérique un succès prodigieux. Or dans tout le cours de cet ouvi'age, qui est précisément destiné à défendre la doctrine catholique contre les interprétations protestantes, l'auteur ne laisse pas échapper un seul mot qui puisse froisser ses adversaires. Comme tous les esprits éclairés, il condamne la Saint -Barthélémy, qui fut un crime et une faute; mais de plus il traite les questions les plus délicates avec une modération de langage et une élévation de pensée qui rendent impossible toute récrimination de la part des dissidents. On devine qu'en écrivant cet ouvrage il s'est proposé d'instruire et non de combattre, et cette sage lactique a porté ses fruits, puis([ue les protestants ont applaudi l'auteur à l'égal des catholiques, et que beaucoup parmi eux ont ouvert les yeux à la vérité et sont revenus à cette Église catholique c|ui, dans la personne d'un de ses pontifes les plus hauts placés, donnait un si magnifique exemple de douceur et de mansuétude évangéliques.

Lt: i:ai{A(;ti;i(E .\mi.iiu;.\in — sl> (jlaliii.

Un aulre Irait du caraclère américain, c'est (|uc ce peuple est extrêmement laborieux. C'est par le travail, et par un travail intense et persévérant , qu'il est devenu, en moins d'un siècle, ce qu'il est aujouidluii. Il a lieu d'être fier de sa prospérité: elle est le IVuit de son labeur.

L'Américain a peu d'aptitude pour les spéculations de l'esprit. 11 aura beau créer des universités et leur faire des dotations princières; il est à présumer que, dans les dilTérentcs branches de renseignement supérieur, il restera longtemps au-dessous de la \ieille Eurojje. Mais dans fout ce (pii touche au commerce et il l'industrie, dans tout ce que l'on appelle les alVaires, il déploie une souplesse, ime audace et une ap])licalion inc()nq)arables. Il ne connaît pas les obstacles; les dillicultés, loin de le rebuter, ne font (pi'aiguillonner son ardeur. Il va au travail un peu comme le joueur va tenter la fortune sur le tapis Acrl. Il aime les émotions du gain ou tie la perte, et, quel tpic soit le réstdlat (le ses opérations, il ne se décourage jamais. Quand il est atteint par quehpie catastrophe, c'est alors surtout (ju'il est merveilleux; il fait i)reuve d'une élasticité d'âme qu'on ne trouve chez aucune autre nation. Si un Français d'un certain âge vient h être ruiné, il ne fait plus (pie végéter. In Américain essayera de dix carrières dilférentcs, et il ne désespérera jamais du succès final. Le l)aron de Mandai -drancev cile h cet

égard mi exemple qui est absolument caractéristi(juc.

Des milliers d'officiers français qui, en I8I0, furent mis en demi- solde, aucun ne chercha à se créer une nouvelle carrière. Ils aimèrent mieux vivre misérablement de Tespèce d'aumône que leur abandonnait le gouvernement de la Restauration, plutôt que de tenter un travail quelconque qui aurait accru leurs ressources et qui , de plus , aurait eu l'immense avantage de les préserver de tous les vices qu'entraîne le désœuvrement.

Après la guerre de Sécession, les officiers du Sud, qui avaient été vaincus , se comportèrent tout autrement. 11 y avait à peine quelques mois que la paix était conclue , que chacun s'était remis au travail. Le général Lee, qui avait refusé une souscriplion nationale, s'était fait chef d'institution. Les riches planteurs de la Louisiane ou du Maryland, dont l'opulence avant la guerre était légendaire, avaient pris bravement le boyau, et ils cultivaient eux-mêmes leurs champs de tabac. D'autres enfin étaient entrés comme simples ouvriers dans les filatures de coton, et aucun d'eux ne songeait à élever une plainte ou une récrimination. Je ne crois pas que l'histoire ait jamais enregistré un plus noble exemple, ni qu'elle cite un peuple qui dans l'infortune ait eu une attitude plus admirable.

L'Américain d'aujourd'hui n'a pas dégénéré ; il a gardé la même initiative et la même passion pour le travail. Dès neuf heures du matin il est à son bureau ou à son office, et jusqu'à cinq heures du soir, sans précipitation, mais avec une ardeur qui ne connaît aucun répit , il brasse des affaires. C'est à peine si , dans le miheu de la journée, il s'accorde une trêve de

LE CAHACIEIIE AMÉIllCAIN — SES QUALITÉS 209

ciii(| OU dix iniluiles pour preiulrc vui lunch ou dcvoi'cr (juchiucs sandwichs. Nos journées, à nous Français, sont <iféncralenicnl phis longues. Mais il ne semhle pas (|ue nos meilleurs employés ou chefs d'usines foiirnissenl une somme de travail aussi grande cpie les Américains. Il est entendu ([ue dans ce parallèle je ne comprends pas nos employés de ministère : un Américain qui serait condanmé h (pielcprune de ces innombrables sinécures (|ui sm-chargent notre budget déserterait au bnul de huit jours, emi)ortant un mépris profond j)our noti'e bureaucratie.

11 faut encore sii;naler cette dilTcrence entre le kml)éramenl français et le temj)érament américain : c'est (|ue nous, après fortune faite, nous n'aspirons (pià une chose, à nous reposeï'. ^'t•lulre son fonds, acheter une maison de campagne, planter des choux cl arroser des laitues, voilii le i'ève de tous les boulitjuiers de la rue Saint -Denis. L'Américain, au contraire, ne i)ense jamais à se reposer. Quelle cpie soit sa fortune, fût -il milliardaire connue \'anderbilt , il n'envisage jamais, poiu" SCS vieux jours, une existence ])lus calme et i)lus douce. Le démon des allaires l'ensorcellera jus(pi'au bout . et (piand la mort viendra, elle le trouvera à son bureau, organisant liévreusement (juchiue grosse entreprise (pii de\ ra lui rapporter des millions.

De temps en temps, ou même chacjue année, le Yankee fait un voyage en Lnrope i)our se distraire ou pour se procurer des objets de luxe ; mais après (piehpies mois passés à Paris, ii Loniires ou ;t Florence, il lui larde de revoir lîroadway et de rentrer à son oflice. On |)eul dire i|u"il a la nostalgie du ti'avail et de la spéculation.

Aussi n'a-t-il qu'un mépris souverain ])()ur ceux de ses compalriotes qui, après avoir réalisé leur fortune, vont la dépenser en Euro|)e , avec l'intention de s'y fixer définitivement. Ce ne sont pas leurs gaspillages, ni leur luxe éclatant , ni leurs folies ruineuses qu'il leur reproche : tout Américain a du goût poiu' ces sortes d'excentricités. Son grand grief, c'est (pTils ont déserté le travail, c'est ([u'ils sont devenus des oisifs, c'est-à-dire des gens inutiles. On ne saurait le nier: quand une race est ainsi éprise de tout ce qui constitue l'énergie el Tcffort, quand elle a ainsi le culte du travail, il est impossiljlc qu'elle ne fasse pas de grandes choses.

Il est rare que les gens qui gagnent facilement des sommes considérables n'aieul pas un goût prononcé pour la générosité : c'est le cas des Américains.

Cette générosité ne se traduit pas, comme en France, par des aumônes. L'aumône, à leurs yeux, est un acte qui dégrade et avilit celui qui en est l'objet. Aussi ne voit -on pas chez eux ces troupes de mendiants qui, en Europe, spéculent si ha])ilement sur la pitié publique. Si pauvre cpi'il soit , un Américain de race ne se résoudra jamais à tendre la main. Il sait d'ailleurs que ce serait le plus sûr moyen de n'obtenir aucun secours, (^uand un homme est dans le malheur, il s'adresse à (pielque capitaliste, et, au lieu de solliciter bassement quelques dollars, il demande des capitaux

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