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voyageur ct y donner satisfaction ; mais leur grande supériorité vient surtout de ce qu'ils savent vivre dans un Wagon aussi à l'aise que s'ils étaient chez ceux. Rien ne les choque. Ils se couchent, se lèvent, s'habillent et procèdent à tous les détails de leur toilette, devant vingt personnes, sans éprouver le plus petit scrupule. Aucune promiscuilé, aucun contact ne paraîl les émouvoir. Dieu sait pourtant que, dans leurs wagons, On à parfois pour compagnons de voyage des gens à mine suspecte, qu'on ne voudrait pas rencontrer au coin d’un bois! Mais les Americains ne s’étonnent de rien; 1ls ne soupconnent même pas les défauts de leurs chemins de fer, etils vous affirment le plus sérieusement du monde que leurs wagons sont cent fois supérieurs à ceux de l'Europe. Encore une fois, au risque de leur déplaire, je préfère notre svstème, bien qu’il soit loin d’être parfait. Chez nous, au moins, il y à quelque chose de plus intime et de plus famiPal, et, quand la connaissance est faite avec ses voisins de compartiment, on à parfois l'illusion être dans un salon de bonne compagnic.
La route que j'ai suivie pour aller à Chicago est celle du Nord, celle qui passe par Albany, Buffalo, et qui longe les Grands Lacs. Si ce détail peut intéresser quelques lecteurs, je leur dirai que mon ticket m'a coûté cent soixante francs. Mais la concurrence est telle, qu'on peut elfectuer le même trajet pour moins de cent francs. Je crois que, d'une manière générale, les tarifs sont moins élevés qu’en France.
Jusqu'à Albany, on longe l'Hudson ; c'est, après le Mississipi, le plus beau fleuve des États-Unis. Il est six à sept fois large comme la Seine, et les deux
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rives sont bordées de collines boisées. Un service de bateaux à vapeur fonctionne entre Albany et New- York. Si j'en juge par le grand nombre de ces stecamers que j'ai rencontrés dans l'espace de trois heures, cette navigation doit être très recherchée des Américains. A les en croire, l'Hudson est plus beau que le Danube ou le Rhin, et, dès qu'ils ont un peu de loisir, ils prennent le boat pour Albanv, comme nous nous prenons le batcau-mouche pour aller à Sèvres ou à Saint-Cloud.
Quand on a franchi la chaîne de collines qui borde l'Hudson et qu'on s’avance dans la direction de l'Ouest, le pays n’est plus qu'une immense plaine assez monotone, dans laquelle les champs de blé où de maïs allernent avec les bois.
Les gares, là-bas, ne ressemblent en rien à nos Jolies stations françaises, si coquettes avec leurs toits de luiles rouges et leurs Jardinets fleuris : ce sont de vilaines petites bicoques noires et enfumées, où se Lient un unique employé qui distribue les billets, enregistre les bagages, manœuvre les aiguilles et donne le signal du départ. Il fait à lui tout seul la besogne d'une demi-douzaine de nos agents.
On s'arrête à peine quelques minutes dans les quatre Où cinq grandes villes qui sont sur la route, Albanv, Buffalo, Cleveland et Toledo; il m'est donc impossible de dire quoi que ce soit sur la physionomie de chacune d'elles, sinon qu'avec leurs maisons de briques et leurs.rues toutes droites et sillonnées de tramways, elles ont entre elles un grand air de ressemblance.
Malgré la rapidité de notre course, il m'a été plus
facile d'observer la campagne américaine. Or, limpression qui m'en est restée est que le sol est fertile, mais qu'il n'est pas encore entièrement exploité. Les villages sont peu compacts et très éloignés les uns des autres. Le type en est partout le même. À côté du clocher de l'église où du temple, on voit se dresser une cheminée d'usine et, lout autour, sont groupées les habitations, séparées entre elles par quelque bout de prairie. Ces maisons sont loujours en bois et peintes des couleurs les plus criardes. Je ne voudrais pas jurer non plus qu'elles soient d'une solidité à toute épreuve.
L'idée la plus nette que J'ai gardée de mon passage à travers ces immenses espaces, c'est que tout, dans ce pays, est à l’état provisoire. Il semble que les habilants n’y soient pas établis, mais seulement campés. Le coin de terre qu'ils occupent ne les intéresse que pour l'argent qu'ils y gagnent, el ils sont tout disposés à le quitter s'ils espèrent trouver micux ailleurs. Dès lors, à quoi bon bâtir une demeure pour plusieurs généralions ? À quoi bon l'embellir, l'orner d'arbres et de fleurs, y planter une haie ou y mettre une clôture en pierre? L'instabilité en toutes choses, voilà peutêlre le trait dominant de la vie américaine. Ces gens-là sont ingénieux, âpres au travail et au gain, et capables d'efforts prodigieux; mais leur cœur ne s'attache à rien, sauf à leurs intérêts. Pour tout le reste, ils sont d'une insouciance parfaite. |
Parti de New-York le samedi 19 août, à trois heures de l'après-midi, j'arrivai à Chicago le lendemain à dix heures du malin.
Les abords de toute grande ville n'ont en général
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rien d'attrayant; ceux de Chicago m'ont semblé affreusement laids. Pendant une demi-heure le train s'avançait entre d'interminables rangées d'usines, de magasins ©t d'élévateurs. Et tout cela était noir, mal construit et dépourvu de cachet d'originalité. Enfin, voici que la machine ralentit sa marche, la cloche fait un vacarme élourdissant, nous entrons en gare. Les voyageurs ramassent à la hâte leurs paquets et leurs
‘artons; et, après avoir défilé devant le‘ nègre pour être brossés des pieds à la tête, ils lui glissent dans la main un dollar de pourboire. Le train stoppe, nous voici enfin à Chicago !
Me rappelant juste à point de précicuses indications fournies par des amis, je me fais conduire à l'Audilortum Hôtel, vaste construction qui, en 1892, est pour ainsi dire sortie de terre à coups de dollars et qui, aujourd'hui, passe pour le premier hôtel de toute la ville. Cet immense caravansérail, auquel aucun de nos hôtels parisiens ne pourrait être comparé, comprend deux bâtiments très distincts séparés par la largeur de la rue, mais reliés entre eux par un tunnel souterrain dont les murs sont recouverts de plaques de marbre. Ces deux bâtiments s'appellent, l'un le « plan» américain, et l'autre le « plan » européen. On choisit l'un ou l’autre, suivant qu’on préfère le régime culinuire à l'américaine, ou qu'on veut rester fidèle aux usages de l'Europe. Un ami charitable m'explique qu'en Amérique il y a profit à mener la vie américaine, et j'opte pour l'American plan.
Sans paraître étonné par Îles proportions colossales de l'établissement, j'entre dans le hall, j'inseris mon nom sur d'énormes registres, où Je relève un certain
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nombre de noms français: je débats avec le clerk 1e prix de la journée {vingt-cinq francs), et toutes ces formahités étant remplies, un domestique me mène à l'ascenseur. En quelques secondes, me voici au septième étage , à la porte de la chambre qui m'est assignée.
Ils sont vraiment merveilleux, ces hôtels amériains; on me dit que l'Audilorium ne comprend pas moins de deux mille chambres, et chacune est munie d’un cabinet de toilette avec robinet d'eau chaude et robinet d'eau froide, d'une salle de bains et d'un watercloset !
Le mobilier est simple, mais solide et parfaitement commode. Inutile de chercher des allumettes et des bougies : {tout cela est remplacé par un bouton qu'il suffit de tourner pour voir s'allumer une douzaine de becs électriques. On tourne dans l'autre sens ce même bouton, el aussitôt tout rentre dans l'obscurité. Comme tout 2ela est préférable aux allumettes de la régie française et aux bougies qui éclairent mal et ne servent guère qu'à grossir la note du voyageur !
En inspectant ma chambre, j'aperçois, près de la porte, un cadran qui excite ma curiosité. Après quelques minutes d'examen, J'ai découvert à quoi il pouvait servir. On ne me croira pas, et cependant c'est l’exacte vérité : en faisant mouvoir une petite aiguille qui tourne sur le cadran, je puis faire monter dans ma chambre au moins trente personnes, depuis le nègre préposé au cirage, Jusqu'au docteur et au pédicure. Nous autres Français nous sommes discrets. En face d’une machine si compliquée, nous avons un peu la superstition du sauvage en présence d’une montre, nous n’osons pas y toucher ; mais il faut voir
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avec quel sans-gêne les Américains tournent l'aiguille de ce cadran! c'est, de leur part, une sonnerie à peu près constante, et lon voit Loujours à leur porte une véritable procession de domestiques venant prendre leurs ordre. EU notezque tous ces petits services sont vratuils ; je m'étonne que les Américains, qui sont si pratiques, n'aient pas encore larilé l'usage des sonneries électriques : comme tout rentrerait bien vite dans l'ordre !
La pai tie la plus curieuse de Auditorium est incontestablenient l'immense salle des pas -perdus, siluée au rez-de-chaussée : c'est le hall, En face de la sorte, se trouve le bureau, vaste comploir en bois, derrière lequel trônent une demi-douzame de messieurs (rès élégants, appelés clerks. C'est à eux qu'on s'adresse pour tous les renseignements, à eux aussi qu'on remet sa clef chaque fois qu'on sort, à eux enfin qu'on paye ses frais de séjour. IIS sont polis, mais singulièrement peu expansifs. Vous pouvez descendre trente fois de suite dans le même hôtel: le clerk n'aura pas un mot aimable pour vous accueillir et pour vous exprimer sa salisfaction. Nous voilà loin, n'est-ce pas? des bonnes auberges françaises, où le vieux client est toujours fèté et accueil comme un ami et presque comme un parent! Mais ce sont là des façons communes que ne permel pas la raideur américaine, laquelle rendrait des points à la raideur anglo-saxonne.
Ce hall est tout un monde. On y trouve un libraire, d'innombrables marchands de journaux, une banque, un bureau de télégraphe, plusieurs cabines téléphoniques, un café, un bar, un salon de coiffure el une salle pour le cirage.
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Bien micux, si vous êtes pressé, vous pouvez, en quelques minutes, faire faire votre correspondance. Dans un coin de la salle se tiennent six ou sept jeunes filles assises devant une coquette machine à écrire. Les voilà justement qui babillent en attendant les clients. Adressez- vous à l'une d'elles. Vous lui dictez cinq, dix, quinze lettres, qu'elle prend au vol à laide de la sténographie, et, dans un quart d'heure, elle vous les rendra magnifiquement imprimées par la machine Yost. N'est-ce pas cent fois plus agréable et plus commode que de vous charger de faire vous-même votre courrier ? Comme je comprends la répugnance
que professent les Américains pour l'écriture! Avec des
machines si perfectionnées et de si charmants secrélaires , ils auraient grand Lort de s'amuser à mettre du noir sur du blanc et à se faire des taches d'encre.
L'hôtel, quel qu'il soit, mais surtout l'hôtel de premier ordre, tient une place considérable dans la vie des Américains. On y entre à tout propos, pour rencontrer un ami, pour saluer des voyageurs de passsage, pour faire sa toilette, pour se rafraîchir, pour lire des Journaux, pour fumer un cigare, ou même simplement pour flâner et voir défiler du monde.
On à calculé que plus de cinquante mille personnes circulent ainsi chaque jour dans le hall de l'Audilorium. C’est le rendez-vous obligé de tous ceux qui ont à se voir et à se parler et qui veulent traiter quelque affaire.
Vers cinq ou six heures, ia foule est compacte, — d'autant plus que c’est le moment où l’on vient retenir sa place pour le spectacle du soir. Car je ne sais si j'ai dit qu’au centre de l’Audilorium, on a construit une
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vaste salle de spectacle, pouvant contenir huit ou dix mille personnes. On y Joue alternativement l'opéra et la comédie.
Les dix étages de l'hôtel communiquent entre eux par des ascenseurs. On n’a pas idée, en France, de la rapidité vertigineuse avec laquelle fonctionnent les ascenseurs américains. À l'Audilorium, on met moins de cinq secondes pour être transporté à la salle à manger qui est située au dixième étage.
La plus haute maison de Chicago est actuellement le Maçonnique temple, hideuse construction en briques, qui a vingt-deux ou vingt-quatre étages, et dont la hauteur totale dépasse cent vingt mètres. Or, sait-on combien 1} faut de temps pour effectuer cette ascension? Dix-huit secondes !... Cela va encore à la montée. Mais vous devinez ce que doit être la descente ; on a positivement la sensation de piquer une tête dans J'abime. Le mal de mer le plus violent est bénin à côté du déchirement d’entrailles qu'on éprouve en faisant ce saut périlleux. Et dire que les Américains se servent
cinquante fois par jour de leurs ascenseurs !.…
Trois repas pantagruéliques coupent la Journée à
l'American plan. Malheureusement la qualité des mets
ne va pas de pair avec la quantité. On se lasse bien
vite des melons d’eau, des épis de maïs grillés, et de
l'inévitable verre d’eau dans lequel flotte un bloc de
glace. Si l'on tient à ne pas se délabrer l'estomac pour
le reste de ses jours, il est prudent de ne pas expéri-
menter les plats inconnus et de rester fidèle au ros-
bif et au poisson grillé. À défaut du vin de France,
dont la plus petite bouteille coûte vingt francs, on
prend du vin de Californie qui n’a pas un bouquet
exquis, mais qui a le mérite de ne coûter qu'un dollar la boutcille.
Je m'attarde à raconter en détail cette vie d'hôtel. Mais, en débarquant à l'Audilorium, j'avais mieux à faire que de me livrer à cette étude. C'était un dimanche: je voulus, malgré l'heure tardive, entendre la messe. On m'indiqua l’église irlandaise la plus voisine, et j'
arrivai Juste à temps pour le commencement de l'office. Deux messes se célébraient à la même heure, lune dans ui chapelle du rez-de-chaussée, pour les pauvres gens incapables de payer leur place, et l’autre dans l'église supérieure, pour les paroissiens plus aisés". Moyennant dix sous, je pus prendre place sur un banc, et je suivis de mon mieux l'office divin. L'assemblée était nombreuse et recueillie. Les hommes comme les femmes tenaient un livre à la main et y lisaient toutes les prières récilées par le prêtre. Il était facile de deviner là des fidèles au courant de toutes les cérémonies du culte et venant régulièrement à l’église. Cette église était desservie par plusieurs prêtres irlandais. Les cérémonies, à peu près les mêmes qu'en France, me parurent exécutées avec beaucoup de dignité. La musique élait aussi fort bonne; pas de plun-chant; les morceaux qu'on chantait, et qui alternaient avec l'orgue, élaient tous tirés du répertoire
! Napoléon n'aurait guère approuvé un pareil usage, lui qui disait : « Tout le culte doit être gratuit, et pour le peuple l'obligation de payer à la porte ou de payer les chaises est une chose révoltante; on ne doit pas priver les pauvres, parce qu'ils sont pauvres, de ce qui les console de leur pauvreté. » (Frédéric Masson, le Dimanche de Napoléon, dans la Vie contemporaine, 1° février 1894, p. 272.) — Mais Napoléon n'était pas président de conseil de fabrique; s’il l'avait été, il est probable que son opinion eût été différente.
allemand. J’assistai sans broncher à un prône en anglais dont je ne compris à peu près rien, et après l'Ile missa est, j'écoutai avec la même curiosité d’interminables annonces cet la longue série des promesses de märiage.
En Amérique comme en France, à Chicago comme à Paris, il est d'usage de faire la quête pendant la messe paroissiale; seulement Je remarquai qu’à Chicago on se servait, à cet usage, non pas d’une bourse, mais d'une sorte de petite caisse, solidement fixée à l'extrémité d’une longue perche et tellement bien capitonnée à l'intérieur qu'on n’entenuait pas tomber les pièces de monnaie. Voilà un petit meuble qu'on ferait bien d'introduire dans les églises de France, où, à certaines heures, le bruit des gros sous est tel qu'on pourrait se croire dans une banque.
Après avoir satisfait au précepte de la messe dominicale, J'avais toute liberté pour visiter la ville. Ma déception fut plus grande encore qu'à New-York.
Chicago est une ville immense et plate, dont toutes les rues, tirées au cordeau , se coupent symétriquement à angles droits. Celles qui sont parallèles au lac Michigan s'appellent des avenues; les autres, qui sont perpendiculaires à celles-là, sont de simples rues. Mais quel que soit leur nom, elles se ressemblent toutes.
En revanche, elles sont souvent très longues : on en cite une qui a plus de trente-cinq kilomètres, c’est-à-dire autant que le périmètre de Paris. Ce ne doit pas être une petite besogne que d'en numéroter toutes les maisons. Les dernières doivent porter des numéros fantastiques : j'avoue que je n’y suis pas allé voir.
Les édifices publics, les banques, les grands magasins et :es hôtels de premier ordre sont en pierre; mais, comme à New-York, c’est la brique qui domine dans les constructions. Les maisons de brique sont presque toutes au cœur de la ville, dans le quartier des affaires; mais quand on à franchi la rivière de Chicago on ne rencontre plus guère que des maisons en bois, assez coquettes d'aspect avec leurs volets verts et leurs jolis perrons ; mais à mesure qu’on s'éloigne du centre, elles sont plus modestes et plus pauvres, et souvent séparées les unes des autres par des terrains vagues.
Les rues sont mal pavées, et plus mal entretenues encore que celles de New-York. J'y ai souvent rencontré des chevaux qui avaient été foudroyés par l’insolation et qui restaient abandonnés sur la chaussée sans que personne y prit garde. C'était répugnant; mais les Chicagois ont trop à faire pour se soucier de pareilles bagatelles.
Ce qui ajoute encore à l'état détestable des rues, c’est l'inégalité des trottoirs. Comme, dans ce pays, les trottoirs appartiennent toujours aux propriétaires des maisons, chacun adopte le mode de pavage qui lui convient; il en résulte une très grande variété, mais en revanche la promenade sur ces trottoirs de niveau inégal devient un véritable casse-cou.
Cependant, malgré tous ces inconvénients , il faut reconnaître que la visite de Chicago est extrêmement intéressante. Son histoire d’abord est vraiment prodigieuse; en Ja lisant on se croirait au pays des fées.
Il y a cent ans, l'emplacement sur lequel est bâtie la ville était entièrement désert. En 1804, on y cons-
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truisit un fort militaire, autour duquel se groupèrent quelques cabanes.
En 1831, Chicago devint une commune indépendante comprenant vingt-huit électeurs et cent onze propriélaires. Les ressources de la municipalité étaient tellement modestes à cette époque, qu’en 1834 elle fut obligée de faire un emprunt de soixante dollars pour améliorer l'état des rues existantes ct en tracer de nouvelles. Deux ans plus tard, on devina les destinées futures de Chicago et les ressources incalculables qu’on pouvait attendre de son admirable position sur le Michigan. Il se produisit alors un grand mouvement de spéculation sur les terrains , et, grâce à un puissant courant d’émigration, 1l suffit de quelques années pour transformer Chicago de petit village en grande ville. La réalité dépassa même toutes les espérances. Quand, après 1849, la jeune cité fut reliée aux États de l'Est par des voies ferrées, elle devint promptement le grand entrepôt du commerce américain, et elle envoya ses grains et ses bestiaux jusqu'aux extrémités de l'Union. Une catastrophe sans précédent, et qui aurait dû l'elfacer pour ainsi dire de la carte du monde, mit le comble à sa prospérité, je veux parler de cet incendie de 1871 qui dévora les neuf dixièmes de la ville.
On connaît le récit de ce sinistre, qui n’a peut-être pas eu son pareil dans l'histoire.
C'était un dimanche soir, à neuf heures, le 8 octobre: un laitier irlandais, O’Leary, recevait quelques amis chez lui dans l’ouest de la ville, au n° 137 de la rue de Koven; sa femme, Catherine, se rend à l’étable pour traire le lait du soir; la lampe à pétrole qu’elle avait
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Abattoir de pores à Chicago.
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