‹ Yankees et Canadiens [microforme]Chapitre 38 sur 70 · CE RS · texte numérisé non relu

CE RS

I u'y a pas de cité qui soit plus fière d'elle-même que Poston. Elle s'intitule modestement « la huitième merveille de la création ». De fait, c’est bien l’une des villes les plus curieuses et les plus pittoresques des États-Unis. C’est d’abord la plus ancienne, puisqu'elle fut fondée en 1630, par des puritains venus de la ville anglaise de Boston. C’est aussi la moins régulière, en ce sens que les rues ne se coupent pas à angle droit comme partout ailleurs ; elles sont même si tortucuses et si enchevêtrées qu’on prétend que ce sont des vaches qui, en se promenant, ont dessiné le plan de la ville. Personne d’ailleurs ne s’en plaint, et ce que la cité perd en symétrie et en régularité, elle le gagne largement en pittoresque et en imprévu. Une promenade à travers les rues de Boston repose très agréablement de la banalité que rencontre le touriste dans la plupart des autres villles de la Nouvelle-Angleterre. Au centre se trouve un vaste parc dont on ne parle qu'avec orgucil. Les Bostoniens prétendent même qu'il vaut Ie parc Central de New-York.

Les églises sont fort nombreuses; elles &cartiennent toutes au style gothique, mais elles sont construites en briques d'un rouge vif qui est du plus disgracieux effet. Plusieurs même ont leur façade couverte de lierre ou de vigne sauvage. Les Américains trouvent cela plus coquet: mais Je suis sûr qu'ils riraient bien de nous si nous nous avisions de tapisser ainsi le portail de Notre-Dame. Qu'ils adoptent ce genre d'ornemenlation pour leurs maisons ou leur villas, rien de mieux ; mais quand si rencontre tonte cette verdure sur les murs d'uns église, it est inpossible de ne pas trouver

cette décoration puérile et même un peu ridicule.

Boston, on ice sait, est la ville savante des Élats- Unis. Quand on veut apprécier un homme, à New- York, on demande : « Que vaut-il? » c'est-à-dire quelle est la somme de dollars qu'il représente? A Philadelphie, on dit: « D'où vient-11? » c'est-à-dire quelle est sa famille et quels sont ses ancêtres? A Boston, où l’on se pique de science, la question est tout autre ; on demande : « Que sait-il? » EC, en elfet, nulle part les établissements d'instruction ne sont ni plus nombreux ni plus forissants. Les bibliothèques et les cabinets de lecture y abondent ; les écoles professionnelles y sont innombrables et la ville fait pour ces différents établissements des sacrifices pécuniaires qui ne sont égalés nulle part.

Hommes et femmes rivalisent d'ardeur dans lacquisilion de la science. Les femmes v sont même, m'at-on dit, plus ardentes que les hommes; ce sont elles surtout qui assistent aux lectures où conférences, et les sujets les plus difficiles sont incapables de les rebuler. Que disent les maris de cet engouement? Je l’ignore ; mais je sais bien que si j'élais à leur place, je ne permettrais pas qu'une femme se mêif! de métaphysique. Soigner son mart, élever ses enfants el veiller à tous les détails du ménage: voilà qui vaut infiniment mieux que d'étudier Pidéalisme de Kant ou de disserter sur limpéralif catégorique. Sur cette question, je suis convaincu que c'est le bonhomme Chrysale qui a raison. Les habitants de Philadelphie assurent que pour avoir froid il suffit de causer avec une jeune fille d° Boston. Je n'ai pas fait expérience de ce procédé frigorifique, mais je scrais assez porté

à croire à son efficacité, et les Bostoniennes sont

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