‹ Yankees et Canadiens [microforme]Chapitre 10 sur 70 · CS · texte numérisé non relu

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me faire conduire pour quinze francs à Phôtel Martin, qui est situé dans la neuvième rue. C'est Fhôtel où descendent Ta plupart des Français. Extéricurement il n'est pas comparable aux premiers hôtels américains; mais la cuisine v est bonne, et puis on v parle

Le Métropolitain de New-York. — Une station.

français! On ne se figure pas la joie qu'on ressent quand, en d'kouchant dans la neuvième rue, on voit tout à coup le drapeau ricolore qui flotte au-dessus de cet hôtel. C'est si bon de trouver, au centre de celle grande ville, un petit com où lon pourra entendre sa propre langue et se nourrir à la française !

La première impression qu'on éprouve, en traversant New-York, est franchement défavorable. Ces

maisons de briques, toutes les mêmes et peintes en rouge vif, ces rues qui se coupent à angle droit et qui se ressemblent au point de ne pouvoir être distinguées les unes des autres; enfin ces milliers de fils télégraphiques ou téléphoniques qui s’entrecroisent au-dessus de votre tête comme pour vous disputer Pair et la lumière; tout cela vous donne la sensation d’une cité très vaste, très riche, très laborieuse, mais absolument dépourvue de grâce, de charme et surtout de sens artistique.

Les rues sont généralement fort sales. Je mesouviens que le jour même de mon arrivée, je fus extrêmement surpris de voir de petits Las d'ordures, alignés devant les portes, à (rois heures de l'après-midi. Il paraît que la municipalité de New-York dépense des sommes énormes pour la voirie; dans ce cas, il faut reconnaître qu'on lui vole joliment son argent.

Je n'ai vu les rues de New-York qu'en été et je les ai trouvées d’une propreté douteuse; on devine ce qu'elles doivent être en hiver! Je m'explique pourquoi les Américains ont horreur de la marche : leurs rucs hérissées de cailloux pointus où couvertes de boue, sont si peu engageantes! Mieux vaut prendre le car, c'est-à-dire un moyen quelconque de locomotion, qui va plus vite ct préserve d’un naufrage dans les fondrières de la chaussée.

Les voitures de place sont bonnes, mais relativement rares. Pour faire des voitures de New-York l'usage que nous faisons des fiacres parisiens, il ne faudrait pas moins de cent francs par jour, et l'on comprend que ces folies soient réservées aux milliardaires. Rendons-leur cette justice, ils n’en usent guère plus

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que les simples mortels : tout le monde pratique le tramway et l'elevated.

Les tramways sont fort nombreux et parfaitement installés. Is sont presque tous à câble ou à électricité.

Leur marche est très rapide, et ils se succèdent de minute en minute.

Pour bien apprécier la vie américaine dans toute son activité fiévreuse, il faut voir passer les tramways, le soir, vers cinq heures, quand les employés sortent de leur bureau. Ces véhicules sont littéralement pris d'assaut, Pas de chiffre réglementaire, pas de complet comme en France; on y admet Lous les voyageurs qui peuvent y pénétrer ou s'y accrocher. Les uns sont assis, les autres debout; ceux-ci sont empilés sur la plate-forme; ceux-là, par un prodige d'équilibre, restent suspendus sur les marchepieds. Il v à même des audacieux qui grimpent sur le toit de la voiture el qui y fument leur pipe aussi tranquillement que s'ils étaient dans leur rocking chair.

Même spectacle dans les trains de lelevated. Ge chemin de fer aérien réalise tout ce que l’on peut rêver de plus laid et de plus informe. Mais il est si commode! En moins de trente minutes, on peut être transporté aux extrémités de la ville. Comme les Américains doivent prendre en pilié nos trains de banlieue, qui vont avec l'allure d’une vieille patache, et qui semblent organisés pour faire perdre le temps aux voyageurs! Allez de Saint-Lazare à la gare de l'Est, vous ne trouverez de train que tous les quarts d'heure, et si vous n'êles pas obligé de changer trois fois de compartiment, de train, de ligne et même de gare, il faudra bénir votre étoile. Le Métropolitain de New-York, au contraire, a été

créé uniquement pour faciliter aux habitants le moyen de se rendre rapidement d'un point à lautre de la ville. Toul à été sacrifié à ce but; mais on Fa parfailement atteint.

Les lignes du Métropolitain de New-York sont à deux voies, posées sur un viadue en fer qui les élève à la hauteur d'un premier où d'un second étage, ce qui permet parlois d'entrevoir, à Fintérieur des maisons, des scènes bien amusantes.

Les stations, irrégulièrement espacées, sont dislantes les unes des autres de huit ou dix blocs. On appelle loc, 1e pâté de maisons compris eutre deux rues parallèles. Les trains, formés d'un petit nombre de longs wagons, se succèdent à de courts intervalles. Le larif est uniforme: cinq sous par personne. Aux stations, Îles arrêts ne dépassent pas dix secondes. Ce n'est pas le moment de faire des adieux prolongés ou des recommandations pressantes : 1e mécanicien se remel en roule, @lt ant pis pour les voyageurs qui n'ont pas eu le leémps de monter où de descendre! [ls apprennent à leurs dépens la justesse du proverbe anglo-saxon : Time is money.

Une ville moderne et bâtie en damier comme New- York ne saurail avoir beaucoup de curiosités artis- Liques. Pas de monuments anciens, bien entendu; rien qui rappelle Farrivée des premiers colons hollandais. Fous les édifices publies el privés ne remontent pas au delà d'un quart de siècle. Les maisons sont petites. Les constructions de dix ou quinze élages qui se voient le long de Broadwav sont généralement réservées aux banques, aux magasins el à des offices ou bureaux de toute nalure.

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