‹ Yankees et CanadiensChapitre 36 sur 42 · I.i: CAHACTKRK AMKItlCAlN — SKS (jl Al.ITLS · texte numérisé non relu

I.i: CAHACTKRK AMKItlCAlN — SKS (jl Al.ITLS

poiii' monlcr une nouvelle alVaire. Si le proteclenr reconnaîl clans celle homme de réelles (jiialitcs dinlelligence et de travail, il nhésitc pas une minule à lui fournir les ressources nécessaires pour tenter luie enlre|)rise industrielle ou commerciale : c'est sa manière à lui de faire la charité, et il faut convenir (pie c'est la bonne, car elle n'a pas pour elfel , comme nos libéralités mescpiines cl intermittentes, de rendre la misère chronique. Quanil nous voulons remédier à quelcjue infortune, nous n'avons i,nièi'c que des pallialifs ; l'Américain, au contraire, par ses secours abondants, tlélruil pour ainsi dire le mal dans sa racine.

Cette i^énérosité se manifeste encore par la manière dont l'Américain pralicpie rhos|)italité. (hiaïul vous arrivez à .\c\\- York , ou h (]h\cixs;o, avec des lettres de recommandation , il vous suflil de présentei" ces lettres pour <pic les maisons les plus opidentes et les plus aristocratiques vous ouvrent leurs portes.

« Vous êtes ici clie/ vous, » c'est la première j^arole (pi'on vous adres.se, et à la façon dont vous êtes accueilli, vous ne tardez pas h comprendre cpiil y a dans ces paroles autre chose ([u'une vaine foi mule de politesse, mais une réalité.

Si vous venez de la j)arl d'amis véritables, l'Américain vous reçoit chez lui et vous fait ])énétrer dans son intimité. Que si vos rclalions avec lui son sinqilemenl fortuites, il ne vous admet pas dans .son home, mais il vous fait les honneurs de son cercle, et vous comble des al tentions les plus délicates et des prévenances les plus coûteuses. Il ne recule même pas, nous l'avfjus vu, devant un déjeimer ou un dîner chez Dehnonico; il dépensera cinij cenlsdollarsen voitures,

Cil fleurs ou en repas, pour peu qu'il tienne à vous être agréable. Là où un Français croit bien faire les choses en sacrifiant un billet de cent francs, l'Américain en dépense mille , et il ne regrette jamais l'argent qu'il a ainsi employé en générosités.

Du reste il ne possède h aucun degré cette qualité qui est le trait caractéristi([ue de la race française, je veux dire l'esprit d'économie. Je gagerais que le mol, aussi bien que la chose, lui est inconnu. Un Américain dépense toujours tous ses revenus, quelquefois plus, jamais moins ; et si vous lui demandez pourquoi il ne réserve pas (pielque chose pour l'avenir, pourquoi, sur des bénéfices de trente ou quarante mille dollars, il n'en prélève pas cpiatre ou cinq mille pour parer aux éventualités et pour s'assurer une vieillesse exempte de tout souci, il vous répondra, en haussant les épaules , qu'un pareil calcul est indigne de lui. Avec cette somme que vous lui conseillez de mettre de côté, il peut monter une affaire qui lui rapportera de très gros bénéfices , et quant à la vieillesse, à quoi bon s'en préoccuper, puisqu'il a la ferme intention de travailler jusqu'au bout ?

On aura beau faire, l'Américain restera toujours réfractaire à la théorie du bas de laine. Il estime que l'argent est fait pour circuler; aussi se plaît -il à le dépenser largement et sans compter. Et si ses entreprises ont un très grand succès et qu'il arrive à de\enir un de ces rois de l'or qui sont en quelque sorte les maîtres de la fortune publique , il ne sera pas davantage embarrassé pour disposer de ses capitaux ou de ses revenus : il fera une fondation, il créera une université, un hôpital ou une œuvre de bienfaisance

LE CAH.VCTEliE AMElilCAIN

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