LES DOMINICAINS DE SAINT-HYACINTHE
l'établissement : la bibliothèque d’abord, qui compte environ vingt-cinq mille volumes, dont plus de deux mille sont mis à la disposition des élèves; en jetant un coup d'il sur les rayons, J'aperçus au hasard Îles œuvres de Joseph de Maistre, du vicomte de Bonald, d'Auguste Nicolas, et encore les travaux de nos grands critiques, tels que Sainte-Beuve, Patin, Nisardet Pontmartin. En cherchant bien, je suis sûr que j'aurais découvert même les livres de M. Jules Lemaître, tant cette bibliothèque m'a semblé pourvue de toutes les nouveautés.
Me conduisant ensuile au cabinet de physique et d'histoire naturelle, M. Chopuetlle me montra une fort belle collection de douze mille insectes, des instruments de physique achetés presque tous à Paris, des machines électriques de premier ordre et d’une très grande puissance, et enfin, sur les murs, il me fit remarquer les portraits de Chevreul, d'Ampère, de Jean-Baptiste Dumas et de Pasteur.
Il me fit arrêter quelques instants devant un superbe phonographe qu'il voulut bien faire fonctionner à mon intention, ce qui me procura le plaisir d'entendre un discours d'O’Connell et même une préface chantée par la voix chevrotante d’un vieux curé canadien.
Le savant professeur poussa ensuite la politesse jusqu'à me demander quelques mots pour pouvoir ajouter un rouleau à sa collection. Je dus m'exécuter; mais j'avoue que j'étais très intimidé par ce grand cornet devant lequel j'avais à parler. Je me tirai :l’affaire en improvisant plusieurs phrases élogicuses sur le collège ct sur le personnel des professeurs; mais quelques minutes après, quand l'instrument, avec une
netteté parfaite, reproduisit le texte même de mes paroles, en ; ajoutant le timbre de la voix et les intonalions, Je me gardai bien de lirer vanité de ce petit discours que, par l'entremise du phonographe, je venais de confier à la postérité.
Le collège de Saint-Ilyacinthe compte environ trois cent cinquante élèves; mais, chose bizarre, il n'y a qu'une seule salle d'étude pour tout ce monde. Grands et pelits travaillent ensemble sous la surveillance d’un seul maître. Que de jolis bénélices nous réaliscrions en France, si l'Université voulait adopter cette mode dans ses lycées! Mais où est le maître répéliteur capable de gouverner, toute une année, trois cent cinquante lycéens?
Les programmes suivis dans ce collège sont à peu près les mêmes que ceux de nos petits séminaires français. L'enseignement y est donné dans notre langue, mais l'étude de l'anglais y est aussi très développée. Les exereices lalins et grecs y sont naturellement fort en honneur. Quant à l'allemand, c'est chose à peu près inconnue.
Les livres classiques que l'on m'a montrés m'ont paru in peu vieux ct démodés. Ainsi, pour la rhétorique, on en est encore au manuel de l'abbé Verniolles, el, pour la philosophie, on suit les cours du Père Zigliara ; enfin, pour la géographie, on paraît ignorer les livres de Marcel Dubois et les atlas de Schrader, de Niox et de Vidal-Lablache.
Le personnel des professeurs comprend pourtant des hommes de premier mérite, dont plusieurs sont venus de France et ont pris à la Sorbonne leurs grades
scientifiques et littéraires. M:us, ce qu'on ne saurait