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solitaire, à quelque distance au-dessus de Québec. Le soleil levant montra aux veux surpris et désolés des habitants l'ennemi rangé en bataille devant la ville, dans une plaine dite la plaine d'Abraham, du nom du premier colon qui Pavait cultivée.
Le nombre était inégal; la bataille S'engagca sanelante, et, dans la fureur de la lutte, les deux généraux ennemis, deux héros, trouvèrent la mort. Déjà Montcalm, mortellement blessé, avait été ramené dans Québec quand Wolfe fut lui-même frappé.
«Ils fuient! s'écria près de Huit un soldat anglais.
— Qui? demande-t-il avec anxiété.
— Les Francais!
— Je meurs heureux, » murmure-t-if, et il expire.
Montcalm cut, lui aussi, le bonheur de mourir avant l'entrée des Anglais dans cette ville qu'il avaitsr héroïquement défendue. Mais, quelques jours plus tard, la vieille cité tombait au pouvoir de l'Angleterre, el au traité de Paris, en 1763, la France, par une coupable imcurie, renonçailt au Canada.
€ Enfin le roi dormira (tranquille! » s'écria, dit-on, Me de Pompadour, en apprenant la signature du désastreux traité.
Mais tous les bons palriotes, tous ceux surtout qui avaient quelque clairvoyance, furent consternés, car ils comprirent que ce traité honteux consacrait la déchéance de la France dans le nouveau monde et que, même en Europe, il assurait la prépondérance défimtive de l'Angleterre.
On se demande parfois si, après un siècle ct demi écoulé, les Canadiens sont restés attachés à la France.
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« Sire, disait à Louis XV lun des dernicrs gouverneurs du Canada, il est impossible de rencontrer des gens plus soumis, plus braves, plus fidèles, plus attachés à leurs devoirs patriotiques et religieux que vos sujets d'outre-mer. »
Ces paroles, écrites il y a plus de cent cinquante ans, sont toujours vraies. Les Canadiens d'aujourd'hui, comme ceux d'autrefois, aiment profondément la France.
S'ils l'aiment? En faut-il d'autres preuves que ce fait absolument exceptionnel, à savoir qu'ils ont bravé plusieurs fois le régime de la persécution, qu'ils ont enduré les tortures et la mort pour ne pas renier leur mère d'Europe? |
Il y à à peine cinquante ans, ce cri féroce retentit sur les rives du Saint-Laurent :
« Balavons les Canadiens de la surface de la terre! »
EL ces Canadiens, qu'on voulait balayer el faire disparaître, se sont groupés au fort de la tempête; ils se sont attachés plus étroitement que jamais à ce qui constitue leur nationalité, leur sol, leur langue, leur religion et leurs lois, et, à l'heure présente, ils forment une masse compacte de près de trois millions d'habitants. Je ne crois pas qu’on puisse citer dans les annales de l'histoire un phénomène de vitalité aussi prodigieux que celui-là.
Je me rappelle encore avec quel accent d'indignaüion M. Mercier, premier ministre du Canada, releva, en 1891, l'assertion de je ne sais quel revue française qui avait prétendu que « l'amour des Canadiens pour la France était un mythe ».
«Si nous n’aimions pas la France, s’écriait-il, pour-
quoi en aurions-nous conservé si religicusement la langue ct les traditions? pourquoi aurions-nous obtenu de nos vainqueurs que le français fût l'une des deux langues officielles du Canada? Pourquoi aurions-nous réclamé le droit de plaider en français devant les tribunaux ct de défendre nos droits politiques dans les législatures et les assemblées publiques dans lidiome de nos pères ?
« Si nous n'élions pas Français, pourquoi nos martvrs de 1837 et de 1838 auraient-ils succombé en criant : « Vive la France! Vive la liberté! »
« SI nous n'aimions pas la France, pourquoi aurionsnous pleuré avec vous er: [870, quand les malheurs de la guerre sont venus vous écraser ?
« Pourquoi aurions-nous recueilli, sou par sou, dans nos villes et dans nos campagnes, chez les pauvres ct chez les riches, chez les ouvriers, chez les cultivateurs et chez les négociants, ces milliers de francs qu'on vous envoyait pour secourir vos blessés, frappés sur les champs de bataille par les balles prussiennes ?
« Si nous n'élions pas Français, pourquoi nos poètes, nos historiens et tous nos littérateurs s'inspireraient-ils de la France pour créer des chefs-d'œuvre que nous sommes fiers de lire dans nos fêtes publiques ? »
Et, en effet, je me souviens qu'au cours de cette conférence, devant un auditoire qui se composait de plusieurs milliers de personnes, M. Mercier, avec cette voix vibrante de l'orateur populaire, lut une admirable poésie de Louis Fréchette intitulée : Vive la France ! Je ne crois pas que les sentiments des Canadiens pour
la France aient jamais été traduits en plus beaux vers que ceux-là. Je suis donc convaincu qu'on me sauri
gré de les reproduire ici :