LUX, DUX LEX, REX
Ce sont là des mots bien prétentieux, surtout pour un poèle ; mais il faut savoir gré aux Américains de
BOS"ON ET L'UNIVERSITÉ D'HARVARD 189 ". tout ce qu'ils font en Fhonneur du chantre d'£vanqgésé line. Il n'existe peut-être dans aucune littérature a ire | | le : d'inspiration plus touchante et plus pure que celle-là. nn : Ce poème, à fui tout seul, suffirait pour assurer la
gloire littéraire de Amérique.
Un avant-goût de la France à Manchester, — Hartford : son capitole, sa cathédrale et ses bicyclettes. — Embarquement à New-York. — Tempête et catastrophe, — Les soirées à bord. — Un capitaine grincheux, —- Insuffisance de la bibliothèque. — Une Américaine qui collec-
lionne des autographes, — France! -- En route pour Paris. te]
On a beau s'intéresser aux pays qu'on traverse, au bout de plusieurs semaines de pérégrinalions on a hâte de retrouver la France. C’est si monotone d’entendre toujours parler anglais et de ne trouver dans les hôtels et les restaurants qu'une nourriture anglaise! On rêve de découvrir un petit coin où, pendant
quelques heures, quelques jours même, on aura la
bonne fortune de pouvoir vivre à la française.
Cette Joie me fut donnée à la fin de mon voyage, comme un délicieux avant-goût du retour. En quittant Boston, je me rendis à Manchester, dans le Conneclicut, et là j'eus l'immense satisfaction de recevoir l'hospitalité dans une famille française que je connaissais depuis une quinzaine d'années. Il est impossible d'imaginer des jours plus heureux que ceux que J'ai
passés auprès de mes hôtes.
LE RETOUR {at
Leur gracieux accueil m'eût touché en France, mais combien j'y fus plus sensible encore en Amérique! Jamais je n'oublierai ni les charmantes soirées où la musique alternait avec la littérature, ni nos excursions à Hartford ct dans les villes voisines. On ne soupçonne pas ce qu'il y a de douceur ct de ravissement à se trouver avec des compatriotes et des amis lorsque, pendant de longues semaines, on n'a causé qu'avec des étrangers ct des indifférents. Après avoir été si longtemps sevré de toute gâtcrie, il semble que les attentions délicates dont on est l'objet aient une saveur toute particulière, el on en garde comme je l'ai fait un souvenir reconnaissant.
Je m'en voudrais de ne rien dire de cette petite ville de Manchester où Je restait plusieurs Jours. Elle compte à peine huit mille habitants, parmi lesquels environ une centaine de Français. Ceux, de nos compatriotes que j'ai trouvés là-bas sont presque tous ouvriers en laines ; ils sont venus du département du Tarn, attirés par M. P.., qui est lui-même de Mazamet et qui dirige maintenant une importante filature à Manchester. Il m'a semblé que toutes ces familles françaises étaient bien installées et qu'elles étaient heureuses d'être en Amérique, où les salaires sont plus élevés et où 1l est plus facile qu'ailleurs de faire des économies, quand on à, bien entendu, le goût de l'épargne. Malheureusement , en 1893, l'industrie et le commerce américains lraversaient une crise terrible. T1 avait fallu arrêter partout les travaux, et j'ai entendu dire que depuis la situation ne s'est pas beaucoup améhorée.
L'époque était rude pour tous ces hommes vivant