‹ Yankees et Canadiens [microforme]Chapitre 11 sur 70 · CRETE · texte numérisé non relu

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Les jardins publics, assez rares et mal entretenus, ne sauraient être comparés aux squares parisiens. Pourtant les habitants de New-York sont très fiers de leur Parc central, et il est, en clfet, remarquable. Il y ade belles pelouses, de vastes pièces d’eau et des arbres magnifiques. Mais le parc m'a paru trop petit pour une si grande cité. Son principal mérite est peut-être d'être situé au cœur même de la ville et d'être facilement accessible à tous les habitants. Il paraît que, pendant hiver et au printemps, les allées sont sillonnées de splendides équipages. Mais en été tout est désert, et les policemen à cheval, qui sont chargés de la surveillance des allées, m'ont semblé remplir une véri- (able sinécure. On dit que ces policemen sont d'une adresse surprenante pour arrêter les chevaux emballés,. Mais ce n’est guère que du mois d'octobre au mois de mai, c'est-à-dire pendant la saison, que l'occasion leur est offerte de montrer leur habileté.

Il est impossible de visiter New-York sans faire une promenade jusqu’au pont de Brooklyn. Ce pont est une merveille de l'industrie métallurgique, un peu au même litre que chez nous la tour Eiffel. Les câbles qui en soutiennent le tablier sont de la grosseur d'un homme corpulent, et ils sont eux-mêmes supportés par deux énormes piles en maçonnerie d'une hauteur de quatrevingls mètres. Cinq voies ont été établies sur ce pont, deux pour le chemin de fer, deux pour les voitures et une pour Îles piétons. Je ne sais pas exactement quelle est la longueur Lotale de l'œuvre, mais je me souviens que pour aller d'une rive à l'autre, en marchant d'un bon pas, il ne m'a pas fallu moins de trente minutes. On a bien fait d'installer des bancs tout le long de la

voie réservée aux piétons ; il est impossible de trouver, pour se reposer, un endroit qui soit plus curieux el plus intéressant. A travers le Creillis qui relie le Lablicr du pont aux câbles principaux, on aperçoit des milliers de navires qui sillonnent en tous sens la rivière de l'Est et qui, vus de la hauteur du pont (plus de cent cinquante pieds), ressemblent à de véritables coquilles de noix. C'est Fun des spectacles les plus magnifiques dont on puisse jouir sur 1e continent améCrICan.

Si Broadwav est la grande artère commerciale de New-York, c'est lu cinquième avenue qui est regardée comme le cœur de la ville. Elle est de beaucoup la plus riche et la plus élégante. Elle n'a pas Fair coquet et pimpant de nos Champs - Élvsées : mais, de chaque côté, sont alignés de grands et somptueux hôtels : c'est x qu'habitent les Gould, les Makav et les Vanderbilt. Au point de vue architectural, leurs demeures laissent peut-être à désirer: mais 1 paraît qu'à l'intérieur, elles sont d'une richesse éblouissante; je n'en parle, bien entendu, que par ouï-dire.

C'est presque en face hôtel Vanderbillt, qu'a été construite la cathédrale catholique, et ce seul fait d'avoir élevé ce monument sur la cinquième avenue, dans Île quarüier le plusopulentet le plus aristocratique delxeité, prouve la puissance du catholicisme dans cette ville. On lignore trop en France; les catholiques, à New-York, dépassent le chiffre de huiteentmille, En vovanties progrès Immenses qu'ils ont accomplis, on netrouveriende chimérique dans cette parole d'un homme d'Etat amérieain te Avant cinquante ans, toute F Amérique appar- Liendra au catholicisme, » J'aurai probablement Focca-

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sion, plus loin, de parler de l'Eglise catholique en Amérique ; disons seulement ici qu'aucune secte dissidente n'a une vitalité comparable à la sienne.

Les catholiques de New-York peuvent être ficrs de

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Une station de tramways à l'entrée du pont de Brooklyn,

leur cathédrale : elle ferait bonne figure à côté de nos plus célèbres basiliques gothiques de France. A la considérer du dehors, elle est l'image frappante de Notre-Dame de Chartres, avec cette différence pourtant, que les clochers sont un peu trop grêles pour les vastes

proportions de l'édifice, el que, surtout, 1x manque

la patine du temps. Le portail est fort beau; il rappelle un peu celui de la cathédrale de Cologne. Mais tout cela est trop pimpant et surtout trop fraîchement travaillé : il semble que cette église soit en carton-plâtre, ant elle est blanche.

L'intérieur est somptueux. On y admire notamment la richesse ébiouissante des vitraux. Ils ont été fabriqués à Chartres, et ils font honneur à l'industrie française.- Un détail qui a piqué ma curiosité, c’est que la chaire à prêcher est placée à l'entrée du chœur. Heureux prédicateurs américains! Ils ne sont pas obligés, comme les nôtres, de se tourner tantôt à droite, tantôt à gauche; d’un seul coup d'œil, ils embrassent tout leur auditoire, et leur voix porte sans effort jusqu'aux extrémités de la grande nef.

Il faut envier aussi les auditeurs. Ils ne sont pas assis sur des chaises comme en France; ils oni des bancs, mais quels bancs! de véritables fauteuils capi- Lonnés et recouverts de velours. Comme on doit y êlre commodément installé pour écouter un discours... ou pour dormir, suivant le cas!

Je n'ai guère visité que quatre églises catholiques à New-York. À part la cathédrale, elles m'ont paru médiocres au point de vue artistique. Mais je n'ai pu m'empêcher d'admirer le confortable de l'aménagement intérieur, On voit que les Américains tiennent à être à leur aise partout, même lorsqu'ils traitent avec Dieu.

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