‹ Yankees et Canadiens [microforme]Chapitre 59 sur 70 · ITI · texte numérisé non relu

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Iest rare que les gens qui gagnent facilement des sommes considérables n'aient pas un woût prononcé pour là générosité: c'est le cas des Américains.

Celle générosité ne se traduil pas, comme en France, par des aumônes. L'aumone, à leurs veux, est un acte qui dégrade et avilit celui qui en est objet. Aussi ne voil-on pas chez cux ces lroupes de mendiants qui, en Europe, spéeulent si habilement sur la pitié publique. Si pauvre qu'il soit, un Américain de race ne se résoudra jamais à tendre la main. I sait d’ailleurs que ce serait Ie plus sûr moven de n'oblenir aucun sCCOUrS. Quand un homme est dans le malheur, il s'adresse à quelque capitaliste, ct, au lieu de solliciter

bassement quelques dollars, il demande des Capitaux

LE CARACTÈRE AMÉRICAIN — SES QUALITÉS 271 pour monter une nouvelle affaire. Si le protecteur reconnaît dans cette homme de réelles qualités d'intel-

lisgence et de travail. il n'hésite pas une minute à lui 5 |

fournir les ressources nécessaires pour {enter une

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entreprise industrielle ou commerciale : c'est sa ma-

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nière à lui de faire la charité, et il faut convenir que c'est la bonne, car elle n’a pas pour effet, comme nos libéralités mesquines et intermittentes, de rendre Ja misère chronique. Quand nous voulons remédier à quelque mfortune, nous n'avons guère que des palliafs ; PAméricain, au contraire, par ses secours abondants, détruit pour ainsi dire le mal dans sa racine.

Celle générosité se manifeste encore par lt manière dont PAméricain pratique Fhospitalité. Quand vous arrivez à New-York, où à Chicago, avec des lettres de recommandation, il vous suffit de présenter ces lettres pour que Iles maisons les plus opulentes et tes plus aristocraliques vous ouvrent leurs portes.

« Vous êles ici chez vous, » c'est la première parole qu'on vous adresse, et à lai facon dont vous êtes accueilli, vous ne tardez pas à comprendre qu'il v à dans ces paroles autre ehose qu'une vaine formule de polilesse, mais une réalité.

Si vous venez de la part d'amis vérilables, F'Américain vous recoit chez lui el vous fuit pénétrer dans son intimité. Que si vos relations avec lui son simplement fortuiles, il ne vous admet pas dans son home, mais il vous fait les honneurs de son cercle, el vous comble des attentions les plus délicates et des prévenances les plus coûteuses. Il ne recule même pas, nous l'avons vu, devant un déjeuner où un diner chez

Delmonico; il dépensera cinq cents dollars en voitures,

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en fleurs où en repas, pour peu qu'il lienne à vous être acréable. Là où un Français croit bien fire les choxes en sacrifiant un billet de cent francs, FAméricain en dépense mille, el il ne regrette jamais l'argent qu'il à ainsi emplové en générosilés.

Du reste 1l ne possède à aucun degré cette qualité qui est le Lrait caractéristique de là race française, je veux dire lFesprit d'économie. Je gagerais que 1e mot, aussi bien que la chose, lui esU inconnu. Un Américain dépense loujours tous ses revenus, quelquefois plus, jamais moins : est vous lui demandez pourquoi il ne réserve pas quelque chose pour lavenir, pourquoi, sur des bénélices de Trente où quarante mille dollars, il n'en prélève pas quatre où cinq mille pour parer aux éventualités el pour s'assurer une vicillesse exemple de tout souci, 11 vous répondra, en haussant les épaules, qu'un pareil calcul est indigne de lui, Avec celle somime que vous lui conseillez de mettre de côté, il peut monter une affaire qui lui rapportera de très gros bénélices , el quant à la vicillesse, à quoi bon s'en préoccuper, puisqu'il a Life me inten- Lion de travailler jusqu'au bout?

On aura beau faire, PAméricain restera loujours réfractaire à la Théorie du bas de laine. Il estime que l'argent est fait pour circuler; ausst se plait-il à Ie dépenser largement el sans compter. ET si ses entreprises ont un très grand succès et qu'il arrive à devenir un de ces rois de l'or qui sont en quelque sorte les maîtres de la forlune publique, il ne scra pas davanlage embarrai-sé pour disposer de ses capilaux ou de ses revenus : il fera une fondation, il crécra une uni-

versilé, un hôpital où une œuvre de bienfaisance

urs que \ le Lre- ‘Dir les ande ini-

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quelconque qui portera son nom, où figurera son buste où sa statue el qui perpéluera sa mémoire, Ces! ce qui explique les Hibéralités princières qui se pra- Liquent couramment de Fautre côté de FAtlantique,

el dont les chiffres nous semblent presque insensés.

New-York, — Broadwar.

On m'a cité l'exemple de M" Stanford, qui, pour honorer la mémoire de son fils mort à l'âge de vingt ans, à donné dun seul coup li somme fabuleuse de cent cinquante millions pour fonder Funiversié de Californie. L'université catholique de Washington a été créée récemment, à la suite d'une Hbéralité toute semblable.

En vérité on est tenté de pardonner aux Américains leurs fortunes co'ossales, lorsqu'on voit le noble usage que quelques-uns d'entre eux savent en faire.

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Eafin, et c'est par là que je terminerai ce que J'ai à dire à l'éloge des Américains, ils ont dans leur vie une « dignité el un sérieux » que nous ne connaissons pas en France.

Quand nous aurons à passer en revue les défauts de ce peuple, nous serons forcés de reconnaître qu'il y a beaucoup d'ombres au tableau et que les dehors corrects cachent souvent des désordres lamentables.

Cependant, ce qui frappe l'étranger qui arrive à New-York où dans quelque autre grande ville des États-Unis, c'est la tenue froide, mais régulière et respectueuse, des häbitants. Le vice ne s’: étale pas publiquement comme chez nous. On peut sans crainte s'approcher des vitrines des librairies ou des marchands de journaux; on n'y verra aucune publication obscène, ni rien qui blesse la décence.

Les polémiques de presse sont parfois d'une extrême violence; néanmoins les journaux et les revues n’inséreront Jamais un article manquant de respect à une secie religieuse q'iciconau®, TT y a comme un accord lacile entre les écrivains nour ne pas aborder ces questions délicates, où pour n'en parler que dans des termes d’une modération et d'une courtoisie parfaites.

En général, les Américains ont le culte de toutes leurs institutions. Quand is ont dit: « C’est la loi, » personne ne singe à protester. La loi est pour eux chose sarrée; et lors même que, dans certains cas,

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elle violerait leurs intérêts, ils ne s’insurgeront pas.

’ar leur bulletin de vote, il essaycront d'envoyer au congrès des hommes favorables à l’abrogation de cette loi; mais tant qu'elle n'aura pas été abolie, ils la mettront en pratique sans se plaindre et sans protester.

De même, ils ont le respect de l'autorité, celte autorité füt-clle représentée par un simple policeman. Le policeman, en \mérique, est toujours un grand et fort Sgallard armé de son club. Il lui arrive souvent de se servir de ce bâton ; dans les attroupements, il frappe un peu à l’aveuglette. Toutes les lois que j'ai été (témoin de ces scènes, j'ai bien vu que la foule riait de ceux qui avaient reçu les coups; mais personne ne s'avisail de riposter au policeman. C'eût'été d’ailleurs peine inuble ; on sait trop bien en Amérique que tout homme qui lève la main sur un représentant de Fautorité est un homme mort, le policeman lui brûle la cervelle sans hésiter une seconde, et les témoins qui, par hasard, se sont (trouvés là, s'en vont à leurs affaires en approuvant pleinement la conduite de Poflicier de police.

Mais où cette dignité de la vie américaine se montre le mieux, c'est dans les marques de respect qui sont témoignées à la femme. J'ai donné précédemment assez de détails sur ce sujet pour que je sois dispensé dv revenir Ici.

Évidemment, dans ces égards dont les Américains sont si prodigues, au moins exléricurement, Je suis persuadé qu'il faut faire une large part à la coutume et à la convention, et si les dames avaient voix au chapitre, et qu'elles cussent à choisir entre les formes polies mais Loujours froides de P\méricain, el la galan-

terie plus familière, mais aussi plus chevaleresque du

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Français , il est probable que c'est à celle-ci qu'elles donneraient la préférence.

Mais le sentiment que nous avons de notre supériorité sur ce point ne doit pas nous empêcher de constaler que, dans ses rapports avec les dames, PAiméricain nous donne des lecons de respect dont nous pourrions faire notre profit.

Voilà les côtés les plus dignes et les plus brillants du caractre américain. Lors même que ce peuple ne nous inspireralt qu'une médiocre sympathie, il est strictement juste de lui reconnaitre les belles qualités auxquelles il est redevable de sa rapide et éclatante fortune. C'est une nation foncièrement religieuse, qui a su faire à Dieu la place qui lui revient de droit: c'est aussi une nation ardente au travail et qui aime à lure grand, aussi bien dans ses générosités que dans ses entreprises; enfin, dans ses mœurs, dans ses usages et dans tout le détail de sa vie publique, elle témoigne d'un très vil souci de la dignité et du respect: en fautal davantage pour expliquer sa prospérité imouïe el le rôle prépondérant que, dans un avenir prochain, elle peut être appelée à jouer dans le monde?

Orgucil et jactance. — L'ivrognerie, fléau nalional. — Insuffisance des sociétés de tempérance. — Le pledye. — : Tous des hypocrites ! » Comment ils pratiquent la probité commerciale. — Absence de goût artistique, — Vi-e la France!

Il est extrêmement délicat d'aborder le chapitre des défauts. A lexemple de certains écrivains, je pourrais me contenter de quelques anecdotes piquantes ou de quelques épigrammes plus où moins spirituelles ; mais j'estime que le caractère américain mérite, même par les côtés qui sont défectueux, une étude attenlive el délaillée. C’est un peu le revers de la médaille que je voudrais maintenant examiner; mais si noir qu'on le fasse, il sera loujours largement compensé par l'endroit, c'est-à-dire par toutes ces qualités solides, el sérieuses que Je me suis plu à énumérer plus haut et qui sont la vraie gloire du peuple américain.

Le premier trait de mœurs qui frappe l'étranger

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