‹ Yankees et Canadiens [microforme]Chapitre 16 sur 70 · PRIS AE TETE · texte numérisé non relu

PRIS AE TETE

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tesques, examiner les modes de décoration qui ont été employés, et se donner ainsi l'agréable illusion d’une visite à Chicago.

À mon sens, ce qu'il y avait de plus intéressant et ce sur quoi Je voudrais insister un peu, c’est l'histoire même de l'entreprise. Je ne sais rien de plus instructif, ni qui représente plus exactement les merveilleuses qualités, comme aussi les défauts de la grande capitale de l'Ouest. La F'oire du monde à été, à proprement parler, l'image saisissante de Chicago, de son génie, de sa ténacité, de son a iv ‘# dévorante, et en même temps de son inaptitu'e ; ar l'organisation et pour les choses de goût. Ef aa donc été plus qu'un fai passager ; même après ‘:iu'elle a disparu, elle mérite encore d'attirer Patti: ‘on.

C'est au mois de juillet 1889, lorsque les créations du génie français, présentées sous leur forme la plus séduisante, faisaient l'admiration du monde au Champde-Mars, que les Américains eurent l’idée de célébrer le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique par une exposition universelle. Ils la voulaient splendide, elle aussi, et même ils faisaient entendre bien haut qu’elle surpasserait en éclat la fête parisienne.

Seulement la question était de savoir où on l’installerait ; serait-ce à New-York, serait-ce à Chicago ?

Les deux grandes cités se mirent immédiatement à faire valoir leurs titres ; des comités furent fondés de part et d'autre; on réunit, par voie de souscription, les ressources nécessaires pour faire face aux premières dépenses ; on s’assura le concours de la presse, et pendant plusieurs mois on eut le spectacle de deux villes rivales se livrant par tous les moyens à une lutte

acharnée, implacable, dans le but d'éliminer une concurrente.

| Le résultat de ce duel ne pouvait être douteux. Chicago qui, à force d'activité et d'audace, cherche à rattraper l'avance qu'a sur elle sa sœur des bords de | l'Atlantique, mena si bien la campagne ; elle établit si clairement les inconvénients auxquels on se heurterait si l'on voulait établir l'exposition projetée à New-York ; elle agit surtout auprès des membres du congrès avec

| ant d'habileté (on prétend même que la corruption | n'y fut pas élrangère), qu'elle remporta la victoire. | Alors que New-York était encore indécise sur lem- 4 placement et qu'elle ne disposait que de vingt-cinq \|4 millions de francs, Chicago annonçait qu'elle avait en caisse cinquante millions, et elle offrait le choix entre [rois où quatre magnifiques emplacements. Dès lors, le congrès n'avait qu'à se prononcer en faveur de Chicago, et, le 25 avril 1890, le président Harrisson mettait sa signalure au bas du décret qui fixait l'Exposition colombienne sur les bords du Michigan.

Cette première victoire ne suffisait pas à l'ambition des habitants de Chicago. Après des fêtes splendides pour célébrer leur triomphe, ils constituèrent un comité de quirante-trois membres chargés de réunir les fonds nécessaires : selon les prévisions des ingénieurs, 1l fallait quatre vingt-dix millions, trente-six pour les palais, autant pour les jardins, et le reste pour la uestion et les frais généraux. Ce comité émit des actions de cinquante francs ; tous les citoyens, escomplant les bénéfices de l'entreprise, voulurent souscrire pour une ou plusieurs actions, et, en peu de jours, la somme {totale fut trouvée.

Restait la question de l'emplacement. Après bien des hésitations, le choix du comité s'arrêta sur un vaste terrain situé au sud de la ville, couvert de marécages et portant le nom de Jackson Part.

Dès le printemps de 1891, les terrassicrs se mirent au travail. D'immenses dragues creusaient le maré- ‘age suivant des lignes déterminées pour la créaion des pièces d'eau. De hauts marteaux à vapeur enfonçaient des forêts de sapins dans le sol, là où devaient s'appuyer les futurs palais. Enfin deux mille ouvriers travaillaient dans les chantiers ct fouillaient la terre en tout sens pour la niveler et y créer des squares et des jardins. L'œuvre progressa sans arrêt avec une telle rapidité, qu'en octobre 1892 la plupart des constructions étaient terminées ou en un tel état d'avancement, que l'ouverture de lExposilion promettait d'être faite au jour fixé, le 1 mai 1893.

L'engagement , en effet, a été tenu avec une exactitude toute ponctuelle. Le jour de la cérémonie de l'inauguration, le président des États-Unis commençait son discours officiel par ces nobles et fières paroles :

« Nous sommes aujourd'hui en présence des plus vieilles nations de la terre, et nous montrons du doigt les grands résultats exposés ici, sans demander aucune indulgence en considération de notre Jeunesse. »

La réalité a-t-elle répondu à de si hautes prétentions ? L'Exposition colombienne a-t-elle été vraiment supérieure aux expositions du vieux continent? C’est ce que je voudrais brièvement examiner.

Ce qu'il faut dire tout d’abord à Fhonneur de l'Exposition de Chicago, c’est qu’elle a été le résultat de l'initiative privée. La part de l'État a été aussi restreinte

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que possible. Le congrès fédéral, nous l'avons vu, a rendu un décret pour autoriser l’entreprise ; ce décret a été contresigné par le président de la République, mais c'est tout, l'État n'est intervenu en aucune autre facon, ni pour voter des subsides, ni surtout pour nommer des commissaires chargés de diriger ou de surveiller les travaux.

En France, nous ne comprendrions guère une semblable abstention du gouvernement ; nous sommes tellement habitués à le voir s’immiscer dans toutes nos affaires, que tout nous semblerait perdu si par hasard il nous retirait son concours. Les Américains se font une toute autre idée du rôle gouvernemental; ils ne tolèrent l'État que dans la mesure où il n’est pas une entrave pour leur liberté. Dans toutes leurs entreprises, grandes el petites, ils entendent rester libres et agir sous leur propre responsabilité.

Tels sont, en effet, les principes dont se sont inspirés les organisateurs de l'Exposition colombienne. Ce sont des citoyens influents de Chicago qui se sont placés à la tête de l'œuvre. Ils ne se sont pas contentés de réunir les capitaux indispensables; ils se sont encore partagé, suivant les aptitudes et la compétence de chacun, les différents services de cette colossale entreprise, et, quand les palais et les parcs ont été achevés, ce sont encore de simples citoyens qui ont été chargés de déterminer la place des exposants, d'organiser les fêtes, d'attribuer les récompenses, en un mot de veiller au bon fonctionnement de l’œuvre tout entière. Assurément ce système n'est pas absolument parfait ; J'aurai même plus tard l'occasion de dire par où l’organisation m'a semblé défectueuse ; mais il n’en reste pas

moins certain que les habitants de Chicago, en faisant eux-mêmes leur exposition, sans le concours et le

contrôle de l'Etat, ont donné à l'Europe un excellent

exemple, puisqu'ils lui ont montré que l'initiative individuelle peut, dans bien des cas, suppléer avantageusement à la tutelle de l'État.

Eu revanche, il faut dire que leur ambition excessive les à mal conseillés. Ts se sont trop préoccupés de vouloir dépasser en toutes chose: les peuples de l'Europe, et cette recherche exclusive du grand ne Îles a pas suffisamment mis en garde contre le monstrueux. Sans doute il faut leur accorder que leur exposition était beaucoup plus vaste que celle de Paris : lemplacement qu'elle couvrait était, en effet, six fois plus considérable que celui dont nous disposions en 1889. Les mêmes proportions gigantesques avaient été données aux palais : celui des arts manufacturés, par exemple, dépassait, comme dimensions, les plus grands édifices du monde ; il couvrait une superficie de seize hectares. C’est assez dire que notre galerie des machines aurait fait assez piteuse figure à côté de ces palais géants.

Mais, dans une œuvre d'architecture, les dimensions ne sont pas tout; 1l faut encore de l'harmonie, du goût, des proportions ; ce sont là les qualités essentielles de toute œuvre d'art.

Or leur absence était trop manifeste à Chicago. À côté de certains détails, qui étaient exquis, on relevait des erreurs grossières, des manques de mesure et de goût qui choquaient l'esprit et violaient les règles esthétiques les plus élémentaires.

Mais si l'artiste trouvait peu de satisfaction dans ces édifices d'une blancheur agaçante, dont les lignes

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semblaient se développer à l'infini, l'ingénieur et le mécanicien étaient sûrs d'v rencontrer un vaste champ ouvert à leurs investigations et à leurs études.

A cet égard, rien ne les séduisait comme le palais de l'électricité, où étaient exposées toutes les inventions d'Edison et d'innombrables appareils télégraphiques et téléphoniques.

Je n'ai fait que traverser en courant la galerie des machines, et je le regrette, car des ingénieurs français de la plus haute compétence m'ont affirmé que ectte section était d’une richesse incomparable.

C'était incontestablement le palais des arts manufacturés qui attrait le‘plus grand nombre de visiteurs. Ce qui évoillait surtout leur curiosité, c'était le rapprochement qui se faisait de lui-même, dans les veux ei dans les esprits, entre l'industrie de la jeune Amérique et celle de la vieille Europe. Certes, sur ce terrain, cs Américains ont fait des progrès immenses, inouïs même, étant donnée la date encore récente de leurs débuts ; il est probable cependant qu'il leur faudra encore de longues années de recherches et de âtonnements avant de pouvoir égaler la perfection des produits européens.

Disons à ce propos que la section française à obtenu les éloges les plus mérités. Elle était, en celfet, de tout point remarquable ; beaucoup d’Américains n’hésitaient même pas à lui donner la palme sur toutes les sections étrangères. Elle brillait, non seulement par la délicatesse et le fini des objets exposés, mais encore par le goût sobre, exquis, qui avait présidé à son installation. C'est là, à vrai dire, qu'éclate la supé-

riorité du génie français ; nul peuple, au monde, ne

LA «FOIRE DU MONDE » Si

s'entend comme nous à mettre en valeur les produits industriels ou les œuvres artistiques. Il suffisait, pour

Exposition de Chicago, — Monument de l'administration.

s'en convaincre, de pénétrer dans la section italienne où l’on trouvait des marbres, des bronzes, des terres cuites el mille autres choses d'une grâce charmante, mais qui étaient disposées au pelit bonheur et dans tout le désordre d'un bazar mal tenu.

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